MOLIERE A LYON
Les souvenirs littéraires abondent à Lyon.
C'est à Lyon que Molière a donné rÉtourdl pour la première fois. On est indécis sur le quartier où était située sa salle de spectacle; on suppose qu'il jouait dans des jeux de paume, comme c'était l'usage alois.
Jean-Jacques Rousseau, au temps de sa misérable jeunesse, a bien souvent erré sans gîte dans les rues et sur les quais de Lyon. « J'aimais mieux, dit-il, employer quelques sous qui me restaient à payer mon pain que mon logis, parce qu'après tout je risquais moins de mourir de sommeil que de faim. »
Il a raconté dans les Confessions une de ces nuits passées à la belle étoile. C'est une des plus admirables pages de notre langue.
« Je me souviens d'avoir passé une nuit délicieuse dans un chemin qui côtoyait le Rhône ou
la Saône, car je ne me rappelle pas lequel des deux. Des jardins élevés en terrasses bordaient le chemin du côté opposé. Il avait fait très chaud ce jour-là; la soirée était charmante; la rosée humectait l'herbe flétrie; point de vent, une nuit tranquille; l'air était frais sans être froid. Le soleil avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l'eau couleur de rose.
» Absorbé dans une douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade sans m'apercevoir que j'étais las. Je m'en aperçus enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte enfoncée dans un mur de terrasse; le ciel démon lit était formé par les têtes des arbres; un rossignol était précisément au-dessus de moi, je m'endormis à son chant. Mon sommeil fut doux, mon réveil le fut davantage.
» 11 était grand jour; mes yeux, en s'ouvrant, virent l'eau, la verdure, un paysage admirable. Je me levai, me secouai ; la faim me prit, je m'acheminai gaiement vers la ville, résolu de mettre à un bon déjeuner deux pièces de six blancs qui me restaient encore. J'étais de si bonne humeur que j'allais chantant tout le long du chemin, et je me souviens même que je chantais une cantate de Batistin que je savais par cœur. »
On a retrouvé la niche du philosophe, — qui mérite ici le nom de poète; — et on l'a pompeusement appelée : la grotte de Rousseau, — Elle est située aux Étroits, en face de la presqu'île Perrache.
Les poètes lyonnais l'ont chantée, cela va sans dire; un d'entre eux, M. KaufTmann, a même essayé d'ajouter à son prestige :
Aux portes de Lyon, sur les bords où la Saône Semble bâter ses pas pour embrasser le Rhùne, Une grotte profonde, asile du plaisir, Offre une ombre à l'amour, un gazon au désir, L'auteur y vient rêver; Rousseau dans son jeune âge Se plut à s'égarer sur cet heureux rivage; Un rocher l'abrita contre les feux du jour, Et son nom a depuis illustré ce séjour.
A en croire M. Kauffrnan, la grotte de Rousseau ne serait rien de moins qu'un lieu de rendez-vous, — assertion que je n'ai pas eu le loisir de vérifier.
Au Grand-Théâtre, j'ai vu un acte de ta Biche au Bois, jouée par une troupe de passage.
C'est un chien qui représente la biche, — un grand lévrier acheté à Oflenbach. Le public admet parfaitement celte substitution. 11 est vrai qu'on recouvre le doux animal d'une tête et d'une peau de biche; — il se prête avec intelligence à