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accourt le cabaretier qui, avec beaucoup de politesse et dans une attitude respectueuse, les prie de « s'aller battre à la porte ».
Les diverses classes de la société pompéienne , que nous venons d'étudier à part, ne vivaient pas toujours séparées les unes des autres. Il y avait assez souvent des occupations ou des plaisirs qui les rapprochaient. Elles étaient d'abord réunies par le soin des aiïaires publiques et l'élection des magistrats : tout le monde y contribuait, et, à ce qu'il semble d'abord, d'une façon fort active. A tout moment, quand on parcourt Pompéi, les yeux sont attirés par des affiches électorales ; il n'y a presque pas de rue où l'on n'en rencontre quelqu'une. A Paris, l'autorité prend la peine de les faire arracher, quand l'élection est faite ; mais il y a chez nous des villes de province où elles restent longtemps sur les murs. C'est ce qui arrivait à Pompéi, et l'on en trouve qui sont en retard de plusieurs années. Elles ne contiennent pas, comme les nôtres, des professions de foi où le candidat expose ses opinions; ce sont ses voisins, ses amis, ses protégés, qui le recommandent aux électeurs, qui affirment que c'est un très honnête homme et qu'il est digne des fonctions qu'il souhaite. A lire ces affiches si nombreuses, à voir l'empressement de tant de personnes à prôner leur candidat, on est tenté de croire que les élections devaient être très animées et qu'on se disputait avec ardeur les fonctions publiques de ces petites villes. Cela devait arriver souvent sans doute; on s'aperçoit pourtant que dans certaines réclames électorales de Pompéi il entre plus de politesse que de politique. Quelques-unes sont l'œuvre de personnages importants, qui ont été candidats les années précédentes ou vont l'être bientôt, et qui veulent payer un service ou se ménager un appui. Il arrive même que cet échange d'honnêtes
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procédés s'étale d'une façon tout à fait visible. Un ami complaisant, qui veut gagner quelqu'un à la candidature qu'il soutient, lui dit sans plus de façon : « Proculus, nomme Sabinus édile, ensuite il te nommera toi-même * ». Mais le plus souvent ce sont des gens plus humbles, des clients, des obligés, qui veulent témoigner leur reconnaissance et payer leur dette par cet hommage bruyant. Les charges publiques revenaient si cher que les candidats ne devaient pas toujours être fort nombreux. C'était peut-être parce qu'ils avaient peu de concurrents et que leur élection n'était pas douteuse qu'ils voulaient au moins qu'elle parût bien être l'expression de la volonté générale. L'honneur était moins pour eux dans l'élection même, médiocrement disputée, que dans ces manifestation? qui en relevaient l'éclat et en faisaient le prix. Voilà pourquoi les citoyens croyaient devoir se les recommander si vigoureusement les uns aux autres, quoique tout le monde fût disposé à les nommer. Quand l'élan avait semblé général et que l'opinion s'était déclarée d'une façon bruyante, le duumvir ou l'édile était plus fier de son succès, et disposé à reconnaître par des libéralités énormes la bienveillance de ses concitoyens.
Parmi ces libéralités, celles qui plaisaient le plus au peuple étaient les jeux publics dont on lui donnait le spectacle. Riches et pauvres éprouvaient peureux la même passion. On les avait toujours beaucoup aimés à Rome, on les aimait encore plus dans les villes de province, où les plaisirs étaient moins nombreux et la vie plus monotone; Il y en avait de plusieurs sortes ; d'abord les jeux scéniques, pour lesquels on avait construit à Pompéi deux théâtres qui existent encore. Je ne sais si on y représentait beaucoup de tragédies et de comédies, mais à coup sûr on de-
