‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 55 sur 76 · FE. PR · texte numérisé non relu

FE. PR

de

Le SO DEEE lle 2 9

Seam: Ve. SE

ritre les montagnes. Du plateau de West-Point, la vue est admirable : c'est l'Ebrenbreitstein de l'Hudson. Le nom de West-Point rappelle un des épisodes les plus importants ct les plus dramatiques de la guerre de l'indépendance : la trahison du général Arnold, qui pensa livrer aux Anglais cette clef de l'Hudson, et la mort du major André. Arnold avait commencé comme un héros et finit comme un infâme. Blessé de quelques sévérités peut-être excessives el maladroites du congrès, ruiné par ses extravagances, il livra West-Point aux Anglais pour six mille livres sterling. Coriolan vénal, il a laissé une mémoire que le rôle éclatant qu'il avait joué au commencement de la révolution ne saurait racheter de l’immortalité du mépris. Le major André était un jeune officier anglais qui se chargea de négocier avec Arnold; il fut arrêté par des milices, déguisé el porteur de papiers que lui avait remis le général américain. André fut condamné comme espion à être pendu, ct subit ce supplice. Washington, qui craignait un complot plus étendu, ne crut pas pouvoir lui épargner le gibet; mais la noblesse de son caractère, la franchise de ses réponses, le charme de ses manières, la sympathie qui s'attache à la Jeunesse, au dévouement et au malheur, excitèrent l'intérêt le plus vif et le plus douloureux parmi

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 517 ceux mèmes qui durent le condamner. On ne prononce son nom qu'avec altendrissement, comme celui d'une victime de la guerre; tout Américain maudit le crime d’Arnold, mais nul n'a le courage de maudire l'infortune du major André.

On ne connait pas autant l'histoire tout à fait pareille d’un jeune Américain nommé Hale, qui, pris par les Anglais, subit le sort du major André, Hale ne fut pas entouré du mème respect à ses derniers moments : on lui refusa un prêtre et une Bible; on détruisit les lettres qu’il avait écrites à sa sœur et à sa mère. Un de ceux qui le conduisaient au gibet lui dit : « Voilà une cruelle mort pour un soldat! » Hale répondit seulement : « Je regrette de n’a voir qu’une vie à sacrifier pour mon pays. »

L'école militaire de West-Point allait assez mal, quand, en 1817, elle fut réformée sur le modèle de notre École polytechnique. Elle en diffère sur deux points : l'instruction n’y est pas aussi forte, et elle est exclusivement une école militaire. Le principal reproche à faire, selon moi, à l’organisation de cet établissement, porte sur le mode d'admission. Au lieu d'être motivée par des examens,

l'entrée est obtenue par la faveur. Chacun des

membres du congrès peut disposer d’une place d'é-

Ru 2 On Te Mad eue ou

Le

lève. Nos examens, auxquels tous les concurrents sont admis sur un pied de parfaite égalité, sont beaucoup plus démocratiques dans la meilleure acception du mot. En outre il résulte d’un tel système que les jeunes gens de West-Point ne peuvent, dans le principe, suivre que des cours élémentaires, ce qui, joint à leurs exercices militaires, ne permet pas que, même en restant quatre ans à West-Point, c’est-à-dire le double du temps qu'on passe à l'École polytechnique, ils arrivent au même degré de foree dans les diverses branches d'étude auxquelles ils s'appliquent. La première réforme à opérer dans l’organisation de l’école de West-Point serait donc d'enlever aux membres du congrès ce dénlorable patronage, et de recevoir les élèves par la voie du concours, ce qui permettrait d'exiger d’eux un degré supérieur d'instruction préliminaire et de réserver plus de temps pour les hautes études; mais on aura de la peine à obtenir le sacrifice de ce privilége, bien qu'il soit de sa nature tout à fait analogue aux priviléges aristocraliques, à celui, par exemple, qui autorise certains grands seigneurs anglais à disposer d'une commission dans leur ré-

giment ou d'une eure dans leur paroisse.

Cela dit sur le mode d'admission, tout ce que j'ai vu de l’école m'a donné l'idée qu’elle était

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 519 montée sur un pied très-respectable, Dans leurs établissements d'instruction, les Américains montrent les qualités qui leur sont propres, — les qualités d’un peuple d'hommes d'affaires, l'exactitude, l'ordre, la régularité, l'économie de temps. J'ai assisté à plusieurs classes; les jeunes gens s'étaient préparés sur un chapitre de l'ouvrage qui sert de base à l'instruction dans le département particulier de leurs études, et qui est en général rédigé d’après des livres français qu’on oublie quelquefois de citer ; ils venaient s'asseoir sur des bancs dans une salle ; le professeur en désignait quelques-uns pour tracer les figures de géométrie, les dessins des appareils de physique, ou les plans de fortifications sur le tableau. Pendant qu’un élève était interrogé, les autres écoutaient leur camarade, ou achevaient de tracer des figures. Ils se succédaient ainsi, tantôt auditeurs attentifs, tantôt démontrant et exposant ce qu'ils avaient étudié; leur tenue était très-bonne, simple et ferme, leur attitude militaire. Ils m'ont semblé en général bien savoir et bien comprendre ce qu’ils disaient. Le professeur, trèsattentif et les suivant sans cesse, leur adressait des questions, pour s’assurer qu’ils ne répétaient pas machinalement, et les encourageait fréquemment d'un yes, sir; well, sir. Le mérite des réponses est

ee * tr Susan»

= SE Pret LE NE ne, rh dE

Page 1