‹ Promenades au DahomeyChapitre 1 sur 27 · LE PAYS. — LES PRODUCTIONS LES HABITANTS · texte numérisé non relu

LE PAYS. — LES PRODUCTIONS LES HABITANTS

Notre belle colonie du Dahomey et dépendances est située dans le Golfe de Guinée ou plus exactement dans le Golfe de Bénin, entre le Lagos britannique à Test et le Togo allemand à Touest. Le Dahomeyy entre ces deux pays, s'étend comme un long couloir, de la côte jusqu'au-delà du Niger.

Le Dahomey embrasse plusieurs royaumes et républiques confédérées : c'est une contrée en général riche et fertile, en général salubre et agréable. Elle jouit de climats diflFérents; elle est bien arrosée et Ton n'y voit pas d'obstacles naturels à la colonisation. Enfin, elle est appelée à un brillant avenir, en ce qu'elle s'ouvre sur le Golfe de Guinée comme la porte du Soudan que baigne le Niger moyen, et du Sahara inférieur.

Ajoutons que les territoires compris sous la dénomination de Dahomey embrassent 150.000 kilomètres carrés. On peut en évaluer la population totale à 700.000 habitants.

La Côte des Esclaves forme une partie de la bor-

dure sepIeDLrioDale du Golfe de Guinée. Lu cALe du Dahomey n'en est qu'une portion : elle est presque reclilifjne el plaie, el elle u'offre sur loule son étendue que des pla'jes bas^eset sablonneuses où se découpent de vastes laqunesenlnurées de marécages. Des vapeurs qui s'en exhalent ilottent [iresque consLammeut audessus et ne permetient yuère de la voir que de 8 à 10 milles en mer.

La aaviijation est pénible dans le Goll'e de Guiuée, et particulièrement sur celle cflle. La mer y est toujours (j rosse. Une barre très dangereuse s'élend à 150 mètres environ au large de la terre. Bien que, dans ces parafes, la hauteur de la marée ne soit guère que de 1 m, 50 en moyenne, celle des vagues, par les mauviLJâ Leuips, atteint 10 et 12 mètres.

Les lagunes, plus ou moins larges et profondes, ne sont autre chose que l'épanchemenl des lleuves dont les embouchures se sont obstruées. Elles s'étendent parallèlement à la mer, tout le long de la Côle des Esclaves, en arrière d'une bande de sables, qui a été formée tant par les rapports incessants de la mer que par les alluvions fluviales. L'action des courants, très actifs sur cette côte, n'a pas été non plus étrangère à la formation de ce rempart qui sépare les lagunes de la mer. Les deux principaux cours d'eau qui descendent du haut pays sont le Mono et l'Ouémé : leur cours est d'abord très rapide, puis il devient de plus en plus lent à mesure qu'ils se rapprochent de la mer, à cause du manque de pente général du sol, circonstance à laquelle précisément est due la création des lagunes. Celles-ci ne communiquent normalement avec la mer que par deux endroits ; par la Bocca del Rio, un peu à l'est du cours du Mono, dont c'est là l'embouchure ; et par l'entrée de la layune Gradou, dans le Lagos. Les eaux de l'Ouémé après avoir formé la

yrande layune de PorloNovo, et apporté leur tribut au lac Denhani, finissent par s'écouler à la mer par la coupure de Laijo^ qui sert aussi d'émissaire à d'autres cours d'eau de la contrée.

Le3 lagunes s'étendaient autrefois sans inlerruption de Porto-Seguro, dans le Togo, Jusqu'à Jabon, dans le Lagos ; mais une solution de continuité s'est produite à une époque récente (à Godomey), par suite de quelque chanriement dans le cours de l'Ouémé, C'est ainsi que les deux plus grandes lagunes côlières (car il en existe d'autres dans l'intérieur), le lac Denham et la lagune de Porto-Novo, ne communiquent avec la mer que par l'eniboucbnre de lii lagune Cradou, ou plus exacicmeril par l'embouchure de la rivière Oyoun, Ces lagunes sont, en somme, de grands lacs navigables sur lesquels la batellerie indigène peut longer toute la côte, grâce à l'abri du rempart de sables, au large duquel la mer n'est pas praticable h cause de la barre. Ace titre, elles sont précieuses, car elles favorisent le commerce sur la côte, en permettant d'effectuer par eau les transports qui seraient très longs (et partant très coûteux) s'il fallait les exécuter par terre. Les lagunes sont d'ailleurs presque partout bordées de marécages, qui occupent eu certains endroits des étendues considérables.