1. CorpAnxcr. Iat.,\-v,6i5 : Sabinum œdilem, Procule,fac,et ille te aciet.
370 PnOMENADES AUCHÉOLOGIQUES.
vait y jouer des mimes. Ce genre de divertissement peu élevé, qui ne demandait pas beaucoup de littérature, et qui était à la portée de tout le monde, recevait partout un bon accueil. Les jeunes gens surtout y prenaient plaisir parce que, contrairement à l'usage, les rôles féminins y étaient remplis par des femmes, que ces femmes étaient de mœurs faciles, et qu'une intrigue avec quelque belle comédienne était un moyen merveilleux d'égayer la vie de province. Cicéron disait d'un de ses clients, dont la jeunesse n'avait pas été irréprochable : a On l'accuse d'avoir enlevé une comédienne ; c'est un amusement que l'usage autorise, surtout dans les municipes*. » La pantomime était aussi fort à la mode,. elle devait plaire à Pompéi comme ailleurs, et nous voyons que Pylade, le grand acteur d» Rome, y vint donner quelques représentations sur le théâtre relevé par Holconius.
Mais ce que la foule aimait par-dessus tout, c'étaient les jeux de l'arène. On les annonçait par des affiches qu'on peut lire encore sur les murailles. Elles donnent la composition du spectacle; elles nous apprennent si des athlètes, des chasses, des tombolas, comme on dirait aujourd'hui, seront joints aux gladiateurs pour rendre la fête complète; elles i^^oublient pas non plus d'indiquer que l'amphithéâtre sera couvert d'une tente pour les gens qui craignent le soleil : venatio, atldetœ, sparsiones, vêla erunt; elles fixent le jour, tantôt en prévoyant qu'il pourra être reculé pour cause de mauvais temps, gua dies patietur, tantôt en annonçant, au grand plaisir des amateurs furieux, qu'il n'y aura pas de remise et que l'on combattra quelque temps qu'il fasse, sine ulla dilatione. Si nous voulons nous figurer ce que devaient être ces grandes tueries d'hommes et d'animaux, il n'y a rien de plus facile. Nous n'avons qu'à jeter les yeux sur les bas-
\. Cicéron, ProP/anc, 12.
reliefs du tombeau de Scaurus, où elles sont si fidèlement représentées. On y voit des chasseurs qui combattent des tigres avec lé manteau et l'épée, comme les toréadors d'aujourd'hui ; on y voit des gladiateurs de toute espèce, mirmillons, thraces ou rétiaires, qui sont aux prises. Tous les accidents de la lutte y sont reproduits : ils s'attaquent et se défendent avec vigueur, le vaincu lève un doigt en l'air pour implorer la pitié du public, et, si le public refuse de lui faire grâce, le vainqueur l'achève.
Ces scènes terribles étaient le divertissement le plus cher des habitants de Pompéi. Les ambitieux qui voulaient leur plaire ne l'ignoraient pas. Aussi les magistrats en espérance ou en exercice ne connaissaient-ils pas de meilleur moyen de s'attirer la bienveillance du peuple ou de l'en remercier, quand ils l'avaient acquise, que de lui offrir un combat de gladiateurs. L'un d'entre eux, le duumvir Glodius Flaccus , plus reconnaissant que les autres, en fit combattre ensemble trente-cinq paires dans une seule représentation. Le nom de Pompéi n'apparaît pas souvent dans l'histoire. Tacite ne parle qu'une fois de cette petite ville, et c'est précisément au sujet d'un spectacle de ce genre. Il raconte que dans un de ces combats, qui naturellement ne portaient pas les âmes à la douceur, les habitants de Nucéria et ceux de Pompéi, chez lesquels se donnait la fête, se prirent de querelle, qu'ils commencèrent par s'injurier et finirent par se battre, et qu'il y eut un très grand nombre de Nucériens tués. Le Sénat punit les coupables, et il ordonna que ces combats seraient interdits pour dix ans à Pompéi*. On ne pouvait pas infliger aux Pompéiens de châtiment plus grave. Ce qui prouve l'extrême popularité dont ces spectacles jouissaient chez eux, c'est l'habitude qu'ils avaient