‹ Promenades archéologiquesChapitre 58 sur 69 · I. Ovide, Met., i, G · texte numérisé non relu

I. Ovide, Met., i, G

Illa ctiam supplcx Argo quum brachia vellct Tcndure, non habuit quiB brachia tenderet Argo.

POMPÉl. 379

ciel pour appeler un libérateur. C'est tout au plus si les artistes les plus scrupuleux, et qui veulent à tout prix respecter la tradition, dessineront sur son front charmant deux petites cornes, à moitié dissimulées par les cheveux : ce souvenir est le seul que laissera dans un tableau la métamorphose de la fille d'Inachus. Il en est de même pour son gardien : les cent yeux que la légende lui donne égayent beaucoup Ovide, qui le félicite de pouvoir se tourner comme il voudra sans perdre jamais du regard sa victime :

Ante oculos lo, quamvis aversus, habebat.

Supposons que le peintre veuille rester fidèle à la tradition, il ne fera jamais qu'une figure grotesque. Il s'en tire en représentant Argus comme un berger ordinaire, et en se contentant de lui mettre sur l'épaule une peau de léopard, dont les taches seront chargées de figurer, pour un spectateur complaisant, les cent yeux de la légende. Voilà comment le peintre rencontre des difficultés qui n'existent pas pour le poète, ce qui l'oblige quelquefois à traiter les mêmes sujets d'une manière dillerente.

Ces différences, je le répète, étaient inévitables : car elles tenaient aux conditions mêmes des deux arts, qui ne peuvent pas être changées ; il est donc inutile d'y insister davantage. Mais il y en a une autre qui est plus importante et qui sépare profondément les peintres de Pompéi des poètes latins. Les autres arts que la Grèce a donnés à Rome semblent avoir fait quelque effort pour s'acclimater dans leur nouvelle patrie ; ils en ont pris de quelque façon les qualités et le caractère : la peinture n'est jamais devenue romaine. Ce n'est pas qu'elle ait eu à se plaindre plus que les autres de l'accueil qu'elle a reçu des Romains. Depuis le jour où Paul-Émile fit venir d'Athènes Métrodore pour peindre les tableaux qui de-

valent orner son triomphe et le chargea d'élever ses enfants, les grands artistes trouvèrent à Rome la considération et la fortune. On y payait aussi cher les belles peintures que les statues des maîtres ; si l'on était fort empressé à remplir les places ou les portiques des images en marbre ou en airain des dieux et des grands hommes, on ne l'était pas moins à décorer de fresques les monuments publics ou privés, et l'exemple de Pompéi nous montre combien ce goût était devenu commun. Ce qui prouve que la peinture n'était pas sans honneur à Rome, même dans les temps les plus anciens, c'est qu'elle est un des premiers arts que les Romains aient eux-mômes pratiqués. Avant l'époque des guerres puniques, un patricien, un homme qui appartenait à une race antique et illustre , ne dédaigna pas de se faire l'élève des artistes grecs et de décorer un temple de sa main. Son talent lui donna tant de renommée qu'on ne l'appela plus que Fabius le Peintre [Fabius Pictor) et que sa famille en garda le nom. A partir de ce moment, dans la liste des peintres qui se rendirent célèbres, les Romains ne manquent pas, et parmi ceux dont Pline nous a conservé le flouvenir, il y en a un qui était si fier de son pays qu'il ne quittait jamais la toge, même quand il avait à monter sur quelque échafaudage*, à peu près comme on prétend que Buffon se mettait en habit de cérémonie quand il composait son grand ouvrage. Mais qu'il portât la toge ou le pallium, l'artiste restait grec. En s'établissant en Italie, la peinture grecque ne changea pas de méthode ; elle no modifia en rien ses habitudes, elle ne chercha ses inspire lions que dans les souvenirs de son ancienne patrie. Lctronne a raison do dire « que ce fut une plante qui Se développa partout comme sur le sol natal, sans pres-

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