LE SOLEIL
Je ne suis pas l'ennemi du soleil, loin de là. C'est un astre bon enfant, quoique magnifique. Il est souvent indiscret peut-être, mais il est excellent pour les rhumatismes. On l'a quelquefois blagué ; Roqueplan a dit de lui ;
(( Le soleil est la plus brillante des sept grandes planètes; toutes tournent autour de lui. La lune seule montre assez d'indépendance et de bon goût pour s'abstenir de cette rotation courtisanesque. Le soleil n'étant donc pour nous qu'un astre et non pas un dieu, il n'y a aucune irrévérence à lui dire son fait.
v; En un mot, si le blé pouvait venir en serre chaude, on pourrait tout à fait se passer des caresses brûlantes de ce gros astre aux yeux d'escarboucle, dont la face s'encadre dans une auréole d'allumettes chimiques en combustion. Il s'agit de compter les bienfaits qu'il répand sur les pays objets de sa prédilection et de comparer ces pays à ceux qu'il se contente de frotter dédaigneusement de l'extrémité de sa crinière ardente.
» La peste, le choléra, la stérilité de la terre, la brièveté de la vie, les bêtes féroces : voilà ce qu'il donne aux climats du Sud.
» Que gagnons-nous, nous autres Parisiens, à la visite du soleil ? — De la chaleur.
)) Ah ! vraiment, que Paris est beau par un jour de chaleur ! Que cette population glutineuse est belle à voir ! Ah ! les beaux visages rouges et perlés, les beaux cheveux frisés en chandelles, les belles mains gonflées, la belle poussière, la bonne asphyxie, les bons chiens enragés !...
)) Les adorateurs les plus fanatiques du soleil n'apprécient que son lever et son coucher, c'està-dire le moment où il ne brille pas encore et le moment où il disparaît. »
C'est bien le jugement d'un soupeur, comme était Nestor Roqueplan, d'un homme qui ne comprenait que la vie aux bougies.
Un autre de mes amis, Gabriel Prévost, lui a jeté à la face quelques vers intitulés bravement :