‹ Promenades archéologiquesChapitre 4 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

J ai souvent entendu dire qu'il est dangereux de revoir après une longue absence les personnes ou les lieux qu'on a beaucoup aimés. On les retrouve rarement comme on se souvenait de les avoir vus. Le charmes'envole avec les années, les goûts et les idées changent, la faculté d'admirer s'affaiblit; on court le risque de rester froid devant ce qui transportait quand on était jeune, et il se peut qu'au lieu d'un plaisir qu'on cherchait on ne trouve plus qu'un mécompte. Ce désenchantement est d'autant plus funeste qu'il s'étend d'ordinaire du présent au passé; quoi qu'on fasse, il finit par atteindre nos impressions anciennes, et gâte ces provisions de souvenirs qu'il faut garder fidèlement dans son cœur pour la fin de la vie.

C'est à ce péril que s'expose un voyageur qui n'a pas vu Rome depuis une dizaine d'années et qui se décide i; y revenir *. Que de choses se sont passées en ces dix ans! Rome a changé de maîtres; la vieille ville des papes

1. Il ne Taut pas oublier que ces lignes elles pages qui suivent ont été écrites en 1876.

est devenue la capitale du royaume italien. Comment s'est-elle accommodée de ce changement? Quel effet produit sur elle ce régime nouveau, si différent de l'ancien? N'y a-t-elle rien perdu, et va-t-on la retrouver comme elle était quand on l'a quittée? Voilà la première question qu'on se pose lorsqu'on revient à Rome. Il es difficile de n'en pas être préoccupé, et, à peine le chemin de fer vous a-t-il débarqués sur cette immense place des Thermes de Dioclétien, si calme autrefois, si agitée, si bruyante aujourd'hui, qu'on ne peut s'empêcher de regarder de tous les côtés avec une curiosité inquiète.

La première impression, il faut l'avouer, n'est pas très favorable. Au sortir de la gare, on traverse un quartier neuf qui a le tort de ressembler à tous les quartiers neufs du monde. — Rome serait-elle donc menacée de devenir une ville comme une autre? — On y trouve de ces maisons d'une élégance banale, qu'on a vues partout; on côtoie un immense édifice, sorte de caserne sans caractère, sans style, destiné à devenir un ministère, et qui fait un piteux effet auprès des grands palais du seizième siècle; on traverse des rues larges et droites qu'inonde un soleil brûlant, et l'on se souvient que déjà du temps de Néron, quand il rebâtit la vieille ville sur un plus vaste plan, les badauds admiraient beaucoup la magnificence des nouvelles constructions, mais les gens sages ne pouvaient s'empêcher de regretter ces anciennes rues étroites et tortueuses où l'on trouvait toujours tant d'ombre et de frais *. Ce début n'est guère encourageant, et le reste semble d'abord y répondre. Quand on descend du Quirinal au Corso, on trouve encore bien des changements dont on est frappé. Le

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