Dahomey
— loi —
et les habitants massacrés. Le i^ros de l'armée était signalé entre Kedçji et lioiné, à dix kilomètres N.-X.-E. de Porto-No vo.
M. Victor Ballot, Résident de France (à Porto-Novo) prévenait k Cotonou le lieutenant-colonel Terrilion, commandant les troupes expéditionnaires. Dès le IS, les troupes de Porto-Novo recevaient de Cotonou les premiers renforts consistant surtout en artillerie.
Le 10, le lieuteiianl-colooel Terrîllonet le capitaine Seplans, arrivaient à Porlo-Novo. Après entente avec le Résident, les ordres étaient donnés pour la journée du lendemain, La sortie projetée avait pour but de reconnaître la force de l'etinemi et la présence du roi Béhanzin, et de rassurer la population de Porlo-Novo.
Le 20, à six heures du matin, la colonne se formait à l'est du fort Oudart, face au Nord, et s'ébranlait dans l'ordre de marche suivant :
500 guerriers du roi TolTa, sous le commandement du prince Bénou t'aloutou, chargés de prendre le contact de l'ennemi ;
10* compagnie de tirailleurs sénégalais (capitaine Arnoux), formant l'avanl-garde ;
Suivait le gros de la colonne, en tète de laquelle marchaient le lieutenant-colonel Terrîllon, le Résident de France, l'élat-major (capitaine Seplans et lieutenant Collombier) et une section de gardes civils de la résidence, un peloton de disciplinaires des colonies (capitaine Pérez), trois pièces de quatre de montagne (lieutenant d'artillerie Roos), 4' compagnie, de tirailleurs sénégalais (capitaine Panaier), ambulance (docleurs Dodart et Roux-Fraissineng), convoi de yivres et de munitions ;
Un peloton de la 2* compagnie de tirailleurs sénégalais (capitaine Lemolne) ;
En tout, 350 soldats réguliers.
A sept heures et demie^ à sept kilomètres au \.-N.- E de Porto-Novo, à l'entrée du village d'Atchoupa, les (juerriers du roi TolFa qui couvraient le front et les ailes, sont accueillis par une vive fusillade ; huit de ces auxiliaires, dont le prince Bénou Patouto», sont tués. La 10* compagnie de tirailleurs se déploie aussitril et couvre, par des feux à commandement bien ajustés^ la retraite des auxiliaires ; le capitaine Arnoux et son sous-lieutenant Szyniansky sont obliyés de tenir tâte pendant quelques instants k une véritable nuée de Dahoméens qui, dissimulés derrière les murs en terre du viilarje d'Atchoupa et derrière d'épais taillis, font pleuvoir une grôle de projectiles sur les tirailleurs.
Le lieutcnant-colonelTerrillon fait aussitôt former le carré et le fait appuyer à droite, de façon à se ménager un champ de tir découvert en avant de chaque face.
A huit heures, l'action est engagée à fond ; l'ennemi, dont la force a, depuis, été estimée à 7.000 guerriers et 2.000 amazones, cherche à etitamerle carré. Tirailleurs et disciplinaires les attendent l'arme au pied, et, à 200 mètres, ouvrent le feu ; lestrois pièces crachent la mitraille.
Aux assauts répétés des Dahoméens, nos tirailleurs et nos disciplinaires opposent leur sang-froid et leurs feux de salve. L'énergie des officiers, la solidité des troupes, la discipline du feu et la supériorité de notre armement ont raison de ces nombreux ennemis qui, de leur côté, montrent une grande énergie dans leurs attaques.
- Il n'y a bientôt plus de doute : toute l'armée dahoméenne est devant nous ; les amazones, garde royale de Béhanzin, donnent avec la même furie qu'au combat du 4 mars à Cotonou,oû elles se firent luer sur les
palangues du forlin Compéral. Ces harpies, ivres de gin de traile, montrent un acharnement incroyable. Les capitaines Araoux, Ferez et Pansicr, les lieutenants Lagaspie, Ganaye et Szysmanky tiennent leurs hommes dans la main et ont raison de leurs féminins, mais redoutables adversaires.
Les Dahoméens, désespérant de rompre le carré, le tournent et gagnent la route de Porlo-Novo ; ils veulent profiter de leur supériorilc numérique pour nous harceler sur place et, en môm^ temjjs, tenter un coup de main sur Ja ville et surtout sur le roi TofFa, dont ils voudraient rapporter la tête à Béhanzin.
Le soleil est déjà haut, l'atmosphère est lourde ; l'eau manque ; les munitions d'infanterie et d'artillerie s'épuisent rapidement ; la colonne a déjà plusieurs hommes hors de combat; le Résident de France, à cheval au milieu du carré, toujours aux côtés du colonel Terrillon, a le casque traversé par une balle ; le mouvement enveloppant de l'ennemi s'accuse de plus en plus. Le colonel Terrillon, craignant une diversion sur Porlo- Novo, donne au carré l'ordre de marcher face en arrière.
