‹ Promenades d'un homme de lettresChapitre 62 sur 82 · LES CHEMINS DE FEK · texte numérisé non relu

LES CHEMINS DE FEK

Sur les chemins de fer, je me suis rencontré avec nombre de députés en vacance.

D'UN HOMMK [) K LETTRES 311

Il fallait les voir s'élancer à l'assaut des wagons,

— celui-ci à la station d'Avignon, celui-là à la station de Lyon, cet autre à la station de Dijon

— tous le chapeau melon sur la tête, le coffret en bandoulière, le veston vainqueur. J'ai pu le constater avec plaisir : la plupart de nos représentants sont encore verts — ou du moins verdoyants.

— Madame, la fumée du cigare vous incommode-t-elle?

— Un peu, monsieur.

— Alors, je m'en vais fumer par la portière... la mienne... la petite...

— Oh! non, monsieur... vous introduiriez un courant d'air... je préfère que vous fumiez un cigare... mais un seul...

Et ce mot était accompagné d'un si touchant sourire, que le député ne pouvait s'empêcher de dire :

— La moitié d'un, madame. '

— Merci, monsieur... mon mari, qui est un de vos importants électeurs, vous en remerciera...

Voilà à quoi les députés sont exposés en voyage.

«Dis-moi où tu as passé tes vacances, je te dirai quel député tu es, >^

Les uns aiment les lacs; ce sont les rêveurs, les cœurs tendres; — les autres se précipitent à travers les pays vignobles; ils prétextent de graves études sur le phylloxéra; ce sont les épicuriens.

Il y en a qui poussent jusqu'à l'étranger, qui franchissent les frontières; ce sont les aventureux, les chercheurs.

Les uns et les autres reviennent à Paris sans enthousiasme. lisse blottissent dans un coin de wagon, le regard soucieux, la pensée perdue dans ce passé de quinze jours si vite envolé.

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