KIOSQUE DE TIBÈRE DANS L'ILE DE PHILOE
têtes, un énorme bloc de granit laissé sur place, a été encastré dans la muraille, taillé verticalement et couvert de hiéroglyphes. Toujours çà et
là, la monotonie des ruines est égayée par des palmiers . Quand on a examiné ces choses en détail, il faut revenir se placer sur le rocher qui forme un promontoire élevé au sud-est de l'île; de là, tournant le dos au courant du fleuve, on embrasse tout : les colonnades, les pylônes, le kiosque de Tibère, comme enchâssés dans un cadre de verdure ; à gauche, le chaos de Bigeh, au loin, par devant, les flancs dorés de la chaîne arabique, où, sur les flancs tourmentés passent des ânes porteurs; à droite enfin, Chellal, avec sa flottille, ses bouquets de palmiers, sa gare champêtre. Et si l'on a la chance de se trouver devant ce tableau à l'heure où les rayons du soleil couchant dorent les montagnes et les amas de pierres taillées, on a certainement vu l'un des plus magnifiques spectacles qu'il soit donné àl'homme de contempler.
Le soir, revenus à Assouan, nous faisions une dernière promenade au bazar ; cette fois, nous commencions àressentir les tristesses des départs. Le lendemain, dès l'aube, le Rameses the great, notre nouvel hôtel ambulant, nous emportait sur le Nil et le soir même, au coucher du soleil, nous atteignions Louqsor. Sur le quai, le brave Gattass m'attendait et j'organisais sans tarder une rapide excursion pour le lendemain matin.
Cette promenade, que je fis seul, avec Gattass est encore un des bons souvenirs de mon voyage : à sept heures du matin, une barque nous transportait sur l'autre rive, où nous attendaient deux ânes bons trotteurs, ou plutôt galopeurs. Nous partîmes à fond de train dans les verdures ; en moins de trois heures, nous revîmes le Ramesseum,Deir-el-Bahari, les Colosses, Medinet-Abou. Mes amis, les marchands de bibelots, couraient auprès de nous, montrant leurs trésors dans leurs mouchoirs noués : « Qh! ... good! ... Antiquel... » Gattass me donnait des renseignements sur sa propre vie et sur celle des siens dans ce pays de ruines ; les temples déserts parlaient plus éloquemment à ma pensée... Quelles heures charmantes ! ,
Nous étions de retour pour le déjeuner; peu d'instants après la sirène sifflait et, nouveau serrement de cœur, il nous fallait dire adieu à Louqsor. Adieu, ô vieille Thèbes, mère de la civilisation! Tes restes colossaux sont un des grandioses repères qui attestent l'antiquité de la pensée créatrice et coordonnée ; ta gloire, inscrite sur les pierres, est encore chantée par chaque tombe qu'on entrouvre; ton sol, pavé de hiéroglyphes et semé de papyrus, parle si haut d'histoire que les Barbares ingénus campés sur tes
ruines s'entretiennent de ton passé comme d'une aventure récente, de tes Ramsès comme de souverains d'hier, majestueux et bienveillants! Le passant pieusement saisi parla grandeur sereine, emporte le moindre débris de tes monuments ou de tes tombes, espérant qu'il lui rappellera à la fois sous son ciel brumeux, parmi ses usines, et les temples qui agrandirent sa pensée, et les flancs de la montagne libyque que le soleil couchant embrasa toujours de ses feux sacrés.
Kenéh. — Sur le chemin d'Abydos. Les temples de Seti Ier et de Ramsès II. — La Nécropole. — Assiout. — Retour au Caire.
Kenèh, pays des gargoulettes poreuses dont TEgypte fait une si grande consommation, n'est pas tout à fait au bord du Nil, par où, cependant se font presque toutes les expéditions. Au moment de notre arrivée, de nombreuses barques sont amarrées au rivage : elles portent des gargoulettes de toutes les dimensions : d'énormes, destinées à contenir la provision d'eau des ménagères indigènes, de moyennes, de petites enfin, pareilles à celles qui, sur notre table, maintiennent l'eau du Nil si délicieusement fraîche. Une galopade d'ânes nous conduit à la ville, assez importante pour que la France y entretienne un agent consulaire : les nombreux potiers de Kenèh travaillent la terre dans la cour de leurs maisons, au moyen de tours du modèle le plus simple ; les formes qu'ils donnent aux gargoulettes ne manquent pas de grâce ; le bazar, au milieu du-
quel défile notre caravane est animé comme toujours, mais ne présente aucun intérêt spécial.
