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dont je parlais tout à l'heure, et que ce sera toujours quelque théâtre en raccourci *.
Il ne nous reste plus, pour être complet, qu'à nous occuper des Enfers, car il y avait aussi une reproduction dos Enfers dans la villa de Tibur : Hadrien, nous dit son biographe, avait voulu les y mettre afin que rien n'y manquât. Les archéologues, qui ne doutent de rien, ont essayé d'en retrouver la place ; mais il sera bien difficile d'y parvenir tant qu'on ignorera sur quel modèle l'empereur les avait bâtis. Était-ce une œuvre de fantaisie individuelle ou s'était-il conformé aux descriptions du sixième livre de V Enéide? Nous ne le savons pas. Ce qui est curieux et significatif, c'est que l'idée lui soit venue de placer le Tartare et l'Elysée dans sa maison de campagne. N'est-ce pas la preuve que ses contemporains commençaient à se préoccuper étrangement de l'autre vie '-? Quant à lui, je ne crois pas qu'il s'en soit beaucoup tourmenté. Ce politique avisé, ce bel esprit sceptique n'était pas de ceux sur lesquels les religions mystiques de l'Orient et les sentiments nouveaux qu'elles ré-
1. Au mois de mars 1874, eu fouillant sur l'Aventin, à l'endroit où étaient placés, à ce qu'on croit, les jardins de Mécène, on trouva une vaste salle, magnifiquement décorée, qui forme, à l'une de ses extrémités, un hémicycle, autour duquel sept rangs dp gradins concentriques montent en ampliithéàtrc jusqu'au plafond, tandis qu'à l'extrémité opposée on crut retrouver les traces d'une sorte de tribune. Cette disposition fit croire à MM. Vespignani et C. L. Visconti qu'on venait de retrouver une salle de lecture, et on lui donna le nom tïaudilorium Mcecenalis, sous lequel elle est encore aujourd'hui connue. (Voy. Btill. d'arch. munie, 1876, p. IGO et suiv.) Mais quelques doutes se sont élevés depuis sur cette attribution. . M. Mau, dans le Bulletin de VInslitut de correspondance archéologique (1875, p. 80), a soutenu que la salle n'était qu'une sorte de serre et que les gradins avaient servi à mettre des pots de fleurs. — 2. Le jour où Caligula fut tué, il donnait des jeux au peuple dans lesquels des Égyptiens et des Éthiopiens représentaient les scènes des Enfers. Le spectacle devait avoir lieu le soir et se prolonger dans la nuit.
LA. VILLA d'HADUIEN. 277
pandaient dans le monde, [pouvaient avoir beaucoup de prise. On nous dit qu'il fut assez maître de lui, quand il sentit la mort venir, pour composer de petits vers mignards dans lesquels, s'adressant « à sa petite âme tremblotante et charmante », il lui disait, avec une accumulation de diminutif* étranges qu'on ne peut traduire : « Tu vas aller dans des lieux pâles, sévères et nus, où tu ne pourras plus te livrer à tes jeux accoutumés. » De quelle manière avait-il représenté « ces lieux pâles et nus» dans sa villa? Il faut nous résoudre à l'ignorer.
Les Romains ont-ils compris et aimé la nature? — Raisons qu'ils avaient pour quitter la ville. — Horace à Tibur. — Goût de tout le monde pour la campagne. — Comment y vivait Pline le Jeune.
— Ses villas. — Ses jardins. — Sites que les anciens préféraient.
— La vue qu'on a du Pœcile.
La description qu'on vient de lire de la villa d'Hadrien explique qu'elle ait été quelquefois sévèrement jugée. II est sûr que rien ne ressemble moins à une maison de campagne comme nous les entendons aujourd'hui. Ce luxe de bâtiments, cet entassement d'édifices, ce stade, ces théâtres, ce Lycée, cette Académie, déroutent nos habitudes. Il n'y a rien là de rustique, rien qui sente les champs : tout paraît fardé, mondain, apprêté. Peut-être faudrait-il en conclure simplement que les Romains comprenaient les plaisirs de la campagne autrement que nous; maison va plus loin, on affirme d'un ton résolu quils ne l'aimaient pas du tout, et la villa de Tibur sert d'argument à ceux qui veulent établir qu'ils n'ont jamais eu ni l'intelligence ni le goût de la nature. •
C'est un reproche qu'on fait assez généralement aux Romains, et pour nous, c'est un reproche grave. Nous
-lis PROMENADES ARCHEOLOGIQUES.
avons tous la prétention d'aimer la nature avec fureur ; il est plus que jamais de bon ton d'aller visiter les sites célèbres, et nous serions fort blessés qu'on nous accusât de ne pas les admirer comme il convient. On ne trouverait personne chez nous qui eût le courage de dire, comme Socrate * : « Non seulement je ne sors pas de mon pays, mais je ne mets jamais les pieds hors d'Athènes; car j'aime à m'instruire : or les arbres et les champs ne veulent rien m'apprendre. » C'est un aveu dont on rougirait. Aujourd'hui les champs et les arbres sont devenus plus complaisants, et il n'est personne, même parmi les esprits les plus simples et les plus bourgeois, qui ne prétende gagner beaucoup à s'entretenir avec eux. Les curieux ont noté depuis quelle époque ce goût pour les beautés naturelles est devenu si vif : c'est au milieu du dix-huitième siècle qu'il est né; Rousseau fut le premier qui mit les montagnes à la mode, et c'est à sa suite qu'on a découvert les glaciers. Depuis lors la Suisse, qu'on tenait pour un pays sauvage, est devenue le pèlerinage obligé de tous les gens qui se respectent. Voilà ce qu'on répète tous les jours, ce qu'on lit partout, ce qui nous rend très fiers de nous-mêmes. Je ne veux pas dire qu'on ait tout à fait tort : assurément depuis un siècle le sentiment de la nature est devenu plus large et plus général ; mais il ne faut rien exagérer non plus et prétendre qu'il était étranger aux Romains. Rs la comprenaient et l'aimaient à leur façon, et je ne crois pas inutile, puisque l'occasion s'en présente, de chercher quelle était leur façon particulière de l'aimer et de la comprendre.
Les Romains étaient sortis des champs, et la campagne fut longtemps leur séjour préféré; mais plus tard la ville les attira, et bien peu résistèrent à l'attrait qu'ils éprou-