Voy., 8ur le plan, n
tés qui recevaient les marchandises existent encore; on y retrouve ces grandes amphores à moitié enterrées dans le sol, où l'on déposait le blé et l'huile. Elles ont beaucoup servi, et quelques-unes portent la trace des réparations qu'on y a faites. Toutes ces maisons s'ouvrent sur une rue qui devait être très animée du temps de la prospérité d'Ostie. Elle est parallèle au fleuve, avec lequel des ruelles ou plutôt de petits passages la mettent en communication. L'un de ces passages est fermé par une porte d'un aspect monumental, qui prouve que même dans ces quartiers de commerce on avait un certain goût d'élégance, et qu'on y mêlait le sentiment des arts au souci des affaires. La rue des Docks, comme on pourrait l'appeler, a été dégagée dans une grande partie de sa longueur, et l'on peut la suivre aujourd'hui jusqu'au marché de Sévère.
Pourquoi le port d'Ostie fut fondé. — Les distributions gratuites de blé à Rome. — Difficullé d'approvisionner Rome. — Création du port de Claude. — Le port de Trajan. — Le Palais impérial. — La ville de Portus. — Magnificence d'Ostie et de Porttts.
Tandis qu'on parcourt cette longue rue et qu'on chemine entre ces deux rangées de magasins interrompus de temps en temps par quelques points de vue sur le Tibre, on se trouve transporté dans un monde d'industrie et de commerce qui nous montre l'antiquité sous un jour nouveau. Les historiens anciens ne nous parlent guère des conditions économiques des sociétés de leur temps ; ils ne paraissaient pas se douter qu'on pourrait être un jour curieux de savoir comment ces sociétés se procuraient leur subsistance, de quelle façon elles échangeaient leurs marchandises avec celles de leurs voisins, d'où leur
venaient les objets nécessaires ou agréables à la vie. Ces détails leur semblent trop bas, et, comme ils se plaisent à ne nous faire voir leur époque que par ses côtés les plus nobles, ils n'y descendent pas volontiers. C'est à Ostie surtout que tontes ces questions se posent; c'est là aussi qu'il est le plus aisé de les résoudre. La vue de ses ruines, les souvenirs de son histoire, peuvent nous donner à ce sujet plus d'un renseignement utile.
La tradition rapportait la fondation d'Ostie à un roi de Rome, Ancus Martius. « C'est lui, dit le vieux poète Ennius, qui bâtit ce port pour les beaux navires et les matelots qui cherchent leur vie sur les flots *. » Quand Rome fut devenue maîtresse du monde , les sages, qui s'occupaient de découvrir les raisons qui l'avaient rendue si puissante, félicitaient Romulus de n'avoir pas placé sa ville sur les bords de la mer. Cicéron , après les philosophes grecs, énnmère tous les dangers auxquels les villes maritimes sont exposées. Il nous dit que chez elles rien n'annonce les surprises de l'ennemi qui peut aborder sur le rivage et pénétrer dans leurs murs sans que personne ait soupçonné son approche. Il ajoute qu'elles sont plus accessibles aux influences du dehors et sans défense contre la corruption des mœurs étrangères. « Les peuples qui les habitent ne s'attachent pas à leurs foyers; une continuelle mobilité de désirs et d'espérances les emporte loin de la patrie, et lors même qu'ils ne changent pas réellement de place, leur esprit toujours aventureux voyage et court le monde '. » C'est ce qui a perdu Corintlie et les belles îles de la Grèce, « qui, au milieu de celte ceinture de flots, semblent nager encore avec les insti-
t» Oslia munita est : idem loca'navibus pulchris
Munda facit; nautisque mari quœrentibus vitam.
EtDiii reliq. (Vahlcn, p. 24).