Suétone, Nero
coûtés. Non seulement les nouveaux empereurs se gardèrent bien de l'achever, mais ils la détruisirent. Les vastes terrains qu'elle occupait furent en partie restitués au public ; on n'en garda que ce qui était nécessaire pour élever quelques monuments somptueux. A la place des étangs de Néron fut bâti l'amphithéâtre Flavien, qu'on appelle aujourd'hui le Colisée. On commença, sur l'Esquilin, les thermes qui prirent plus tard le nom de Titus, et au bas delà rue Palatine, sur la Voie sacrée, un arc de triomphe élégant rappela le souvenir de la prise de Jérusalem. Ces édifices, par lesquels la dynastie nouvelle essayait de se rendre populaire, avaient cet avantage sur ceux de Néron que le peuple en profitait. « Rome, disait un poète, est remise en possession d'ellemême ; grâce à toi. César, ce qui était le plaisir d'un seul homme sert pour l'agrément de tous ^ »
L'empire était donc revenu au Palatin, et cette fois pour n'en plus sortir. Vespasien et Titus pratiquèrent la politique d'Auguste, n'épargnant aucune dépense pour les monuments destinés au public, tandis qu'ils vivaient eux-mêmes simplement, comme des particuliers plutôt que comme des princes. Ils s'étaient accommodés, à ce qu'il semble, des anciens palais impériaux, qu'on avait réparés après l'incendie ; mais cette simplicité ne fut pas du goût de Domitien, leur successeur. Celui-là avait la manie, ou, comme parle Plutarque, la maladie des constructions. Peu de princes ont élevé des bâtiments aussi magnifiques, et l'on nous dit que son palais était le plus beau de tous. Un homme qui se faisait adorer, qui ordonnait qu'on le traitât, dans les suppliques qu'on lui adressait, de « maître et de dieu », ne pouvait habiter «qu'un sanctuaire » ; c'est ainsi qu'il appelait lui-même