Il est neuf heures du matin ; le carré s'ébranle lentement, serré de près par les amazones qui cherchent à gagner les flancs. Aux sonneries alternatives du clairon : Halte ! et : En avant ! le carré s'arrête pour foudroyer les ennemis qui le serrent de trop près et reprend tranquillement sa marche lorsque la fusillade de l'adversaire semble mollir quelque peu.
L'ennemi ue cessa ses attaques que vers dix heures du matin ; à onze heures, la colonne se dispersait et reprenait ses postes de combat autour de la ville.
La sortie du colonel Terrillon a sauvé Porlo-Novo ; les Dahoméens ont subi des pertes très sensibles
évaluées, d'après les rapports des espions, au quai de i'elleclir cmjagc.
Béhanziii, désespéré d'avoir subi des perles encore 1 plus considérables que celles du combat du 4 mars à | Coioiiou, se relire dans le nord, vers Dangbo et 1 Azouicé.
De notre côté, le combat d'Atchoupa nous coule : 8 guerriers de Tolla tués au début de l'action et 53 j blessés, dont le lieutenant Szysmaiisk}', 15 Européens, ' 17 tirailleurs et 20 guerriers du roi TolTa.
L'honntur de la journée revientà la 10" compagnie de tirailleurs sénégalais qui subit, dés le début de l'action, le choc de l'adversaire, tint pendant (oui le combat et protégea la retraite repoussant éneryiquemenl les assauts Turieuxdes amazones.
. Le rôle brillant joué dans celte allaire par le Rési- , dent de France fut décrit ainsi par le lieutenant- ! colonel Terrilloii, obligé de rentrer en Trancc quelques jours après l'afTaire de Alchoupa, pour y rétablir sa santé : « Je ne veux pas, dit-il, quitter noire « jeune et belle colonie sans adresser tous mesremer- « ciements à M. Ballot, Résident de France, qui, par « la sûreté de ses renseignement», m'a permis, avec de « faibles eireclila, de faire face sur tous les points à j « l'armée dahoméenne, et qui, par sa brillante a « dnite et l'énergie déployée pour remellre de l'ordre <c parmi les soldats auxiliaires pendant le combat du « 20avril,a contribuéausuccès de la journée». (Ordre I n" 9 du 1" mai 1890, Jour/ta/ officiel).
Le capitaine de vaisseau L. Fournier. — Vamiral 1 Cavelier de CuveruHle. — Les négociations , —Lar' I rangement du 3 octobre 1890. — M. Bayol était rentré en France au commencement du mois d'avril, laissant la direction des affaires au capilaine de vaisseau Fournier, commandant du Sané.
Le 7 avril 1890. le blocus fut établi sur la côte par le coiiiniaii(ianll''ournii;r, comiiiaiiJaiit desforces navales françaises dans le golfe de Bénin.
Le blocus embrassait la côte et les ports compris entre la limite des possessions françaises et allemandes des Popos et la limite orientale des possessions françaises de Porlo-Novo.
A Porto-Novo, depuis le combat d'Atchoupa, la situation était satisfaisante ; les aiïaires n'avaient pas été interrompues un seul instant et le budget local de 1890 promettait de se solder par un important excédent de recettes, D'aulre part, le service douanier était organisé et les travaux de construction de la ligne télégraphique Porto-Novo-Cotonou étaient poussés activement. Celte ligne fut livrée au public le l" juillet 1S90. Le Résident fit procéder, d'accord avec le colonel Kliplcl, qui était arrivé du Sénégal le 24 avril et qui avait remplacé le lieutenant-colonel Terrillon comme commandant de la colonne expéditionnaire, k raclicvenient du mur d'enceinte et du fossé de Porlo- Novo.
Enfin, le 8 juin 1890, le contre-amiral Cavelier de Cuverville, commandant en chef des forces de terre et de mer et remplissant les fondions de gouverneur dans les établissements français du Bénin, arrivait sur la Naïade en rade de Colonou.
Ses instructions prescrivaient à l'amiral de chercher par tous les moyens à conclure avec le Dahomey un arrangement réglant délinitivement la question de Cotonou : « Aucun succès, disait le ministre, ne saurait « vous faire plus d'honneur que la clôture par voie « transactionnelle des allairesdu Dahomey ». Il ne pouvait résulter de cette manière d'envisager les choses qu'une transaction, sur la question de Cotonou, mais non un règlement définitif de la question dahoméenne.
En ed'el, moins de deux ans après, Bélian/.in, qui avait pris pour de la faiblesse les Irès larges concessions que, dans sa loyauté bien connue el aussi dans un esprit de discipline très louable, l'amiral avait cru de son devoir de lui accorder, recommeni^a les hostilités.
