Promenades dans l'arrondissement d'Asvesnes
■A-deline > née dans l'aisance, fut élevée, à cette îpoque de nos fastes, où le philosopliisme triomphait des préjugés; douée d'une imagination ardeute avec des sens glacés, d'un esprit vif et brillant, mais dénué de jugement, susceptible dès actions les plus héroïques et cependant assez faible pour céder aux caprices des personnes qui feignaient de l'aimer, Adeline réunissait tous les contrastes. Habituée dès ses plus jeunes ans à l'admiration quc.xcitait sa jolie ligure et la gentillesse de ses reparties qu'on prônait à tort et à travers, elle oublia que l'indulgence se propage rarement au-delà de l'enfance, et que les succès de l'adolescence fout le désespoir et excL'.ent la haine de celles qui ont grandi avec nous.
La supériorité d'Adeline sur ses compagnes n'altéra aucunement l'excellence de son cœur qui, dans toutes les circonstances, fut le type de la bonté; et cependant entraînée par l'amitié ou pa r le désir de
Il I
— 164— 1 protéger le faible, souvent Adeline fut, avec raison, I accusée de méchanceté et devint un objet de crainte, tandis que la sensibilité la plus vraie remplissait son âme. Il faudrait de longues pages pour nombrer les actes de Bienfesance, de dévouement qu' Adeline exerça en vers ses ennemis les plus acharnés ; jamais un malheureux ne la quitta sans être consolé ; et lorsque la pauvreté vint mettre le comble à ses maux, elle trouva encore le moyen d'être utile aux autres par ses conseils et par ses démarches. Je l'ai dit, Adeline ne respectant aucune convenance, dédaignant les courbettes et démasquant l'hypocrisie, fut le but des traits de l'envie et de la calomnie; ses actions les plus innocentes furent
défigurées , interprétées, oriminalisves ne
voulant nullement faire ici l'historique de sa vie, je ne la peindrai pas dans ses jours de gloire, qui ne furent pas des jours de bonheur. J'arrive au moment où le fléau destructeur qui décimait la France , la guerre , lui enleva son mari , militaire estimé , et avec lui toutes les ressources qui la feraient vivre ; qui lui donnaient un rang dans le monde ; c'est alors que la haine et toutes les passions qui l'accompagnent, se déchaînèrent pour la martyriser. Adeline pauvre et souffrante , Adeline dont les affections douces se concentraient dans l'amitié et la bienfesance , fut indignement trahie par l'une, et payée par l'autre de la plus noire ingratitude.... Au milieu de ses mal- I
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heurs , Adeline rencontra une âme aussi pure que la sienne. L'amitié la plus vraie l'unit avec cette autre elle. Huit ans de la plus douce intimité lui avaient fait oublier ses chagrins. Lorsque la plus implacable des furies , l'envie aux cheveux roux , et le fanatisme agitèrent, l'une ses serpens et sa coupe empoisonnée, l'autre ses poignards. Tous à la fois se précipitèrent sur leur victime, et ne prolongèrent sa vie que pour accroître ses douleurs; Ira ves« tissant jusqu'à ses pensées, lui enlevant ses dernier.* moyens d'existence, les monstres tentèrent en vain
de lui arracher le cœur de son amie . qui , impuissante pour la protéger , savait au moins adoucir ses peines, en les partageant. Adeline accablée sous le poids de tant d'injustices, s'est dérobée à ce monde qui l'a si mal jugée, et végète dans (obscurité , dénuée de tout, dans le village où je l'ai vue, attendant impatiemment la mort que la religion lui cm* poche de provoquer; je me rappelle avoir connu à Paris cette femme aimable et spirituelle, jouant un grand rôle dans le monde, où elle était l'objet des madrigaux des poètes d'alors. Aujourd'hui son nom même est oublié elle est pauvre !
Ses mémoires quelle a écrits et qu'elle m'a donné* , offrent des faits bien extraordinaires ; ils commencent en 1780, et contiennent des anecdotes ignorées relativement à la fatale affaire du Collier, dont une des connaissances d* Adeline fut victime;
et sur quantité de personnages dans la société desquels elle a vécu pendant l'épisode du directoire ; personnages dont le caractère et les actes sont journellement défigurés et tronqués dans cette foule de mémoires mensongers qui se succèdent. Persécutée parMerlin, protégée par l'excellente madame Tallien, dont les brillantes vertus nesont pas assez connues ; liée avec des intimes du célèbre TaU leyrand qui , dans un autre siècle , aurait surpassé la gloire de Richelieu, Adeline a sur ces personnages éminemment historiques, des détails d'autant plus authentiques que chaque soir elle écrivait ce qu'elle avait vu et entendu dans le jour. Ces notes sont une des plus précieuses décovivertes de celles que j'ai faites dans mes promenades.
