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Promenade en Amérique [microforme]

Une Étude sur J.-J, Ampére, ce littérateur polygraphe et complexe, cet esprit trois fois distingué, dont la valeur individuelle est si intimement liée aux maitres, aux amis, à toute la génération qu'il représente, et à l'ensemble du mouvement intellectuel de son époque, une telle Étude exige un premier coup d'œil et un aperçu qui eme brasse rapidement le progrès antérieur et l'état de la littérature comparée en France au moment où il y intervint, car Ampère, à son moment, a peut-être été le critique et l'historien le plus curieux, le plus à l'affût et le mieux informé des littératures étrangères, le plus attentif à les interroger et à nous les présenter dar: leurs vivants rapports avec la nôtre, Il s'est intitulé en quelques-uns de ses livres le critique en voyage : littéralement ou au moral, il l'a été de tout temps.

La branche d'étude qui est comprise sous le titre de littérature comparée ne date en France que du commencement de ce siècle, On ne saurait, en effet, ranger sous ce nom les modes successives et les invasions de littératures étrangères, italienne ou espagnole, qui signalérent la seconde moitié du xvi* siècle et la première du xvri. On lisait les auteurs d'au dela des monts, on les imitait, on les copiait avec plus ou moins de discernement, on les citait parfois avec

Il JÉAN-JAGQUES AMPEÉRE

à-propos; mais il ne se faisait point à leur sujet d'examen ni de comparaison critique. On ne saurait contester cependant que des littérateurs instruits et consommés, tels que Chapelain, Ménage et l'abbé Regnier des Marets, ne fussent sur la voie d'une juste come paraison à établir entre la littérature française et les littératures du midi, Des la fin du xvnt sicele et au commencement du xvinr, ce fut dans l'école et la postérité iumédiate de Racine que s'annoncerent les premiers signes d'attention donnés à la littérature et à la poésie anglaises, M, de Valincour estimait les beaux passages de Milton à l'égal des plus belles scènes de l'{Hiade, Racine fils faisait entrer dans <s Réflexions sur la Poésie l'examen du Paradis perdu. Voltaire enfin, le premier, inaugura véritablement chez nous la connaissance de la littérature anglaise; mais c'était surtout les idées qu'il avait en vue, il S'en emparait et s'en servait comme duñe arme dans la lutte, comme d'un instrument d'inoculation philosophique, bien plutot qu'il n'y cherchait matière et sujet à une comparaison impartiale et critique, Aussi, après une première et rapide information de Shakspeare, passa-t-il vite à l'impatience et à la plaisanterie, Le Tourneur, et cette école d'humbles traducteurs estimables, contribuaient plus eflicacement à préparer les esprits à une connaissance étendue des ouvrages d'outre-Manche; mais ces traductions ellesmêmes m'osaient tout rendre; on hésitait, on reculait devant Îles originaux ; on avançait bien lentement, et en ce qui était de l'autre côté du Rhin et de l'Allemagne on en ignorait tout : Grimm et le erand Frédérie, c'est-à-dire les plus Français d'entre leurs compas triotes, suflirent longtemps aux Parisiens conne échantillons uniques, Ce ne fut qu'au sortir de la révolution qu'un genre de curiosité purement intellectuelle, le besoin de savoir ce qui se pensait et s'écris vait au dehors, vient s'emparer de quelques esprits studieux, bien isolés dans le principe etse tenant tout à fait à l'écart de la littérature en vogue et des académies, Charles Villers, Benjamin Constant, et d'après eux madame de Staël, donnérent les premiers l'exemple de cette noble curiosité intelligente, Sismondi, pour sa part, dans ses

y aida: mais ce fut surtout le modeste,

cours professés à Genève,

JEAN-JACQUES AMPÈRE Il

savant et désintéressé Fauriel qui fonda réellement chez nous cette étude méthodique et approfondie, Entièrement libre et dégagé des préjugés d'école, des soucis de rhétorique et de tout besoin d'effet, sans aucun empressement d'amour-propre et uniquement appliqué aux choses, il aspira à tout savoir, et à savoir de source et d'original, apprenant d'abord les langues et ne jugeant les œuvres qu'en elles-mêmes, Le sanserit, l'arabe, le grec, même le grec moderne et vulgaire, l'allemand, les langues romanes, l'italien comme s'il était de Florence, que n'apprit-il pas durant les vingt premières années du siècle qu'il passa sans presque rien produire et accumulant sans cesse? Seulet dans le silence du cabinet, il avait devancé et préparé le mouvement qui ne se dessina guère d'une manière sensible qu'après la seconde Restauration, à partir de 1819, IT apportait en toute littérature la méthode historique et linguistique la plus éloignée des admirations elassiques solennelles et consacrées, en s'abstenant toutefois de toute réaction ouverte et déclarée contre nos demidieux nationaux et nos idoles régnantes ; mais son procédé calme, net ef fin, étendu, positif et ne s'appuyant que sur des textes, guérise sait de toute superstition littéraire, bien mieux que n'eussent fait les invectives passionnées ou les déclamations oratoires, Il renouvelait ainsi dans ses fondements la critique que d'autres s'occupaient à orner et à embellir par les dehors, Le nouveau, le simple et le primitif, les racines en tout et la fleur premiére avant le fard et le luxe de seconde main, avant la superfétation de culture, avaient sa prédilection presque exclusive, De près et pour ceux qui étaient une fois en rapport avec lui, il était l'esprit investigateur par excellence ; il exerçait sur eux une action intime et décisive, Parler d'Ampère sans avoir fait d'abord la place et la part de Fauriel, ce serait parler du fils sans avoir indiqué son parent et vrai père intel= lectuel, car le vrai rôle d'Ampère, à bien des égards, c'est d'avoir été un Fauriel jeune, vif, extérieur, communicatif, chaleureux et intéressant, Quinet l'appelait Fauriel IL.

J.-J. Ampère, né à Lyon en août 1800, fils du savant géomètre et

physicien illustre, fut élevé et nourri à Paris à partir de 1804, I

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