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sauf à la politique, où les discussions philosophiques ne se trouvent guère que dans les écrits des théologiens, et où il est à peu près impossible de fonder une association philanthropique, un éuablissement d'éducation ou un recueil littéraire sans s'appuyer sur la religion. On peut s'étonner qu'il en soit ainsi chez un peuple si positif; mais le fait existe. Qu'on s’en rende compte comme on pourra, quand on devrait dire, pour l'expliquer, que la religion est la grande et heureuse inconséquence de la société des États-Unis. La géologie intéresse encore les Américains sous un autre rapport, elle est étroitement liée aux arts utiles, elle peut guider dans l'exploration des mines de métaux précieux, dans l’exploitation des amas de houille; enfin, depuis quelques années, surtout en Angleterre, on commence à étudier avec succès les applications de cette science à l’agriculture. C’est surtout sous ce rapport qu’elle a excité en Amérique la sollicitude de plusieurs États qui ont fait faire des relevés géologiques de leur territoire : l'État de Massachusets l’a entrepris avec succès; l’État de New-York a fait exécuter avec beaucoup de soin, sur la vaste étendue qu’il embrasse, un examen géologique, qui est un travail considérable‘. La statistique géologi-
* Depuis mou retour, j'ai entendu M. Élie de Beaumont déclarer que les
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 327 que (Geologicat Survey) d'une partie de cet Élat à été exécutée aux frais d'un particulier. La constitution géologique des États-Unis avait d’abord trop peu attiré l’attention de l’Europe; l'étude en est cependant d’une grande importance. M. Agassiz, qui connaît également bien l'Europe et l’Amérique septentrionale, pense que les géologues devront désormais tenir grand compte de celle-ci !, car les terrains à fossiles anciens y sont développés dans des proportions énormes, et y offrent des particularités remarquables. L'État de New-York est en grande partie composé de ces terrains appelés siluriens, sur Jesquels des travaux récents ont appelé tant d'intérêt, et qui contiennent des débris d’êtres vivants appartenant à la création la plus reculée*. Le musée d’Albany présente une très-belle collection de toutes les formations que renferme l’État de grands travaux géologiques accomplis aux États-Unis avaient une haute valeur scientifique. 11 a exprimé la même opinion dans l'ouvrage qui, sous le titre trop modeste de Notice sur les systèmes de Montagnes, contient ses vues les plus nouvelles sur la partie de la géologie qu'il a créée.
1 C’est également l'opinion de M. de Verneuil, qui a attaché son non° à l'étude de cette classe de terrains, comme l'ont fait aussi M. Murchisor et M. Barande.
* Depuis les rochers fossilifères inférieurs jusqu’au grès rouge du Catskill, ces terrains ont une épaisseur en maximum de si: mille picds. Les géologues américains y ont reconnu vingt-huit formations qu'ils rap-
portent à quatre grandes classes ou séries. Silliman’s Journal, t. XEVII p. 49.
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New-York. Au lieu d'adopter les noms consacrés par l’usage européen, les savants américains ont créé pour ces diverses formations une nomenclature tout américaine. Les États-Unis ont toujours le désir de se montrer indépendants de l'Europe, ct ce trait de caractère se retrouve dans les choses de la science comme dans celte maxime de leur polilique qui repousse de leur continent toute intervention curopéenne. Le même naturel se méle à tout et perce partout‘.
Après avoir passé quelques heures très-intéres santes dans la collection géologique, je sus des. cendu chercher M. Johnson au milieu de ses échanüllons de graines et de ses instruments aratoires. Il m'a dit et m'a montré beaucoup de choses curieuses. Je ne veux point me donner des airs d'agronome qui m'iraient fort mal; j'indiquerai seulement à mes risques et périls quelques traits qui me semblent caractériser dans l'agriculture ce génie américain que j’éludie dans toutes ses manifestalions et sous tous ses aspects. Ayant eu occasion, pendant mon dernier séjour en Angleterre, de visiter quelques-unes des fermes les plus célèbres appartenant à divers grands propriétaires de
* J'ai entendu défendre au point de vue scientifique l'opportunité de ces dénominations purement américaines.
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 029 ce pays', J'ai pu apprécier sur place cette magnifique économie rurale des Anglais, ces vastes travaux au moyen desquels le duc de Portland, par exemple, est parvenu, en faisant arriver un canal sur une colline, en combinant les arrosements et le drainage ct en dépensant { million, à changer en superbes prairies tout un pays de landes incultes ; ces bulles races d’animaux créées par un art persévérant qui, durant plusieurs générations, améliore et transforme presque les espèces en développant certaines qualités et en choisissant pour la reproduction les individus les plus perfectionnés, procédé merveilleux à l’aide duquel on fait à volonté de la force, de l’agilité, de la chair. Un art semblable ne peut se trouver aux États-Unis. En Amérique, on n’est pas, comme en Angleterre, dans un pays anciennement et savamment cultivé, où l’agriculture, à l'étroit dans une île, reportée successivement des terres les meilleures aux terres plus ingrates, a dû lutter par des progrès toujours nouveaux contre l'infériorité des terrains qu’elle était forcée d'ex-
4 Ju cu l'avantage de faire cette tournée avec M. de Lavergne, alors \ rofesseur à l'institut agronomique de Versailles. Cet institut ayant été brusquement supprimé, M. de Lavergne a professé dans la Revue des Deux- Mondes, au grand bénéfice de ses lecteurs, un cours sous forme d'article, qui est :lovenu un excellent traité d'agriculture et d'économie politique intitulé Essai sur l'économie rurale en Angleterre.
