Properce, ni
peinture contemporaine. Elles sont sorties de la même source, mais elles ont pris des routes diverses, et elles s'éclairent l'une l'autre par leurs rapports et par leurs différences. Quand on voit avec quelle obstination la peinture est restée toute grecque, on rend plus de justice aux efforts que fit la poésie pour s'approprier au pays où elle venait s'établir. Ces efforts lui donnèrent un élément de force et de vie qu'il n'est pas possible de méconnaître. En se faisant romaine, en flattant l'orgueil national, en essayant de répondre au sentiment populaire, elle rendit son action plus puissante sur la foule. De ce côté, elle était originale et ne devait rien à l'école d'Alexandrie, qui n'a jamais connu ces élans de patriotisme. Quant à toute cette mythologie qu'elle lui avait trop facilement empruntée et que nous trouvons si fade et si obscure aujourd'hui, les Romains devaient assurément y prendre moins d'intérêt que les Grecs, chez lesquels elle était née ; mais on se trompe quand on croit qu'elle leur était tout à fait indifférente ou inconnue. La peinture l'avait depuis longtemps popularisée chez eux. Il est impossible de savoir à quel moment les artistes grecs sont entrés à Rome et ont commencé à y exercer leur métier, mais ce dut être de bonne heure. Plaute nous parle de tableaux qui décoraient de son temps des maisons particulières et représentaient Vénus avec Adonis ou l'aigle qui enlève Ganymède *. Dans Térence, un amoureux qui hésite à commettre une assez méchante action raconte qu'il a |)erdu tous ses scrupules après avoir vu sur les murs d'un temple Jupiter qui séduit Danaé^ : ce sont les sujets qu'on retrouve le plus souvent dans les villes de la Campanie. Ainsi, pendant plusieurs siècles, les peintres en avaient orné les édifices publics et privés; l'œil et l'esprit s'étaient habitués à les voir, les
i. Plaute, Menœchmi, 1, 2, 34 et Merc, t, 2, il. — 2. Térence, Eun., 3, 5, 36.
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ignorants enx-mêmes, les illettrés étaient devenus insensiblement familiers avec eux, et la poésie, qui devait à son tour les reprendre, se trouvait avoir d'avance un public tout préparé et beaucoup plus étendu qu'on ne le croit. Il s'est alors passé quelque chose de semblable à ce qui arriva chez nous quand les poètes tragiques du dix-septième siècle mirent sur la scène Auguste ou Agamemnon. Ces personnages grecs et romains n'étaient pas des étrangers pour les spectateurs. L'éducation classique, où se formait toute la France, rendait ces noms familiers à ceux qui fréquentaient le théâtre. Le clerc qui achetait pour quinze sous le droit de siffler Corneille, les connaissait aussi bien que les magistrats ou les grands seigneurs. On savait mieux leur histoire que celle des héros de l'ancienne France, et l'on vivait plus dans leur intimité. Quelques critiques s'imaginent qu'en traitantdes sujets antiques nos poétesse condamnaient à travailler pour un petit nombre de personnes : c'est une erreur, ils s'adressaient à tout le monde; les collèges leur avaient fait un vaste public, préparé pour les comprendre et disposé à les applaudir.
La bourgeoisie de Pompéi. — Les pauvres gens. — Où habitaient-ils?
— Auberges et cabarets. — Occupations et plaisirs communs aux pauvres et aux riches. — Les élections municipales. — Les spectacles. — Comment peut-on connaître la vie privée des Pompéiens?
— Les inscriptions et les graffîli. — Services qu'ils nous rendent.
De ces considérations générales, qui nous ont un peu éloigné de notre sujet, revenons à Pompéi et à ses habitants. Les peintures, que je viens d'étudier si longuement, et qui nous apprennent tant de choses sur l'art antique, nous donnent aussi quelques renseignements curieux sur la ville où on les a trouvées. On a beau supposer que les
peintres étaient alors fort nombreux et qu'ils travaillaient à très bon marché, il est clair qu'il fallait jouir d'une certaine aisance pour songer à faire décorer ses appartements de fresques élégantes. A ce compte, il devait y avoir beaucoup de gens aisés à Pompéi. Le nombre considérable de maisons qui contiennent des peintures intéressantes prouve combien la fortune y était répandue. Du reste, toutes les études qu'on a faites jusqu'ici conduisent à cette conséquence. M. Nissen, le patient investigateur de ces ruines, a constaté qu'à Pompéi le goût du luxe semble s'accroître tous les ans depuis l'empire. Les maisons particulières y deviennent de plus en plus belles et ornées, les édifices publics y sont sans cesse agrandis. Ce qu'il appelle la fièvre des monuments {Denkmalsfieber), « une des maladies chroniques des démocraties anciennes », y faisait tous les jours des progrès*. Les parvenus voulaient étaler leur fortune subite en bâtissant ou en réparant les temples, et ils se faisaient décerner des statues par le conseil de la ville ou les corporations qu'ils protégeaient. A côté de l'ancienne noblesse, il s'élevait une bourgeoisie riche, importante, jalouse de la considération, amie de l'éclat et de la pompe, très nombreuse surtout, qui vivait largement, qui aimait le bieh-ôtre, qui voulait se donner une partie des jouissances et des privilèges réservés jusque-là pour les grandes familles.
Et les pauvres? Il y en avait sans doute àPompéi comme ailleurs, plusqu'ailleurs peut-être : c'était, nous l'avons déjà vu, une ville industrieuse et qui faisaitbeaucoup d'affaires. Indépendamment deson commerce maritime, elle produisait en abondance du vin etdes fruits qu'elle exportaitdans les autres villes d'Italie : Pline etColumelle nousdisent que ses choux étaient surtout renommés. On y fabriquait avec