Après une nuit passée à Dishneh, le 1er mars au matin, nous nous remettions en route pour Bellianah, où aboutit le chemin d'Abydos. Cette excursion est je crois, la plus rude course à âne du voyage, mais c'est aussi Tune des plus attrayantes ; la campagne, uniformément plate est toute pareille à celle du Delta : un océan de céréales verdoyantes, blés, lupins, fourrages artificiels, d'où jaillissent, pareils à des îlots, les villages couverts de palmiers. Tandis que notre caravane serpente dans les sentiers en zigzag, une vie intense s'agite autour de nous : dans les champs, des fellahs et des fellahines travaillent, entourés d'enfants et d'innombrables animaux domestiques: buffles, bœufs, chameaux, ânes, moutons, chèvres, attachés à des piquets ou paissant librement. Des myriades d'oiseaux de toute espèce, corbeaux au plumage cendré, allouettes huppées, et ces échassiers blancs au col élégant que nos yeux européens ne sont pas accoutumés à voir de si près, se posent effrontément à quelques pas de nous et se dérangent à peine pour nous laisser passer. Des enfants demi-nus lancent contre eux, à l'aide d'une fronde en paille tressée, des mottes déterre dur-
ABYDOS
cies et viennent aussitôt nous offrir de nous vendre leur arme rustique. D'autres soufflent dans des chalumeaux et, bientôt cette musique doucement monotone, se fixe dans la mémoire comme l'accompagnement obligé du paysage. Toujours retentit l'éternel cri d'Orient : backchich! backchich! Il n'a pas un nuage au ciel, mais une brise légère rend la température agréable...
Au bout de deux heures de chevauchée, nous atteignons les bouquets de palmiers qui marquent la fin des cultures ; une longue file de chameaux, chargés de pierres, suit un sentier parallèle au nôtre. Derrière le rideau d'arbres, le sol aride se redresse en une série de petits mamelons jusqu'à la chaîne lybique peu élevée en cet endroit; les sables qui avaient recouvert les ruines d'Abydos, formaient les premiers de ces mamelons. Que dire du temple de Seti Ier, sans entrer dans les notices historiques ou descriptives que je me suis volontairement interdites? les livres spéciaux insistent avec raison sur la beauté des peintures qui ornent les dernières salles intérieures : elles valent, au point de vue de la fraîcheur du coloris, celles de Denderah et de Kalabcheh et elles sont plus importantes. Après avoir fait la station traditionnelle devant la fameuse « table d'Abydos » qui fournit l'une
des listes des dynasties égyptiennes, nous déjeunâmes à l'abri des colonnes, au milieu de ces merveilles. Le temple de Seti 1er, présente un intérêt suffisant, par son étendue, par son état de conservation, par ses peintures, pour produire une émotion, même après Karnak, même après Abou Simbel ; mais il faut, pour la ressentir, après s'être soustrait à la bande enragée des quémandeurs, que les gardiens maintiennent heureusement dans les cours, fuir encore le drogman et son troupeau de snobs bruyants...
Du temple de Ramsès II bâti à quelques centaines de mètres de là, il ne reste que les murailles, rasées à hauteur d'homme. C'est dans laNécropole voisine, — Kom-es-Soultan — qu'ont été trouvées la plupart des stèles qui enrichissent nos musées. Ainsi toujours, en Egypte l'histoire sortit des tombes...
Après avoir fait une rapide visite à un monastère copte, un peu plus au nord, la caravane traverse la bordure de palmiers et reprend à travers champs, le chemin de Bellianah, toujours poursuivie par les offres des marchands d'antiquités. De très loin, dans la plaine, les grandes voiles des barques qui glissent sur le Nil invisible semblent des mouettes gigantesques, rasant les verdures...
