APOSTROPHE D'UN IVROGNE AU SOLEIL
Bonjour, ami Soleil ; comment va la santé ?
La mienne, je ne sais pourquoi, va de côte...,
J'ai bu, c'est vrai, mais toi, tu bois aussi, je pense ;
Tu connais le secret de boire sans dépense,
Mais tu bois; — ton gosier est des meilleurs, dit-on ;
Et quand sur l'Océan, que rase ton menton.
Tu te mets à calmer la soif qui te dévore,
Sans souci des humains, tu bois plus d'une auipliore.
Seulement, nous avons chacun notre tonneau •
Ma boisson, c'est le vin, et la tienne, c'est l'eau.
A chacun son métier, à chacun sa besogne : A loi de réchauffer les coteaux de Bourgogne, A moi d'en absorber les consolants produits ! Jaserai génércjx : je le laisse les puits.
La rliul(i est iuMircuse.
rnoYiNCiAux a taris
Le beau temps aidant, les étrangers et les provinciaux prolongent leur séjour dans notre capitaie, sur les magnificences de laquelle ils ne sont pas rassasiés. Il paraît que, pour quelques âmes neuves, Paris est encore un des plus attrayants spectacles qui soient au monde. Nous autres, nous sommes blasés sur les merveilles que nous coudoyons chaque jour, — ou plutôt nous nous figurons que nous le sommes; cela arrange notre paresse. Il faut, de temps en temps, qu'un Persan ou un Norvégien s'écrie à nos oreilles : « A.h ! comme c'est beau ! Comme c'est magnifique! » pour que nous daignions murmurer : « Oui, ce n'est pas mal..., en effet, c'est assez genlil. »
Et, pendant que l'étranger se laisse aller à son dithyrambe, nous nous rappelons, selon le quartier que nous habitons, que nous ne sommes point passé devant Notre-Dame depuis trois ans, que nous n'avons traversé le jardin des Plantes qu'une fois cette année, que Saint-Séverin et le Val-de-Grâce nous sont à peu prés inconnus, que la place Royale remonte à nos
souvenirs d'enfance, que nous n'avons vu le parc Monceau qu'en voiture — et que nous n'entrons dans les galeries du Louvre que lorsqu'il pleut.
Je sais un de mes amis qui est né à Paris, qui a été élevé à Paris, qui demeure à Paris — et qui ne connaît Paris que de réputation^ comme on dit. En revanche, nul mieux que Itii n'est familier avec Londres, Florence, Amsterdam, Séville; il vous guiderait les yeux fermés à travers les détours de Constantinople.GeParisien se propose très sérieusement de borner, un jour ou l'autre, la série de ses voyages par un voyage... à Paris. Ce jour-là, il s'armera résolument d'une malle, descendra dans un hôtel et commencera consciencieusement l'exploration de sa ville natale, après avoir eu le soin de se munir d'un Guide de l'étranger.
Un journal languedocien écrivait l'autre jour dans sa chronique locale : « Notre préfet est actuellement en villégiature à Paris. »
On a pu en sourire rue aux Ours — et l'on a eu tort.
A part quelques quartiers appartenant à la haute industrie, Paris est essentiellement un séjour champêtre; on n'y peut pas faire un pas sans s'y heurter à de la verdure.
U y a quelques années, un honorable habitant
de Sisteron, M. Arène, le père de notre spirituel confrère, vint à Paris pour la première fois. A son retour, ses compatriotes ne se firent pas faute de l'interroger sur ses impressions.
— Je n'ai jamais vu une ville où il y ait autant d'arbres ! leur répondit Arène.
En effet, — sans compter le Luxembourg" et les Tuileries, ces deux parcs, — Monceau, cette corbeille de fleurs; les buttes Ghaumont, cette réduction de la Suisse; — que d'accidents agrestes rencontrés au détour de chaque carrefour! que de squares touffus ! Square Montholon, square Saint-Jacques-la-Boucherie, square Gluny, square du Temple ! Et lejardin des Plantes! et les boulevards ! et le Palais-Royal ! et les Champs-Elysées !
J,evousle dis, en vérité, — Paris est autant une forêt qu'une ville; — et je comprends que les provinciaux y accourent dans la belle saison, pour venir y chercher un peu de fraîcheur et d'ombre.