‹ Promenades dans l'arrondissement d'AsvesnesChapitre 2 sur 7 · CHAPITRE DIXiEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXiEME

Nous cheminions vers Hon-HeYgies , en causant * sur l'ancienneté de ce village, ancienneté qu'on ne peut révoquer en doute , puisque des faits l'attestent; mais ces faits sont eux-mêmes rapportés si diversement par les historiens , qu'on serait tenté de croire que l'histoire en général est un jeu de l'imagination , car un fait change tellement de forme au gré du narrateur, que le héros d'uu pajs est souvent accusé de lâcheté dans aa autre, et que chacun se permet de travestir les personnages historiques selon ses propres passions. Notre discussion qui n'était pas sans intérêt , Jurait encore lorsque nous entrâmes à Hon-Hergies , deux villages qui n'en forment plus qu'un aujourd'lttii et qui sont arrosés par les ruisseaux du Pont , du Pont de* pierres et de la Planche des prêt ru.

Les amours adultères de Lolhairc II , neveu de Charles-le-Chauve, acquirent, l'an 86î, une sorte de célébrité à cette commune ; sur vingt histoires

de France que j'ai compulsées, je n'en ai pas trouvé quatre qui s accordassent sur ce fait. J'ai choisi deux versions, la première extraite de Y Histoire ecclésiastique et profane du Hainuut , par l'abbé Hossart , i er vol. page 90 > est la moins probable. Voici ce qu'il en dit :

« Lothaire II, roi de Lorraine, répudia Thiet- » berge, son épouse légitime, fille de Boson (1) , » pour épouser Yaldrade (2), une de ses concubi- » nés, qu'il fit couronner et déclarer reine. Boson » indigné excita le peuple à la révolte; Charles-le- 3) Chauve appuyait ouvertement les séditieux; mais » Jean (3), évêque de Cambrai , de concert avec

(1) Boson comte d'Arles , prenait le titre de Roi ; ses états se composaient du Dauptiioé*, du Lyonnais, de la Savoie , de la Franche -Comte' et d'une partie de la Bourgogne.

(2) Valdrade, que plusieurs chroniqueurs peignent sous de noires couleurs, était parente de l'impératrice Ermengarde , mère de Lothaire ; cette jeune et jolie fille avait été élevée avec le prince, leur amour mutuel commença pour ainsi dire avec leur vie et la remplit tout entière. Lothaire devait el voulait l'épouser, Charles-le-Chauve s'y opposa et le força d'épouser Tietberge qu'il n'aimait pas, et dont la stérilité le décida à la répudier. C. H.

(3) Jean F"* dit Le Bel, élevé à la cour de Lothaire I er et son chantre, fut sacré évéque de Cambrai par la protection de Lothaire II, qui l'affectionnait beaucoup. Jean était l'ami intime de Htncmar > archevêque de Rheims , qui lui adressa plusieurs lettres. La couduite que l'abbé Hossart fait tenir à l'évêque de Cambrai envers le roi de Lorraine , prouverait de la reconnais-

» quelques autres, mit tout en œuvre pour empécher la conjuration d'éclater; il adressa des lettres j> pastorales, des monitoires partout où il en était » besoin : il menaça d'anathême et de toute la co- » 1ère du ciel , quiconque oserait prendre les armes, s> et retint le peuple et les grands dans la fidélité » due à Lot ha ire.

a Valdrade fut si satisfaite du zèle de l'évêque y> de Cambrai , qu'elle engagea Lothaire, son pré- » tendu mari , à relever plusieurs monastères de d son diocèse, qui avaient été détruits en 844 P ar \> les Normands. L'abbaye de Lobbes fut Tune des » premières à ressentir les bienfaits de la complai- » sancedu Roi ; on rappela les moines dispersés par y> suite des querelles de l'empereur Lothaire avec » ses frères; on donffa le reste de leur bien à l'évè-

. jnec , mais ne s'accorderait guère avec la pureté* de moeurs du prélat que Carpcntier met au nombre des Saints. D'ailleurs , Tcan ne fut évêque qu'en 8G6, et ce ne peut être en qualité* d'évéque qu'il a pu agir eu 862 , pour maintenir les sujets dt Lothaire.