ABYDOS
Maintenant, le Nil égyptien et nubien nous a dévoilé toutes ses richesses : le voyage dans l'inconnu est terminé; nous n'avons plus qu'à regagner le Caire. Sur le bateau, on ne s'ennuie pas plus qu'au premier jour. Le Rameses-the-Great compte parmi ses passagères^ plusieurs jeunes Américaines : chaque soir, elles organisent des sauteries sur le pont ; et jusqu'à onze heures, notre hôtel ambulant retentit des sons du piano et des éclats d'une bruyante gaieté. Le 3 mars, après-midi nous nous retrouvons à Assiout. L'arrêt y est suffisamment long pour qu'on puisse, en traversant le bazar, retourner sur la crête de la chaîne lybique d'où Ton jouit d'une inoubliable vue sur la ville et sur la nécropole. Le lendemain àRodah, le bateau mouille devant une sucrerie. Enfin, le dimanche 4 mars, vingtseptième jour de notre départ du Caire, les deux minarets élancés de la mosquée Mohammed-Ali, se détachent à droite sur le ciel, dominés euxmêmes par l'imposante crête du Mokattam. Nous apercevons successivement à gauche les pyramides de Meydoum, de Dahchour, la pyramide à degrés de Saqquarah, enfin celles de Gizeh. Les palais du Caire sortent de la brume, de plus en plus nettement dessinés. Nous tournons à droite autour de l'île de Boulaq ; des rangées de barques
immobiles près d'un marché dressent vers le ciel leurs mâts où perchent des corbeaux effrontés; ce bras du fleuve est bordé par les ruines pittoresques du Yieux Caire, avec ses ruelles étroites sur lesquelles surplombent des moucharabies délabrées.
Il faut dire adieu à notre hôtel flottant : nous aurions quelque tristesse à le quitter, si le Caire ne nous avait laissé les mêmes regrets. En attendant les voitures des hôtels, nous nous amusons aux manœuvres de l'intendance qui embarque sur leRameses-the-GreatAes provisions de bouche pour le nouveau voyage de vingt jours. Un moment après nous avons une assez grosse déconvenue : il n'y a plus une seule chambre de libre à l'hôtel Shepheard, ou nous étions précédemment installés. Ma foi tant pis, nous irons à l'hôtel d'Angleterre. Je dois reconnaître que le hasard nous a bien servi : nous avons trouvé là, avec la tranquillité qui convient à nos habitudes médiocrecrement mondaines, tout le confortable que nous pouvions souhaiter. Le propriétaire de l'hôtel d'Angleterre est associé avec celui de l'hôtel Continental, qui est paraît-il aussi un hôtel excellent, installé sur un pied de grand luxe. Les voyageurs peuvent, suivant leurs préférences pour le calme ou pour les fêtes, se loger dans
ABYDOS. 185
l'un ou dans l'autre. On voit que sans parler des autres hôtels, qui sont nombreux, les ressources ne manquent pas, au Caire. Pourtant à certains moments, l'affluence est si grande que les touristes attendent à Assouan ouàLouqsor l'envoi d'un télégramme leur annonçant que leurs logements sont disponibles.
Séjour au Caire. — L'hôtel Shepheard. — Le Musée de Gizeh. — Le commerce des momies. — Les Pyramides. — Le sphynx. — L'ascension de la Pyramide.
