‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 68 sur 76 · CHAPITRE. XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE. XXVIII

Arrivée de Kossuth. — Un démocrate et un whig. — Elections de New- York. — Établissements d'utilité publique, prison, asile pour les pauvres, asie pour les enfants.

7 novembre,

Depuis quelque temps, il n’est question que de l’arrivée de Kossuth. Chez quelques-uns, l’enthousiasme est à son comble. On proclame Kossuth le libérateur futur de l’Europe. Un prédicateur a dit

en chaire que l’avénement de Kossuth était le second avénement du Christ. Dans certains journaux on déclare que le moment est venu pour les États- Unis de peser sur les affaires de l’Europe, d’y soutenir le principe démocratique. J'ai lu un article dans lequel on parlait déjà d'envoyer une flotte dans l'Adriatique attaquer l’Autriche en prenant Fiume, et une autre dans la Baltique pour bombarder Cronstadt et Pétersbourg, comme on proposait dans un troisième journal de déclarer simultanément la guerre à l'Angleterre et à la France; mais les whigs branlent la tête, et rappellent que la politique de

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Washington et de ses successeurs a toujours été de rester en dehors des révolutions européennes. On dit aussi que Kossuth s'est querellé avec l'officier du Mississipi, bâtiment envoyé au chef magyar pour le conduire en Amérique. Quelques-uns ajoutent que la trop célèbre Lola Montès, qui est sur le même vaisseau et qui fera peut-être autant de bruit, soutient que Kossuth est une attrape (humbug); mais le grand nombre est dans une sorte d’extase. Une charmante jeune personne me disait ‘hier : « J'ai toujours désiré voir un héros. » Moi-même je prolonge mon séjour à New-York moins encore pour voir Kossuth que pour avoir le spectacle du peuple américain en cette circonstance. Enfin j'apprends que le chef hongrois a débarqué à Staten-Island, et qu’il va faire aujourd’hui son entrée solennelle dans New-York par un temps magnifique.

Dès le matin, Broadway, ordinairement si calme le dimanche, est encombré par une foule immense qui se dirige vers la Batterie, promenade située au bord de la mer, d’où l’on embrasse d’un coup d'œil la rade et les deux îles placées en avant de New- York. On y jouit toujours d’une vue admirable ; mais aujourd’hui la rade, sillonnée en tous sens par des bateaux à vapeur et des barques pavoisées, la promenade, couverte de peuple et de milices

dont les uniformes et les armes resplendissent au soleil, forment un cadre éblouissant à la scène que toute la population attend avec impatience, — l'arrivée de Kossuth.

Je trouve une place dans le bâtiment appelé Castle-Garden, sur une galerie extérieure à quelques pas du point où le héros de la fête va débarquer; un coup de canon annonce son départ de Staten-Island, et le Massissipa vient droit à nous, salué de loin par les vivats et les fanfares. Il approche et touche Île rivage; mais l’imprévoyance américaine se montre encore dans ce moment, dont elle dérange un peu la solennité : la corde avec laquelle on attache le bâtiment à vapeur se trouvait être une vieille corde; elle se rompt, et le débarquement se fait sans beaucoup d’ordre sur une planche assez mal posée. Kossuth, avec son bonnet hongrois et son manteau noir, a un peu l'air d’un bon pauvre à un enterrement; enfin il entre dans une immense salle entourée de gradins; il a Ôôté son manteau ; sa tête est nue; il s'appuie sur un grand sabre, et en ce moment je lui trouve l’air noble et un certain calme plein de dignité et de douceur. Il commence à parler avec un accent marqué, mais une prononciation très-distincte ; une rumeur confuse l’empêche à plusieurs reprises de poursuivre;

il y renonce et dit qu’il ne peut être entendn et fera imprimer son discours. Est-ce, comme le prétendent ses partisans, que le peuple n'a pu contenir son enthousiasme pour écouter l’orateur, ou seraitce qu'il ÿ avait dans la foule assez de malveillants pour empêcher l'orateur d’être oui? Il se pourrait. Les Irlandais sont nombreux à New-York, et ils ne sont pas favorables à Kossuth; leurs journaux lui reprochent d’avoir été, dans ses discours en Angleterre, trop Anglais et trop monarchique, d’avoir rappelé qu'il était protestant et mal parlé des jésuites; l’archevèque de New-York, ces jours derniers, a discouru contre lui dans un meeting catholique. Toutefois l'incident de Castle-Garden est bien

vite oublié dans le vacarme de l'excitation populaire.

