Voy., sur le plan, \i
A côté de Vemporium s'élevait une véritable colline de décombres. M. Visconti pensa qu'elle devait rccouvrirquelque riche habitation , et la fit résolument attaquer par ses ouvriers. On y trouva d'abord une statue de Gérés, puis, sous vingt pieds de terre, la plus belle mosaïque qu'on ait découverte à Rome depuis longtemps. « Ce pavé de marbre, dit un des explorateurs, donne raison à Ennius Quirinus Visconti, quand il prétend qu'il faut voir dans les mosaïques de ce genre une imitation des tapis alexandrins, dont l'antiquité faisait ses délices. Ces capricieuses arabesques, enfermées dans des compartiments réguliers, entourées de festons et de méandres de l'invention la plus riche, relevées par les couleurs les plus vives et les plus harmonieuses, produisent le même effet et ont pour l'œil le même charme que le plus magnifique des tapis *. » On ne tarda pas à reconnaître, à des indices certains, que la salle où cette belle mosaïque était placée appartenait à des bains, et, comme les ornements y étaient prodigués, on supposa que c'étaient des bains publics. On savait précisément, par une inscription curieuse, que l'empereur Antonin avait fait bâtir à Ostie des thermes d'eau de mer qui lui avaient coûté plus de 2,000,000 de sesterces (400,000 francs), et l'on crut qu'on venait de les retrouver ^. Mais en continuant les fouilles , on s'aperçut que ces thermes , malgré leur magnificence , n'étaient que l'accessoire d'une habitation somptueuse qui est maintenant tout à fait déblayée. Elle occupe un vaste espace, ou, comme disaient les Romains, une ile entière, enfermée entre quatre rues; la principale entrée, qui est voisine du Tibre, est ornée de deux belles colonnesde cipollin qu'on a relevées sur leur base. La maison est construite comme celles de Pompéi; mais le péristyle est si vaste,
1. Cette mosaïque est aujourd'hui au musée du Vatican. — 2. Voy., sur le plan, n° 10.
les pièces dont elle se compose sont si nombreuses et si grandes, qu'on a soupçonné qu'elle ne servait pas à loger un simple particulier; et, comme on savait que les empereurs ont séjourné souvent à Ostie, on a supposé qu'ils logeaient dans cette belle habitation et on l'a appelée le (( palais impérial * », Cette hypothèse ne s'appuie sur aucune raison solide, et il semble plus naturel de croire que la maison appartenait à quelque riche banquier ou à quelque grand négociant : nous verrons tout à l'heure qu'il n'en manquait' pas à Ostie.
Ce quartier n'est pas le seul où l'on trouve des traces manifestes de l'importance et de la prospérité de la ville. Le temple de Jupiter dont je viens de parler est aujourd'hui entièrement dégagé, et quand on l'a eu débarrassé des ruines qui en recouvraient la base, il a paru dans toute sa splendeur. Il se composait, comme la plupart de nos églises du moyen âge, de deux édifices superposés; celui du dessous servait de réserve et de magasin au temple lui - même. Le fronton était soutenu par six colonnes corinthiennes dont il ne reste que d'informes débris; mais on possède encore quelques-unes des sculptures élégantes qui ornaient la frise , et le temps a respecté le seuil de la porte, qui est formé d'un bloc admirable de marbre africain, long de 4 mètres^. Par là nous pouvons juger de la magnificence du reste. Devant le temple, dont l'entrée est tournée vers le midi, s'étend une petite place qui était ornée de portiques; de l'autre côté une rue droite se dirige vers le Tibre, c'est-à-dire vers le centre du mouvement et des affaires. Elle était, comme notre rue de Rivoli, bordée de portiques des deux côtés. Les piliers de brique qui les soutenaient sont
1. Voy. n" 9. — 2. On a trouvé, dans les ruines d'Ostie, une grande quantité de marbres précieux. Les plus beaux ont servi à orner la confession de Sainle-Marie-Majeure.