‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 23 · PROMEN \DES · texte numérisé non relu

PROMEN \DES

s’on étaient servis avec succès. Un des savants de l’endroit alla même jusqn’à donner le nom de ‘ goudron de la Barbade,” Barbadoes Tur, à cette substance huileuse; et dans son enthousiasme il en expédia un échantillon à la Société Littéraire et Historique de Québec. Une fois l'éveil donné, on se mit sérieusement à l’œuvre.* À sept milles du Bissia de Ghispé, on découvrit une seconde source d'huile de couleur verdâtre et fortement aromatique. ic était sise sur un des petits affluents du Silver Brook: on y fora un puits. Bientôt un autre puits fut ouvert sur le côt5 sud de la rivière Suint-Jean, et un troisiè ae, qui atteint une profondeur de plus de mille pieds, est pores à Sandy Bach, à deux miles du bassin de Gasyé,

— Mais alors nous sommes en pleine Petrolia : chaque parcelle de ce pays est uu lingot d'or.

—Doucement, mon ami, Malgré ces efforts on est pas encore parvenu à frapper une veine assez considérabie pour donner un rendement avantaseux; mais Ja patience vient à bout de tout, Le jour est proche, où la rivale de la Penn:yivinie, de l'Ohio, de la Virginie, de la province: d'Onturio, se réveillera à son tour, Jusqu'à présent, tout est à poir donner aux savants la preuve que le district de Gaspé est d’une grande richesse minéralogique, Il possède des marbres précieux, de l'or, de la houille, A un mille et demi au sud du bassin on vient de découvrir un banc de poix minérale, et sur le mont À ibert, qui est de la scrpentine, la com:

ts de l’enoudron de huileuse; antillon à Une fois .* À sept Le seconde nt aromalients du uu autre unt-Jean, le plus de miles du

: chaque

dorts on assez COn- UX; mais jour est io, de la era à son er aux sane grande s précieux, au sud du minérale, le, la com:

mission géologique du Canada à rencontré des masses détachées de minerais de chrome, dont quelques-unes pèsent jusqu’à vingt livres.

Cette dissertation sur les gisements de Gaspé menagait de se tourner en iférouco, lorsque le bassin fût illuminé par une gerbe de lumières, IL était huit heures du soir, et les Gaspésiens tiraiert un feu d'artifice en l'honneur du comte de Dufrin. Va ainsi, à la lie ir des flambeaux et des fux du Bonzale, le village a un aspect fiérique, C'est un petit bourg de six à sept cents âmes, où il doit faire bon de venir passer la belle saison. L'air y est pur, les gens ai nables, hospitaliers; le paysage incomparable, Au bassin, on peut se procurer à bon compte le comfort de la vie, Chaque jour la brise du soir y souffle régu'ièrement, rafraîchissant toit de son haleine encore chargée des parfums de la mer, ét je ne sais rien de plus agréable alors, qu’une promenade dans l'avenue des sapins, La nature sommeille autour du rêveur attardé. A ses pieds l'eau elapotte doucement ; et l’écho harmonieux west réveillée de temps à autre que par le bruit des rames, et par Ids chants des bateliers qui ramènent au quai leurs légères embarcations,

Mais qui suis-je pour parler ainsi de ces heures enchanteresses ? un modéste voyageur qui n’a pas même le pouvoir de faire durer ces ravisscments, Dès minuit, où plutôt à ‘ l’horloge virante ?” coinme on disait du temps de Jacques Cartier, le Napoléon III tournait la

proue à ce coin du paradis, et sortait de la baie pour rele

ver, au matin, le fimeux cap de Gaspé, Nous avions fait ? nos adieux à M. Mitchell, au dépaté du Northumberland,

M. Adam, qui plus tard devait être ministre du gouver- te nement local, à M. Call, consul des Etats-Unis ; et nous venions de jeter nn dernier coup d'œil snr cette belle

k nappe d'eau qui, si l’on en croit la légende, cache dis- Là

crètement sous ses plis plus d’un navire de guerre disparu, J

—Quel est le coin du golfe et du fleuve Saint-Laurent, nous distit Awénor Gravel, en parlant de a ces choses, le lendemain matin, qui n’a pas sa tradition

nm

plus ox n'oins jayceuse ou lugubre ? Cette nuit, pendant : que vous ronfliez dans vos cadres comme des marsouins,

je mo suis fait raconter par Caraquette, qui était de |

quart, l'histoire d: la Frévate-aux-Trésors, k

Le nom de Carnquette ét it un sobriquet que nous d

avions donné à un Acaidien de notre équipage. Ce brive matclot avait vu du service un peu partout, à ( mênce dans la marine française, ce qui est difficile pour l'étranuer ; et bien qu'il passât son temps à maugréer

contre la mer, Caraquette n’aimait qu’une seule chose 4 au monde, la vie de marin, A cheval sur le cabestan, il | était cceupé en ce moment à hacher du tabac dans le creux de sa main, puis à le vider avec précaution dans sa blague, Cette dernière opération paraissait surtout le l'intéresser vivement, d

— Allons, Caraqgictte! criâmes-nous en chœur ; bourre

e pour rele avions fait nmberland, du gouveris ; et nous cette belle cache disre disparu,

Saint-Lauarlant de a tradition it, pendant marsouins, 1i était de

t que nous

équipage, ‘u partout, fficiie pour | maugréer eule chose abestan, il ac dans le ation dans ait surtout

ir; bourre

ta pipe et pare à virer! Nous voulons avant le déjeuner

avoir l’histoire de la Frégate-aux- Trésors,

Caraquette leva tranquillement les yeux sur nous, et toussa.

— Voyez-vous, nous dit-il en développant sa puis. sante poitrine, le serein ne va guère À : a constitution; j'ai été de quart cette nuit, Je me suis enrhumé, et mon médecin me défend de parler au vent,

—Connac la maladie} connu le remède! On vous donnera de la tisane de wiskey pour vous guérir, mademoiselle, ét'en attendant la potion, lève l'ancre et en route |

La perspective d’une bonne rasade fit tomber Cara. quette sur ses pieds, et l’éngagea à se gratter le front pendant quelques secondes, C'était sa manière de se décider,

— Allons ! hisse les voiles, vieux gabier ! Int cexria Gravel,

—Puisque vous le voulez absolument, reprit ©! v2. quette en jetant sa chique pardessus la lisse, nous allons déborder.