Si Ton veut connaître un tant soit peu le Caire, il faut y passer au moins une quinzaine de jours, ; il va sans dire qu'on y pourrait demeurer comme certains le font, durant tout l'hiver sans éprouver une minute d'ennui. Quelles ressources inépuisables, en effet : d'une part, le Musée, les Pyramides et les monuments de l'Egypte antique; puis les mosquées et les restes de l'Art arabe, qui atteignit ici son suprême degré de pureté ; enfin, la vie indigène actuelle, si bruyante, si colorée, empreinte d'un charme spécial, pour les Occidentaux accoutumés à la vie banale et tirée au cordeau. Je parle des personnes qui voyagent pour leur esprit : les autres peuvent en outre compter sur la société du Caire qui est, comme dans tout l'Orient, ouverte et accueillante ; ils ont encore pour se distraire le théâtre et les innombrables divertissements apportés ici
par les Anglais. Le centre de la vie mondaine au Caire est l'hôtel Shepheard, dont la terrasse et les vestibules magnifiques, ornés de colonnes de style égyptien, sont le rendez-vous agréable des hiverneurs que réunissent les soirées de chant, de danse, de prestidigitation. C'est là que le plus souvent, nous venons retrouver nos amis pour convenir des excursions du lendemain. Tandis que nous prenons le café sur la terrasse, après déjeuner nous avons sous les yeux le défilé incessant de gens qui arrivent du chemin de fer, qui partent sur le Nil, qui reviennent d'excursion. Jamais je n'ai vu pareil mouvement dans un hôtel : devant, dans la rue, grouille la cohue des drogmans, interprètes, âniers, et des voitures. Un jour par semaine la musique militaire des bataillons anglais vient se faire entendre dans les parterres qui flanquent l'escalier. Et le soir, dans les immenses vestibules entre les colonnes égyptiennes prend place la foule de voyageurs cosmopolites où se trouvent mêlés grands-ducs, Américains richissimes, hommes d'Etat, toutes les illustrations que la curiosité attire dans cet admirable pays. Assis autour de petites tables, on fume, on boit, en s'entretenant des incidents du jour, des projets du lendemain. Dans les bâtiments de Shepheard ou dans la rue quiles pro-
longe, en face de TEsbekieh sont de jolis magasins où tout le monde s'arrête : la librairie Diemer, la mieux approvisionnée du Caire, le photographe Bonfils, où l'on achèteles collections de vues du Nil, des monuments et de scènes pittoresques ; en face de l'hôtel, le magasin Philip, le consciencieux marchand d'antiquités, dont les touristes se disputent les trésors ; à droite les bureaux de Gook où chacun va prendre son courrier.
La vieille réputation de l'hôtel Shepheard est tellement établie à l'étranger, elle lui donne par le voisinage des notabilités qui s'y trouvent chaque année, un tel relief aux yeux des voyageurs un peu snobs, que cette année s'est produit l'amusant incident qui suit : Un vapeur allemand avait amené directement d'Amérique tout un convoi de Yankees, tous parfaitement décidés à descendre àl'hôtel Shepheard ; cela était d'ailleurs indiqué dans le contrat passé avec le manager qui les conduisait; malheureusement quand ils arrivèrent au Caire, l'hôtel était plein; il ne demeurait pas une place de libre. Colère, indignation des Yankees, embarras du manager. Finalement on s'arrêta à la transaction suivante : il fut convenu que le manager logerait ses clients où il pourrait, mais quil colle?*ait sur toutes les
valises et malles des étiquettes de l'hôtel Shepheard. C'était le principal. Tout le monde fut satisfait...
Dès le lendemain de notre retour au Caire, notre première visite fut pour le Musée. Il est actuellement installé à Gizeh, dans un palais qu'entoure un parc magnifique. Nous y fûmes dès la première heure, en voiture, car nous comptions pousser ensuite jusqu'aux Pyramides. Au delà du pont de Kasr-el-Nil se tient un marché indigène en plein vent qui vaut qu'on s'y arrête. De là partent plusieurs chaussées superbes, — notamment la fameuse allée de Gésireh, — ombragées d'arbres qui forment au-dessus d'elles un berceau touffu. Ces allées ombreuses, comparables auxplus belles de nos vieux « cours » français, produisent un singulier effet, au milieu de l'immense plaine uniformément verdoyante qui s'étend entre le Caire et les Pyramides. L'allée de gauche conduit à Gizeh : sur la chaussée c'est un incessant défilé d'indigènes, de tout sexe et de tout âge, de cavaliers, de voitures de touristes, d'ânes et d'âniers et aussi de chameaux qui portent gravement en branlant leur tête grognonne, d'énormes charges de fourrage vert destinées à la nourriture des ânes du Caire.
