Voy., sur le plan, a« IS
J82 PROMENADES ARCH ÉOLOGI QCEfl.
A côté de Vemporium s' è\evait une véritable colline de décombres. M. Visconti pensa qu'elle devait recouvrir quelque riche habitation, et la fit résolument attaquer par ses ouvriers. On y trouva d'abord une statue de Gérés, puis, sous vingt pieds de terre, la plus l)clle mosaïque qu'on ait découverte à Rome depuis longtemps. « Ce pavé de marbre, dit un des explorateurs, donne raison à Ennius Qiiirinus Visconti, quand il prétend qu'il faut voir dans les mosaïques de ce genre une imitation des tapis alexandrins, dont l'antiquité faisait ses délices. Ces capricieuses arabesques, enfermées dans des compartiments réguliers, entourées de festons et de méandres de l'invention la plus riche, relevées par les couleurs les plus vives et les pluâ harmonieuses, produisent le même effet et ont pour l'œil le même charme que le plus magnifique des tapis •. » On ne tarda pas à reconnaître, à des indices certains, que la salle où cette belle mosaïque était placée appartenait à des bains, et, comme les ornements y étaient prodigués, on supposa que c'étaient des bains publics. On savait précisément, par une inscription curieuse, que l'empereur Antonin avait fait bâtir à Ostie des thermes d'eau de mer qui lui avaient coûté plus de 2,000,000 de sesterces (400,000 francs), et l'on crut qu'on venait de les retrouver*. Mais en continuant les fouilles, on s'aperçut que ces thermes , malgré leur magnificence , n'étaient que l'accessoire d'une habitation somptueuse qui est maintenant tout à fait déblayée. Elle occupe un vaste espace, ou, comme disaient les Romains, une ile entière, enfermée entre quatre rues; la principale entrée, qui est voisine du Tibre, est ornée de deux belles colonnesde cipoUin qu'on a relevées sur leur base. La maison est construite comme celles de Pompéi; mais le péristyle est si vaste,
1. Celte mosaïque est auiourd'hui au musée du Vatican. — 2. Vujf., sur le plan, n* 10.
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les pièces dont elle se compose sont si nombreuses et si grandes, qu'on a soupçonné qu'elle ne servait pas à loger un simple particulier; et, comme on savait que les empereurs ont séjourné souvent à Ostie, on a supposé qu'ils logeaient dans cette belle habitation et on l'a appelée le « palais impérial * ». Cette hypothèse ne s'appuie sur aucune raison solide, et il semble plus naturel de croire que la maison appartenait à quelque riche banquier ou à quelque grand négociant : nous verrons tout à l'heure qu'il n'en manquait pas à Ostie.
Ce quartier n'est pas le seul où l'on trouve des traces manifestes de l'importance et de la prospérité de la ville. Le temple de J»ipiter ou de Vulcain dont je viens de parler est aujourd'hui entièrement dégagé, et quand on l'a eu débarrassé des ruines qui en recoiivraient la base, il a paru dans toute sa splendeur. II se composait, comme la plupart de nos églises du moyen âge, do deux édifices superposés; celui du dessous servait de réserve et de magasin au temple lui-même. Le fronton était soutenu par six colonnes corinthiennes dont il ne reste que d'informes débris; mais on possède encore quelques-unes des sculptures élégantes qui ornaient la frise , et le temps a respecté le seuil de la porte, qui est formé d'un bloc admirable de marbre africain, long de 4 mètres^. Par là nous pouvons juger de la magnificence du reste. Devant le temple, dont l'entrée est tournée vers le midi, s'étend une petite place qui était ornée de portiques; de l'autre côté une rue droite se dirige vers le Tibre, c'est-à-dire vers le centre du mouvement et des affaires. Elle était, comme notre rue de Rivoli, bordée de portiques des deux côtés. Les piliers de brique qui les soutenaient sont
1. Voy. i\* 9. — 2. On a trouvé, dans les ruines d'Oslie, une granae quantité de marbres précieux. Les plus beaux ont servi à orner la confession de Saiote-Marie-Majeure.
restés à leur place; on y remet aisément par la pensée la foule des promeneurs de tous les pays qui venaient s'y abiiter aux heures chaudes du jour. Des deux côtés, on pénètre dans de grands magasins, qu'on a entièrement déblayés, et qui devaient être très vastes et fort riches*. Cette rue, avec les portiques, a 15 mètres de largeur; c'est la plus grande des voies romaines qu'on ait encore découvertes, et il n'y a rien à Pompéi qui en donne l'idée.
On en était là des travaux lorsque, en 4870, Rome changea de gouvernement. Les fouilles d'Ostie ne furent pas interrompues; on se contenta d'en confier la direction à M. Pietro Rosa, connu du public par les découvertes qu'il venait do faire au Palatin. M. Rosa, qui est un esprit inventif et plein de ressources, eut dès le premier jour une idée heureuse et qui devait être féconde. Il ne tenait guère à continuer les travaux de M. Visconti, qu'il remplaçait; il voulait tenter des voies nouvelles et dirigei les fouilles d'un autre côté. Il se dit qu'Ostie, étant une des grandes villes de commerce de l'empire, qui recevait des marchandises de tous les pays du monde, possédait certainement des magasins pour les remiser, et que, si l'on consultait les usages ordinaires et les données du bon sens, ces magasins devaient être situés le long du Tibre. C'est là qu'il les chercha, et il lui fut aisé de les trouver. Le Tibre forme en cet endroit un demi-cercle, autour duquel la ville est construite. Toute trace de quais a disparu , et l'eau vient battre les murs des maisons. Quelques-unes même s'appuient sur de solides piliers qui avancent dans le fleuve, en sorte que les barques pourraient entrer aujourd'hui dans la cave et y déposer directement les denrées. Les vastes magasins voû-