‹ Promenades au DahomeyChapitre 2 sur 27 · I. Charles Rouy, Député : Le Dahomey elle lerriloire soumis · texte numérisé non relu

I. Charles Rouy, Député : Le Dahomey elle lerriloire soumis

Quand on vienlau Dahomey, c'est à Kotonciuquc l'on déliarque.

Cette ville, si l'on peut dtïjà lui donner ce nom, se trouve sur la Lande alluvionnaire qui borde la côte : elle est située par conséquent entre la lagune el la mer, mais bur le bord môme de celli;-ci, en face du lac Denham. Un peu à l'est, la lagune se prolonge par une sorte de bras, (Lagune des Morts),fermée jusqu'au bord de la mer, avec laquelle ce cul-de-sac einpU d'eau est d'ailleurs sans communication. Grâce à sa silualioii, Kolonou qui est dt'jà la place la plus active du Dahomey en deviendra la plus riche. C'est là que les paquebots, les navires de toute sorte déposent leur monde el leurs marchandises.

C'est de lù que [tari le chemin de fer qui s'appellera, s'il plaît à Dieu, la ligne de Kotonou-Alger; en attendant, c'est Kotonou qui est le centre et la télé du mouvement de navigation sur les lagunes, et de la pénétration dans le Dahomey.

La barre, qui empêche les navires de s'approcher de la côte les empêche aussi de faire usage de leurs embarcations pour Iransporter à lerre,et vice-versa,leg passagers el la cargaison. L'on a donc récemment construit à Kotonou un warf, un pier qui passe par dessus les brisants, et à l'extrémité duquel les embarcations peuvent accoster pourvu que la mer ne soit pas exceplionnellement grosse.

Mais partout ailleurs, sur la côte, on ne peut franchir la redoutable barre qu'au moyeu des pirogues indigènes, montées par des gens du pays, qui déploient une habileté prodigieuse dans la manœuvre de leurs fréies esquifs.

au protectorat français s:

25 juin 1802).

r la Côte des Esclaves. {Revue Bleue,

Nous avons tu que toute la CflLe des Esclaves, pour ne parler quede cette partie de la crtte de Guinée, est défendue par une barre : on trouve des barres sur beaucoup d'autres côtes: chez no'is-méme, nou3 voyons l'embouchure de l'Adour embarrassée par un obslacle de ce genre ,

L'embouchure du Sénégal est de même. On pourrait citer des barres dangereuses en beaucoup d'autres parages. Mais nulle part les barres ne sont fortes et redoutables comme celles des côtes de Guinée. Aussi croyons-nous intéressant de rapporter ici ce que le D' Féris en dit dans la description qu'il a donnée il y a longtemps déjà dans les Archiues fie Màdecinr. navale, et qui est regardée comme classique :

« Pendant neuf mois de l'année, les vents du sudouest régnent dans le golfe de Guinée. Ils y sont attirés, selon quelques savants, par la raréfaction de l'air, due à l'influence des rayons solaires répercutés par les sables brûlants du vaste continent africain. .Sous son action incessante, l'océan se creuse en longues ondulations qui viennent se briser sur la plage sablonneuse dont la déclivité vers la haute mer est presque insensible. Ces gigantesques lames (quelques-unes atteignent40 à 50 pieds de hauteur) sont arrêtées brusquement à leur base par le peu de profondeur dufond, landis que leur partie supérieure obéissant à l'impulsion reçue, et continuant sans aucun obstacle leur course furieuse, se roulent en énormes volulcs qui viennent déferler sur la plage avec un bruit terrible.

« Elles forment ainsi en rebondissant trois lignes de brisants à peu près également espacées et dontla première est à environ trois cents mètres du rivage. C'est un spectacle qu'on n'oublie plus dès qu'on l'a une fois contemplé, et si quelque chose peut ajouter à l'impression qu'il cause, c'est de voir l'homme se jouer dans

une frêle embarcation des colères de la nature et en triompher à force de courage et d'adresse ».

Après avoir dépeint la barre elle-m^me, il décrit la manière de franchir cet obstacle, qui rend si difficiles et si danyereuses les communications avec celle côie qui s'étend sur plusieurs centaines de milles et le long de laquelle ne se trouvent ni un port ni une baie : « Quand les noirs veulent passer la barre, ils roulent leur pirogue sur le sable jusqu'au bord de l'eau et la font entrer dans la mer par secousses successives, profilantchaque fois de l'arrivée de lames qui s'étendent sur la plage en formant une écume bouillonnante.

