ADDITION AU CHAPITRE IX
page i33du i 9r volume.
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Ent quittant Landrecies, j'allai au Favril, village situé sur la Rivierette , et l'un des plus riants du canton. Au Sud-Ouest, le bois du Toillon , contenant i5o hectares de taillis et de haute futaie; au Nord et à l'Est , de magnifiques pâturages couverts de nombreux troupeaux ; des champs dont les terred argileuses , graveleuses , marneuses offrent des nuances variées , et annoncent la présence du fer par le minerai qui brille souvent à leur surface , (ont du Favril un séjour très-agréable surtout en été. Le beurre rivalise celui de Bretagne , et les ha-
(*) Des pages égarées de mon manuscrit ont occasionné une lacune dans le canton de Landjrecies 5 j'ai cru devoir les rétablir telles qu'elles ont été écrites , avant mon voyage avec l'inspecteur des forêts.
bitans m'ont assuré que leurs fromages étaient d'une qualité supérieure à ceux de leurs voisins de Maroilles ; qu'ils les exportaient en Bourgogne et à Paris. Effectivement ceux qu'on n*e fît goûter me parurent plus délicats que ceux de la grande fabrique.
Les habitans du Favril semblent ne former qu'une seule famille , tant leur union est parfaite. Leurs mœurs sont pures., et leur piété sagement conçue.
En 169,4 , le pape Innocent XII fît présent à l'église du Favril , par l'entremise de M. Jacques Meurant alors curé de cette commune , i° d'un tableatx représentant la Sainte Face; 2 0 d'un Dieu flagellé, sculpté en bois , que l'on déposa procession nellement le lundi de la Pentecôte de la même apnée , dans une chapelle érigée à cet effet par le curé ; on donna, je n'ai pu savoir pourquoi , le nom de Dieu, de Giblol à cette sculpture, objet d'un culte solennel ; les processions anniversaires sont supprimées depuis longtems , mais la chapelle existe encore, elle est en grande vénération dans le pays, on y fait oie nombreux pèlerinages pour la guérison de la fièvre et des maux d'yeux.
En quittant le Favril , j'allai à Prîsches, grand village, très- peuplé, situé sur la Rivierette, et entouré de six à sept ruisseaux limpides, qui parcou-
rent gracieusement le territoire qu'ils fertilisent. Des bosquets l'entremêlent aux prés, aux terres labourées, aux pâturages animés par de vigoureux quadrupèdes qui, maigre leurs cornes menaçantes, sont les plus paisibles de tous les animaux (2). En
entrant dans ce village, encore tout émerveillée de sou aspect , j'aperçus , à ma grande surprise, un
habitant de Cambrai vers qui tout mon cœur vola.
Ou me comprendra facilement après avoir lu ce
qui suit. *
Parmi les sentimens qui honorent l'humanité , la bien lésa née doit avoir le premier rang; car il est le plus rare, excepté peut-être dans le département «lu Non! . ou j'ai été témoin et l'objet de plusieurs traits bien extraordinaires dans ce siècle voué à l'égoïsme. Signaler à l'admiration publique les hommes doués de cette vertu , est un devoir dont je m'acquitterai chaque fois que j'en trouverai l'occasion ; aussi ne laisserai-je pas échapper celle-ci. Ce personnage qui m'apparut à Prisches, est un de ceux qui méritent I estime générale sous tous les
(l) Il n'est question ici que de ceux du département du Nord ; cai fi l'on en croit 1rs journaux , la gent à corne est moioi calme dam l'intérieur de la France. On dit que le 18 mare i83o , jour d'une foire mensuelle à Itourganeu fCreuse) , toutes les bêtrs à corne, au même instant, oui rompu leurs liens , saisies d'une sorte de vertige furieux qui a duré* plus d'une demi hrurc. Plus de quarante personnes ont été grièvement bltfiici.