Dans ces condilions, l'amiral de Cuverville pensa qu'il pourrait employer utilement la bonne volonté du Père Dorgère, qui possédait, d'ailleurs, une certaine iniluence auprès des Cabécères de Ouidah et auprès du roi lui-même. Le 2'.i juillet, après avoir tâté le terrain, le Père Donjère se rendît à Aboraey pour négocier.
Pendant ce temps, l'arairai sefaisait rendre compte de la position des Forces dahoméennes; il essayait également, mais sans succès, de leur opposer les Egbas, leurs ennemis de plusieurs yen lira lions. Le 20 juin, le Résident l'informait que six mille guerriers, divisés en trois groupes de deux mille hommes environ, se tenaient à Kétou, à Uuéré et à 12 kilomètres au nord de Sakété. Vers le 16 juillet, il signalait au contraire un commencement de délente dans l'esprit de Béhanzin : le roi avait essayé de son cMé de contracter alliance avec les-Mahis, mais avait échoué dans ses démarches et semblait plus disposé, paraît-il, à prêter l'oreille aux propositions de paix qui lui avaient été portées tout d'abord par l'interprète Bernardin Durand, envoyé auprès de lui par le Résident. En tout cas, k ce moment, ses soldats recourent l'ordre de se replier vers le Nord et de se concentrer au camp de Zagnanado, Hais quelques jours après les mêmes (roupes dessinaient un nouveau mouvement vers le Sud. Le Résident exprimait, d'ailleurs, des doutes sur la réussite de la mission confiée au Père Dorgère et sur la sincérité du roi : « Une marche en avant, écrivait-ilj peut seule nous faire obtenir une concession de Béhanzin, Il est
.eillé par soa entourage et ne voit pas iietlemeiiL la siLualion... Je suis convaincu que tout traité sérieux et durable avec la cour d'Ahoiney est, en l'élat actuel des choses, presque impossiUc », Quoi qu'il eu soit, les mouvements de troupes dahoméennes continuaicnl, toujours inquiétants.
Enfin à la fin du mois de septembre le Père Itorgère, revenu à Ouidah,anTioin;.aît à l'amiral que ses pourparlers avec le roi avaient réussi et le 3 octobre un arrangement était siijiié par le commandant du croiseur le Ftoland, M. de Monlesquiou, assisté du capitaine d'artillerie Decœur, sur les bases ci-aprcs :
I. — Le roi du Dahomey s'engage à respecter le protectorat frani;ais du royaume de Porlo-Novo et à s'abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat.
Il reconnaît à la France le droit d'occuper indéfiniment Colonou.
II. — La France exercera son action auprès du roi de Porto-Novo pour qu'aucune cause légitime de plainte ne soit donnée à l'avenir au roi de Dahomey.
A titre de compensation pour l'occupation de Cotonou, il sera versé annuellement par la France une somme qui ne pourra en aucun cas dépasser vingt mille Trancs (or ou argent).
Le blocus sera levé et le présent arrangement entrera en vigueur à compter du jour de l'échange des signatures. Touterois cet arrangement ne deviendra définitif qu'après avoir été soumis à la ratification du gouvernement français.
Par suite de cet arrangement, le blocus fut aussitôt levé.
Mais, il fallait encore assurer l'exécution de l'arrangement, et tout d'abord faire opérer le retrait des troupes dahoméennes qui, dans les derniers jours d'oc-
tobre, înterceptciieDt encore les routes de l'intérieur et occupaient le territoire de Polo-Novo à une distance de quelques kilomètres de la ville. Sur la demande de l'amiral, M. Ballot régla cette situation diriicile et délicate, II proposa tout d abord d'envoyer à Ouidah un officier de marine ou le Père Dorrjère accompagné des principaux personnages de Porlo-iXovo, de manière à bien montrer que les difficultés entre Porto-Novo et le Dahomey étaient terminées. De son côté, après avoir visité la banlieue de Porto-Novo et le Dahomey et s'être rendu compte que, sur ce point, la tranquillilé était complète, il se rendit avec le capitaine Decœur dans l'intérieur du Dahomey, à Fanvié et Azaouissé, où il eut une entrevue avec Kékédé, roi du Décamé, qui avait pendant la guerre pris fait et cause pour le Dahomey contre TofTa. Le Résident remît à Kékédé une lettre pour Béhanzin l'informant de la réconciliation du roi de Décamé avec TolTa et l'engageant à donner, de son côté, des preuves de ses bonnes intentions en retirant ses troupes, Kékédé se chargea de faire parvenir cette lettre à destination, et quelques jours après {le 24 novembre), M. Ballot transmettait à l'amiral la réponse à sa lettre. En même temps, les soldats dahoméens quittaient définitivement la banlieue de Porlo-