PAL UT
tasiaient aur les beautés qu'ils voyaient, ces paysages perdaient pour moi leur teintes ensoleillées, et ne m'apparaissaient plus que comine des cimetières mornes et . oubliés, où dormaient des milliers de mes compatriotes, C'était ici, au milieu de cette incomparable marine, qu'était venu se fondre et s'éteindre la famense escadre que M. de Maurepas avait envoyée en 1746, au secours de l’Acadie. Commandée par un marin consommé, le duc d’Anville, elle se composait de onze vaisseaux de ligne et de trente transports, sur lesquels étaient montés trois mille hommes de débarquement, placés sous les ordres du maréchal de camp, de Pommeril. La traversée avait été longue et ennuyeuse: au lieu de mettre six semaines à franchir l'Atlantique, cent jours et plus s'étaient écoulés avant de pouvoir signaler terre, Les vivres diminuaient sans cesse. Enfin, on parvint à relever Chibouctou— aujourd'hui Halifax — et comme c'était le lieu du ralliement, la joie commençait à illu. miner ces rudes figures de marins, lorsqu'une tempête terrible fondit sur la flotte, et l’éparpilla devant elle, pourchassant certains vaisseaux jusqu'aux Antilles, et en écrasant quelques-uns sur l’île du Sable. Pendant ce temps l'amiral français capeyait, et dix jours après le cyclone, parvenait à relever de nouveau Chibouctou, en Compagnie de quelques-uns de ses navires. Mas hélas! chacun de ses vaisseaux portait dans ses flancs un ennemi encore plus terrible que l'ouragan, L'’encombrement des entreponts avait amené une épidémie à
bord, et bientôt officiers, sous-officiers et matelots moururent par centaines. “ Peut-on imaginer, dit notre historien Garneau, rien de plus lugubre que cette flotte enchaînée à la plage par la peste ? que ces soldats et ces équipages encombrant d'immenses baraques érigées à la hâte sur des côtes incultes, inhabitées et silencieuses comme des tombeaux, en face de l'immense océan qui gémissait à leurs pieds et qui les séparait de leur patrie, vers laquelle ils tournaient en vain leurs regards expirants? Un sombre désespoir s'était emparé de tout le monde. Ce fléau remplissait d'effroi les ennemis euxmêmes qui, se tinrent au loin, dans un moment où ils aurait pu anéantir sans effort l'expédition française, et Vamiral Townshend regardait avec terreur, du Cap- Breton, où il était avec son escadre, les ravages qui désolaient ses malheureux adversaires? Brisé par cette gérie de catastrophes et d'émotions, l'amiral français ne put y tenir. Un matin on le trouva mort, et la dépouille du duc d'Anville, de la maison des de La Rochefoucault, enfouie modestement entre deux de ses matelots, alla grossir le nombre des morts illustres et obscurs qui se sont dévoués aux destinées de l’Acadie et de la Nouvelle-France. Quelques jours après, son successeur, M. d'Estouruelle, était frappé par la terrible maladie, et dans un accès de fièvre se trouait la poitrine d’un coup d'épée. Onze cents hommes moururent en quarantedeux jours, ce qui faisait un total de 2,400 depuis le départ de France, et comme il y aurait eu foliè de lutter
mou- > his-
e entt ces 3 à la euses n qui atrie, expiout le s eUXoù ils ise, et Caps qui r cette ais ne pouille acault, ts, alla qui se à) Nouur, M.
die, et n coup arantepuis le e lutter
DANS LR GOLYE 29
plus longtemps contre la peste, le marquis de la Jonquière, à qui il ne restait plus que quatre vaisseaux, Gonna l’ordre du rembarquement et se décida
q , ces terribles épreuves, à mettre Je siége devant Port- Royal, Mais la tempête se remit de la artie, et force
fut de regrgner l'Europe, laissant sur cette côte inhospi-
talière la fine fleur de la noblesse, de l'esprit et du Courage de la marine française.
maloré
N'avaisje pas raison de dire que ces rives ensoleillées, où depuis cent ans et plus dorment des milliers de mes Compatrioies, ne m’apparaissaicnt aujourd'hui que Comme des cimetières mornes et oubliés ?