Ma visite à Adeline, chez laquelle je restai une partie de la journée, et l'orage qui grondait sur l'horison , prolongèrent mon séjour à St- Aubin . Je me mis en route le lendemain avant le lever du soleil , l'atmosphère était rafraîchie , la poussière abattue, l'herbe verdoyante , et l'aurore déployait toute sa magnificence. J'arrivai de bonne heure à Tîeuf-Mesnil , petit village sur la Sambre , dont le territoire paraît fertile; le tiers est en jardins et en pâturages. Il y avait naguères dans cette commune un nommé Lion , ancien -clerc , qui possédait à un degré étonnant la facilité de lire et de comprendre toute espèce de manuscrits , titres chartes, des 1 3%
i4% i5 e et 16 e siècles; son habileté était tellement reconnue , qu'on accourait de toutes parts le consulter, et plus d'une fois son talent empêcha des procès entre les propriétaires qui ne pouvaient lire leurs titres ou en expliquer les termes. Si cet homme eut eu la moindre ambition, il eut été employé avec succès dans les archives du gouvernement ; sa mort est une perte irréparable pour ledépartement. Rien ne pouvant m'arréter à Neuf- Mesnil, j'allais poursuivre ma route, lorsque je remarquai à la porte d'un cabaret, un groupe de villageois des deux sexes, entourant d'un air de curiosité quelques personnes plus ou moins malades et infirmes. Je m'approchai et questionnai. — Ce sont des pèlerins qui viennent de Berlaymont» — Est-ce qu'il y a une chapelle en vogue ? — Non , madame, me dit un homme se traînant avec douleur à l'aide de béquilles ; nous venons de chez la la Sainte femme , qui demeure à une demi-lieue de Berlaymont. — Que faitdonc cette femme? — Elle guérit toutes les maladies , me crièrent dix personnes à la fois. — Et comment cela? — Avec desorai-
sont. — Je ne pus me contraindre, et mes éclats' de rire scandalisèrent les spectateurs au point qu'ils me tournèrent le dos avec mépris , je crois mêm e qu'ils m'appelèrent huguenote, (une des plus grandes injures parmi les paysans.) Il me fallut bien des phrases avant de pouvoir ramener les esprits et les persuader que ma foi égalait la leur, même pour
les miracles du prince de Hohenlohe , cette assertion inspira la confiance, et je parvins à apprendre les détails suivans.
Pendez-vous Broussais ! et vous ses disciples zé— lés , abandonnez vos vésicatoires, vos sinapismes et: mêmes les glaces dont la nature a tellement été libérale cette année, que vous pourrez tuer vos malades à juste prix ; et vous surtout , célèbre Leroy , pourvoyeur zélé du royaume des ombres , vos cures merveilleuses ne valent pas la peine detrecitées auprès de celles de l'Esculape femelle des environs de Berlaymont ; pharmaciens ! fermez vos officines , laissez croître la casse, la rhubarbe et le séné, ne faites plus la guerre aux sangsues , renoncez aux emplâtres , opiats , juleps etc. etc. , des oraisons, rien que des oraisons, et le paralytique sera guéri, l'aveugle verra clair, le fiévreux ne tremblera plus ; les oraisons de la sainte femme sont la panacée universelle, la fontaine de Jouvence.
