‹ Promenade en Amérique [microforme]Chapitre 22 sur 64 · XXXIV JEAN-JACQUES AMPÈRE · texte numérisé non relu

XXXIV JEAN-JACQUES AMPÈRE

qui avait concentré son orgueil et sa tendresse sur une jeune femme aimable {, amie de l'esprit et profondément atteinte dans sa santé.

Ampère, dans les années suivantes, eut l’occasion de se lier plus particulièrement avec les mêmes voyageurs que l'Italie avait fixés, et quand il s’aperçut que sa conversation d'une ou deux heures chaque après-midi était un intérêt, un soulagement, peut-être un besoin pour la délicate malade, il n'y tint pas ; son imagination si voisine de son cœur s’enflamma, et il enchaina de nouveau sa vie. L'intimité avec Tocqueville ne fut pas sans s’en ressentir. Cet ami, dont la santé continuait elle-même de s’altérer de plus en plus, appelait des sollicitudes et des soins qu'il était impossible de partager à distance entre deux affections presque égales ; mais déjà cette égalité n'existait plus. Tocqueville, avec le tact qu’il portait en toutes choses, fut le premier à pressentir, puis à constater le changement, et, allant au-devant des scrupules de son ami, il s’appliqua à le tranquilliser, à le dégager. Il écrivait à Ampère le 1® janvier 1858 :

«.…. Je désire du fond de mon âme que vous soyez heureux, quand même ce serait loin de nous. Ceci me ramène à ce que vous me dites dans votre dernière lettre... Cette lettre m'a causé un certain chagrin dont vous ne -devez pas me savoir mauvais gré ; elle a achevé de me prouver qu'il s'était fait un changement considérable dans votre vie, ct que d'iei à longtemps il n'y avait point d'espérance de vous voir, si ce n'est en passant et pour peu de temps. Le centre de votre existence est désormais à Rome : nous ne sommes plus que l’une des extrémités de la circonférence. Voilà le côté triste de l'affaire, et il faut nous pardonner, si nous le voyons et nous en affligeons un peu. Le bon côté que nous voyons aussi, c’est que vous menez, après tout, la vie que vous avez choisie, qui vous plait, et qui renferme en effet bien des choses de nature à plaire. La société d’une famille aimable et distinguée, des habitudes agréables sans lien trop étroit, et, pour couronner le tout, le séjour de Rome, voilà ce que notre amitié si sincère se dit pour la consolation de ne pas vous voir. Je vous assure avec toute sincérité que cette

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