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Stace, Silv., IV

9\ PROMENADES ARCHÉOLOGIQDES.

ils insistent même avec tant de complaisance sur ces pompeuses descriptions, que l'idée nous vient, sans qu'ils veuillent, qu'il devait y avoirjdans ces ornemens un peu de profusion et d'excès. On n'aimait plus la simplicité, dii temps de Domitien. Le goût du public et le talent des artistes étaient devenus moins sûrs; on ne savait plus faire beau, on cherchait à faire riche : c'est l'habitude de tous les arts en décadence. Le prince surtout aimait avec passion ces magnificences déréglées; un plaisant le comparait au roi Midas, qui changeait en or tout ce qu'il touchait ^ Ce palais immense contient beaucoup d'autres salles moins importantes que celles que nous venons de décrire, mais on n'y a pas retrouvé tous ces appartements intérieurs nécessaires à la vie privée. Aussi ne servait-il que pour les représentations officielles ; en réalité, les princes habitaient ailleurs. Leur demeure véritable paraît avoir été de tout temps ou la maison d'Auguste ou celle de Tibère. Pour passer de cette dernière au palais de Domitien sans traverser la place, on avait creusé une galerie souterraine qui existe encore et qui communique avec le cryptoportique dont j'ai parlé-. De cette manière, la vie des empereurs était, pour ainsi dire, séparée en deux ; ils en passaient une partie, la moins agréable sans doute, dans ce palais magnifique sur la porte duquel Nerva avait

1. On a découvert, dans plusieurs manuscrits du moyen âge, la description d'un palais, dans lequel M. de Rossi a reconnu le palais de Domitien (Plante di Roma, p. 123). Ce morceau curieux montre d'abord que les noms qu'on a donnés aux diverses pièces dont le palais se compose sont exacts. On les retrouve dans la description du moyen i\ge. La salle de réception est appelée salutatorium ; eWo a, à côté d'elle, le consistorium, c'est-à-dire la basilique, et plus loin le trichorum, ou la salle à manger à trois lits (tridinium). 11 fait voir ensuite que cette belle maison subsista jusqu'après la ruine de l'empire, qu'elle fut toujours le centre du Palatin, et resta dans l'imagination dfi tous comme le type d'un palais impérial. — 2. Voy., n' 7 sur le plan général du Palatin.

inscrit ces mots : y^des publicœ, pour faire entendre que tout le monde avait le droit d'y venir réclamer justice ; le reste du temps ils habitaient une demeure moins somptueuse, mais plus retirée, plus commode, mieux appropriée à la vie de famille, où après avoir fait leur métier d'empereur, ils pouvaient goûter, suivant le beau mot d'Antonin, le plaisir d'être hommes.

Il y avait un siècle, — le plus beau siècle de l'empire, — que les Césars résidaient dans les anciens palais, quand l'idée vint à Septime-Sévère d'en bâtir un nouveau. Peut-être l'occasion lui en fut-elle fournie par le terrible incendie qui ravagea le Palatin à la fin du règne de Commode ; mais il avait assurément une autre raison de le faire. Les dynasties qui commencent éprouvent toujours le besoin de frapper l'imagination des peuples par quelques grandes entreprises. Celle-là surtout qui succédait aux Antonins, et qui avait à se faire pardonner une origine étrangère, affecta de s'occuper beaucoup de Rome, de l'orner et de l'embellir. Sévère, comme tous ceux qui arrivent brusquement à une haute fortune, craignait toujours qu'on se rappelât sa situation passée, et il voulait en faire perdre le souvenir. On raconte que lorsqu'il revint dans son pays, revêtu d'qne fonction publique, un de ses anciens amis, heureux de le voir, lui ayant sauté au cou, il le fît battre de verges pour lui apprendre a traiter avec plus de façons un magistrat du peuple romain. Il lui sembla sans doute qu'en rivalisant de magnificence avec ses prédécesseurs il se montrait digne de leur succéder. Il voulut prendre possession de la colline impériale en y bâtissant un palais qui portât le nom de sa famille.