Et le vieux loup de mer commença 2insi

—Il est bon de vous dire, avaut d’ulicr ti: Icin,que

la frégate l’Impérieuse, un morçeaux de fu: 11, venait de quitter Bordeaux, en France, pays où «ant toute année le vin coule, comme par chez n "En

érables au printemps, L’Zmpérieuse “1: 1]

Jouis d'or, ni plus ni moins que si elle cût été commandée par l'oncle de mu tante, celui qui à prêté à cinquante pour cent pendant toute sa vie, et qui doit être aujourd'hui passé au chois, patron de la chaloupe du mauvais giche de l'Evangile, Le eupitaine de la frégate courait graud largue sur Louisbourg. Je me suis laissé dire que du temps des Français, ot endroit était une vilie grosse, par COMparAison, COMME Québecou Montréal, Elle avait des églises où les mères allaient offrir des cieræes pour le retour de leurs garçons qui tenaient le large ; des quais, où les sœurs et les fiancée: venaient embrasser Îles matelots qui débarquaient, et des auberges où on buvait un peu ace il est vrai, mais faut pas s’en fâ. cher : c'était du metleur, Foi d’Acadien ! un fier coup de vent a dû passer tout de même par là-dessus depuis,

tien de rien aujourd'hui. Pas plus de Louisbourg que d'argent dans ma poche? Quand j'y suis allé il y a dix uns pour mo soustraire à un naufrage qui me tomba dessus an Cup Breton, je n'ai vû que des pierres, des arches ctfondrées, des ereux, pairaissint comme qui diraient des fossés comblés, et des herbes Saint-Jeun où le picd fusait rouler des vicux boulets ct des bombes qui n'avaient pus Pair fi hés de se reinucr un peu. Jos bourucois de Louisbourg avaient le métier de se battre contre les Angais, et comme il faut de l'argent pour ce commercc-à, l/mpérieuse leur en portuit, en veux-tu f en voilà! Quand on vient avec uno bonno nouvelle, il faut s'attendre à être bien reçu.

mimandée

:inquante

‘e aujour-

| Mauvais

te courait

uissé dire

une vilie

tréul, Elle es cierges large ; des rasser les 5 où on s s’en fân fier coup us depuis, bourg que lé il ya inc tomba icrres, des DHnme qui Saint-Jcun ts ct des se rcinucr le métier il faut de e leur en rient avec bien reçu.

Arrivée en vûc des côtes, la frégate hisse pavillon de France. Patati! patatras ! cette politesse lui attire une volée de boulets dans le grément; et pour lors, cinq vaisseaux de la ligne anglaise se mettentà bouliner après Mais tout doucement, mes gars | le capitaine de l'Zmpérieuse avait son idée.

— Allons ! commanda-t:il, hisse le grand foc! borde les huniers ! brasse carré partout |

Ce qui fut dit, fut fait, Et comme il ventait grande brise, l’/Zmpérieuse chargée de toile se mit À monter bon train, laissant derrière elle l'Anglais qui finit par ne plus être en vue. On était alors à la hauteur de Pictou, et le capitaine français connaissait le Havre-au- Caribou pour y être déjà entré, Il ne s'agissait plus de tortiller : 1] faliait manger de la toile maintenant, Si l'on voulait jouer un bon tour à l'Anglais, c'était dans ce havre qu'il fallait se cacher, L'équipage se jette dans les chaloupes; On prend la frégate à la remorque, et comme les matelots avaient du poil au bras : bernique! quand l’ennemi se présent, ni vâe ni connue l'Zmpérieuse : je t’embrouille l'Anglais !

—Elle a dû passer par à, pourtant, disait un gros officier, qui se promenaic sur la dunette, en portant son sabre, sur votre respect, comme si c'était un parapluie,

—Eh { bien, nous l'attendrons ; répondit un cama-

rade, qui, lui n’était jamais pressé : histoire de boire de a bière,

Les cinq vaisseaux de ligne s'embossèrent par Île ‘travers du Havre-au-Caribou et se mirent à jongler sur leurs ancres, tandis qu’à bord chacun croyait que l'Impérieuse s'amusait à raguer le fond avee sa quille, ou que son équipage 80 sanglait le ventre pour ôter de la place à la ration.

Une semaine, quinze jours se passent ; et comme dans

la chanson, Marlborough ne revient pas.

Las de tendre le piège, les Anglais finirent par chercher le renard, et envoyèrent leurs embarcations à la découverte: ce qui leur procura le plaisir de ne voir au fond du Havre-au-Caribou qu’une petite rivière, bonne tout au plus pour les goëlettes. L'Impérieuse était partie en fumée, et gros Jean comme devant, l'ennemi reprit le large, bien persuadé qu'il avait donné contre la frégate du diable en personne, Ce qui n’était pas vrai comme vous allez le voir.

. Caraquette sortit une chique de tabac de sa blague, et la portant délicatement à sa bouche, reprit son histoire :

Le docteur Harris demeurait le voisin de chez nous; car moi qui vous parle, je n’ai pas toujours été dans le brai et dns l’eau salée, Caraquette à eu tout

comme les autres un père et une maison ; mais il y a si longtemps de cela, que bientôt, lui seul se le rappellera, Le frère du : octeur s'appelait Mathews, et un jour il demauda à mon grand’père :

Pen ob el mie ts

jar Île ongler it que quille, ter de

e dans

it par ons à la voir au , bonne se était ennemi \ contre pas vrai

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de chez ours été eu tout ilyasi \ppellera, our il de-

—Prisque, connais-tu la rivière au Caribou ?

—Un peu, qu'il répondit ; je l'ai remontée jusqu’à sa fourche.

—Eh! bien, prépare ton canot et nos fusils: nous irons demain y faire un tour.

Le lendemain, M. Mathewe était déjà installé dans l'embarcation; mon grand-père partait quant et lui, ot ils pagayaicnt dans la direction de la fourche, abattant un canard ici, remarquant un peu plus loin une belle talle d'arbres qui feraient de bons billots, pour le cas où on se déciderait à en faire, l'hiver prochain. Tout en devisant et en brûlant leur poudre, ils prirent la petite Rivière et couraient déjà dans l’Anse-k- Morrison, lorsqu'ils se trouvèrent en face de l’Zmpérieuse.

La frégate française était toute couverte d'herbes, Elle prêtait la bande à bâbord. Sa mâture, avec ses toiles roulées, se perdait dans la tête des arbres; et c'était là, dans ce berceau de feuillage, que l'Zmpérieuse était venue terminer sa campagne,

Le grand père Prisque grimpa le long des sabords. Il n’y avait plus de canons dans la batterie, et sabres, pistolets, fusils, haches d'abordage manq'aient à l’appele Tout avait été raclé, M. Mathews courut alors au plus pressé. Il s’agissait de retourner à Pictou et d'y quérir de l’aide pour déhâler sa trouvaille. On ne flana pas en route, Songez-y donc : le frère d’un docteur propriétaire d’une frégate, tout comme la Reine d’Angle-

terre! Mais quand le régiment des pioches, des pelles dans l’Anse-à- Morrison, répéti-

des grues fut arrivé au large,

tion de la vieille farce, 1,Impérieuse était Aucun moyen d'indiquer aux grenouilles de luRivièreau-Caribou le côté de sa dernière bordée.