Aussitôt qu'un malade entre chez cette nouvelle Dèbora, elle lit dans ses yeux le genre de maladie qui l'amène, et lui prescrit ses ordonnances, moyennant un salaire de six francs pour elle et d'un franc pour son secrétaire. Parmi les personnes qui me donnaient ces détails, ily en avait plusieurs deHautuiont, deux entr autres qui m'assurèrent s'être très bien trouvées de leur visite ; un des pèlerins médit
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que la première fois qu'il y était allé, elle lui avait donné à réciter pendant neuf jours des oraisons qu'elle réciterait de son coté ; au bout de la neuvainc, son état ne s'étant point amélioré, il venait d'y retourner , et cette femme lui avait donné de nouvelles oraisons qu'il devait dire pendant quaraute jours, il ajouta qu'il était bien certain d'être entièrement guéri au bout des six semai nés. Pour cette seconde visite le salaire était moindre Il parait
d'après d'autres renseignemens, que les crédules villageois des cantons de M aubeuge se sont laissés fasciner au point d'alimenter la fourberiede cette créature; une telle charlatanerie , dans le 19 e siècle est, en vérité, bien humiliante pour lesavoirdont nous nous targuons. Ce qui m'étonne, c'est que la Faculté laisse cette femme, empiéter sur ses droits, et ne réclame pas le privilège qu elle s'est uniquement réservé de nous envoyer ad Paires.
Cet incident m'ayant arrêtée plus que je ne me l'étais proposé, il était midi lorsque j'arrivai à Fei-
gnies eh ! venez donc, me cria une voix qui
m'ai la jusqu'au cœur, je vous attends depuis une heure Cette douce surprise n'était pas la seule que m'avait ménagé cet ami précieux , cet homme inimitable. Madame E** accompagnait son ma* ri. Un diner était préparé, et une jeune personne très-aimable, parente de mes obligeans convives, complétait l'heureux quatuor. Je voub l'amène ,
■ «e dit madame E**, après les momens donnés à la ~""«- * * 1 amitié' , il coonait ton qu, vous reste à parcourir , il f acilitera V08 ^erches, J? vous l'abandonne pour quelques *»a,s sous l'expresse condition que vous nous con» ^ Un j° ur > ^«que vous aun* tenn"?
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Madame E" et sa nièce remontèrent en voiture pour ^gagner Maubeuge et tandis queM. E** repose, je vais avant de me coucher , noter le résultat de nos excursions.
Feignies est un grand village arrosé par la F/am-
«^ruisseauformédeplusieursfontainesquisourdent dans le territoire.
Si l'on s'en rapporte à ce que dit Lambiez dans «or, histoire monumentaire des Gaules , page i 7 o, le local éeF.ignte. , qu'il écrit Famies tire son éty mologie àe/anum et a été le chef-lieu du culte des Faunes; mais comme rien ne prouve que Faune avait un temple à Feignies ; je crois pouvoir hasarder mon opinion, ne fut-ce que pour exciter les étymologistes à me dire la véritable.
Feignies est entouré de bois où sont les pl us beaux hêtres qu'on puisse voir, le fruit de cet arbre se nomme/aine y on en fait de l'huile excellente qui f vieillie, soutient la comparaison avec celle d'olive; pourquoi ne pas penser que l'abondance des faines et l'utilité de ce fruit sauvage ne soit l'origine du nom de Feignies, nom consacré par la reconnais* sanec? cela dit, j'en reviens au positif.
Le plus ancien monument ou il soit fait mention de Feignies, est une lettre d'Eusile, abbesse de Maubeuge, écrite du lendemain deNoel i a35. Elle y parle en son nom et en celui de son chapitre, et déclare que pour terminer les différends qui existaient avec Arnould d' Audenaerde pour le bois de Feignies, et pour avoir sa protection et celle de ses héritiers , elle et ses dames, lui donnèrent cinq I>onniers dudit bois de Feignies , et le tiers de ce qu'il reste , en déclarant que les deux autres tiers appartiendront au chapitre; quoiqu'on laissât la justice de ce bois à Arnould d' Audenaerde, ainsi qu'il en jouissait sur l'autre aleu de Feignies.
Ce bois, qu'on uomme aujourd'hui le bois l'abbesse , appartient;au domaine de l'Etat ; il contient 5a hectares 28 arcs.
Un acte de Fan 1288 fait connaître que Feignies était un fief qui devait hommage, aux seigneurs de Mortagne ; IcCef ayaut été vendu au comte de Hai-
naut par Jean sire d' Audenaerde, Thomas de Mortagne et sa sœur , ayant la garde dudit fief de Feignies, promettant pour et au nom de leur nièce héritière de Mortagne, qu'aussitôt quelle aura son fige, elle donnera l'adhéritement dudit fief au comte de Hainaut, et qu'elle renoncera à perpétuité à Thommage qui lui était dû.