M. Le Glay , page 16 de srs Recherches sur l'église métropolitaine de Cambrai , dit . Que Jean P r , surnommé Le Pel » acheta pour son église frs propriétés du comte Machairc . situées entre la ville de Dînant, dans le pays de Liège j La charte où cette acquisition est consignée , se trouve dans le Chronicon de Balderic, et porte la date de 885. Comment J .<n b- Bela t il pu acquérir des propriétés eu 8tt5, lorsque , <i\ pre» M. Le Glay , page io5 du môme ouvrage , Jean a été élevé à Tépifcopat en 866 , et qu'il est mort en 873.

y> que Jean , et pour compléter les bienfaits du roi* » Valdrade l'engagea à gratifier l'abbaye de Lobbes » du village de Hon, pour l'entretien des Iuminai- » res de l'église. C'était en quelque sorte sanctifier 3> un lieu souillé par le crime et l'impureté, car » Valdrade possédait à Hon un château oii les pre— » mi ères débauches du Roi avaient commencé. Les y> archevêquesde Cologne et de Trêves assemblèrent y> deux conciles à Metz, où le divorce de Lothaire » avec Thietberge, et son mariage avec Valdrade, » furent approuvés : décision bizarre qui scanda— » lisa toute l'Eglise.

ce Le royaume de Lorraine fut ensuite tranquille » pendant quelques années; mais Lothaire , pour » se débarrasser de Rodolphe, # chef des Normands , y> ennemi dangereux et entreprenant, s'engagea à y> lui payer tribut et à lui fournir toute espèce de » munitions de guerre et débouche; le peuple mur- » mura plus que jamais et disait hautement : Que » le Roi ne connaissait plus de bienséance , ni les » devoirs de son état , qu'il était tellement aveuglé » et abruti par ses sottes amours, quil manquait )> même de ce discernement qui est commun à tous. y> les hommes. On accusa le Souverain Pontife » d'appuyer ce scandale, en ne fesant point obser- » ver la discipline de l'Eglise. Les clameurs allèrent » si loin, que le pape dut désaprouver les deux » conciles de Metz et retrancher Valdrade du

» nombre des fidèles. Alors cette princesse fut con- ■» duite en Italie, pour être mise en Heu de sûreté ; » Lothaire y passa aussi , dans le dessein d'adoucir » le pape qui était prêt à lancer l'excommunication y> contre lui. La mort de Lothaire, arrivée peu a-

y> près son départ de Rome , appaisa tout le mon-

» de. »

Je n'opposerai à cette version que celle de Vinchant, Annales du Hainaut , page i34> qu'il appuie des témoignages de Baronius , Sigebert, Mirseus, etc. , et que je crois la plus authentique :

a Lothaire- le- Jeune, roi de Lorraine, ayant é- » pousé Thietberge, et n'en ayant point d'enfans, ?> lâcha la bride à sa passion pour Valdrade, qui y> avait été sa concubine, dès ses plus jeunes ans et » du vivant de son père , de laquelle il avait eu un » fils nommé Hugues, qui fut depuis abbé deLob- » bes. Lothaire, cherchant les moyens de rompre » son mariage, fit faire une assemblée à Àix-la- » Chapelle (i) par Gunlhar, archevêque de Colo- » gne, Theurgaude, archevêque de Trêves, et les y> évêqucs de Metz , de Toul et de Liège , devant lad quelle, la reine Thietberge fut faussement accusée » d'un commerce incestueux avec son frère. Per- » sonne n'osa se raidir contre iss passions du Roi ;

(1) Ce concile eut lieu en 862. Voyez Marcel, Tab. Cbron. de l'eut de UEglUe.

» la reine fut condamnée et Ion permit au Roi de » se remarier; il se hâta d'épouser Valdrade ; Hu- *> bertabbé, frère de la reine, adressa de suite des » plaintes au pape Nicolas I Cr qui écrivit avec me- » naceà Charles le Chauve, oncle de Lothaire. Ce- » lui-ci, après diverses remontra tiers infructueuses, » obligea son neveu à reprendre Thictberge par force » et sans affection. Valdrade avait reçu du pape, » pour pénitence, l'ordre de visiter les saints liextx » de Rome; mais elle ne fut pas plutôt en Italie )) que le roi Lothaire l'en rappela ; elle vint demeu - )) rerà Hon-lcz-Bavai en Hainaut , où il y avait de » beaux bâtimens; le Roi la visitait souvent. Elle » en eut deux fils qui moururent et furent entery> rés dans la chapelle Saint-Quentin dudit lieu , » et la bourgade fut donnée par le Roi au monas- )> tère de Lobbes, à la sollicitation de Valdrade, » pareeque son fils Hugues était moine dans cette » abbaye. Le pape Nicolas I er , ayant eu connais- » sance de ce scandale, menaça Lothaire d'excomy> munication. Ce dernier, ayant pleine confiance y> aux archevêques de Cologne et de Trêves qu'il » avait gagnés, pria le pape d'ordonner une autre » assemblée à Metz (1) pour juger o!e nouveau l'af- » faire de son premier mariage : le pape accéda à t> cette demande ; il envoya deux légats qui furent

