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CHAPITRE XXV

Albany, — Géologie. — Agriculture. — Parti des anti-renters. — Danger de la démocratie pour la liberté. — Un prétendant.

Je pourrai faire en même temps ma visite à la géologie et à l’agriculture, car le musée géologique se trouve dans le bâtiment où réside la Société d’agriculture, et où elle a aussi son musée.

La géologie est de toutes les sciences celle qui est la plus populaire aux États-Unis, car elle touche aux deux plus chers intérêts de la société américaine, — la religion et la richesse. Les résultats qu'a atteints celte science depuis qu’elle est devenue une étude positive, |: découverte de ces créations successives, séparées par les grands cataclysmes qui ont bouleversé la surface du globe, changé la forme des continents, déplacé les rivages

des mers et le cours des fleuves, toutes ces magniliques conquêtes de l'esprit humain, qui sont un des plus beaux témoignages de sa grandeur, ont soulevé une vive opposition dans une portion du clergé des États-Unis, sans raison, ce me semble, comme le reconnaissent, ainsi que je l'ai déjà dit, les hommes les plus éclairés et les plus convaincus, tant parmi les protestants que parmi les catholiques. Toute cette histoire des révolutions de la nature est antérieure à l’histoire de l’homme et n’a rien à déméler avec elle; on devrait aussi reconnaître, comme le font ceux dont je viens de parler, que la Bible est un livre religieux, et non un livre scientifique. Le seul moyen qu’ait la re: : :n d’être toujours à l’abri des progrès de la science, c’est de rester en dehors des hypothèses de la science; on l’a bien vu au temps de Galilée. L'Église eut alors le malheur de condamner des vérités qui ont prévalu, et qu’elle-même n’a plus la pensée de combattre. Pourquoi épouserait-elle des doctrines scientifiques qui peuvent être démontrées fausses? Que gagnerait-elle à compromettre ses dogmes dans la tulle des systèmes qui se succèdent et se renversent, D'autre part, la science n’a point à chercher d'appui hors d'elle-même et a prouver que ses doctrines ont leur base dans la Bible. Si Galilée eut un

tort, ce fut celui-là. Que la science se tienne sur son terrain, qu’elle arrive à l'évidence par l'observation et le raisonnement, et il faudra bien qu’on admette ce qu'elle aura prouvé. La foi et la raison sont deux puissances distinctes qui peuvent se préter un mutuel appui dans l’ordre de vérités qu'elles s'accordent à proclamer; mais pour l'homme le plus croyant, là où la foi ne prononce point, la raison es libre : in dubus libertas, c’est la devise de l'Église catholique. De plus, le savant doit prendre garde de ne point fausser la science pour vouloir la retrouver à loute force dans la Bible. S'il n’est pas nécessaire à la vérité du christianisme que Josué connût la théorie de Copernic, la théorie de Copernic n’en demeure pas moins vraie, bien qu’elle ne se trouve pas dans le Livre des Rois; 1l n’est pas non plus nécessaire que Maïse ait été géologue, et la géologie n’a pas besoin de retrouver ses découvertes dans un chapitre de la Genèse, qui n’est point un traité de géologie.

Tout le monde ne pense pas ainsi en Amérique : la géologie et la Bible y sont sans cesse mises en présence, soit pour ano'hématiser la première au nom de la seconde, soit pour les concilier, et, par ce côté, la géologie parle puissamment aux esprits dans ce pays, où la passion religieuse se mêle à tout,

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