—Mais comment soutenir que la frégate française avait repris la mer ? interrompit un sceptique.

—Je dis ce que je dis, repartit Caraquette en jetant sa chique et en chargeant sa pipe.

—Ce n'est pas la fin de ton récit, reprit Agénor Gravel. Cette nuit tu m'en as raconté bien plus long.

— C'est vrai, et faites excuses, reprit Caraquette en ge rasseyant, J’allais oublier le principal. Que voulezvous ? Il y a si longtemps que je répète l'histoire de la Frégate-aux-Trésors, que j'ai fini par croire que tout le monde la savait. Or done, deux ans après Île voyage de. mon grand-père dan: l’Anse-à Morrison, un navire

se mit en panne à l'entrée du Havre-au-Caribou.

__ Allons ! mâte les avirons, pousse au large, en avanb tribord ! commanda l'officier.

Pour lors,une chaloupe armée comme dans le bon temps des coups de haches ct de pistolets, pritle chemin que l'Imérteuse avait suivi cinquante-trois ans auparavant. Elle doubla la Petite-Rivière, et disparut. Le lendemain, les habitants trouvèrent à l'endroit où la frégate avait flambée, un grand trou et un coffre-fort pour de vrai

pelles épétilarge.

vière:

1grise jetant

génor long.

tte en roulez- > de la tout le oyage navire

avant

| temps 1e l']mt, Elle lemain, e avait de vrai

qu'on avait crevé à coup de barre d’anspect, C’étaient des Français qui étaient venus chercher le trésor de l'Zmpérieuse, et l'automne suivant, Gros-Louis, chef des Micmaes, disait au grand-père Prisque, à qui il voulait emprunter:

— Frère, tu n'as pas besoin de mon billet pour régler cette affaire ; la parole d’un Micmae suffit,

Prisque avait la utation d’être un finot : il se prit à rire sous cape. Gros Louis était, comme qui dirait son matelot; un type achevé de bon ami. Sous pré: texte de lever le coude ensemble, ils s'étaient accostés ce jour-là pour parler d'argent,

— Mais les affaires sont les affaires, reprit le grandpère; s’il fallait prendre la parole de tout le monde, que deviendrions-nous, grand Dieu ?

Lorsque Gros Louis avait quelque chose dans le petit hunier il ne l’avait pas sous la quille. Il reprit comme si de rien n'était :

—Je t’assure, frère, que tu ne perdras rien avec le chef miemae. Te rappelles-tu de la frégate l’Impérieuse ? Sa carcasse t'anrait rapporté de gros profits, le jour où tu trébuchas dessus, and les Français l’abandonnèrent, et avant de lot jer à traver: bois jusqu'à Shédiac, ils la donnèrent en garde à mon père, le chef d'alors, et ilslui firent promettre de brûler l’Zmpérieuse, le jour où l'Anglais viendrait à l'éventer. Pendant bien

des années le bâtiment resta tel qu'il avait été laissé par son équipage: mais un jour le frère du docteur Harris vint y toucher. C'était un Anglais celui-là ; et comme le chef était mort, le fils a relevé la parole donnée par le père. Pendant la nuit, je suis venu avec des gens de ma tribu mettre le f:u à l'Zmpérieuse, sans regarder ce qu'il y avait dedans, Depuis longtemps, vois-tu, la France aime le Micmac. lille l'a protégé pendant les grandes guerres d'autrefois. Il n'était que

juste pour un chef sauvage de rendre service aux défenseurs de sa race, Je n'ai fait que mon devoir, en empêchant un navire français de devenir sans raison aucune, la propriété d’un docteur ‘nglais.

—Sur terre comme sur mer, chacun à son idée, ajouta Caraquette en secouant sa pipe. Celle de Gros, Louis était de tenir sa parole Celle de mon grand père Prisque était de ne prêter que sur garantie, Il serait à souhaiter qu'au jour d'aujourd'hui chacun en fit autant, et maintenant que j'ai filé mon nœud, à tantôt la tisane de M. Gravel, et excusez la compagnie.

Inutile de üire que cette histoire, valut à Cara, quette une ovation, qui se termina par l’arrivée d’un verre de vieux vwiskey écossais, apporté avec mille précautions par le cuisinier,

Le narrateur but à notre santé. Une demi-heure après, j'entendais dire a Agénor, tout en l’aidant à

But) Of

But où ot ‘Mn il

sé par Harris Lomme ée par ens de regartemps, Jrotégé ait que ux déoir, en raison

1 idée, e Gros.

e mon rantie, chacun œud, à compa-

à Cara.

ée d’un ce mille

ni-heure idant à

DANS LE GOLFE 211 mettre pied à terre au Cap de Gaspé:

J'ai le tort, il est vrai, d’avoir le gosier e1. pente; et pourtant chaque fois qu’il me tombe une goutte de revenez y dans la cale, je ne sais ce qui s'y passe alors mais les histoires se mettent à y fourmiller comme les rats dans la coque d’un vieux navire, Si nous avons l’occasion de naviguer encore ensemble, M, Gravel, je vous en conterai bien d’autres, Jin attendant, n'oubliez pas de grimper sur cette motte de terre: vous m'en direz des nouvelles,

Etendant la main devant lui, Caraquette indiquait alors le cap de Gaspé, l’un des promontoires les plusélevés de la côte sud du Saint-Laurent,

Géant tombé à l'entrée du golfe, il domine le flot de sa tête qui repose du côté du nord-est, sur un oreiller de 692 pieds de hauteur. Son vaste corps vase perdre dans l'intérieur des terres; et ni la plume, ni le pinçeau ne sauraient donner une idée de la sauvage grandeur qui plane sur les dépouilles de ce roi, mort dans les temps reculés de l’âge de pierre. Un de ses bras gigantesques repousse et contient dans un dernier effort les vagues de la baie de Gaspé, pendant qu’au loin son immense poi. trine, se soulevant une dernière fois, reste pétrifiée à une hauteur de quinze cents pieds, et renvoit au soleil les reflets de son armure grise et poussièreuse,

