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Le renseignement me fut donné par M. Pierre Dufay

PROMENADES BIOGRAPHIQUES 21d

Diorama de Londres ou tableau dos mœurs britanniques t-n mil huit cent vingl deux.

par Arcieu traducteur de lord.Byron

1 vol. in-8û de 478 pages.

Paris, chez Louis, rue Haute feuille, 10. — 1823.

Ali-lerenard ou La conquête d'Alger. — 2 vol. in-8°, Paris, Gosselin, 1832.

Chaque volume a une vignette frontispice de Tony Johannot.

Sakontalà à Paris. — Roman de mœurs. 1 vol. in-8°. Paris, Gosselin, 1833. Comprend 383 pages pour le texte plus une préface de l'auteur datée d'Alger, Décembre 1832. Une vignette de Tellier sert de frontispice.

L'exemplaire de Ch. Asselineau fut adjugé 28 frs. à sa vente. C'était alors un prix élevé.

Pérégrinations en Orient. — 2 vol. in-8°, Pagnerre, 1840. Le premier volume a 464 pages, le second 459. Celui-ci est terminé par une table très détaillée.

Poésies d'Eusèbe de Salles (sic). — 1 vol. in-12. Pagnerre 1805, avec une préface, comme étant le premier volume des («livres complètes.

Les Carbonariou l'Anèvrisme. — '* volume des œuvres complètes, in-12 de 338 pages. Paris, Pagnerre 1869.

Histoire générale des races humaines. — 1 vol. un

des premiers ouvrages de l'auteur. Je n'ai pu en parler ne l'ayant jamais rencontré, mais je suis certain qu'il fût publié; il y en avait un exemplaire à la vente Asselineau adjugé 8 frs. avec les Carbonari.

Le démon légion ou Théorie des orgueils modernes, 2 vol. Annoncé mais probablement resté inédit, peut-être inachevé.

Le théâtre d*Eusèbe de Salle est ajouté à ses poésies. ïl y a aussi, à la suite du vol. Les Carbonari une nouvelle algérienne intitulée Bas-à-jour qui n'est pas la moins curieuse des œuvres du même auteur.

Une histoire d'Arabie a été également annoncée par Eusèbe île Salle, mais il ne m'a pas été possible d'en trouver les traces, même à la bibliothèque de Montpellier qui renferme de notre auteur, beaucoup de fragments inédits.

Je n'ai jamais rencontré le rapport d'Eusèbe de Salle sur l'Algérie, qui lui fut commandé après la campagne, mais il a été certainement publié. Il faudrait encore consulter les archives de l'Ecole de Médecine de Montpellier ; on y trouverait plus que probablement de nombreux rapports d'Eusèbe de Salle adressés d'Orient, lors de sa mission pour étudier les épidémies de Jaffa et de Beyrouth.

Voici l'analyse de Sakontalà à Paris telle que Charles Asselineau la donna dans son article du Boulevard, article reproduit dans sa Bibliothèque romantique.

PROMENADES BIOGRAPHIQUES 2li

ANALYSE DE SAKONTALA A PARIS PAU Cn. ASSELINEAU

Calixte de Saint-Tropez, officier de l'armée impériale, s'est réfugié à Londres après L815. C'est là que pendant les loisirs inoccupés de la belle saison et dans le décor charmant des promenades qui environnent la ville, se forme, se fortifie, s'exalte la passion des deux amants. La passion de Calixte d'abord tendre et languissante comme une convalescence, se fortifie bientôt de toute l'énergie de son caractère violent et de toute l'ardeur de sa nature provençale. Ses révélations à son ami s'arrêtent du jour où la confidence devient trop lourde pour l'oreille d'un lovelace de garnison. En 1817, Calixte a obtenu par les démarches de ses amis, la permission de rentrer en France ; mais déjà il a pu, jugeant sa maîtresse, envisager clairement l'avenir qui l'attend dans une union mal assortie. Calixte, homme à passions sérieuses, grave dans ses emportements, ne s'est point jeté étourdiment comme Adolphe et avec l'irréflexion de la jeunesse, dans une union illégitime. Aimé de Sakontalà, il a voulu l'épouser pour rendre sa protection plus complète. A ses propositions de mariage, la veuve de lord Graham répond en lui faisant lire le testament par lequel son mari, l'un des chefs de l'administration anglaise dans les Indes, ne lui a laissé la disposition de son immense fortune qu'à la condition qu'elle resterait veuve

Sakontalà, se remariant, est immédiatement dépouillée par sa fille et n'a plus rien à attendre que de sa générosité. Saint-Tropez, trop peu riche pour oflrir à lady Graham un état sortable, a dû renoncer à un projet qui ne lui réserve en compensation de son opulence perdue, que le partage de la médiocrité. Mais, en renonçant au titre d'époux, il a entendu en garder les devoirs. Il s'est promis d'être le protecteur et le conseiller de Sakontalà, l'administrateur de

sa fortune, le tu tarir de sa fille et l'économe de sa maison. Ici commence, à travers mille fracas, à travers des malentendus, des désaveux, dps déboires sans nombre, la lufte d'un dévouement ferme et clairvoyant, assidu, contre la mollesse qui se dérobe, l'ineptie qui ne sait pas voir, la nonchalence qui trahif. SakOntalà ne désole pas seulement Caîixte par sa faiblesse et ses désordres : elle le blesse chaque jour plus intimement et avec de biens autres douleurs par l'ignorance même de son dévouement et par l'inintelligence de sa tendresse.