Après avoir passé la milice en revue, Kossuth monte avec le maire de New-York et madame Kossuth dans une voiture découverte, suivi de ses officiers et des autorités de la ville; précédé et accompagné des corps qui défilent musique en tête, il traverse New-York comme un potentat qui ferait son entrée dans sa capitale eutre une double haie de sujets. Les fenêtres sont ornées de tentures, les toits sont chargés de spectateurs, mille mains s’agitent, mille voix crient : Vive Kossuth ! Je n’ai

jamais vu toutes les apparences de l'enthousiasme à un plus haut degré que dans cette population de cinq cent mille âmes accueillant, avec un transport qui allait parfois jusqu’à la fureur, un étranger, le chef d’une nation lointaine et peu connue du grand nombre, parce qu'il apparaît à tous comme la personnification de la liberté, du droit de résistance à un pouvoir étranger. Les Américains saluaient dans l'insurrection hongroise l’image de leur propre affranchissement, et dans Kossuth un Washington magyar : c’est ce qui était universel et de bon aloï dans cet enthousiasme. Il s’y mêlait chéz quelques-uns le désir d'une manifestation favorable à l'intervention de l'Amérique dans les affaires de l’Europe; ceux-là criaient bien fort : La Hongrie! mais disaient tout bas : Le Canada et la Havane ! —Les devises et les tableaux abondaient: tantôt ils représentaient Washington, la Fayette et Kossuth; tantôt la reine d'Angleterre, le président des États-Unis et le sultan comme ayant concouru à délivrer le prisonnier ; seulement le sultan, qui a une trentaine d'années, était constamment représenté sous les traits d’un vénérable vieillard, avec une grande barbe blanche tombant sur sa poitrine.

Le soir, une procession d’Allemands est venue sous les fenêtres de l'hôtel où demeure Kossuth ;

ceux qui la composaient portaient tous des torches qui jetaient sur la foule un éclat sinistre. Ici était la partie la plus passionnée et la plus révolutionnaire des admirateurs de Kossuth; en les voyant secouer leurs torches, on se demandait si les étincelles qu en jaillissaient allaient embraser l'Europe. A onze heures, tous s'étaient retirés, et cette journée si animée, si tumultueuse, a fini sans le plus léger trouble.

Après avoir écouté les hourras de la foule, je prête l’oreille à ce qui se dit dans la conversation au sujet de l'arrivée de Kossuth et de l'effet que ses discours ont produit sur l'opinion. L’enthousiasme pour sa personne et son talent d'orateur dure encore. Ce talent est vraiment extraordinaire : je ne crois pas qu'il y ait un autre exemple d'un homme improvisant avec cette éloquence dans une langue qui n’est pas la sienne ; mais on commence à blämer son début. Après avoir montré tant de tact dans les paroles qu’il a adressées aux Anglais, il n’a pas bien pris les Américains. Le pied à peine posé sur leur sol, il leur à mis pour ainsi dire le marché à la main, demandant qu’ils consentissent à prêter un appui moral à la cause de la Hongrie. Au milieu de l'excitation du moment, le bon sens américain ne s’est pas endormi. On a compris à quoi pouvait

conduire cet appui moral. L'opinion publique a reculé, comme craignant une surprise. J’ai ren contré déjà des partisans de Kossuth, consternés d’être obligés de le désapprouver. Ceux, au contraire, qui craignaient son influence, sont ravis de le voir mal engagé. On croit qu’il n’a pas été bien renseigné. Pour m'expliquer ce défaut d’habileté en Amérique chez un homme qui a montré tant d’habileté en Angleterre, je suppose qu’on lui aura dit : « Les Américains sont ardents et leurs ardeurs ne durent pas; profitez de l’enthousiasme du premier moment, demandez, obtenez d’abord, et ensuite ils ne pourront plus reculer. » — Mais cn ne fait pas faire facilement aux Américains un marché malgré eux. Au milieu du transport qui semblait les aveugler, ils ont vu le piége, et ils ont reculé, comme ces hommes qui, dans l'ivresse, suivent leur chemin cet rasent Île fossé sans y tomber. Kossuth aura encore des ovations, mais je crois qu'il n’obtiendra nul appui sérieux de l'Amérique.