Au pied de la couche où dort le colosse, s’élevai

jadis le Forillon, Bayñeld l'appelle le Flower Pot eb les marins anglais le désignent sous le nom de Ship Head. : I est vrai, pour être de bon compte, que les | êcheurs canadiens-françgris s'obstinent à Jui donner le nom de la Vieille. Ce pilier se trouve à l'extrémité sud-oucst du cap de Gaspé. Il a changé plus d’une fois d'aspect, depuis le jour où la tempête est venu le séparer de la côte. Champlain dit dans un de ses voyages que ce petit rocher était “ éloigné de la terre d'un jet de pierre et que sa pointe fort étroite était ombragée de pins sapins, bouleuux et autres méchants bois;”’le temps a fini par raser complètement ce bouquet d'arbre,

Avant le voyage de M. Ferland, le Forillon représen-

tait assez bien ‘une tête de femme couverte d'une large coiffe, comme en portaient nos grand’uères Ganadiennes.”’ Plas tard, au moment de ln visite de ae ?

abbé, les traits “ de la bonne dame” disparurent à leur tour, pour faire lace à une nouvelle illusion d’op- ?

tiqu. ‘Vue de ia mer écrivait alors le touriste Canadien, &. ie roue ressemble tellement à un vaisseal portant tauiss ges vollrs, que les navigateurs, même CCux i Le 1 qui connaissent les lieux, ÿ sont quelques fois trompés.”?

L'œnvre commencée par la tempête—dès les temps reculés où ce pays ne s'appelait pas même la Nouvelle- France—uù été achevée en 1851. Cette année-là, l’ouragan revint tordre ct culbuter le fameux rocher, que lavent aujourd’hui les vagues du golfe,

” 4 Aneré par le travers de ces falaises grises, taillées à tes pie, tachetées gr ct là par des bouquets de sapirs, le td Nupoléon IZI tanguait légèrement, la poulaine tournée pe vers ces petites grottes, qu'en ses jours de coïère le

À Saint.Laurent est venu creuser au pied du sombre pro-

| ds montoire.

éparer ,

que ce L'ascension du c1p de Gaspé est roide, mais on pierre arrive à la cîme par un assez bon chemin, Une fois e pins sur le sommet, le voyageur est amplement récompensé temps de ses fatigues, par le panorama grandiose qui se dé-

‘arbre, roule devant lui.

présen- —J'écrirais volontiers un nouveau livre, nous disait d'une un de nos compagnons de voyage—excellent romancier | canae à ses beures—pour avoir l'occasion de placer ici une

set scèue de meurtre, d'incantation ou d'épouvante,

sage à —Va pour le roman inédit, répliqua Gravel, tout en

on d'op- se laissant glisser sur le zazon, et en examinant curicusCe

er ment la formation géologique du promontoire, N'oublie

ER pas surtout d'informer tes lecteurs que le cap de Gaspé

ne ceux

s est un bloc de ealeaire, Il appartient au terrain silurien 1 ‘ . | <

nus supérieur, Cet endroit abonde en fos-iles; et je mo rappelle qu'ici, Sir William Logan à collectionné de

ES

es temps fouvelle- grandes colonnes crinvilales, des tiges aplatics de | à, l'ou- plantes marines, des restes de facoïdes, et une variété | . 4 . , à N ] d = . 4 : j er, que considérable d'espèces non acterminées, | —Et de plus le Forillon placé jadis au pied de ce l

cap a donné son nom à toute la Gaspésie, repris.je à

et dere me par

AU

mon tour; heureux de n'avoir pas l’air de me laisser enfoncer par l’érudition toujours croissante de ce gascon d'Agenor. L'abbé Laverdière ne dit-il prs dans une des savantes notes de son édition de Champlain, que Îles indiens avaient donné à cette aiguille de pierre le nom Kuste pioui, mot dont la traduction littérale signifie ‘ ce qui est séparément ” ? D'un autre côté, mon frère Jules, lors d’un voyage fait au Saguenay et sur les bords du lac Saint-Jean, m'écrit qu’il a entendu un Montagnais nommer le cap où nous sommes Guihakspèque, deux mots qui, en langage chrétien, veulent dire ‘“ la fin de la terre,”

—On en a fait autant pour un des promontoires de la côte de Bretagne; ce qui prouve que nous serions alors chez le frère de lait du cap Finistère— finis terræ—repartit Agénor, en épinglant un bouquet de fraises à sa boutonnière.

La vue de cette grappe appétissante mit fin à la lutte courtoise que menaçait de se livrer l’étymologie et la géologie, L'inspecteur des phares était ‘allé choisir le terrain destiné à l'emplacement d'une lumière que le ministre de la marine se proposait de faire ériger ici, (#) et pendant que ce personnage officiel donnait ses

(*) Ce nouveau phare a été allumé en 1873. Il est carré, constuit en bois, et porte une lumière rouge. Un sifflet d’aiarme est placé ici, et pendant le gros temps, les brumes, les tempêtes il se fait entendre dix secondes par minute, laissant un intervalle de cin-

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instructions, la seule idée de cueillir des fraises nous éparpilla au milieu des margucrites et des trèfles odorants, Nous étions redevenus pendant cette demi heure des écoliers en vacance, Ce ne fut que les mains rougies et parfumées par le jus de cette rosacée délicieuse que nous rentrâmes à bord. Notre chaloupe avait plutôt l'air d’une corbeille chargée de fruits et de fleurs des champs, que de la baleinière d’un navire de l'état, Chacun avait voulu emporter un bouquet pour en orner le salon du Mapoléon III, et pendant qu'aidé de nos conseils, le maître d'hôtel faisait un choix, l'officier de service, impassible sur le bane de quart, donnait l’ordre de courir sur le cap des Rosiers.

Ce dernier endroit est séparé du Forillon par Îla Grande Grève, poste de pêche, qui en 1770, étaitexploité par la maison Janvrin, de Jersey. La mine de plomb du petit Gaspé ne se trouve guère loin de ce village. On chuchotait même à bord d’y organiser une excursion, Jorsqu'au débarquement, on vint nous apprendre que des lettres et des journaux nous attendaient au cap des Rosiers. Il n’y avait pas à hésiter: ceux qui ont tenu la mer pendant des mois sans recevoir de nouvelles, me comprendront.

Le cap des Rosiers est un banc d’ardoise grise, peu

quante secondes entre chaque coup. Par un temps calme, ou avec vent arrière, ie son de cec appareil est perceptible à huit ou treize miles, tandis que par les temps d'orage et avec vent debout, on ue l’eutend guère qu à trois ou six milles, selon l’érat de l'atmosplère. (Notes uficielles.)

