ADDITION A LA NOTE DES PAGES
Depuis l'impression de la feuille où cette note est placée nous avons retrouvé un passage des Souvenirs de mon administration des Préfectures d'Indre -et -Loire et du Nord, par M. de Pommereul , Lille, 1807, pages 337-339, qui fait cesser toute incertitude sur l'identité de l'industrieux Petit-Pierre et de l'excellent Perrault. Nous laissons parler M. de Pommereul :
• Le visir Choiseul avait donné à la commune d'Amboise an cimetière dam lequel il s'était réservé □De place particulière et tout i fait séparée de l'espace commun. Un monument en marbre y avait d'avance été élevé par ses soins. Il était accompagné d'un cyprès mile et d'un cyprès femelle , parce que le même tombeau était destiné i recevoir M™>» de Cboiseul. Cette idée sentimentale des deux cyprès pour les deux époux, qui est en même temps simple et naturelle , contrastait étrangement avec le faste et l'orgueil des inscriptions dont les marbres étaient chargés.
• La révolution , qui avait renversé jusqu'aux asiles de la mort , n'avait pa* épargné celui que M. de Cboiseul s'était choisi. Je demandai compte des marbres de son mausolée, et l'on me signala un magasin où un particulier les tenait renfermés. Je m'y transportai, et le priai de me justifier de leur acquisition; il ne put le
faire, et je prononçai lenr envoi i Tours pour y être employés i décorer le Musée. Derrière moi s'éleva la Toix d'un citoyen qui proféra ces mots : • Général ,
• si tous ronlex les rendre à leur première destina-
• tion , je me charge de relever le tombeau. » — « Quoi! à tos frais î » — « A mes frais, général, et
• sous le délai d'un mois. » — « J'accepte et mets les
• marbres à votre disposition. >
■ Quel était l'homme généreux qui faisait ces offres? Le citoyen Perranlt. riche aujourd'hui de cent mille écns , qu'il doit a son travail , à son talent et i la plus honnête industrie.
• Jeoue et travaillant i la terre, soo intelligence et son activité furent remarquées par M. de Cboisenl dans une de ses promenades. • Combien gagnes -tu - par jour? • lui dit le duc. — • Ah! Monseigneur, « ma fortune serait faite si j'avais de quoi acheter
• un lue !» — «Et combien coûte un ine? ■ — • Deux
• louis , Monseigneur. > — « Tiens , les voilà , fais ta ■ fortune avec ton ine. »
« Chantelonp employait alors beaucoup d'ouvriers terrassiers; il fallait vaincre la nature sur le plateau , trop uniforme, où le château était établi; Perrault entreprenait de petits déblais et remblais avec son ine; il en entreprit bientôt de plus grands ; il parvint ensuite à entendre la conduite d'un atelier, et sa fortune fut commencée. Elle était faite lorsque M. de Ghoiseul mourut, et Perranlt, distingué et bienvenu par les maîtres de Chantelonp, ne cessa de les regarder comme ses bienfaiteurs. La révolution ayant mis M m « deChoiseul dans un état positif d'indigence, elle s'adressa vainement à Tours et à A m boise pour y trouver des secours. Perrault, l'honnête Perranlt, informé de l'abandon qu'elle éprouve, et en rougissant pour les ingrats qui
la délaissaient, monte sur-le-champ son bidet, court à Paris, pénètre dans l'asile de M ma de Choisenl , jette deux cents louis sur sa table , ne vent entendre ni les mots de billet, ni ceux de reconnaissance, dit qu'on les lai rendra quand on pourra, et disparait.
• Perrault avait rétabli à ses frais le mausolée de Gboiseul dans le mois prescrit. Les inscriptions anciennes y avaient été remises, et j'ordonnai malgré lui qu'on y en ajoutât une autre, attestant à la postérité son rétablissement par le citoyen Perrault, dont le nom et les senti mente me semblaient dignes d'ajouter beaucoup à l'intérêt que pouvait inspirer ce monument. »