(1^ Ce coucile eut lieu eu 853. Voyez Marcel.

y> aussitôt corrompus , et le mariage de Thielbcrge y> fut derechef cassé. Les deux archevêques se vany> taîent d en être seuls la cause ; ils allèrent à Rome » pour en avoir la confirmation ; mais le pape » ayant reconnu la malice de ces faux juges, les exil) communia (1); ils perdirent leurs charges , et le » pape obligea Lothaire à reprendre de nouveau y> Thietberge, qu'il traita si mal , dit Anquetil, que t> l'infortunée demanda elle-même une séparation » que le pape refusa.

<c Après la mort de Nicolas I er , Lothaire tou- » jours épris de Valdrade , et espérant qu'Adrien » II serait plus indulgent que son prédécesseur , d alla à Rome , oii il témoigna un grand regret de y> sa faute, regret d'autant moins sincère que ses 7> liaisons avec sa maîtresse n'avaient jamais été inj> terrompues. Adrien, après l'avoir absout , lui fit » jurer sur l'évangile, ainsi que tous les seigneurs y> qui l'avaient suivi à Rome , qu'il ne s'était pas » rapproché de Valdrade depuis la défense faite par j> Nicolas , et que jamais il ne la reprendrait , les t> menaçant que, s'ils juraient contre leur cons-

(v) Le pape présida un concile qu'il tiot à Rome contre Guotliou et Tlieurgaude , qui lurent déposés et excommunies. L'année suivante 864 , le pape assembla à Rome un nouveau concile , où ses légats qui s'étaient laissés corrompre par Lothaire, éprouvèrent le sort des archevêques.

» cience , ils mourraient tous dans Tanné*?. Lo- » thaire, riant intérieurement de la prédiction , » jura et communia ; les seigneurs de sa cour svii- » virent son exemple, quoique convaincus de la y> fausseté de leur serment. Ce sacrilège, dit Dam- » martin, fut puniliien sévèrèment; Lothaire mou- » rut à Plaisance, lorsqu'il retournait auprès de » Valdrade: et tous les seigneurs qui Favaient suï\ i » à Rome , périrent d'une maladie contagieuse , » avant de quitter l'Italie. »

Après la mort de Lothaire, l'histoire ne parle plus de Valdrade ; il est probable qu'elle fixa sa résidence dans son château de Hon , et que ce château , dont il ne reste aucune trace, aura été détruit par l'irruption des Normands en 881. Jacques de Guise attribue le nom de Hon, qu'il appelle Vilhtte y aux Huns qui changèrent plusieurs dénominations de lieux et de rivières , pendant qu'ils fesaient le siège de Bavai. On leur doit, dit toujours le même auteur, les noms de Hayne , Honneau , Huignies, Hon , Surhon , Hainaut, etc.

Le Honneau, petite rivière qui sort de la fontaine Sainte-Aldegonde à la Longueville, traverse Hon-Hergies où elle fait tourner cinq moulins dont un pour scier du marbre. Le sol est abondamment pourvu de carrières de marbre commun dit Petit Sainte-Anne , et de très- Mies pierres bleues qui ,

sciées et polies, sont vendues dans le commerce pour des marbres noirs communs. Les débris de ces pierre* font d'excellente chaux dont on se sert pour bâtir et pour fumer les terres froides de ces parages. Eo général , le territoire de Hon-Hergies est fertile, on y cultive même du houblon. Les légumes sont d'un bon rapport. Quoique les deux hameaux de Hon-S t. -Martin et Hergies-St.-Vaast aient chacun une église , ils ne forment avec Hon-Hergies qu'une seule paroisse.

