‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme] (volume 2)Chapitre 22 sur 23 · LE · texte numérisé non relu

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Ce fut un peu plus haut au Cap-à-la-Baleine—désigné dans la carte géographique de Dawson sous le rom de Capà-la-Balance,—que se termina brusquement le premier voyage d'exploration de Jacques-Cartier, “ Nous ne faisons autre chose qu’aller et venir selon le vent, écrivait ce marin, et tirâmes pour cette raison vers la terre pour tacher de gagner un cap vers le sud qui était le plas loin et le plus avancé en mer que nous puissions découvrir, mais étans proches de Ià, trouvâmes que c'étaient rochers, pierres et écueils.” La marée portait alors contre le vent, et en voulant faire une manœuvre, Jacques-Cartier eut la douleur de voir une de ses barques heurter un rocher, de sorte qu'il leur “fallut tous sortir hors ponr la marée.” Mais le découvreur Malouin savait surtout prendre une décision, On était rendu au samedi, le premier Août 1534. TI constata que la saison des grands vents d'est approchait. Il fallait agir de suite, Capitaines, mariniers eu compagnons fûrent done sommés à son bord ; et ce conseil décida de retourner en France (*)

(*) Jacques-Cartier relate ainsi ces faits dans son premier voyage :

‘ La marée survint avec une telle impétuosité qu’il ne nous fut jamais possible de passer avec treize avirons entre la longueur d'un jet de pierre, si bien qu’il nous fallut quitter les barques et y laisser partie de nos gens pour la garde, et marcher par terre quelque dix ou douze lieues, jusqu’à ce Cap où nous trouvâmes que cette terre commence à s’abaisser vers Sur-Ouest. Ce qu'ayans vüet étans retournés à nos barques, revinmes à n0s navires qui

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Dans la vie je ne connais rien de plus attrayant que le voyage. Ce mot renferme tout ce qui convient, à une nature puissante, virile. N'est-ce pas pour ce privilégié, pour le voyageur, que sont reservés les luttes, le danger, l'imprévu, les études attrayantes, les découvertes, les observations, toub ce qui constitue Île véritable travail ? De ces choses, je parle, en enthousiaste, J'y ai mordu. Dès que l'occasion 8e présente de courir par monts et par Vaux, j'en profite. Au milieu des plaisirs que cache le voyage, pas de plus parfait que celui du retour. Lorsque Ge visages s'épanouissent. Pour le c'est le moment où il

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mot cireule à bord, les matelot, voyez vous, le retour, embrasse Josette, où il! porte ses économies à sa famille, boit un bon coûp avec les amis. Pour l'officier, c’est l'heure du repos, de la promotion peut-être, des fêtes, des plaisirs à coup ûr, Pour le voyageur, c’est

étaient déjà à la voile, qui pensaient toujours pouvoir passer outre; mais ils étaient avaliés à cause du vent de plus de quatre lieues du lieu où nous les avions laissés, où étans arrivés fimes assembler tous les capitaines, mariniers, maîtres et compagnons pour avoir l'avis et conseil de ce qui était le plus expédient à faire. Mais après qu’un chacun eut parlé, l'on considéra que les grands vents d'Est commençaient à régner et devenir violents, eb que le flot était si grand que nous ne faisions plus qne ruvaller, et qu'il n’était possible pour lors de gagner autre chose; même que les tempêtes commençaient à s'élever en cette saison en la Terre- Neuve, que nous étions de lointains païis, et ne savions les hasards et aangers du retour, et pour ce qu’ii était temps de se retirer.” L'abbé Ca-grain est aussi d'avis que le premier voyage de Jacques-Cartier au Canada, se termina au Cap-à-la-Baleine.

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la veillée passée dans le cabinet de travail, auprès de la petite bibliothèque, où s'étalent des bouquins aimés, dorlottés comme des enfants. (C’est le vieux fauteuil d’où lon raconte gaiement ce que l'on a vu; et où quelquefois on finit par s'assoupir, en rêvant au balanment de la vague, aux plaintes du vent de Nord-Est.