Tl aperçoit de jaur en jour davantage, sous la grâce aimable et sous la naïveté qui Vont charmé, la nullité d'esprit, la stupidifé dos femmes de l'Orient.

Tl rêve, auprès de Sakontalà somnolenfe. à ces unions fortes et actives, où les cœnrs et les volontés s'entendent, ou les regards et les pensées se comprennent. Souvent, pendant les longues soirées silencieuses, il épie le révoil de cette âme engourdie. « Attentif, j'écoute... espérant surprendre son secret. — Une ère nouvelle serait-elle sur le point de commencer pour nous ? Notre silence serait-il l'épreuve pythagoricienne ? »

La manière dont lady Graham conduit sa vie est déplorable. Sa maison n'est fréquentée que par des hommes pf, par des femmes compromises ; des aventuriers de tous pays, de tout âge et de tout sexe, tirent sur sa bourse et la font vivre dans la gêne et dans les dettes. Calixte entreprend de la débarrasser de ces parasites et se fait autant d'ennemis de ceux et de celles que la mollesse de son amie a protégés contre lui.

L'éducation de Rachel, fille de Sakontalà, est abandonnée à une institutrice anglaise, romanesque et intrigante, qui favorise les prétentions d'un prétendu chevalier de Jérémie, soit-disant émigré et ruiné par la révolution de Saint-Domingue. M. de Jérémie qui s'est fait communiquer par l'institutrice le testament de lord Graham, exerce sur Rachel les séductions d'un charmant visage et s'applique à la compromettre pour contraindre Sakontalà à la lui donner pour femme.

PROMENADES PHIQUES.

Instruit de ces menées, Cali ique le chevalier, ils

se battent et Calixte reçoit une balle dans la poitrine. Mais Rachel, déjà séduite, a pris aussitôl en haine l'ennemi do, son amant. Elle est près de lui demander compte de cette intervention dans sa destinéeet de cette autorité usurpée sur sa vie. Depuis longtemps, Rachel a changé pour lui ; les caresses qu'enfant elle rendait a l'ami do sa mère, elle refuse à présent à er dont la présence lui est

suspecte.

Le soleil d'Orient l'a faite précocement femme: la passion l'a faite femme clairvoyante. En l'écoutant, en la regardant parler, Calixte est un jour frappé, comme par révélation, de l'éclat de cotte bolle flour indienne violomment épanouie. malgré la froideur du climat d'occident. Il découvre avec épouvante qu'il aime Rachel et avec terreur qu'elle l'a deviné.

Rachol a tout compris et le mépris de l'amant, de l'amant infidèle à sa mère, s'ajoute, dans son sourire à l'horreur du censeur intéressé. Tant d'éléments de discorde et de malheur font explosion dans la même soirée. Calixte a conduit sa maîtresse au bal de l'Opéra. Tl l'y a conduite malgré lui et en cédant â un caprice auquel il a longtemps résisté.

Une de ces femmes équivoques qu'il est parvenu â faire évincer du salon de lady Oraham, les a reconnus, insultés, pours îivis, Calixte et sa compagne deviennent les victimes d'un de ces scandales communs au bal de l'Opéra, il y a quarante ans, lorsque la mode de l'intrigue y autorisait toute licence de paroles.

Honnie, montrée au doigt, Sakontalà s'évanouit ; son ennemie, furieuse, profite du désordre pour lui enlever son masque sous prétexte de la secourir.

Ramenée chez elle, accablée et à demi-morte, lady Graham apprend que sa fille, profitant de son absence, s'est enfuie avec son séducteur. La faible raison de Sakontalà succombe à tant de honte et de douleurs. A travers ce présent confus, plein d'angoisses, les images poétiques de son passé reparaissent. Lady Jenny Graham redevient Sakontalà, la fille des bords du Gajige, la veuve du nabab,

Calixte la voit traîner au milieu de la chambre, un long coflret qui contient tout l'appareil des veuves indiennes, répandre sur ses cheveux épars les cendres du foyer et approcher un tison enflammé d'un morceau d'étoffes disposé en lit funèbre. Elle psalmodie d'une voix délirante tantôt la prière des morts des indous, tantôt des passages de leurs livres sacrés. Calixte lui-même se transforme à cette lueur de délire rétrospectif et devient le serpent Addisechen que Sakontalà a recueilli chez elle pour se le rendre favorable ei dont le venin l'a marquée pour l'enfer. Elle lui prédit le supplice éternel des adultères et des inhospitaliers : «En présence de Moisses-=ours et de ses huit cent millions de démons, dans les profondeurs du Taptaschourmy, il serrera dans ses bras une statue de femme de fer brûlant »

Un kakatoès qui rappelle le choucas de Jean-Paul Richter et le corbeau fatidique d'Edgard Poë, ajoute à l'étrangeté charmante de cette scène, en jetant à travers les déclamations de l'insensée des lambeaux de phrases indoustaniques apprises pendant les leçons autrefois données par Sakontalà à Calixte et qui achèvent d'exalter sa démence en se présentant comme des oracles. Cette scène de délire est une des plus saisissantes et des mieux traitées que la littérature romantique ait inventées.

