‹ Promenades archéologiquesChapitre 40 sur 69 · Voy., sur le plan, n · texte numérisé non relu

Voy., sur le plan, n

sage Solon on lit ces mots : « Rien de trop. » Le prudent Pittacus nous apprend « qu'il faut saisir l'occasion » , et le mélancolique Bias, « que les hommes en grande majorité sont méchants* ». Cette habitude de décorer les bibliothèques du portrait des grands hommes dont elles renferment les écrits existait déjà du temps de Cicéron. Triste, découragé, pressentant la fin de la république quand il voyait les plus malhonnêtes gens arriver aux premiers honneurs, il se réfugiait dans l'étude, il vivait au milieu des livres , et il écrivait à son ami Atticus : « J'aime mieux être assis chez vous sur ce petit banc qui est au-dessous de l'image d'Aristote que dans leurs chaises curules^. »

Je n'hésite pas non plus à croire que la villa de Tibur ne dût posséder aussi une salle pour les lectures publiques. Hadrien les aimait beaucoup. Il avait fait construire à Rome V Athénée, où les rhéteurs et les poètes venaient réciter leurs écrits. Il est probable qu'il n'avait pas négligé de pourvoir de quelque édifice de ce genre sa maison de campagne, où il avait plus de loisir et où il pouvait entendre à son aise les écrivains qu'il aimait Malheureusement, il n'a pas été possible encore de le retrouver au milieu de toutes ces ruines, pas plus que le Lycée et l'Académie. Peut-être avait-on affecté à cet usage ce petit théâtre dont on a découvert quelques restes à l'extrémité de la villa, et que les archéologues appellent un odéon. Selon Hesychius, l'odéon était réservé aux exercices des rhapsodes et des joueurs de cithare ^ ; il était naturel qu'on s'en servît aussi pour les lectures publiques, et l'on peut en effet conclure d'un passage curieux d'Horace que c'était bien dans les

1. Ces hennés sont placés aujourd'hui au musée du Vatican dans la salle des Musea. — 2. Cicéron, Ad AU., iv, 10. — 3. Hesjrh.. (. v. 'Qcetov.

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théâtres qu'on se réunissait pour entendre les ouvrages des auteurs ep renom. Il dit à Mécène, pour lui faire comprendre d'où viennent les inimitiés qui le poursuivent, qu'on ne lui pardonne pas de refuser de lire ses ouvrages en public. Au moment même où Pollion vient d'imaginer ces fêtes littéraires, où Rome entière, qui ne sait que faire de ses loisirs, se précipite, il a l'air de les condamner en s'abstenant d'y prendre part. Sa seule raison, c'est qu'il lui répugne de se donner en spectacle « dans un théâtre » à la foule entassée.

Spissis indigna theatris Scripta pudet recitare';

Mais les autres n'avaient pas les mêmes scrupules ; Ovide aime à rappeler que , dans sa jeunesse , il a lu « au peuple » ses vers d'amour*, et l'on nous dit que Stace, quand il voulait bien promettre qu'à un jour fixé il lirait son poème, rendait « la ville » heureuse*. Quoiqu'on doive faire la part des exagérations des poètes, « la ville » et « le peuple » signifient des assemblées fort nombreuses, qui ne tiendraient pas dans des salles ordinaires, et il est probable qu'il est encore ici question de ces théâtres remplis [spissa theatra) dont parlait Horace. Même quand les lectures attiraient moins de monde et qu'on était forcé de les reléguer dans des salles plus modestes, si ce n'étaient plus des théâtres véritables, elles devaient au moins en avoir la forme. Juvénal plaint beaucoup les pauvres auteurs qui , pour se faire connaître, empruntent à quelque grand seigneur un vieux salon hors d'usage et le meublent à leurs frais : on voit, aux termes dont il se sert, qu'ils le disposent de façon qu'il y ait un orchestre et des gradins, c'est-à-dire ce qui

l.Hor.,É;p.,i,t9. 41. — 2.0vide, Trist., iv, 10, 55. — 3. Juvénal, VII, 83 : lœtam cum fecit Slalius tirbem. Et plus loin, il n'appelle plus seulement les auditeurs populus, comme Ovide, mais vulgus.

caractérise vraiment un théâtre *. L'orchestre, d'où l'on voit mieux et d'où l'on entend de plus près, est réservé aux personnages d'importance ; il faut le garnir de sièges commodes, pour qu'étant mieux à l'aise ils soient disposés à plus admirer. Sur les gradins s'entassent les gens du commun, les amis obscurs, les clients, les obligés, tous ceux qu'on invite pour faire nombre et pour applaudir : c'est la partie bruyante de l'auditoire. Les gros personnages de l'orchestre font à peine entendre un léger murmure quand ils sont satisfaits, les amis du dernier rang doivent crier et trépigner pour témoigner leur admiration. En face, dans une sorte de tribune élevée , trône le lecteur. C'est là qu'il vient s'asseoir d'un air modeste, « bien peigné, dit Perse, couvert de sa toge neuve, portant des bagues à ses doigts, le larynx assoupli par une potion émolliente et regardant l'assistance avec un œil caressant^ ». S'il lit agréablemer t, s'il a bien choisi ses auditeurs , s'il possède , dans l'orchestre , quelques amis résolus, et sur les gradins quelques clients vigoureux, ses premiers mots seront accueillis avec faveur; les murmures d'approbation se changeront bientôt en applaudissements, et, comme il arrive dans ces assemblées bien préparées, les auditeurs, s'excitant l'un l'autre, ne tarderont pas à en venir à dos transports d'enthousiasme. C'est ainsi qu'on s'est trompé si souvent à cette époque sur le mérite véritable des ouvrages, et qu'on a salué comme des merveilles destinées à durer toujours des œuvres agréables et frivoles dont le succès ne devait pas avoir de lendemain. Il serait fort intéressant de retrouver une des salles où se passaient ces petites scènes. Je ne sais si l'on sera assez heureux pour en découvrir quelque reste dans la villa de Tibur. Soyons sûrs, dans tous les cas, qu'elle ressemblera à cet odéon

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