ploiter. Ici le sol à cultiver est pour ainsi dire indéfini ‘. On peut choisir le meilleur et négliger le pire; on n’a pas besoin d'améliorer celui que l’on cultive ; on aime mieux défricher un sol nouveau. L’Américain n’éprouve point, comme l'Anglais, un attachement héréditaire pour une grande propriété à laquelle est annexée depuis des siècles une grande influence locale, car la propriété est divisée, et le propriétaire mobile. En Angleterre, il y a concurrence entre les fermiers, et cette concurrence entraîne la nécessité des perfectionnements qui permettent de payer d’un plus haut prix le droit d'exploitation. En Amérique, le système du fermage est presque inconnu; le goût de l'indépendance personnelle lui est contraire. Ce qu’on appelle ici farmers, ce sont de petits propriétaires.
De toutes ces circonstances il résulte que la culture savante est loin d’être aux États-Unis ce qu’elle est en Angleterre, parce qu'elle n’a pas dans les deux pays la même raison d’exister. L'usage d’é-
puiser une terre et de l’abandonner ensuite va si loin, qu'il excite des réclamations dans les parties, il est vrai, les plus anciennement cultivées du pays. « Continuerons-nous, dit un agronome du Massa-
{ La vingt-sixième parlic seulement du territoire des États-Unis est défrichée. — Madame de Somerville, Physical Geography, t. 1", p. 218.
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 551 chusetts ", à épuiser la terre en la cultivant sans relâche et sans réparer l'énergie productive du sol? Ce système, qui a déjà appauvri les terres, autrefois fertiles, de la Nouvelle-Angleterre, a atteint dans son progrès dévastateur beaucoup des plus belles campagnes des États de New-York et de l'Ohio, et poursuit sa route vers les régions reculées de l’ouest. Ces habitudes sont tellement funestes, qu’on estime à 1 million de dollars (plus de 5 millions de francs) ce qu'il faudrait pour restituer leur vigueur et leur richesse primitives aux terres arables des États- Unis, qui ont été en partie dépouillées de leur fertilité. » Il semble donc que le temps soit venu, au moins pour quelques États, de changer de système. Je ne doute pas que, le jour où cette nécessité sera évidente, les cultivateurs américains ne lui obéissent. Ces cultivateurs forment, ainsi que je l'ai dit, une des portions les plus intelligentes de la population des États-Unis, et il n’y a pas de danger que, semblables aux paysans d’une grande partie de la France, ils soient retenus par la routine, car il n°y a rien de moins routinier que le peuple américain. Déjà on remarque des progrès sensibles; en cela
1 Avant l'émancipation, le voyageur suédois Kalm reprochait déjà aux Anglo-Américains d’appauvrir leurs terres par leur manière de les cultiver.
comme en autre chose, les inconvénients nés des circonstances particulières où les Américains se trouvaient placés se corrigent par le développement de l'intelligence et la diffusion des connaissances utiles que partout des sociétés agricoles travaillent à répandre. De fréquentes exhibitions excitent l’émulation des cultivateurs. Ce sont parfois de véritables fêtes nationales qui attirent un concours immense et qu’on célèbre avec une grande solennité. La dernière exhibition agricole de Rochester a été présidée par M. Douglas, un des candidats à la présidence des États-Unis.
La Société agronomique de l'État de New-York tend à donner une vive impulsion aux perfectionnements de l’agriculture. Son secrétaire, M. Johnson, revient d'Europe, où il a été se mettre en rapport avec les hommes les plus habiles et étudicr les procédés les plus perfectionnés. Le musée agricole d’Albany, que je viens de visiter, est curieux en ce qui concerne les produits de l'État de New-York; mais il est loin d’offrir cette abondance et cette variété d'instruments araloires qu’on rencontre dans les grandes fermes anglaises. On m'’assure que le clod-crusher n’est pas connu en Amérique. En revanche, on m’a montré une charrue américaine forte et légère, qui opère vite et bien : les deux
PROMENADE EN AMERIQUE. 099 conditions de succès aux États-Unis. À côté, on a placé la vieille et lourde charrue française, dont on se sert encore au Canada. L'aspect de ces deux outils montre vivement la différence des deux peu-
ples sous le rapport de l'activité progressive. Je
m'enquiers naturellement du drainage, celte méthode d'améliorer les terres qui produit maintenant en Angleterre de si grands résultats, et j'apprends que, dans l'État de New-York, quatre manufactures forment incessamment des tuyaux à drainer. Il y a done un mouvement vers le progrès agricole dans cet État. On attend une nouvelle impulsion du collége qu'on va fonder à Albany, et pour lequel 100,000 francs de souscription ont déjà été recueillis, On y donnera gratuitement une instruction supérieure à soixante-quatre élèves. On y professera le droit, la médecine et les sciences. Un citoyen et une dame d’Albany ont fourni une somme considérable pour l'érection d’un observatoire : la minéralogie et la géologie y seront enseignées, surtout dans un sens pratique. Les fils des fermiers, comme me le disait M. Johnson, apprendront à leurs pères à distinguer la nature et la valeur des terrains, et leurs pères les croiront.
Albany fut, comme New-York, fondé par les Hollandais ; son nom était Fort-Orange. À la fin du
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