Au bout de quelques jours, délai voulu par le chevalier Jérémie pour constater l'enlèvement, Rachel Graham reparaît chez sa mère Sakontalà revient à elle-même en reconnaissant sa fille. La fuite des fugitifs est mise sur le compte d'une passion irrésistible et pardonnée, et Calixte voit avec désespoir s'accomplir ce mariage, tant combattu par lui, de la fille de son amie avec un misérable, perdu fde dettes et de débauches.

« — Mon destin est, dit-il, d'avoir toujours la souffrance la plus ignoble : prévenir le malheur, le craindre et le causer ; avoir, lorsqu'il arrive, les bras enchaînés et se débattre dans l'impuissance. » C'est là en quelque sorte, la moralité, la formule du roman.

Rachel et Jérémie mariés et installés chez leur mère, Calixte ne croit plus pouvoir se maintenir avec dignité dans

la maison et se retire. 11 sent, d'ailleurs, le cœur de Sakontalà refroidi pour lui par l'effet des insinuations perfides de Jérémie. Les suites de sa blessure l'obligent bientôt à garder la chambre et le lit. Nous voyons alors reparaître à titre de consolateur le capitaine de hussards des premiers chapitres. Les réflexions ineptes el les conseils outrecuidants «le ce s.mcho-Pança héroïque t'ont une opposition divertissante à la mélancolie dés faits qui précèdent ; c'est la petite pièce après la grande ; le commentaire d'un fat sur le drame de la passion sincère.

Rac.hel a quitté sa mère et est passée en Angleterre avec son mari. Maltraitée, ruinée, trahie, battue, elle est contrainte, après six mois de mariage, de plaider en séparation et de coucher avec son avocat pour l'intéresser à sa cause.

Saint-Tropez mourant n'a plus rien à donner à lady Graham que son nom. Le mariage est célébré in-exlrem-s à Paris, dans la chapelle de l'ambassade anglaise.

L'espoir d'échapper à l'influence de la chute des feuilles dans un pays où les feuilles ne tombent jamais, le désir insensé de refaire une fortune à Sakontalà, l'engagent à partir avec sa femme pour Calcutta.

Quelques mois après, le capitaine de hussards apprend que le navire qui portait les nouveaux époux, a péri en doublant le cap de Bonne-Espérance.

Je voudrais par cette analyse avoir sufïisamment marqué les saillies principales de ce remarquable ouvrage pour en faire mesurer la profonde, la vigoureuse contexture.

Je ne retire rien de ce que j'ai déjà dit. M. de Salle a abordé de front mille difficultés que Benjamin Constant avait éludées en plaçant son action dans un milieu social où les conséquences des actions humaines sont à peu près indifférentes et en laissant son héros a un âge où les torts sont généralement excusables et réparables. Adolphe ne lutte que contre lui-même, ou plutôt il ne lu* te pas : i! subit, il souffre et il se plaint. Calixte lutte et agit, il lutte non seulement contre lui-même, mais contre le monde et contre les difficultés de la vie, contre sa maîtresse, sa tille et son

entourage ; il est vaincu mais il tombe avec noblesse. Cette chute, d'ailleurs, était dans la logique du sujet.

L'auteur a d'ailleurs montré son agilité et sa science d'écrivain dans les épisodes que j'ai cités. La scène du dédésespoir de Sakontalà au retour du bal de l'Opéra n'a pas d'analogue clans Adolphe. Benjamin Constant surtout n'eut jamais osé risquer le perroquet.

Que ceux qui trouveraient cette observation singulière réfléchissent à la difficulté d'introduire dans une scène pathétique un objet burlesque sans en atténuer la gravité.

Une autre qualité qu'il faut, porter au compte de M. Eusèbe de Salle et sans laquelle, suivant nous, il n'y a pas de vrai romancier, c'est la puissance comique.

Certains personnages, celui du capitaine de hussards, fat, bête, bon enfant, celui du médecin Lasinec (charge évidente du docteur Laënnec) le comique terrible des scènes conjugales entre Rachel et Jérémie, montrent chez l'auteur cette faculté double du rire et des larmes qui signale le comtemplafeur. A la sincérité du ridicule chez le docteur et chez l'officier, comme à la réalité des idiosyncrasies orientales chez Sakontalà, on devine un peintre compétent.

Médecin, militaire, orientaliste, M. de Salle sait beaucoup de choses, c'est une partie de sa force.

Ch. Asselineau.

PROMENADES BIOGRAFIUQUES

Copie d'un passe port délivré à Madame Eusèbe de Salle, en 1848 et contenant sou signalement :

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