élevé, sur lequel est bâti un phare dioptrique, fixe, de

première classe, Il porte une lumière blanche, La tour a et cent douze picds de hauteur, Elle domine de cent trente to six pieds le niveau du golfe. Pendant le brouiilard et de les gros temps, on tire le canon d’heure en heure, ñ - En l'absence du gardien, madame Tradeau nous fit t| ca les honneurs de sa maison, résidence spacieuse, propre et à li qui touche au confort aristocratique. De tous les phares lé du Saint-Laurent, celui du cap des Rosiers est le plus & agréable à habiter. Tei, le gardien n'a pas à lutter contre ai l'isolement ct l'abandon, Le gouvernement lui donne un si logement de rentier. Tous les jours, le télégraphe se q charge de le mettre au courant de ce qui se passe dansle er monde. Un courrier y arrive tant bien que mal; le prêtre et le médecin sont à la porte: et si le salaire n’est pas très Ç élevé, le gardien à l'avantage d’être payé réguiièrement, 8 Que peut-on désirer de plus? Je connais de par le gr monde, un philosophe, vieux rat de bibliothèque qui, à b ces conditions-là, conscatirait volontiers à venir s’enfouir d ici, pour le restant de ses jours, | f n Bayfeld dit, qu'au cap des Rosiers, un navire peut I

s'abriter par un vent de nord-oucst, bien que l’ancrage n y soit mauvais, mais que par un vent d’est le ressuc est f terrible sur cette côte, Nous devions constater cette observation à nos dépens.

Lors du dernier voyage de la baleinière entre le phare

ixe, de tour a : trente lard et

ous fit opre et phares le plus contre nne un phe se dansle prêtre as très cment, par le qui, à nfouir

> peuê ncrage SuG CSÉ cette

phare

et le steamer, la brise qui était faible, s’accentua,et tourna tout-à-coup dans la mauvaise direction, Le signal fut donné derallier au plus vite, Tlétait trop tard pour nous. Arrivés près de l’observatoire météorologique du cap des Rosiers, nous vîmes sur la crète d’une lame notre embarcation, Chargée de quatorze personnes et de quinze cents livres de poudre, elle se trainait péniblement vers le Napoléon III, L'embrun des vagues la couvrait: mais elle ne s’en défendait pas moins contre la mer, et elle finit par arriver saine et sauve le long du bord, Un nouveau signal nous avertit qu’on reviendrait nous prendre, dès que le vent changerait, Comme la nuit tombait, nous crûmes prudent de nous mettre à couvert de la bise, et de quitter cette éminence, d’où, en 1759, l'officier français chargé de faire le guet, aperçut les premiers vaisseaux de l’escadre de Wolfe, et courut prévenir le gouverneur de Québec, de l’arrivée de l'ennemi, Un bon feu de bivouac flambait déjà sur la grève. Pendant que le vent attisait les braises, et qu'il faisait pétiller un monçeau d’épaves, roulés dans nos manteaux, nous devisions entre nous, couchés sur un lit de ces petits cailloux ronds, veloutés, brillants, qu'on néglige de ramasser ici, mais qu’on va quérir à grand frais aux Etats-Unis, pour en orner les allées de nos jardins. Auprès de nous le refoul de la mer, comme disent si poétiquement les Acadiens, venait déferler avec bruit sur le rivage ; et ces voix incessantes et mystérieuses qui montaient de l’abîme, répandaient

dans nos âmes, je ne sais quelle poignante sensation de mélancolie,

—A chaque fois que le golfe se tourmente comme cela, nous disait le gardien du Rocher-aux-Oiseaux, M. Whelan,—qui venait de passer un congé à Québec— il me semble y démêler encore les gémissements et les cris d'appel des passagers du Carrick.

— Qu'est-ce que c'était que le Currick ? fit Agénor, en mordant dans un sandwich qu'il avait eu la précaution de glisser dans sa poche.

Le Currick était un navire chargé d'émigrants irlandais, répondit d'un ton triste, le grdien. Il est venu se jeter ioi, le 18 mai 1847. Cette date je me la rapyel- Jerai toute ma viel Moi qui vous parle, j'ai retiré de la mer les corps de quatro-vingt-dix-sept passagers, hommes, femmes, vicillards, enfants; et vingt cadavres ont été mangés sous nos yeux par les marèches ; ce qui porte à cent dix rapt le nombre des noyés. (*)

—Muis le capitaine avait tout de même une drôle d'idée de venir louvoyer ainsi sur cette grève, maugréa Gravel entre ses dents,

— Le capitaine Thomason était un ivrogne, repartit M. Whelan, Ces gens-là louvoyent où ils le peuvent, Nous avions réussi à établir une communication entre la grève et le navire en perdition. À peine ce moyen assuré, le capitaine s’empressa de déserter, abandonnant à son bord six matelots; et réussissant, je ne

CCE

C#) La marècho est le requin du Golfe Saint-Laurent.

BC

n de gais trop comment, à se faufiler le long du câble, il vint tomber à moitié ivre sur les cailloux du rivage, Sa première question, dès qu'il rouvrit les yeux, fut de nous

mme

aux, demander sur quelle pointe de l’Anticosti il venuit de

ec toucher ! Nous le laissâmes cuver son rhum sans lui ré-

t les pondre ; et quant aux morts, nous les enterrâmes dans deux fosses séparées, Une d'elles se trouve sous cette

énor, batte qui traverse le chemin du rois l’autre a été

écaue creusée à pen près vers l'endroit, où M, Agénor est couché en ce moinent,

irlan- : Gravel fit un haut le corps qui le remit lestement sur

USERS ses deux jambes,

iprel-

de à —Cela n'est pas chrétien, nous dit il, de fouler ainsi

LÀ ‘ j (4 ‘ ‘|

ho la tombe des morts, La dépouille de celui qui a pleuré,

LS Tél aimé, prié, souffert, espéré ne peut être assimilée à ia

> qui carcasse d’un animal mort du charbon, et qu'on

se hâte d'enfouir dans le premier trou vonu. M'est drôle avis que le ministère de la marine, la municipalité du cap des Rosiers, ou mieux encore, les sociétés de Bien-

ugréa veillance Irlandaise, feraient acte de charité patriopartit tique, en relevant les corps de ces naufragés, et en les vent. mettant dans un cimetière entouré d’un enelos et entre garmonté d’une croix. Il fait peine de voir un chemin noyen publie passer ainsi sur l'endroit où des morts sont venus ndon- chercher le dernier sommeil. Il fait peine surtout de je ne savoir qu’ils ne sont plus visités que par les chiens, Îles

poules, les pourçeaux, \

Cette épisode de la mer n’était guère propre à nous renettre en gaieté, Pendant une heure et plus, nous restâmes ainsi, causant à voix basse autour du feu, Sur ces entrefaites, le vont tomba. La mer s’aplanit; nous

entendîmes une voix qui nous hélait :

—Ohé! de la grève ?