Je vois tomber d’accord sur ce point les hommes des deux partis : les démocrates avec répugnance, et les whigs avec empressement. Le bon sens l’emporte chez les uns comme chez les autres. Chaque jour, du reste, je puis me convaincre davantage combien les nuances de parti empêchent peu ici

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 317 les citoyens éclairés de s'entendre sur ce qui est fondamental dans la politique de leur pays. Je demande la permission de citer pour exemple deux des hommes que je vois et considère le plus, — M. Sedgwick, démocrate sage, et M. Kent, whig éclairé. M. Sedgwick, avec lequel je suis venu d'Europe, a été ma providence en Amérique. Partout ses recommandalions m'ont suivi et m'ont protégé auprès des hommes de tous les partis. Le premier Américain qu’il m'a présenté élait un planteur virginien. I] l’a fait en ces termes : « Voilà M. H..., affreux aristocrate que j'aime beaucoup. » Et le très-aimable aristocrate le lui rendait bien. Comment n’aimeraiton pas M. Sedgwick, avec la franchise de ses manières, la loyauté de son caractère, la vivacité et l'ouverture de son esprit? Pendant que j'étais à New-York, bien peu de jours se sont écoulés sans que je l’aic visité dans son office, saisissant à la volée quelques moments pour lui parler; mais la vie d’affaires est si active aux États- Unis, qu'il m’échappait sans cesse. Je m'en dédommageais en allant, chaque semaine, passer le dimanche dans sa maison de campagne de Long- Island. Là, accueilli par son aimable famille comme un ancien ami, je voyais de près cette existence intéricure des Américains, hospitalière et com-

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fortable dans sa simplicité. La conversation ne languissait jamais. M.Sedgwick me parlait, si je voulais, de l'Italie, où nous nous sommes rencontrés; de la France, de Paris, où il est venu jeune, attaché à la légation américaine, sous la présidence de Jackson, qu'il a connu, qu'il a admiré, qu'il admire encore comme un chef de parti incomparable. Jackson, célèbre par sa bravoure et ses duels, par sa défense de la Nouvelle-Orléans, vainqueur habile et, dit-on, cruel des Séminoles, nature fougueuse qui savait se maîtriser au besoin, Jackson fut le parti démocrate président. Il partagea, il excita les passions de ce parti contre l’autorité fédérale, dont il était investi lui-même. Tribun armé au pouvoir, il conspira constilutionnellement contre le pouvoir. Il fut le Marino Faliero légal de la république, avec cette différence qu’il triompha. Singulière puissance des institutions américaines! Jackson avait l'instinct du despotisme et l'illustration militaire ; ailleurs, il eût mis la'liberté en péril; aux États- Unis, il fut contraint d'employer son ascendant et son ambition à restreindre sa propre prérogative.

À l'extrémité nord de New-York, dans le beau quartier, habite M. Kent, fils du chancelier Kent, auteur d’un commentaire sur la législation américaine, l'ouvrage de jurisprudence le plus important

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 019 qui existe aux États-Unis. Le chancelier Kent était un homme de la famille des fondateurs de la république, partageant les opinions des fédéralistes, qui étaient les conservateurs; 1l a transmis ses opinions à son fils. En lui, je trouve comme un représentant de cette première génération si ferme et si pure, encore anglaise par la culture de l’esprit, la direction des idées, le caractère. Cependant M. Kent est très-bon Américain, mais à la manitre d'Alexandre Hamilton. Aussi ce sage et courageux patriote est-il demeuré pour lui l’objet d’une vénération particulière. Il m’a montré le portrait d'Hamilton avec une émotion qui me gagnait quand Jj'entendais M. Kent me raconter l'histoire de cet admirable jeune homme. Après avoir combattu au premier rang avec la Fayette et Rochambeau, Hamillon se montra dans le Féd‘raliste un écrivain politique supérieur, et se trouva être un secrétaire de la trésorerie capable de relever les finances des États-Unis. Sa mort soudaine et prématurée donne encore plus d'intérêt à sa mémoire. Il tomba dans un duel, tué par un homme d'une célébrité bien différente, Aaron Burr, le seul ambitieux et le seul vicieux parmi les hommes de la révolution américaine, comme Arnold fut le seul traître. Pendant les négociations avec l'Espagne au sujet de la navi-