En i33i , la terre de Feignies fut donnée par le comte de Hainaut à noble homme Jean d' Audenaerde, seigneur de Rosoy , qui la lui céda avec toutes ses appendances et dépendances. Il paraît que cette terre ne fut pas longtems la propriété de Jean d'Audenaerde , car Jacquemont de Maubeuge fut témoin en i3a7, d'une promesse faite par Faste dit Sausses , sire de Boussois, de rendre au comte de Hainaut y sous peine de cent mille livres d'amende, diverses propriétés entre lesquelles figure Feignies. Cet acte fut passé au château du Quesnoy, le 19 novembre i333. Le comte de Hainaut ordonne l'estimation de la terre de Feignies qui devait être assignée au comte de Flandre, en exécution du traité de Cambrai, par lequel le comte de Hainaut avait promis à celui de Flandre, mille livres de terre en Hainaut.
Au commencement de la Révolution , Feignies fut chef-lieu de canton, et du district du Quesnoy; il fut ensuite compris dans l'arrondissement d'A-
vesnes , et fit partie du canton de Bavai ; cependant sa proximité de Maubeuge , ses relations journalières avec les habitans de la ville, ; devaient faire croire qu'il y avait eu erreur dans la circonscription du canton de Feignies, dont une grande partie est jointe au canton de Maubeuge, mais les réclamations de l'administration municipale de cette dernière ville ont été rejetées de l'autorité qui , ne connaissant pas les localités, a privé Feignies des avantages qui seraient résultés pour ce village de sa réunion au canton de Maubeuge.
Jadis les iucasses ou kermesses de Feignies étaient très- fréquentées par les habitans de Maubeuge. Aujourd'hui les enfans de Mars ont envahi les salons de danse , et les grisettes seules sont les Vénus de ces Messieurs. Les militaires, objets d'amour et d'estime sur le champ de bataille, sont d'une juste terreur sur les terres de Paphos.
Feignies a eu un château , j'en ai vu quelques ruines ; mais je n'ai pu avoir de renseignemens sur l'époque de sa destruction. Le Cul-ie-*ac, les Vent*, les Bat-Vents , la Bouillie* , Douzie* , les Motte* , les Guide*, l'Ouvrage, sont des hameaux dépendans de Feignies. Le sol du territoire est fertile et parfaitement cultivé.
La Longueville, où nous nous rendîmes, est une grande commune arrosée par deux ruisseaux qui
yiennent des fontaines des Viviers et de Ste.-Aldegonde; le territoire est fort humide et le sol médiocre ; on y récolte cependant du blé. Des bois et quelques vergers rompent la monotonie du paysage.
La Longueville était une des douze pairies du Hainaut , créées Tan 1070 par la comtesse Richilde. En i473 , messire Jacques de G h is te lie était en possession de cette pairie, qui comprenait un fief ligepairie. Toute la ville, terre, justice et seigneurie de la Longueville, se composait de terres, maisons, bois et taillis , pâtures , rentes tant en nature qu'en argent , chapons , moulins , haute , moyenne et basse justice.
Un très-grand nombre de fiefs et d'arrière-fiefs relevaient de cette pairie ; je ne citerai que ceux de St.-Vaast, près Bavai ; de la Hutte, près de Binche, et celui de Gontrœil à Gognies-Chaussée. C'est à peu de distance que se trouve la terre de Rogeries , sur laquelle est située la maison de campagne de M. Recq de Malzine , qui a acquis cette propriété , il y a peu d'années , de M. le Mayeur de Merprés , ancien secrétaire-général de la faculté de droit de Bruxelles, homme de lettres savant et poète. Son épltre au premier consul est encore lue avec plaisir. Je suis trop Française pour applaudir les vers (Ju'il adressa aux souverains alliés , après la bataille de Waterloo. M. le Mayeur a oublié , en cette circonstance , qu'il y avait du sang gaulois
dans ses veines , et que sa nouvelle patrie aurait été assez honorée par son poème des Belges , ouvrage plein d'une vaste érudition , parsemé de faits aussi intéressants que peu connus. Ce savant auteur doit publier incessamment un ouvrage intitulé la Gloire Belgique , fruit d'immenses recherches , et rempli de faits inédits, qui sera lu avec le même intérêt que le poème des Belges, et assurera à M. le Mayeur une place dans le temple qu'il élève à ses compatriotes. (1)
On a souvent trouvé des antiquités dans la terra de Rogeries; M. le Mayeur y trouva, au mois de septembre 1772, le long de la chaussée Brunehaut qui conduit à Ton gres , plusieurs urnas en terra cuite , posées sur des plats de même matière.