Nous allâmes à Gussignies, petit village situé sur le Honneau , rivière qui se jette dans la Haine. Les amateurs de chronique pourraient faire une nouvelle très-ancienne en lisant dans Jacques de G aise, Phistoire merveilleuse de la Royne des Belgee Urée, eon très- grand couraige , et l'origine de Gussignies , par Gurgontius, roi des Bretons, qui aida la reine à remporter une victoire sanglante et mémorable sur les Tréveriens; cette nouvelle serait d'autant plus piquante que la reine Urse et son armée de femmes, firent des prodiges de valeur. Quoi qu'il en soit, les annales d'Angleterre par Alain Bouchard, font mention de Guryontiue et de ses descendais, il serait difficile aujourd'hui de trouver les traces de l'habitation où logea le héros. G assigniez a cependant un fort joli château où nside le propriétaire M. de Fourmestraulx. On exploite dan* cette commune des carrières de pierres bleues;

il y a un moulin à scier le marbre et deux étangs nouvellement creusés, sur lesquels on pourrait former des établissemens industriels. J'étais trop pressée de voir Bellignies , village célèbre par son antiquité, pour m'arrêtera Gussignies; mon ainiabl compagnon, toujours s'oubliant pour les autres consentit à retarder le repos dont il avait besoin et bravant l'ardeur du soleil , nous cheminâmes ga ment. Il y avait à peine un quart d'heure que noi avions quitté Gussignies, lorsque le galop d'un ch val , nous força de nous réfugier dans la poussiè pour céder le pavé à cet enfant de Neptune. Le c valier qui nous suivait ralentit le pas de sa montu en nous approchant, et lorsqu'il fut en ligne para lèle avec nous , il fit une exclamation en reconnai iant M. E** , descendit de cheval , assujettit à si bras la bride de l'animal et marcha avec nous i compagnie. Lorsque nous eûmes fait connaissanc le monsieur me fit des reproches de n'avoir pas pa lé de la commune qu'il habite et dont il est (ermie Quoique Ostergnies, ajouta t-il, fasse partie deCo leret depuis quelques années, et qu'il n'y ait qu'ui ringtaiiie de maisons , notre commune n'est pas t« lement dépourvue d'intérêt, qu'elle ne mérite 111 mention ; je ne pourrais vous donner de grands d tails, mais M. E**qui la connait y suppléera. J'ei gageai mon ami à me raconter ce qu'il y avait d'il téressant à Ostergnies que j'avais traversé , croyai èlre encore à Golleret.

Le petit village d'Ostergnies est entouré de bois excepté du côlé de Colleret; le sol est fort pierreux et l'industrie ignorée; un fabricant de bas, des charpentiers et des mâçons, composent la partie active du village; un poste de douaniers le rend assez vivant. Jadis il y avait deux fermes, il n'y en a plus qu'une dont les bâtimens tiennent à la maison de M. cT Ostergnies, que les habitons appellent leCatiau ; les deux édifices ont une cour commune. Le château qui a peu d'apparence , s'embellit intérieurement depuis quelques années; on a joint au trèspetit jardin quelques prairies et une partie du bois de Rocq dont on a détourné le chemin ; on a commencé à percer des vallées qui, dans peu d'années , formeront une promenade agréable, quoique Ja vue soit assez bornée à l'exception de la fin du bois vers Recquignies.

En i470, Ostergnies était un arrière-fief de Solre-le-Cliâteau , dont la fondatrice était Marie de Lalaing, comtesse de Chimay et dame de Quiévràin. La plus belle partie du territoire de ce village, appartient à M. Vincent deMiraumont qui , en 1 804, fit réparer l'église d'Ostergnies à séi frais, et la munit d'ornemens. Le comte de Robiano a épousé sa fille unique; il demeure à Bruxelles où il est directeur de l'association catholique belge. M. de Robiano est très-aimé à Ostergnies; son affabilité lui a gagné tous les cœurs , et sa bienfaisance s'étend libë-

—moralement sur tâus les individu* quelleque soit leur croyance. Cet homme généreux cache ses bienfaits avec un soin extrême ; ce n'est point pour satisfaire un vain amour-propre, ni pour figurer sur des listes publiques qu'il s'impose des privations. Les secours qu'il donne sont proportionnés aux besoins , et le secret qu'il exige double le prix de ses bien fa 1 ts. Jamais éloge , me dit le fermier, ne fut plus vrai , ni mieux mérité ; M. Robiano est l'homme par excellence et son nom sera éternellement béni. — Vous aviez raison , dis je au fermier , le village qui peut citer un homme semblable, doit s'en honorer et je suis flattée que vous m'ayez choisie pour révéler son existence.