On a retiré le Musée de Boulaq où il était me-
nacé par les eaux du Nil. A Gizeh, il court un autre danger : le palais, comme tous les palais, orientaux est construit en matériaux médiocres où le bois joue un rôle prédominant. Aussi le conservateur du Musée, l'excellent M. Brugsch, frère de l'égyptologue, vit-il dans une inquiétude continuelle : le feu, contre lequel on serait impuissant à se défendre, pourrait détruire en quelques heures les prodigieux trésors historiques amassés par le service des Antiquités. On a récemment décidé de construire de toutes pièces, un nouveau musée, dont les bâtiments seraient véritablement appropriés à leur destination. Il faut souhaiter que ce projet s'exécute au plus vite, car si le Musée était détruit, FÉgypte perdrait du même coup une grande partie de son intérêt et par conséquent de la richesse que lui apportent les touristes.
Nous aurions dû certainement, visiter le Musée, avant de faire notre promenade sur le Nil; mais dans tous les cas, ilfaut le revoir après, souvent et longuement. L'esprit replace assez aisément dans les temples et dans les tombeaux les objets qui y furent trouvés et de tous ces éléments se compose une idée plus exacte de la vie antique. Quelles délicieuses heures, on passe là, lorsqu'on est par surcroît, en proie à la folie du bibelot :
ô les innombrables scarabées aux fins cartouches, les splendides collections de bijoux si remplis de goût, si finement travaillés qu'ils feraient honneur à un artiste de nos jours, et ils ont trois ou quatre mille ans ! les bronzes curieux où revivent les dieux égyptiens, si nombreux et si compliqués; les jolies statuettes de faïence, ou de bois peint placées dans les tombes pour être les serviteurs de l'âme des morts ; les papyrus dont on voudrait percer l'irritant mystère ; les restes — trop rares hélas ! — du mobilier égyptien ; les sarcophages de bois peint, de l'époque romaine, aux dorures si fraîches qu'elles semblent sortir de l'atelier, — et ceux où était peint par une attention touchante, le portrait du défunt; et encore dans les pièces du bas, ces innombrables tombes de granit, de marbre, de porphyre, aux riches inscriptions hiéroglyphiques et les figures sculptées, notamment ce scribe que M. de Morgan a découvert récemment et qui vaut presque celui du Louvre, le joyau de nos collections. Mais ce qui produit sans contredit la plus vive impression, c'est cette vaste salle où reposent les momies célèbres, notamment celle de Seti Ier et de son fils Ramsès IL Quelle lamentable et ironique destinée! C'était bien la peine, ô maîtres du monde, que vos successeurs respectueux vous fissent avec tant de
soin embaumer, pour que vos momies ratatinées, étendues dans leur sarcophage, sous une glace transparente, servissent de spectacle à la curiosité banale de vils plébéiens! Je trouve pour ma part qu'il y a dans cette exhibition comme un manque de piété humaine : on n'agirait point ainsi vis-à-vis d'un homme célèbre, mort depuis quelques centaines d'années. Est-ce donc que cela détruit le respect, d'être vieux de plusieurs milliers? passe encore pour les momies anonymes, mais leur gloire même ne devrait-elle pas plaider pour Ramsès II et pour Seti Ier? Je ne nie pas les droits de la science, mais il me semble que si j'avais la charge du Musée, j'aménagerais dans une salle retirée, une pièce, où reposeraient les grands rois au milieu des objets qui devaient accompagner leur dernier voyage. Là, le visiteur ne devrait ni rester couvert, ni parler à haute voix et les plus sots cokneys comprendraient qu'ils n'ont pas seulement devant eux une tête baroque à la peau parcheminée collée sur les os, mais les restes d'êtres qui commandèrent aux hommes, qui créèrent l'histoire et qui furent presque des dieux !...
... Je ne blâme aucunement le commerce de momies et de bibelots antiques qui se fait offi-
ciellement dans une salle du rez-de-chaussée du Musée : tous les ans on découvre dans l'intérêt de la science, de telles quantités d'objets, qu'au-