gation du Mississipi, cette puissance tâcha de détacher quelques États de l'intérêt commun, en leur offrant des avantages qu’elle refusait au congrès. Aaron Burr se jeta dans ces intrigues. On ne sait pas bien jusqu'où elles allèrent et jusqu’à quel point lui et ceux qui l’entouraient se laissèrent entrainer à la perspective d’un pouvoir indépendant dans l'Ouest ou même d'une couronne. Dans tous les cas, cetteambition fut punie comme elle le méritait : le Catilina manqué, acquitté par ses juges, mais entièrement déconsidéré, traîna dans le mépris, durant une vie très-longue, le souvenir de ses rêves d’usurpation. Après avoir erré en Europe, où M. de Talleyrand, qui pendant son séjour en Amérique avait apprécié la supériorité d'Hamilton, refusa de le recevoir, Aaron Burr revint à New-York pour y être un petit procureur hargneux et détesté. IT fut condamné, à quatre-vingts ans, dans un procès de mœurs, et porta toute sa vie le malheur d’avoir tué Hamilton.

J'ai parcouru avec M. Kent la ville de New-York, occupée en ce moment à faire ses élections. Les élections des différents États ont cette année une imporlance particulière. On y cherche un indice de la tendance qui prévaudra l’an prochain dans l'élection du président. On croit généralement que

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le triomphe sera pour les démocrates. Les murs sont couverts des listes des noms auxquelles se sont arrêtés les différents partis. J'ai lu aussi une proclamation du gouverneur qui promet 100 dollars de récompense à qui fera connaître un vote illégal. C'est toujours le même principe. La police de l'élection est remise aux mains de tous, et 1l y aura une bonne récompense pour celui des agents de celte police universelle qui fera le mieux son devoir.

Nous entrons dans plusieurs salles d'élection ; elles sont en général fort paisibles. Dans le quartier des Irlandais, on se donne quelques coups de poing à la porte. Il paraît qu’il y a eu du tumulte dans une autre salle, que les policemen ont été appelés, et que mème la boîte qui contenait les suffrages a disparu. À Baltimore, un électeur à reçu un coup de couteau. Ge sont des désordres réels; mais, comme ils tiennent à des canses particulières et non à l'excitation générale d’un parti, en les déplorant on n’en est pas effrayé. On sait de plus que, les élections terminées, toute agitation cessera. Souvent, pendant qu’elles durent, les démonstrations des partis sont menaçantes : on fait des processions, on porte des bannières, on crie; on se montre le poing; dès que la voix de la majorité a

parlé, tout le monde se tait ct se soumet. En Amirique, il y a quelquefois du désordre le jour des élections, mais le lendemain jamais. |

On ne peut quitter New-York sans visiter l’ensemble d'établissements d'utilité publique, hospices, prisons, asiles, situés dans l’île Blackwell et l'île Randal. C’est aux États-Unis que s’est enté le plus en grand le système de l’amélioration morale par les pénitenciers. Comme je visitais celui de l’île Blackwell un dimanche, les détenus étaient dans : la chapelle. Dans cet établissement, on suit le système d’Auburn, c’est-à-dire que les détenus ne sont séparés que la nuit dans leurs cellules, et le jour travaillent en commun et en silence. Je m’informe du genre de punition adopté, sachant que la grande difficulté que présente le système d’Auburn, c’est de maintenir le silence et d'empêcher les condamnés qui travaillent en commun de s’entendre par signes. En Amérique, cette difficulté a été levée par le nerf de bœuf. Il paraît que nul châtiment moins positif et moins immédiat n’a le même effet. L'emploi obligé d’un tel moyen de répression et la répugnance qu'il inspire forment même un des principaux arguments qui, en Europe, ont éloigné les publicistes les plus distingués du système d’Auburn et les ont inclinés vers le terrible système de