C'était le lieutenant LeBlanc. IL était temps de retourner à bord,

L'aube nous prit loin de la frontière de l’ancien gouvernement de Nicolas Denys. Depuis quelques heures nous avions quitté le golfe pour rentrer dans le Saint.Laurent, qui commence à la lumière du cap des Rosiers (*). Ce dernier phare n'était plus même visible. Le Nupoléon IIT reparant le temps perdu, approchait déjà du cap de la Madeleine, Pendant la nuit, nous avions passé par bâbord l’Anse-au-Griffon, ainsi nominée, peut être, en souvenir du griffon qui entrait dans les armes du comte de Frontenac. Lei, Bayfeld, toujonrs si exact d'habitude, s'est laissé einpoigner par l'imagination. Il a eu l'idée cocasse d'appeler ce lieu Griffins Cove (1). Derrière cette anse viennent

mans

(*) D’après Malte-Brun, la masse d'eau que le Saint-Laurent déverse dans l’océan est évaluée à 27,335,700 mêtres cubes, par heure. Vite Géographie Universelle de Multe-Brun, refondue par Th. Lavallée, tome VI.

(1) Ne pouvant angliciser la raco on tient à se rattrapper sur le pays. Pendant que la carte de l'amirauté anglaise se contente d’estropier les noms, et d'écrire Pabos Pabou, la Table-à-Roiland la Tale Roulante, un anglais, M. Jeffery, a tenu à casser les

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à ln file la Rivière-aux-Renard, le Grand-Etang, la Grande Vallée, villages et postes de pêche, jetés dans les petites baies qui ça et là rompent la monotonie de ces côtes. La Rivière-au-Renard est un bourg considérable, Il possède une belle église catholique, et jouit de la réputation d’avoir en face de sa grève, des fonds excellents pour la morue. De plus, la Rivière-au-Renard se trouve être le point de la terre ferme le plus rapproché de l’île d’Anticosti.

On diraitque Dieu a créé pour l’homine, certains jours, que ce dernier ne peut oublier. Certes, le matin où nous débarquâmes au Cap de la Madelaine, ne saurait être confondu avec les autres (2). L'atmosphère était tellement pure et sereine, que l'œil atteignait à des distances infinies, Une légère fraîcheur venant de la mer annonçait une journée tempérée. Les poumons 8e remplisstient d’un air vivifiant, et mis en belle humeur par ces heureux pronostics, le jarret souple et solide nous étions-déjà rendus sur la galerie du phare, De je pouvais embrasser un de ces panoramas, comme je ne me souviens plus d’en avoir contemplé, depuis mes courses à travers les Andes. Devant moi la mer im”

vitres. Il remplace hardiment les noms de la Baie-des-Chaleurs, de Percé et du Grand-Etang par ceux de Heath Bay, de Pierced Rock et de Great Pond. Jusqu'où cette anglomanie géographique doit-elle s'étendre chez nous? Quien sabe ?

(2) Le Cap de la Madelaine est désigné sous le nom de Cap Montmorency par Jacques-Cartier.

mense, profonde, toujours bruissante, allait se perdre à l'horizon, Sous mes pieds, le cap s’élançait perpendiculairement de la grève, et venait offrir à la brise le parfum de ses prairies de trèfles blancs et de margucrites, Derrière un banc de sable, que la mer fagonne tous les jours en croissant, la rivière de la Madelaine nouait ses méandres. [ia tranquillité n'en était troublée que par la truite, par le saumon qui sautrient, Au loin, ce tableau magique se heurtait, s'arrêtait brusquement aux contre-forts des monts Shikshoks. qui laissaient flotter au vent leur sombre chevelure de sapins. Une partie de ce paysage incomparable était inondée par les feux du soleil levant, Seul, le moulin de la Madelaine et les quelques maisons qui l’entourent, restaient encore dans la pénombre,

J'étais en extase devant ces merveilles de Dieu, et je ne saurais dire combien de temps ecla durait, lorsqu'une main se posa sur mon épaule, Je me retournai. J'en atteste mes compagnons de voyage, Méphistophélès se dressa devant moi, portant toujours sa tête de satyre, ornée—sans doute pour la circonstance— d’une longue barbe tressée en deux mèches, et qui lui descendait jnsqu'à la ceinture. Je ne savais que dire, Toutes sortes d'histoires, plus épouvantables les unes que les autres, me trottaient déjà dans la tête, Il ne fallait pas se faire illusion: nous venions d'aborder à ces riviges redoutés, où pendant des siècies a gémi lo

la

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Il ne rder à émi le

Braillard de la Madelaine. [1 ne me restait plus qu'à

me signer, ou tout an moins à essayer de contourner

la queue du diable sans tirer descus-— délicate opération à plus d'un de mes lecteurs —

qui doit être familière tant de ce corps de boue, me dit :

lorsqu'une voix claire,sor

— Fine morning, sir ?

Le diable parlerait-l anglais, pensai-je aussitôt, et cette grave auestion n'aurait-elle pas été oubliée par quelques théologiens ?

Ce problème pouvait m'entraîner loin ; lorsq

officiers du Napoléon III arriva fort à propos pour me prétait autre que legardien

u’un des

senter à mon interlocuteur, quin’é

‘du phare de la Madelaine, Une mauvaise étoile avait

voulu que notre rencontre avec cé personnae excentrique eût lieu après son déjeuner. Or, dans les temps mythologiques, cet original aurait au moins été légal d'Eole,. De nos jours, il ne fallait pas songer à pareille et le phénoménal gardien se contentait de action, certaines théories bien arrêtées qu’il avait sur les vents et sur les courants storuachiques. Notre présence l’avait mis en veine. Il fit tant et si bien, que la position ne fut tenable, que lorsque Île dernier d’entre juiver par l'escalier de la tour

promotion ; prêcher en

nous eût réussi à s’es' pendant que resté maître du terrain, ce formiduble émule de frère Etienne,

Riant à perte d’haleine

Et frappant sur 8a bedaine

Amorçait un second coup.

Battu, mis en pleine retraite, je descenduis lentement le sentier qui conduit à l'entrée de la rivière, lorsque je rencontrai un français du nom de Briard, Né à Grandville, ancien artilleur, depuis trente huit ans il habitait ici, et ne cessait d’aspirer au jour où il lui serait donné d’aller {revoir sa Normandie,” Je ne sais trop comment cela se fit; la conversation tomba sur le Braillard de la Madelaine, Chacun sait que cet être merveilleux séjournait près de la rivière de ce nom, et que pendant la nuit, il ne cessait de pousser des lamentations épouvantubles.