« Enfin la pirogue est mise à l'eau et tous les noirs s'embarquent prestement, pendant que le féticheur debout sur le rivage, cherche à calmer le démon de la barre par des gestes et des invocations.

< L'équipage de ces embarcations est généralement composé de 12 à 16 hommes dont 10 ou 14 rameurs, plus l'homme de barre qui est armé d'un aviron de queue, en guise de gouvernail. Les hommes sont assis sur le bord du canot et, munis de pagayes ils nagent en cadence et avec un ensemble parfait. Chaque fois qu'ils plongent la palette dans les flots, ils font une profonde inspiration et, faisant passer l'air entre leurs dents de devant ils produisent un sifflement prolongé. Dans les moments périlleux, ils s'excitent mutuellement en poussant de grands cris.

«Le passage de la barre étant toujours dangereux,ils obéissent ponctuellement aux moindres signesdu pilote. Celui-ci veille l'instant propice pour passer avec les meilleures chances, aussi la pirogue reste-t-elle souvent slationnaire pendant quelques minutes en dedans de la barre, laissant passer les lames sous sa quille, à mesure qu'elles se présentent. Pui?, tout à coup, à un indice particulier, le pilote, reconnaissant un moment

favorable, pousse un cri, et toutes les pagaies frappent violemment les ondes furieuses. Les noirs, animés par leurs exclamations inarticulées, font des efforts si vigoureux qu'ils paraissent surhumains. Pendant ce temps, le pilote, debout et regardant la haule mer, donne des ordres, en même temps qu'il fait des gestes de la main droite, comme pour calmer les vagues frémissantes. Dès que la barre est passée, les noirs lèvent leurs pagaies en l'air, puis se mettent à ramer de la façon tranquille et cadencée qui leur est habituelle.

« Généralement l'obstacle est plus facile à franchir lorsqu'on vient de terre que lorsqu'on veut débarquer. 11 arrive souvent, surtout dans la mauvaise saison, qu'une lame vient balayer la pirogue et tremper entièrement le malheureux passager.

« Lorsqu'on atterrit, les derniers rouleaux poussent l'embarcation avec une rapidité vertigineuse sur la plage. Dès que l'avant a touché, toutes les pagaies sont vivement lancées à terre, les noirs se jettent à l'eau, prennent rapidement l'europénn par la ceinture et le transportent sur le sol ».

Comme on l'a dit plus haut, il existe à présent à Kotonou un warf qui permet aux voyageurs de débarquer sans être trempés comme le lut probablement le Docteur Féris : mais cet apponlement n'a été construit que-récemment (c'est à l'initiatice de M. le gouverneur Ballot que sa construction est due) ; et partout ailleurs, sur la côte, il faut encore user de la pirogue indigène pour descendre à terre.

A Wydah, la barre n'est pas moins dure qu'à Kotonou. Là, le l'éticheur qui préside au départ de la pirogue a une manière au moins originale d'appeler sur le voyage du bateau la protection céleste ; « il se roule sur le sable en poussant des hurlements et en agitant une espèce de balai pour évoquer les esprits protec-

leurs. Si ces conjurations ne réussissent pas, c'esl-àdira si la pirojue cliavjre, le chef lui fait doiiner douze coupa de i^orde, malgré ses protestations et ses menaces.... On transporte les marchandises des navires dans des punchons de la contenance de deux barriques, de sorte qu'il faut un tonnelier à bord et un à terre pour recercler le tonneaux » (1).

Pratiquement, le Dahomey iïe divise en Haut et en Bas Dahomey.

Le Bas Dahomey est celui que borde la mer: c'est en celte partie que nous nous sommes établis tout d'abord ; et c'est celle qui est le mieux connue.

La région du Bas Dahomey jouit d'un climat plus salubre que le reste de la Gninée ; cependant, le voisinage de la côte ne laisse pas d'être malsain, à cause des marécages qui couvrent une partie du pays. Le Bas Dahomey, en eiret.est Tort plal, et les eaux n'y trouvent pas la peute nécessaire pour s'écouler. C'est seulement à partir d'Abomey que le sol commence à se relever : son nîveuu s'élève ainsi jusqu'à la rencontre des échelons de la chaîne des monts Attacora.

Dans le Bas Dahomey le sol est argileux, rouge et compact. Les habitations des indigènes et les murs de clôture sont faits de cette terre, car iln'exislepasdans le pays de pierre k bâtir, A quelques kilomètres de la côte commence la région du palmier et des forêts, mais la contrée est encore jusqu'assez loin dans l'intérieur coupée de vastes marais.

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