Vous n'avez rien dit , ajouta mon interlocuteur, de Bettignies , village traversé par la route de M on s k Maubeuge, et le premier village sur ce point en entrant de la Belgique en France. Son église couverte en partie en paille, frappe désagréablement les regards de l'étranger qui aborde le sol français ; il ne doit pas avoir une idée bien avantageuse des édifices religieux du pays où il se trouve ; mais en avançant dans l'intérieur , il est bientôt détrompé , l'église de Bettignies étant la seule de l'arrondissement avec une semblable toiture. Ce village a un . bureau de douane, et une distillerie de genièvre qui n'est en activité qu'une partie de l'année. Notre conversation se termina en entrant à Bellignies,

Cette ancien oe commune , située sur le Honneau , est remarquable par dévastes et profonds souter* rains divisés en plusieurs allées, soutenus par des colonnes , et qui s'étendent sous Bellignies dans toutes les directions : je priai instamment M. E** de m'accompagner dans ces souterrains qui, s'ils ne sont pas l'ouvrage des Celtes nos aïeux , doivent leur construction aux immortelles phalanges de J. César. M. E** m'avait prédit l'inutilité et même les risques que je courrais en fesant cette démarche ; ma curiosité l'emporta , et chacun sait que toute femme a hérité ce premier défaut de la première créature féminine; ou ne s'étonnera donc pas[qu'arméed'un flambeau , d'un briquet oxigène, d'un bâ» ton, etc., je m'enfonçai avec intiépidité sous ces immenses voûtes , où je n'eus pas fait trente pas , que je fus prise au trébuchet , c'est-à-dire tellement enfoncée dans la vase qui obstrue l'entrée de ces lieux souterrains, que sans le prompt secours des personnes que j'avais précédées, il est probable que Pair méphy tique qui s'exhale en abondance, m'aurait asphyxiée avant que j'eusse pu me dépétrerde cette bourbe impure, et que mes promenades se seraient terminées à Bellignies.... Heureusement, je revis le jour et respirai l'air atmosphérique. Le boa M. E** ne s'amusa pas à pérorer pour me prouver le tort que j'avais eu de ne pas suivre son conseil; sa prévoyante sensibilité me conduisit dans une maison où, par ses soins, un bain très-nécessaire

fit disparaître les traces de mon aventure, et calma l'agitation inévitable que j'avais éprouvée.

Lorsque deux heures de sommeil eurent rétabli dans mon individu l'équilibre si indispensable à l'existence , je me levai avec appétit, et riant malgré moi de ma folie, j'entrai dans une chambre où je trouvai mon inquiet ami parcourant une brochure; il sourit en voyant la gaité qui m'animait et me montra du doigt le passage qu'il lisait : ce Les * souterrains de Bellignies sont peu connus : la vase » qui en obstrue partout l'entrée, l'obscurité qui J> y règne, l'air méphy tique dont ils sont remplis , » les rendent inaccessibles. » Très-bien, M. Lebeau, ceci est prouvé, et si j'avais lu votre remarque, peut-être n'aurais-je pas tenté d'en vérifier l'exactitude.... peut-être.,,. Allons, mon bon ami , ne vous fâchez pas ; dînons étalions voir le château de M. Dusart de Molembaix. Avant cela, dit M. E**, allons voir la marbrerie de M. Petit-Divuv de Maubeuge ; nous demanderons des nouvelles des fouilles qu'on a faites en 1827 , pour donner une autre issue aux souterrains. Nous allâmes , admirâmes, questionnâmes, et nous apprîmes que les fouilles n'avaient eu aucun résultat. -

Les jours sont si longs au mois de juillet que nous eûmes encore le tems de parcourir les jolis jardins de M. de Molembaix, qui me dit obligeam-

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ment qu'en sa qualité de maire, il se serait opposé à ma descente dans les souterrains, s'il en avait été prévenu. Nous allâmes voir la fameuse pierre Celtique, qu'on croit avoir été un autel de Bèlènuê , (d'après le P. Lambiez), qui décore aujourd'hui les jardins du château. Cette pierre est d'un tel volume que, lorsqu'on la transporta, on ne parvint a la déplacerdu lieu ou elle était, qu'à l'aide de 3a chevaux. M. Bollin, dans un de ses mémoires , Ta mise au nombre des monumens celtiques : « Avec » ces étonnantes cavités , toutes creusées de main » d'homme, qui semblent faire du coteau où était » cet autel brut et colossal , une bourgade souter- » raine. » Cette pierre a été dessinée par le P. Lambiez, et se trouve avec une échelle de proportion dans son histoire mon u m en taire du nord des Gaules. Le château de Bellignies est moderne et bâti sur l'emplacement de celui qui existait il y a 1 8 siècles. A cette époque, ce château se voyait à la sortie de la porte (XEngade 9 Tune des portes de Bavai ; ce qui peut faire juger de l'étendue de cette ville célèbre, qui est aujourd'hui à cinq kilomètres de Bellignies.