Certes, l'idée du retour ne causa pas autant de plaisir aux compagnons de Jacques-Cartier, que cela en fit au personnel du Napoléon III, Chacun était pressé d’arriver. À peine prîmes-nous le temps de jeter un coup d'œil sur cette plage désolée du cap de Chastes, où— en 1813—le premier régiment d'infanterie royale an* glaise vint faire naufrage. Nos cœurs étaient ailleurs Notre pensée courait bien au de là de ce lieu que Champlain décrit comme “ étant assez haut, fait en forme de pin de sucre et fort écore.” Pour ma part, j'allais goûter de nouveau les joies pures du foyer. Je revenais conter à mes vieux parents les choses que j'avais apprises en route, La famille se groupait alors autour de moi; et l'imagination courant au devant de tous ces plaisirs, je voyais déjà mes récits en butte aux douces plaisanteries de ma sœur, cette blonde et sainte Alice que la mort est venue m'enlever depuis. Pendant ce rêve charmant le steamer remontait le fleuve à grande vitesse, Son passage était télégraphié le long de la côte; et quand, après avoir prolongé le roc de Québec, nous vîmes jeter

notre passerelle sur le quai de la Reine, je trouvai là

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mon père, ma sœur Augusta, mes frères Napoléon, Henri qui m’attends*ont avec impatience.

Eux aussi s’en sont allés sous les cyprès |

En cinq ans ma destinée a été d'être frappé aux sources de la vie, et j'ai collé mes lèvres sur les couver-

cles de huit tombeaux |

Seigneur quand donc pourrai-je, Sous le linceuil de neige, Prendre la place où l’on dort?

Au milieu de ces deuils, le travail, grand consolateur et frère de la prière, est venu me visiter. J'ai refait avec Jacques-Cartier, avec Champlain, avec les premiers pionniers de ma race, au Canada, l'itinéraire parcouru par le Napoléon 1IT.

Ces retours vers le passé, m'ont fait comprendre cette pensée d'Alfred de Vigny: le beau moment d’un ouvrage est celui où on l'écrit.

. Que de douces distractions, que de journées d’indépendance ne dois-je pas à ces chère études ?

Un matin, je me livrais avec une nouvelle ardeur au travail, lorsque la porte de mon cubinct s'ouvrit : c'était Agénor Gravel.

Enfoui dans ton fromage de Hollande, tu ne sais guère ce qui se passe, me dit-il. Le débâcle se fait. Le glace du lac Saint-Pierre passe devant Québec. Elle enlève des quais entiers, fait sombrer tout sur Son pas-

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sage, et vient de couler dix-sept steamers, entr'autre le Napoléon 111.

D'un bon nous fûmes dans la petite rue de Champlain, et de là sur le lieu du désastre,

Îl n'y avait rien d’exagéré dans sette ninistre nouvelle, Partout on ne voyait que débris, que désolation.

Le Napoléon LIT avait coulé par l'avant.

A dix pieds du quai, son couronnement appuyé digait les uns sur un bloc de glace, les autres sur une épave sous marine, sortait seul hors du fleuve. Le lieutenant LeBlanc s’y promenait, tout comme aux jours où il était de quart,

—Vous voyez, messieurs, que je n’abandonne pas mes amis dans la détresse, nous dit-il, d’un ton qui était loin d'être gai.

Ji ne faut pas se décourager pour une débâcle, mon vieux LeBlane, répondit Agénor Gravel. Tout n'est pas perdu. La science possède assez de moyens pour renflouer le Mupoléon III. Si Dieu nous prête vie, quelque chose me dit que nous n'avons pas encore fait notre dernier voyage à son bord. Cette année le ministère de la marine me charge d’une mission archéologique pour la Baie-des-Châteiux: et je tiens à aller au Labrador avec Vous,

—Va pour le Grand Nord! répondit mélancolique-

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