Le Palatin commençait à être encombré, et la place devait y devenir rare pour les constructions nouvelles. 11 restait pourtant encore un espace libre en face du Gœlius, le long de la voie Triomphale. On y avait moins

bâti qu'ailleurs, parce que le sol y descend jusqu'à la plaine par des pentes douces et qu'il ne fournit pas un terrain égal où l'on puisse élever un vaste édifice. Cependant le palais de Domitien s'était de quelque façon étendu jusque-là. De ce péristyle dont j'ai parlé, et qui couvre un si grand espace, on communiquait par une série de pièces, encore mal connues, avec la maison d'Auguste que Domitien avait ainsi fait entrer dans son vaste palais. Au delà de la maison d'Auguste, il avait construit un stade, qui est aujourd'hui entièrement déblayé. On appelait stade une sorte de cirque destiné à des courses d'hommes ou à des jeux d'athlètes. C'était un des divertissements favoris des Grecs : rien ne plaisait plus à ce peuple d'artistes que de voir un beau corps nu déployer dans des exercices variés sa force et sa grâce. Les Romains, qui n'étaient frappés que de l'indécence et du danger de ces exercices, ne les aimaient pas. Le goût leur en vint pourtant sous l'empire, et ce fut surtout Domitien qui les leur fit agréer. Il construisit pour ces jeux ce grand cirque du champ de Mars dont la Piazza Navona conserve encore la forme et le plan ; il aimait à les présider, revêtu du costume grec, les épaules couvertes d'un manteau de pourpre, avec une couronne d'or sur la tête. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait voulu avoir un stade dans son palais où il pût se donner pour lui seul et ses amis ce divertissement qu'au champ de Mars il partageait avec tous les Romains. Il lui plaisait sans doute d'essayer en compagnie de quelques connaisseurs le coureur rapide ou l'habile athlète qu'il devait plus tard montrer au peuple. Le lieu où se donnaient ces fêtes devait être fort élégant * : on a retrouvé l'hémicycle impérial, composé

1. Il existe, à la bibliolhèque de l'École des Beaux-Arts, un intéressant essai do restauration du stade de Domitien, par M. Pascal, ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome.

de deux salons placés l'un sur l'autre dont le plus élevé semble avoir été aussi le plus beau K Tout autour du cirque régnaient deux étages de portiques soutenus par des colonnes de marbre. On se figure l'aspect que ces lieux devaient présenter quand l'empereur était assis dans sa loge et que les courtisans, heureux de prendre leur part de ces distractions impériales, se pressaient sous les portiques.

C'est au delà du stade de Domitien, à l'angle même de la colline, vers l'est et le midi, que Sévère bâtit son palais. La dépense dut en être très considérable : avant de construire le palais lui-même, il fallut, pour ainsi dire, faire le sol sur lequel il devait s'élever. Nous avons vu tout à l'heure qu'il s'abaisse en pentes douces jusqu'à la plaine ; on le releva par des substructions immenses qui se composaient d'arcades de pierre superposées. Ces substructions existent encore ; la terre qui les recouvrait ayant disparu, on aperçoit de tons les côtés ces arcades qui montent les unes sur les autres et forment entre elles des groupes étranges. Elles paraissent si hautes, elles frappent d'un tel étonnement celui qui les regarde des rues environnantes, qu'on leur fait quelquefois l'honneur de les prendre pour le palais même des empereurs : elles n'en sont que les fondations et le sous-sol ; au-dessus d'elles était construit le palais de Sévère. Il en reste quelques murs encore solides, les plus hauts et les mieux conservés qu'on trouve au Palatin. L'un d'entre eux soutenait un magnifique escalier qui conduisait aux étages supérieurs. Mais , de toutes ces ruines imposantes, rien n'égale en intérêt ce qui reste de la loge impériale sur le grand cirque^. Elle était attenante au palais même, en sorte que l'empereur assistait aux courses de chars et de

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