la séparation complète et perpétuelle des condamnés, le système pensylvanien. Il était donc intéressant pour moi de savoir quels châtiments on inflige dans le pénitencier de Blackwell. Le gardien m’apprit qu’on emploie les douches pour les deux sexes, punition qui est très-redoutée, et le fouet pour les hommes; quant aux femmes, elles ne doivent pas être frappées, mais, dit le gardien en souriant, elles reçoivent bien quelques taloches (slap).

Un renseignement plus curieux à cet égard est celui qu’un heureux hasard me permet de recueillir de la bouche d’un ancien directeur de la prison de Sing-Sing, qu’on à fait bâtir par les prisonniers eux-mêmes, et où l'on suit le système d'Auburn. M... a dirigé l'établissement de Sing-Sing pendant quatre ans. Îl à voulu essayer de se passer du fouet pour la discipline de la prison. Son prédécesseur employait quinze cents ou deux mille fois ce mode de punition dans l’espace d’un mois; M. … est parvenu à ne pas l’employer du tout. Voici comment il s’y est pris. Il s’est bien gardé de parler à qui que ce fût de son intention, de la laisser soupconner aux gardiens el surtout aux détenus. Seulement nul autre que lui ne pouvait ordonner la peine en question. Peu à peu, toujours sans rien dire à personne, il a rendu cette peine plus rare et a fini

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par ne plus l'appliquer: mais l’on doit remarquer que, bien qu’à Sing-Sing le châtiment du fouet ne fût pas employé, la menace de ce châtiment existait toujours. Ainsi la question n’est pas encore entièrement résolue. D'ailleurs une seule expérience ne peut suffire; celle-ci n’est pas moins intéressante par l'adresse avec laquelle elle a été exécutée et par les résultats qu’elle a produits. Je la livre aux réflexions des hommes spéciaux à titre de document.

À quelque distance du pénitencier est une maison pour les pauvres (alms-housc). Ts sont bien logés, ont bon air et belle vue. Ceux qui peuvent travailler travaillent. En ce moment on bâtit un work-house qui sera un bâtiment magnilique. Je n'aime pas à m'arrêter dans les hospices d’aliénés : il me répugne d’être spectateur de celte misère qui s’ignore elle-même. Ce qu'il y a de plus douloureux, c’est qu’elle est souvent ridicule. J'ai vu en passant, dans l’hospice des aliénés de Blackwell- Island, une femme qui croit être le président des États-Unis.

De tous ces établissements, le plus intéressant c’est l’asile des enfants dans l’île Randal. On y recueille les enfants que leurs parents ne peuvent soigner ou que l'on trouve dans les rues livrés à eux-mêmes. On les rend ensuite à leurs familles,

si elles sont en état de s’en charger, ou bien on les place soit en apprentissage, soit chez des cullivateurs, En ce moment, il y a dans l'établissement 1,200 enfants ; il en passe ici 4,000 par an. Cette institution et les écoles ont eu pour résultat de supprimer cet être corrompu et dangereux qu’on appelle le gamin. Je ne me rappelle pas en effet l'avoir rencontré dans les rues de New-York. Rien n'est plus touchant que ces 1,200 enfants, bien soignés, bien propres, assis sur leurs petits siéges tout autour de salles vastes et aérées. J'ai eu un plaisir que je ne saurais rendre à les voir manger avec l’appétit de leur âge après qu'un d’eux a prononcé la prière et tandis qu’un autre faisait la lecture pendant le repas avec une charmante gravité, puis chanter sous la direction de deux agréables jeunes filles. Une bonne dame, à l'air très-maternel, les soigne, comme si elle était vraiment leur mère, Il est impossible de recevoir d’un établissement de charité une impression plus douce que celle qu’on emporle de l’île Randal.

Tout cet ensemble d'institutions utiles est dirigé par des gouverneurs : ce sont des négociants considérables de New-York qui donnent gratuitement une part de leur temps à l’administration de ces établissements. En Angleterre, les grands proprié-

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