Le lendemain, ayant oublié les mésaventures de la veille nous nous remîmes en marche et arrivâmes vers huit heures à Houdain , petit village arrosé parle Ilonncau. La fertilité du sol et les soins apportés à la culture, rendent cette commune trèsagréable par l'air heureux des habitans. Mil * ut

rapporte que jadis le seigneur d'Houdain figurait parmi les barons ou chevaliers bannerets du Hainaut : je ne doute pas de la valeur des seigneurs de ce tems-là ; mais quelque braves qu'ils aient été , je crois qu'ils n'auraient pas imité les héros de ce tempsci ; qu'on en juge par le trait suivant que me raconta M. Sohier, maire d'Houdain.

Le général Ferrand était propriétaire de l'ancien château féodal de cette commune qui , par sa grandeur et par sa construction , aurait pu devenir xin poste dangereux , si les ennemis , qui déjà envahissaient le pays , s'en étaient emparés. Ce brave militaire , commandé pour la défense de Valenciennes , ne pouvait s'occuper de ses propriétés ; mais voulant servir sa patrie de toutes manières, il ordonna à un détachement de ses troupes d aller brûler son château , afin qu'il ne put servir d'asile aux Autrichiens. Cet ordre fut exécuté en 1793, et le feu consuma cet antique édifice , dont on fit reconstruire une aîle en 1808. Le Russe Roptochi n n'est qu'imitateur du généreux Ferrand , avec cette différence que le héros français ne détruisit que son bien , tandis que l'habitant du poîe arctique a sacrifié des milliers de victimes, et par cette cruauté a souillé une noble pensée, qui eut illustré l'histoire de Russie.

On a trouvé, en différentes fois, sur le territoire d'Houdain qui avoisine Bivai , des médailles ro-

maines en argent , et dans la partie opposée du territoire, du côté de l'extrême frontière , on trouve d'immenses souterrains qu'une tradition fait se prolonger jusqu'à St.-Guislain , ville de la Belgique , à trois lieues de distance.

Je ne fus pas tentée de les visiter , malgré l'offre obligeante de M. le maire de m'y accompagner. Chat ichaudé craint l'eau froid*.

Je ne m'arrêtai à St.-Vaast , village situé sur le Honneau et le ruisseau de Mertz , que pour voir la marbrerie de M. Lucq de Maubeuge. Il y emploie habituellement 10 ouvriers et 3o ouvrières. En 1837, M. Li\cq fesait extraire sur le territoire de St.-Vaast, du silex ou pierre à fusil qu'il fesait confectionner; il a abandonné ce genre d'extraction pour se livrer exclusivement à celle du marbre dont il fait un commerce étendu.

C'est au milieu de St.-Vaast que passait une des sept voies militaires dites Chauesèe* Brunehaut ; cette route, qui allait de Bavai à Valenciennes et qui abrogeait le chemin d'une lieue, n'est plus fréquentée que par les piétons.

Pendant longtemps, médit M. le maire de St.- Vaast , notre église située près de la route , comme vous avex du le voir, était tellement ruinée, que „ les babitans qui voulaient assister au service divin

étaient obligés de rester exposés aux injures du temps, afin de ne pas courir le risque d'être écrasés sous les débris de ce temple , où il ne restait de toiture qu'au-dessus du sanctuaire. Cette église a été reconstruite en 1827, et les habitans de St.-Vaast peuvent entendre la parole de Dieu et lui adresser leurs prières, sans craindre les rhumes et sans s'exposer à être mouillés comme des grenouilles. Cette commune avait aussi un pont dans le plus mauvais état, mais il vient d'être rétabli.... Avis aux voyageurs.

De St.-Vaast j'allai voir le château de Ramez > appartenant jadis à la famille d'Àltenbourg, aujourd'hui propriété de madame Quesnez de Bavai. Ce château n'offre rien de remarquable , et n'est point entretenu. A peu de distance de là, en remontant vers Bavai , se trouve la sablière d'où M, Lucq tire le sable dont il a besoin pour sa marbrerie.

Le soleil est prêt à terminer sa carrière quotidienne , j'ai encore du chemin à faire ; je vous quitte donc jusqu'à demain , mes très-aimables lecteurs.

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