‹ Promenade en EgypteChapitre 8 sur 18 · TEMPLE . . — ■— -— , . ^. , . , __ · texte numérisé non relu

TEMPLE . . — ■— -— , . ^. , . , __

DE | KALABCHEH A- ...

trouvons devant Philœ. Toute la matinée du lendemain est consacrée à visiter les monuments dont l'île est couverte : le temple de Nectanébo, le Grand Temple, le kiosque de Tibère. L'île de fhilœ est, au point de vue archéologique une merveille unique ; elle est aussi une merveille de grâce décorative et, de quelque côté qu'on la regarde du dehors, elle forme l'un des plus ravissants tableaux naturels que la nature ait com posés. Il faut ardemment souhaiter que les Bai>

bares qui ont projeté la destraction de l'île de Philœ sous prétexte de construire des barrages qu'on pourrait parfaitement édifier ailleurs, ne parviennent point à consommer leur œuvre de Vandales....

Nous entrons dans une petite barque, pour nous rendre à la cataracte. Le Nil resserré, coule furieusement entre les barrières de rochers. Nous laissons à droite l'île de Bigeh, chaos de blocs, entre lesquels se distinguent encore des ruines, puis à droite, l'îlot d'où jaillissent les deux tuyaux d'orgue de pierre. De quelque côté qu'on tourne les yeux, on aperçoit, pareils aux débris d'un gigantesque cataclysme, les amoncellements de blocs granitiques, si durs que, depuis des siècles, le courant les frôle sans les entamer. Et toujours, même dans les coins les plus arides, des palmiers élancés jaillissent, inclinent sur les pierres, la grâce de leurs palmes dentelées. Le tournant du fleuve est si brusque qu'il semble un moment qu'on soit dans un lac sans issue : mais tout à coup, le Nil s'échappe à droite; on aperçoit un petit port et un village rempli d'indigènes, de chameaux, d'ânes, l'horizon s'élargit, les rapides commencent : la barque file comme une flèche sur les eaux, qui se précipitent, tantôt mugissantes, irrésistibles, tantôt formant ces plaques

huileuses, qui sous leurs cercles trompeurs, dissimulent les récifs. Il n'y a pas plus de chute ici qu'à la seconde cataracte, mais un courant terrible et de formidables remous. Un nègre, à cheval sur une pièce de bois, se meut avec aisance en pagayant des deux mains : il nous demande l'inévitable backchich pour traverser la cataracte. Au même moment, un solide ,coup de barre nous fait aborder à gauche juste audessus du grand rapide. Surlarive, nous sommes assaillis par des bandes d'indigènes petits et grands, uniformément nus ; parmi eux, des gamins qui n'ont certainement pas dix ans. Il faut toute l'éloquence des courbaches pour nous préserver de leurs obsessions. A peine sommesnous arrivés sur le rocher qui domine le grand rapide, que toute la bande se précipite dans le courant, les uns à cheval sur une pièce de bois, les autres sans autre aide que leurs bras. Ils se laissent emporter, rouler par les remous ; tantôt ils filent sur l'eau noire et tantôt apparaissent dans l'écume; en un moment, les uns sont jetés sur le bord où ils se raccrochent, tandis que les autres, plus hardis, traversent tout le rapide et se dérobent ensuite au courant par de violentes brassées. Et deux minutes après, tous ces gaillards, nus comme des vers, de retour

auprès de nous, s'alignent militairement, tandis que le « cheick des rapides » vient nous réclamer le backchich traditionnel. C'est un spectacle d'un haut comique.

Je n'entreprendrai point de décrire les monuments qui ornent l'île de Philœ : c'est affaire aux livres spéciaux : Karnak, Medinet-Abou, impressionnent surtout par leurs proportions gigantesques : ici il y a moins de force et plus de grâce- — nous sommes, il est vrai, dans la « mauvaise époque » car presque tous les monuments datent des temps romains. J'ai dit que de quelque côté qu'on regardât Philœ du dehors, elle formait un tableau ravissant, presque trop composé : qui ne connaît la gracieuse silhouette du kiosque de Tibère, si élégamment posé au bord du fleuve, avec son coin de muraille à demi caché par les broussailles, qui baigne dans le Nil où presque toujours stationne ou passe une barque aux mâts penchés ? Dans l'intérieur de l'île, si accidenté, les perspectives qui se démasquent à chaque pas ne sont pas moins charmantes. I] est délicieux de s'y promener aux heures tombantes du jour, lorsque les touristes méthodiques ont exécuté ] eur programme et sont rentrés à Assouan : on passe delà colonnade d'Isis, où le lotus des chapiteaux se rapproche du style corinthien, aux pylônes,

ornés d'immenses images gravées, malheureusement grattées par les conquérants barbares;

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