4 Etait.ce l’Âme d’un naufragé, disait M. Ferland, qui demande la sépulture chrétienne pour son corps et les prières de l’église pour lui-même ? Est-ce la voix du meurtrier condamné à expier son crime au lieu même où il l’a commis ? Les écumeurs de mer qui ont rô lé sur ces côtes ne se sont pas toujours bornés à dépouiller les naufragés ; ils ont essayé quelquefois de s'assurer de l'impunité par l’homicide, convaincu que la tombe est muette et ne révèle point de secrets.”?

François Briard n'avait pas lu l'abbé Ferland ; il n'était guère en mesure de répondre à ces denx interrogations; mais ce qu'il savait, il ne se gênait pas

LS

pour le raconter :

— Depuis trente-huit ans que je cours cette côte, nous assura-til, il ne m'est pas arrivé une seule fois d'entendre pleurer le Braillard dela Madelaine, Néanmoins, voici ce que je me suis laissé dire par Joseph

ente-

rière, . Né t ans il lui e sais \ sur t être in, Cb imen-

d, qui et les meur- Lill’a , côtes és ; ils r l'horévèle

1d ; il inter-

it pas

> côte, ile fois Néan- Joseph

Dion, qui vit encore, et fut longtemps au service du curé Painchaud, Ce dernier s'adonnait à passer par ici. Sur ga demande le capitaine de la goëlette mit en panne, pendant que le prêtre se rendait à terre. Quatre heures de tem:s, le braillard huria conme ilne l'avait pus encore fait de mémoire de vieillards; mais tout-à-coup les lamertatins cessèrent, et le euré Painchaud hèl: la chaloune, Dès qu’il eut mis le pied à bord, chacun re. marqua que sa soutane était tremyée de sueurs; et aux questions qu'on lui nt, l’abbé ne voulut jumais répondre, Nul ne sut ce qui s'était passé dans le bois, Une seule chose demeura positive: depuis cette nuit-là les matelots du large n’entendent plus les lamentations du Braillard de la Madeleine. Co ne fat que bien long, temps après ce voyage, que le enré dit à Joseph Dion, du moins ce dernier me la juré :

— Si jamais tu vas au Cap de la Madeluine, n'oublie pas, Joseph, de te rendre jnsqu'à l'endroit où deux ruisseaux se rencontrent, Li, sois deux épinettes ponssées en vroir, tn trouveras quelque chose que le Braillard de Ja Madoleine était oblizé de garder, jusqu'au jour de sa délivrance,

—Et Joseph at-il trouvé ce quelque chose, demandaije à M. Briard ?

[lest venu ici. Nous avons travaillé ensemble ; mais nos recherches ont été inutiles. Le feu des bois avait brûlé les deux épincttes; et maintenant il n'ya

om

Fr.

og

EE me

plus que les deux ruisseaux qui continuent à se rencontrer, ajouta le normand, en nous regardant d’un air madré,

Je ne crois pas, reprit Agénor Gravel, qu'il y ait mieux qu'ici, un coin du fleuve et du golfe Saint-Laurent où l'esprit populaire ne place un loup-garou, la chasse-galerie, un feu-follet ou un lutin quelconque, Celui qui receuillerait toutes ces légendes ferait un travail original et des plus curieux. Le récit de M. Briard vient de me rappeler l'histoire de ces voix mystérieuses de l’Ile-du- Prince-Edouard qui, sont disparues comme colle du Braillard de la Madeleine, Billes avaient attiré l'attention d’un de nos évêques, et puisque nous passons une partie de la journée joi, vaut autant lire que flaner,

Tirant alors de sa poche le «& Journal de deux voyages anostoliques dans le golfe Saint-Laurent, faits en 1811 et 1812 par Monseigneur Plessis,” Agénor offrit un cigare à l’ancien artilleur de Louis Philippe, et n’attendant guère une réponse, nous lut l'étrange passage que

voici :

6 Depuis environ six ans, on entend parler dans toutes”

les chapelles aoadiennes de l'Île Saint-Jean—celle de la baie de Fcrtune exceptée—des voix, ou plutôt une voix, tantôt charmante et tantôt soupirante, dont plusieurs personnes se trouvent singulièrement affectées, La voix soupirante est celle d'une personne qui serait dans une affliction sourde et profonde, la voix chantante est celle d’une femme ou d'un enfant qui 8e fait entendre au-dessus de

ON air

y ait au 1, la \elui ivail iard uses mme attiré 88003 aner,

yages it un attene que

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de la

voix; rs periX SOU« > afficd'une ssus de

celles des chantres; car, c'est pendant que l'office se

chante que l'on entend cette voix glapir, mais surtout pen-

dunt les litanies du Saint Nom de Jésus qu'il est d'usage

de chanter le dimanche pendant la messe. Tous les assis

tants n'entendent pas cette voix en même temps ; ceux qui

l'ont entendue un dimanche dans une église ne l’entendent pas toujours dans une autre église, ou le dimanche suivant.

Il eu est qui ne l'ont jamais entendue. Quelquefois elle est entendue d'une personne et ne l’est pas d’une autre, placée dans le même bane. Cependant plusieurs sont frappés du gon de la voix gémissante, jusqu'à en tomber en pamoison. S'il n'y avait que des femmes et des enfants qui affirmassent la chose, on pourrait tout uniment l'attribuer à une imagination échauflée, mais, entre plus de cent personnes qui l’ont entendue dans la seule église de Rustico (*), et peut-être dans celle de Mulpec, il y a des gens de tout âge, des esprits sensés et solides; tous rapportent la chose uni formement, sans avoir aucun intérêt à la maintenir, puis qu'ils en sont fatigués et aflligés. Ues voix n’ont pas épargné les cabanes, où les Acadiens, occupés au loin à l'exploitation du bois, se réuuissaient le dimanche pour chanter quelques cantiques. Elles ont même traversé à Shédiac, où l’on n’a cessé de les entendre que depuis le dimanche de Quasimodo 1811,

—4 J'ai nié cela, disait au prélat, un des hommes les plus sensés de Rustico, aussi longtemps que je l'ai pu, car je ne suis pas du nombre de ceux qui entendent, Mais ce nombre a tellement crû, et il s’y est irouvé des personnes

(#) Rustico a été desservi pendant quelque tem's par l’abbé de Calonne, frère de l’iufortuné ministre de Louis XVLet ancien rédacteur du Courrier de l’Europe, publié à Londre L'abbé de Culon « est mort dans l’Ile-du-Prince-Edouard, en 1822.

en mr

er da

EE

j'eu ai tant vu se mettre u purgatoire, dont j'aurais cru être

ei graves, si incapables de mentir ; en dépense et faire prier pour Îles âmes d ceci leur semblait être le langage, que coupable de témérité, si j'avais résisté plus longtemps à la

persuasion générale.

