Pline, Ep^t., n, 31 . - 2. Voy., sur le plan, n
LA VILLA DHADRIEK. 215
à la mode de l'aristocratie anglaise, ne parlaient jamais que de chevaux et de jockeys. Les jeux scéniques étaient encore mieux partagés : il y a dans la villa trois théâtres au moins. L'un parait être un odéon; un autre, le mieux conservé de tous, qui se trouve à l'endroit par lequel on pénètre aujourd'hui dans la villa , est précédé d'une grande place carrée, qui devait servir de promenade aux spectateurs. Certains détails de construction ont fait penser que c'était un théâtre grec*. Le théâtre latin est un peu plus haut, du côté de la vallée de Tempe *. Il est fort détérioré aujourd'hui ; mais on dit qu'au siècle dernier on y voyait encore les revêtements de marbre de l'orchestre et les bases des statues qui ornaient \e podium. Il faut convenir que cette abondance de théâtres est un peu surprenante dans un siècle où l'art dramatique est si peu cultivé. Encore comprendrait-on l'existence du théâtre grec : un prince lettré, comme Hadrien , et qui avait le goût des choses délicates, pouvait aimer à y entendre les pièces de Ménandre. Ce grand poète, qui connaissait si bien la vie et l'avait si finement dépeinte, gardait tout son empire sur une société élégante et distinguée; on l'étudiait dans les écoles, on le lisait dans le monde, et nous savons qu'on le jouait à Naples au premier siècle. Mais que pouvait-on bien représenter sur le théâtre latin de la villa de Tibur? Est-il probable qu'on remontât jus(]u'à Plaute , à Caecilius, à Térence ? Ces retours d'admiration étaient alors assez à la mode : Hadrien se piquait de préférer Ennius à Virgile, et Fronton, dans sa correspondance, parle à tout propos des vieilles atellanes; mais ce n'est pas la même chose d'admirer d'anciens écrivainsdans son cabinet et d'en citerdes fragments dans ses écrits, ou de les produire sur la scène devant des gens qui ont peine à les comprendre. Peut-être l'em* t.Voy. noi. — 2. Voy. n" 3.
pereur, pour avoir l'air de protéger les lettres, donnait-il l'hospitalité , sur son théâtre de campagne , aux rares ouvrages que composaient encore quelques beaux esprits. C'étaient en général d'assez pauvres imitations du théâtre grec, faites pour les salons du grand monde, et qui ne pouvaient guère avoir de succès devant un public véritable. Peut-être aussi Hadrien, qui, vers la fin de sa vie, était morose et cherchait à se distraire , faisait-il venir à sa villa les acteurs de pièces populaires, et jouer devant lui les deux mimes qui étaient alors en possession d'amuser la populace de Rome, l'un qui représentait les aventures d'un chef de voleurs aux prises avec la justice et se moquant des gens qui essayent de le prendre, l'autre où l'on voyait un amant surpris par le retour imprévu du mari et forcé de se cacher dans un coffre, — deux sujets qui n'ont pas cessé, depuis cette époque, d'égayer le peuple, et quelquefois aussi les gens d'esprit.
Il n'y a pas de doute qu'il n'y eût des bibliothèques dans la villa d'Hadrien , probablement une bibliothèque grecque et une latine. On a cru les reconnaître dans deux bâtiments placés l'un près de l'autre et qui contiennent plusieurs chambres *. La seule raison qu'on ait eu de le croire, c'est qu'ils sont orientés d'après les règles de Vitruve , qui veut que les livres reçoivent la lumière du matin. Au-dessus de l'un de ces bâtiments s'élevait une tour à trois étages qui peut avoir servi d'observatoire à un prince ami de l'astrologie. Selon l'usage, ces bibliothèques devaient contenir les bustes des grands écrivains en même temps que leurs ouvrages. On en a retrouvé un certain nombre dans les environs de Tivoli, dont un au moins vient de la villa d'Hadrien; chacun d'eux porte une courte inscription qui caractérise le personnage dont il reproduit les txait». Au-dessous du