‹ Promenades d'un homme de lettresChapitre 71 sur 82 · A BOULOGNE-SUR-SEINE · texte numérisé non relu

A BOULOGNE-SUR-SEINE

Paul de Kock n'est pas mort tout entier. Ses traditions revivent dans la Lice chansonnière une brave société qui, depuis 1831, n'a pas cessé de (( célébrer le Champagne et l'amour ».

Quand je dis le Champagne, c'est plutôt le petit bleu que je devrais dire. Mais le breuvage n'y fait rien.

Donc, la Lice chansonnière annonce pour dimanche prochain son dîner annuel, dit Banquet des clames. — Chapeau bas, s'il vous plaît ! Honneur au sexe ! — Le Banquet des dame-s aura lieu à Boulogne-sur-Seine, et ce sera autant une fcte qu'un repas, une fête qui durera toute la journée. Voyez plutôt le programme, qu'on dirait rédigé par Mon voisin Raymond ou par la Laitière de Montfermeil :

A 10 heures et demie, — rendez-vous chez le restaurateur.

Ali heures, — départ collectif pour une promenade au bois.

A 1 heure et demie, — à table.

A 4 heures et demie, — séance des chants.

A 8 heures, — distribution des surprises et danses.

A il heures, — départ.

Analysons, analysons... Un pareil programme dénote un imprésario de première force et vaut la peine d'être commenté.

D'abord, que dites-vous de cette promenade au bois? Une vraie idée, cela ! Une promenade avec les dames, bras dessus, bras dessous; herborisation sentimentale, causerie sous une ombrelle, gâteaux émiettés aux friquets. De onze heures à une heure et demie, on a tout le temps de faire connaissance, de a se dire ses caractères », ou de s'isoler, de se recueillir, de chercher l'ombre...

Puis, à une heure et demie, ralliement et retour au restaurant. .4 table ! comme dit laconiquement et éloquemmentle programme; à table, de une heure et demie à quatre heures et demie. Peste 1 la Lice chansonnière compte bien fonctionner ! On n'a pas de ces appétits-là sous les

lambris dorés. — En avant le veau aux oignons et la salade tout humide de rosée !

Mais quatre heures et demie ont sonné; le président se lève, les mâchoires suspendent leur travail. Nous quittons la période de mastication pour entrer dans la période de lyrisme. Séance des chants. Les dames sont engagées à chanter; elles chantent sous le fard de la pudeur; les Jionimes répètent les refrains en chœur.

Les chants durent quatre heures, un peu plus que le dîner. L'intelligence prime la matière ; c'est justice. — Le banquet des dieux ne valait pas certainement le Banquet des dames.

Et, comme il n'y a pas de bonne fête sans rigodon, la fête de la Lice chansonnière s'achève par des danses variées.

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