(1) Le poème de M. Le Mayeur de Merprès sera sans contredit uq monument national pour la IMgique , les notes précieuses dont il est enrichi prouvent un profonJ savo>, et seront une mine inépuisable pour les écrivains qui s<; vouent aux recherches locales. Cet ouvrage a dix chants, il e*(t divisé en trois volumes; le 1 er comprend une esquisse his'orique , l'état de l'agriculture et des beaux aits j le a e volume traite des arts lirauxet mécaniques, des sciences et lettres , de l'ar£ militaire ; le 3 e volume est consacré à la religion et aux mœurs ; le premier volume quoiqu'impriraé n'est pas encore publié, l'auteur voulant faire paraître sou ouvrage tout entier. En mon particulier je suis fâchée du retard de cette publication , j'eusse certainement trouvé dans le poème de M. Le Mayeur, des faits qui auraient intéressé ceux de mes lecteurs, qui ne connaîtiont pas l'ouvrage du poète belge.
Près du même chemin , au-dessus du village de Gognies, on a découvert , dit M. de Bast (page 38) , lin magnifique tombeau en pierres de taille , et un grand nombre de médailles.
En i65o , le comte d'Egmont possédait la pairie de la Longueville ; elle appartenait en 1789 à M. Bady, comte de Normond.
Nous quittâmes la Longueville dans l'intention d'aller coucher à Taisnières-sur-Hon , mais avant d entrer dans cette commune nous nous arrêtâmes au hameau de Malplaquet, célèbre par la bataille que les Français y perdirent contre les alliés le 11 septembre 1709.
Les alliés étaient commandés par le prince Eugène et le duc de Marlborough. Les Français Tétaient par Villars et le maréchal de Bouliers. Les cent voix de la renommée ont trop parlé de cette action mémorable pour que j'entre dans des détails inutiles; je rappelerai seulement que l'infanterie hollandaise éprouva une telle perte à cette bataille, qu'elle ne put s'en relever; les alliés perdirent 3o mille hommes tant tués que blessés, la perte des français ne s'éleva qu'à 8,1 37 hommes tués ou mis hors de combat. Un marais que l'on crut impraticable, près du bois de Sart , et par où l'ennemi pénétra dans les lignes françaises , fut en partie cause de la perte de cette journée, La blessure du maré-
de Villars décida de la retraite qui se fit en bon ordre par la Longueville, pour se rendre près des murs du Quesnoy , sous les ordres du maréchal de Bouflers qui avait pris le commandement de l'armée après la blessure de Villars.
L ennemi avait \ q bataillons, 4° escadrons et 4° pièces d'artillerie de plus que l'armée française; il ne nous enleva que neuf drapeaux ou étendards , nous lui primes 29 drapeaux et trois étendards; la perte de cette bataille est presque inconcevable, le» Français avant eu constamment l'avantage jusqu'au moment où leur centre fut attaqué à l'improviste : la prise de Mons par le prince Eugène , fut la suite de cette journée. On retrouve encore dans la plaine de Malplaquet après de grandes pluies , des balles et des tronçons d'armes.
Tout en fesant à part moi des réflexions sur cette bataille, nous cheminions en silence versTaisnièrcs-sur-Hon, beau village où nous nous reposâmes jusqu'au lendemain ; le territoire est fertile et bien cultivé.
En 1672 le duc d'Albe, d'odieuse mémoire , poursuivant les religionnaircs, vint de Binche loger à Taisnières, d'où il partit pour le Quesnoy. Tous les villages que les protesta ns occupèrent furent pitiés par eux, et les églises brûlées.
Je vis à Taisnières, des parens du sieur Mabille,
prêtre attaché à la paroisse d'Onnaing, né à nières en 1762 , et l'une des victimes de la commission militaire établie à Valenciennes en 1794» Cet infortuné marcha au supplice enchantant le Te Deum et continua son hymne jusqu'au moment où le fatal couteau trancha le fil de ses jours. Nous ne saurions trop admirer la vertu de ces pieux lévites qui , semblables au sain^t vieillard Siméon , préférèrent la mort au mensonge. Une simple dénégation pouvait leur sauver la vie, puisque toute leur procédure consistait à savoir s'ils avaient quitté la France. Leur réponse fut unanime et les conduisit tous àl'échafaud.