‹ Promenade en Amérique [microforme]Chapitre 19 sur 64 · JEAN-JACQUES AMPÈRE KXXI · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES AMPÈRE KXXI

profondeur, la finesse et la tristesse élevée qu'il exprimait dans toute sa personne, par ce qu'il montrait de talent et par ce qu'il en laissait à deviner, il réalisa pour Ampére le mode d'amitié que celui-ci ne pouvait se passer d'avoir devant les Yeux. La Correspondance de Tocqueville, depuis l'année 1859 jusqu'à la fin en 1859, est remplie de témoignages de tendresse et de mutuelle confiance, Tocqueville consulte Ampére sur ses lectures, sur ses éerits, sur les deux derniers volumes de sa Démocratie en Amcrique, et l'ami con sulté ne manque pas de trouver, contrairement au jugement du public, ces deux derniers volumes encore supérieurs aux premiers, Ampère n'était pas pour ses amis un critique trés-sûr; l'affection le fascinait. En retour, Tocqueville trouvait trés-beaux les vers d'Ampère à lui adressés : comment en t-il été autrement ? IT lui parlait de son César, ce drame en vers, et il lui écrivait : «J'ai grande impas tience de revoir César embelli encore! » Un vrai critique lui eût dit : « Laissez ce César, c'est une erreur. » Je ne sais même si je ne me hasardai pas, un jour que je rencontrai mon ancien ami, à le lui dire un peu brusquement : il me répondit avec infiniment de douceur et d'indulgence pour ma boutade que tout le monde, parmi ses amis, n'était pas de mon avis. Il y a des degrés d'intimité et de complaisance qui ne laissent pas jour au jugement ; mais, si elle avait en ce sens quelques faiblesses et mollesses inévitables, cette noble amitié avait en soi bien du charme et de la saveur. Il y à au château de Tocqueville une chambre dans une tourelle, loin de tout bruit, une étude isolée, comme eût dit Montaigne, qui était à Ampère et qui portait son nom. Les domestiques continuaient de dire : «la chambre de M, Ampère », mème lorsque vers la fin il était infidèle et qu'il ne venait plus, € À partir du 3, lui écrivait Tocquevillle (26 septembre IS42), je vous attends, où plutôt nous vous attendons, nous, le billard, l'allemand, la tourelle, et surtout beaucoup d'amitié et un immense désir de vous tenir longtemps dans nos épaisses murailles, à l'abri des soucis, des agitations d'esprit, et j'espère aussi de l'ennul... » Ampére, dans ces séjours à Tocqueville, était bénédictin à

son aise tout le jour et brillant de verve tous les soirs, Cette amitié

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