«6 Que conclure de tout cela? qu'il y a des voix qui 88 font entendre, et cela dans des lieux où il n’y a point de ventriloques, où le peuple n'est pas a85€Z rusé pour être soupçonné d'aucun prestige, où Ja disposition même des édifices ne s'y préterait pas. Mais quelles sont ces voix ? D'où viennent-elles ? Pourquoi 8e font-elles entendre ? Par quelle raison ne sont-elles pas entendues de tout le monde ? Pourquoi les églises écossaises en sont-elles exemptées, en même temps que celles des acadiens en sont si affigées ? C'est sur quoi, chacun peut former telles conjectures qui lui plaira. L'évêque après avoir entendu là-dessus plusieurs personnes, 8€ borna à dire par manière de consolation, que ces voix n'ayant réellement fait de mal à personne, 1l im portait peu qu’elles cessassent ou continuassent de se faire

entendre.’?

__Ce ons me serait aussi difficile à juger que celui du Braillard de la Madelaine, et appelé à se prononcer, Golonon n'aurait pas mieux décidé que cet évêque,

ajouta Gravel en fermant son livre.

ÿü nous étions semblait se prêter à ces ré-

L'endroit 0 is trop jusqu'où les voix

cits merveilleux; et je ne sal mystérieuses de l'Ile-du-Prince-Edouard nous auraient

entraînés, Si par un habile mouvement de flanc un de

nous n'eût mis la conversation sur la pêche et sur la

ettre dont chasse, être | Act __ Dans les bois qui courent en arrière du cap de la Madelaine, disait M. Briard en répondant ànos questions, la loutre, la martre, le vison peuvent être trapui 8€ | pés en assez grande abondance. le caribou s’y rende de contre même fréquemment; mais personne ne S0nge ici 1 Es à s'occuper de la chasse, Quant à la pêche, elle n’est ne pas aussi bonne que dans le golfe, et bien que je sois los Par cataire de la rivière qui coule à vos pieds, je n’ai guère che à m'en réjouir, et je suis démonté du peu de saumon es, en | qu'on y prend.

gies" | Pendant que l’artilleur Briard nous faisait part de je 1 ses déboires, entremêlés de lésendes et de renseignements PEN sur le pays où nous nous trouvions, on entendait mon- 1} a ter de la rivière un bruit de battoirs, entremêlé de s Rré rires, de fredonnements. C'était un groupe de laveuses.

Les bras nus, la chevelure nouée par une faveur noire

où rose, elles blanchissaient le linge du dimanche, Tout

celui à coup, une d'elle, grande fille, brune, à la taille élancée,

once”, | se prit à chanter d'une voix douce, mais forte. Elle di

vêque, gait ce vieux noël qui se répète encore souvent dans no0schaumières canadiennes. Autour d’elle, ses compagnes if écontaient, puis le couplet terminé elles faisaient gaie- |

ces ré-

ment refrain :

S voix À

uraient — D'où viens-tu bergère, LÉ

, un de D'où viens-tu ?

—Je viens de l’étable De m'y promener à J'ai vu un miracle Ce soir arrivé

—Qu'as-tu vu bergère, Qu'as-tu vu?

— J'ai vu dans la crèche Un petit enfant Sur la paille fraîche Mis bien tendrement,.

—Rien de plus bergère, Rien de plus?

—Saint Marie sa mère Qui lui fait boir’ du lait, Saint Joseph son pêre Qui tremble de froid.

—Rien de plus, bergère, Rien de plus?

—Y a le bœuf et l’âne Qui sont par devant, Avec leur haleine Réchauffant l'enfant.

—Rien de plus, bergère, Rien de plus?

—YŸ a trois petits anges Descendus du ciel, Chantant les louanges Du Père Eternel.

Rien de tonchant comme ce noël et ce doux refrain qui montaient vers Dieu, du milieu de cette création sauvage, et qui s’en allaient raconter à la mer et aux forêts, les commencements de la rédemption de l’homme, Nous étions devenus toute oreille, mais en se retournant, Ja brune fille nous avait aperqus. Malgré nos supplications, nous ne pâmes retirer de la belle laveuse que ces paroles du refrain :

Rien de plus, bergère Rien de plus.

Ce fut ainsi que se passa une des dernières journées de notre croisière, Nous l'employâmes à causer, à prendre des eroquis, des notes, à pêcher de la truite, à herboriser:; et comme les heures s’écoulent vite ainsi, quand l’ordre d’embarquer arriva, il nous sembla qu'il n'était encore que le matin, Le soleil annonçait pourtant qu’une autre journée venait de faire faire à chacun de nous, un nouveau pas vers la tombe. Comme Auguste monrant, l’astre du jour avait voulu, ce soir-là, poser sur son front le plus beau de ses diadèmes. Il était fait de nuages, sur lesquels s'étaient incrustées des pierreries, dont les feux auraient fait pâlir les diamants de Golconde, Tout autour se croisaient les scintille

ments, les refluts de milliers de topazes, d’escarboucles, Lis se détachaient en relief, sur un fond d’or, plus pur que ne l’étuient les lingots de Moctézuma, Lentement le vieux monaque s'éteiguit; et quand il eut Jaissé tomber sa tête royule dans la nuit, un long rideau tissé d'une pourpre, telle que n’en à jamais connu Sidon, fut tiré sur la nature en deuil. Des extrémité du pôle, les ténèbres accoururent en foule, En passant, elles étenduient leurs ailes sur le fleuve; et commençant bientôt sa vigile nocturne, le phare de la Madelaine allum: sa lanterne. Toutes les deux minutes elle répandait sa lue mière rouge et blunche sur les eaux noires du Saint- Laurent; mais sitôt ces éclats disparus, l'ombre envahissuit le large, et le flot n’était plus irradié que par Îles phosphorescences de notre sillage, Nous remontions vers le cup de Uhuastes,

Le voyage devenait rapide maintenant. La croisière tirait à su fin. Une fois ce phare ravitaiilé, nous avions l’ordre de nous rendre à Québec. Avant d'arriver au cap de Chastes—uinsi nommé par les premiers navigateurs du Saint Laurent, en souvenir du commandeur Aymard de Chastes, qui avait obtenu dun roi de France une commission pour fonder un établissement au Cu nada, et qui,—plus turd fut gouverneur à Dieppe—le

Napoléon III devait passer devant le Mont-Louis et Q iinte. Anne-des- Monts, joli village, sur lequel j'aurai

l’occasion de revenir plus tard,

oucles, us pur tement t laissé au tissé don, fut pôle, les 1e éten- L bientôt uma sa it su lue a Saintjr'e envae par les montions

croisière us avions rriver au rs nAvigininandeur de France it au Cue Jieppe—le t-Louis et

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