Le preinier aspect de la cdte est assez riant grâce à la verdure des arbres, dont quelques-uns sont très élevés, qui la bordent presque partout ; en avant, se montre comme un mince liséré jaune la bande alluvionnaire qui sert de frange au littoral : on ue se rend compte qu'un peu plus tard de l'existence et de l'importance de la barre, dont les vagues couvrent le rivage de leur écume blanche.

La navigation sur les lagunes, le spectacle qu'elles présentent, ne sont pas sans charme. L'eau y est

calme connue dans un lac el peu profonde : elle est vert sombre ; le rivage, du côté de la terre ferme, est irrégulièrement bordé de piaules aquatiques dont le feuillage, d'un vert plus clair, tranche sur la nuance plus foncée des enux. Tout le long de cette rive se dresse une épaisse bordure d'arbres hauts et toulFus. Des flots émergent ^à et là des eaux de la lagune, couverts de roseaux, bordés de vase, el où des caïmans dorment au soleil, la gueule ouverte. Une paix profonde règne sur ces grands lacs, dont le miroitement n'est troublé, de temps à autre, que par le saul de quelque poisson, par le plongeon d'un caïman, ou par le sillage d'une lente pirogue que les oiseaux pêcheurs regardent passer sans manifester ni étonnement ni crainte.

La profondeur la plus considérable. des lagunes est dans celle de Porlo-Novo, où elle dépasse rarement deux mètres : là, des chaloupes, des bateaux d'uu certain tonnage peuvent naviguer ; toutes les autres sont praticables pour les pirogues, les baleinières.

Voici un récit de la « traversée » de Kolouou à Porlo-Novo qui donne bien la physionomie de ce paysage tranquille e t tiède. «J'ai pris passage à Kotouou, le 28 novembre 1891, à deux heures el demie, sur la Topaze. Le canal de Kotonouque nous suivons d'abord, u'a rien de curieux; il me rappelle les bords duDaiiube dans la branche de Soulina; partout des roseaux, des palétuviers; l'eau est tapissée de plantes aquatiques au milieu desquelles file la canonnière : sur les bords plongent de temps à autre les caïmans, el les poissons volants s'enfuient, et quelquefois tombent sur le pont

de la lopaze; de grands {

: noirs et très laids.

rappelant par leur forme nos cigognes, prennent leur vol par bandes et passent sur nos têles.

Après vingt minutes de marche nous entrons dans

le lac Denham, dont les eaux sont d'un jaune sale : sa Iraversée dure une heure et quart, Afotomou, grand village, s'aperçoit de loin: toutes les cabanes, construites en jonc, se trouvent plantées à deux mètres au-dessus de l'eau à l'aide de piquets.

Sous chaque habitation est attaché le tronc d'arbre creux qui sert à la famille pour aller à la pêche.

Ce villagea été construit parles habitants de Godomey qui ont fui devant les déprédations des Dahoméens, et qui, sachant l'horreur qu'ont ceux-ci pour l'eau, se sont installés sur la lagune môme.

En sortant du lac Denham, nous entrons dans une branche plus étroite appelée le Zumé ; celte route est plus longue que celle du Toché {une autre région de la lagune) mais, les eaux étant basses, nous sommes obligés de passer par le Zuniê.

C'est un labyrinthe de lagunes, de petits canaux, de petits lacs ; durant une heure, la vue est bornée ; l'on ne voit que des roseaux. Nous traversons quelques villages construits, comme Afotomou, sur les bords de la lagune; les petits enfants en grand nombre courent tout nus pour attraper les morceaux de biscuit qu'on leur lance du bord.

Enfin l'on aperçoit quelques arbres : la lagune s'agrandit, et l'on débouche dans l'Ouémé, qui est la lagune de Porto -Novo,

L'arrivée à Porto-Novo est très jolie; la ville, haute apparaît au milieu des orangers, palmiers, cocotiers ; la végétation est luxuriante, l'on retrouve les grands arbres des forêts vierges du Gabon avec leurs troncs enserrés par des lianes aux fleurs superbes ; la terre d'un rouge foncé qui ressort en de certains endroits, au milieu de cette épaisse verdure, produit un elfct étrange » (1).

Page 1