Pompeianische Sludien, p
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des poissons salés une sorte de sauce ou d'assaisonnement qu'on appelait garum, et qui faisait le bonheur des gourmets. Il est naturel que, dans une ville commerçante,, les ouvriers soient en grand nombre. Ceux de Pompéi formaient, comme partout, des corporations qui avaient leurs règlements, leurs fêtes, leurs lieux de réunion. Nous connaissons celles des orfèvres, des marchands de bois, des muletiers, qui prennent part aux élections et recommandent leurs candidats*. On a conjecturé aussi que les fabriques de drap, les ateliers de foulons et de teinturiers y avaient pris une certaine importance. Au dessous de ce premier étage du commerce, s'exerçaient toutes ces petites industries qui alors, comme de nos jours, remplissaient de mouvement et de bruit les villes italiennes. C'étaient les marchands de gâteaux, de saucisses, de f rut ti di mare ^ qui, chacun, nous dit Sénèque, annoncent leur marchandise sur un ton particulier et avec des cris différents^. On les appelait à Pompéi les gens de Forum {foreuses) parce qu'ils se tenaient sur la place publique. Une peinture curieuse nous montre un cuisinier, établi en plein air, près de sa marmite qui bout, et entouré de gens qui paraissent alléchés par la bonne odeur desa cuisine. Il tient à l'extrémité d'un bâton une petite tasse de cuivre avec laquelle il va puiser dans sa marmite ce qu'il doit vendre à ses clients^. C'est une scène qu'on peut voir tous les jours dans les marchés de Naples.
1. Quelques-unes de ces corporations, qui ne réunissaient pas des ouvriers d'une même industrie, mais simplement des gens qui voulaient vivre gaiement ensemble, portent des noms bizarres, comme ceux que se donnaient les académiciens de la Renaissance. Il y a la société de's dormeurs (dormientes), celle des gens qui boivent tard (scribibi), el même celle des petits filous (furuncuU). — 2. Sénèque, Ej)ist.,b&, 2. — 3. Voy. Otto Jalm, Ueber Darslell. des Handwerks, etc., planche 3, u" 8.
366 PROMENADES ARGHÉOLOGIQ'uE S.
On n'a pas encore découvert les quartiers où tous ces pauvres gens demeuraient. Les maisons les plus petites, lesplussimplementdécorées qu'on ait fouilléesjusqu'ici, ne sont pas tout à fait ce que nous appelons des maisons de pauvres. Peut-être quelques-uns d'entre eux habitaientils ces étages supérieurs avec terrasses {cœnacula cum pergulis) dont il est quelquefois parlé dans les écriteaux de location. Malheureusement on n'a conservé des maisons de Ponipéi que le rez-de-chaussée; le reste a presque partout disparu. En attendant qu'on arrive aux quartiers populaires, la présence et les habitudes des petites gens ne se révèlent guère que par ces lieux de plaisir qu'ils fréquentaient volontiers, comme partout, les cabarets et les auberges. Il n'en manque pas à Pompéi. A l'entrée delà ville, on trouve des hôtelleries destinées aux paysans des environs quand ils venaient vendre leurs denrées ou acheter ce qui leur était nécessaire. Devant la porte, le trottoir est abaissé pour que les chars puissent entrer dans la remise : il leur eût été très malaisé de circuler dans les rues étroites de la ville où deux voitures seraient embarrassées à passer de front; aussi trouvait-on plus simple de les laisser à l'auberge. Ces hôtelleries contiennent de très petites chambres où les voyageurs passaient la nuit quand ils étaient contraints de prolonger leur séjour. Ils ont quelquefois laissé leur nom sur le mur, avec des réflexiohsqui ne manquent pas d'intérêt. On pense bien que ce ne sont pas de grands personnages qui se contentent de gîtes si médiocres. Il y a dans le nombre un soldat prétorien en congé, des pantomimes qui viennent donner des représentations, un habitant de Pouzzoles qui profite de l'ocasion pour souhaiter toute sorte de prospérités à son pays natal (coloniœ Claudiœ ISeronensi Puteolanœ féliciter!) et un amoureux qui nous apprend qu'il a passé la nuit tout seul et qu'il a beaucoup regretté sa
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bonne amie ( Vibius liestitutus hic solus dormivit et Urbanam suatn desida^abat)^.
Nous sommes là, comme on voit, en compagnie de fort petites gens; ceux qui hantaient les cabarets ne devaient pas être plus distingués. Les boutiques où l'on débitait des boissons chaudes {ihermopolia) sont très nombreuses à Pompéi ; on les trouve d'ordinaire, comme chez nous, dans les endroits les plus passagers, surtout à l'angle de deux rues. Devant la porte est placé un comptoir de marbre avec des ouvertures rondes dans lesquelles s'enfonçaient les vases qui contenaient les boissons, et de petites étagères où devaient être rangés des verres de différentes formes et de diverses grandeurs. C'était pour les gens pressés, qui n'avaient pas le temps d'entrer dans la boutique et voulaient boire sans s'arrêter. S'ils étaient de loisir et tenaient à se mettre plus à l'aise, ils allaient s'attabler dans d'autres pièces qui faisaient suite à la boutique. On a précisément découvert un de ces cabarets il y a cinq ans; il était décoré de peintures curieuses qui font biiMi voir quel public le fréquentait, et que c'était à la fois un tripot et un mauvais lieu. L'une de ces peintures montre les servantes du cabaret qui s'amusent avec les clients, les poursuivent, les embrassent et les excitent à boire. Une autre représente deux hommes barbus qui tiennent une table de jeu sur leurs genoux et jouent aux dés. Ils paraissent tous deux fort animés; l'un semble triomphant du beau coup qu'il vient de faire, tandis que l'autre agite les dés dans le cornet avec l'espoir de faire un plus beau coup encore. Dans le tableau suivant, nos deux joueurs se disputent; chacun d'eux prétend avoir gagné; ils se disent de grosses injures que reproduisent des inscriptions placées au-dessus de leur tête. Au bruit,