rapports, et particulièrement par sa bienfesance : le dernier acte que j'ai vu, a excité une reconnaissance égale au bienfait; l'obligé n'a qu'un regret, celui de ne pouvoir publier hautement le nom du bienfaiteur latent , dont la modestie égale les vertus. Mais moi , qui ne me suis pas engagée au secret, je veu* non pas le nommer, mais le désigner à mes lecteurs, et pour cela je les place au verre d'un Optique*
Voyez-vous cet homme dont les traits respirent la bienveillance, en même tems que ses cheveux blanchis avant 1 âge impriment le respect? Il est l'artisan de sa fortune ; il faut bénir la providence de ce qu'elle a mis entre ses mains les moyens de suivre l'impulsion de son cœur. Voici son histoire
en peu de mots :
Né sans fortune, quoique d'une famille honorable; doué de beaucoup d'esprit, d'un sens droit, ét de tous les principes d'honneur qui constituent les qualités du cœur, il embrassa la carrière des armes, dans laquelle il acquit de hauts grades qu'il dut à sa valeur et à son irréprochable conduite. La Révolution l'avait privé des moyens d'acquérir cette instruction classique que la plupart des jeunes gens oublient en sortant des bancs. Son .esprit naturel , son aptitude suppléèrent à cette première lacune dé sa vie , et sans la moindre prétention au savoir , il acquit des connaissances variées qui , jointes à
une sensibilité extrême, à une humanité *ans boires, à des manières chevaleresques qui contrastaient avec les formes grossières de l'époque, lui valurent l' estime des hommes , tandis que ses traits nobles et réguliers inspiraient l'admiration des dames. L'une d'elles arrêta sa carrière militaire, en mettant pour condition à son hymen avec lui, qu'il abandonnerait Mars pour Mercure. Amoureux et délicat, il se résigna : son avoirétait de huit cents francs ; avec cette faible somme, il commença sa carrière commerciale, s'imposa toutes les privations et fut puissamment secondé par son épouse, qui consacra au travail les plus belles a nuées de sa vie.
La loyauté , la délicatesse, le génie de cet honnête homme, lui valurent en peu de tems la confiance de tous les négocians, avec lesquels il était en relation; rejetant avec indignation toutgain illicite, il agrandit néanmoins tellement ses affaires, qu'il put se livrer au besoin de son cœur , au plaisir de faire le bien. Devenu riche, il ne changea pas l'affabilité de ses manières , n'oublia pas les antécédens, et n'en fut que plus respecté. Appelé par l'estime de ses concitoyens à la té te des administrations de bienfesanceet municipale, il s'y distingua pir une sage fermeté , par une impartialité bien rare , et doubla , par ses calculs désintéressés et son habileté financière, la part des malheureux. Retiré du commerce dans la force de l'âge, après avoir richement établi ses en fans, cet homme sensible et
généreux consacre 'sa vie èt sacrifie l'argent destiné à ses plaisirs à faire du bien ; il est impossible de nombrer les bienfaits qu'il répand également sans distinction d'opinion , et avec une délicatesse si extraordinaire qu'il semble que l'obligé soit le bienfaiteur. Puisse la reconnaissance de tous les mal — heureux qu'il a sauvés du désespoir, être un encens agréable«à son aine angélique ! et puissent leurs vœux prolonger sa carrière qu'il a su embellir par toutes les vertus! ^
En voyant le calme de cette belle physionomie , 1^ finesse et la douceur de ce regard bienveillant , j'étais vivement émue. Après avoir renouvelle cou— ; naissance, M. *** m'accompagna jusqu'au hameau. des Vallkeê, dépendant dePrischcs, pour aller examiner une pierre à demi -enfoncée dans un carre-* four que , d'après la tradition, on croit avoir servi d'autel pour le culte des idoles : aucune inscription ne constatant l'identité de cette tradition , je ne puis éclairer mes lecteurs à ce sujet. En revenant à Prisches , M. le maire nous fit voir deux caves d'une immense profondeur et remplies d'eau , ce qui les rend inhabitables et indescriptibles ; il est cer-^ tain qu'elles sont très-anciennes , malheureusement aucune donnée ne fait imaginer à quel monument elles ont dû appartenir.
. En prenant congé de M. le Maire, je le félicitai de la prospérité de sa commune, et de la population
qui s élève à quinze cents âmes. Il sourit et me dit que ce village avait pourtant beaucoup souffert à plusieurs époques ; il fut même entièrement abandonné pendant trente anuées , à la suite des guerres entre François I er et Charles-Quint. Il ajouta qu'au mois d avril 179,4 > I e9 Autrichiens envahirent le ierrritoire , après plusieurs combats meurtriers contre les Français , et se vengèrent sur les malheureux villageois de la résistance qu'ils avaient éprouvée ; ils incendièrent plus de deux cents maisons; enlevèrent les bestiaux, ruinèrent entièrement les habitans de Prisches, et massacrèrent six pères de famille — Que la guérite est une chose horrible !..
Tandis que RI. ** retournait à Cambrai , je poursuivis ma route ainsi qu'il est dit page j 3 j du i er volume.
ATIONS.