Le train de Halifax partait alors à huit hour Nous le primes, et après avoir cheminé sur une voie parsemée de lacs, de pr nous descendions à Truro, villette bâtie sur un terrain plat, divisée en deux par un ruisseau, et dont les rues larges et la place publique ne déparer
bourg de l'Amérique centrale,
es le matin, quelque temps airies et de rivières,
aient pas un gros
Truro est située à un mille de la baie de C et nous nous
Acadie,
obequids
trouvions ainsi en plein cœur de l'ancienne
Monté sur une éminence près de la ville, je ne pouvais
me rassasier de regarder cette baie, cos rivières, ces
Prairies, ces gras pâturages, ce pays splendide qui avait été habité et eultivé pas les gens d’ descendants n’avaisnt pas eu la pe
une race, dont les rmission de moüriy
Es ob 0 en ee 2e
sur Ja terre défrichée par les aïeux. Assis sur ce gazon qui avait bu leur sang ot leurs sueurs, je me reportais vers l’an 1604. Je revoyais de Mons, débarquant au petit port de Liverpool et y saisissant le navire du capitaine Rossignol qui, je ne sais trop pourquoi, à trouvé le moyen de léguer son nom à un lac du comté de Queen, tandisque tant de Français illustres sont aujourd'hui oubliés par la Nouvelle Ecosse. Puis, j'assistais à la fondation du Port Royal, —aujourd'hui Anuapolis, —et bientôt un fort surmonté des triples écussons du Roy, de Mons et de Poutrineourt, ‘ couronnés de lauriers,” indiquait au monde que la France avait pris terre là. Tout autour, au dedans comme au dehors, ce n’était qu’espérance, vie et activité. On défrichait, on évangelisait, Champlain monté sur une petite chaloupe ex-
plorait la baie Française et relevait la côte du Maine; l'avocat Lescarbot “ la serviette sur l'épaule, le bâton d'office à la main, le collier au cou,” continuait les joviales traditions de l’ordre du Bon Temps, et chacun accomplissait sa mission dans l’humble mesure de ses moyens.
Mais bientôt apparaissait le scorbut, et la série des lourdes épreuves et des mauvais jours s'allongeait, Sir Samuel Argyll, gouverneur de la Virginie, tombait sur Pentagoët, où la vaillance de frère jésuite Gabriel du Thet, tué d'un coup d’arquebuse, l’arrêtait un instant, puis s’emparait de Sainte-Croix et détruisait Port-Royal. Les zizanies éclataient alors parmi les français, et leurs
seigneurs commençaient à se faire une lutte qui res-
sos semble à ces guerres de châteaux qui ensanglantèrent ortais une partie du moyen âge, N'est-ce pas le même dégré nt au d’animosité, le même esprit d’intrigue et d’ambition ? D La Voici Denys, “ propriétaire du toutes les terres et isles route qui sont depuis le cap de Campseaux jusques au cap nd des Rosiers,” persécuté par Le Borgne et de la Giraurd'hui dière, qui brûlent ses vaisseaux et mettent le feu à sa s à la chapelle, Voilà le comte de Stirling à qui Jacques I s,—et d'Angleterre vient de faire cadeau de tonte l’Acadie, FSU qui la passe sous le nom de la Nouvelle.-Ecosse à un ré. FISER négat français, sir Claude de la Tour, Ce dernier à un Re LE fils qui commande ici, au nom du roi de France. Pron'était messes d'avancement, titres, ordre de la Jarretière, ri- PAT chesses, protection royale, tout est mis en œuvre par le d' sa” malheureux père pour engager son enfant à trahir ; us mais celui-ci ne répond à ces propositions que par des bâton arquebusades, et les anglais repoussés à coups de canon les jo- abandonnent Sir Claude à la générosité de son fils. chacun Voilà encore d'Aulnay de Charnisay, nommé au comde ses mandement de l’Acadie, rendue en 1632 par Charles I à Louis XIII. De Charnisay voit son autorité mérie des connue par ce même de la Tour, A quelque temps de Lt, Sir là il subit un échec, apprend que son ennemi est abbait sur sent pour quelques jours du fort de la rivière Saint-J ean, briel du accourt y mettre le siége, s’en rend maître par la tra- : hison d’un suisse, et, malgré sa promesse de faire quart-Royal.
ter, ne gracie que le soldat qui consent à être le bourreau et leurs
mnt}
Lips taie nomment
de ses camarades, et force madame de la Tour, qui s’est bravement battue à la tête de ses troupes, d'assister, la corde au cou, à l'exécution de toute sa garnison. Enfin voici une dernière fois de la Tour qui abandonnant les idées moyenneâze pour se raillier au positivisme moderne, se venge plus tard de cette affront en épousant la veuve de Charnisay, et en recueillant l'héritage de son ennemi.
Au milieu de toutes ces divisions intestines la grande époquée de l’Acadie est là qui déroule lentement ses sanglantes péripéties,
Deux ans après la reddition du pays par Charles I, les Anglais viennent encore ravager oette contrée, qu’en 1667, le traité de Bréda remet de nouveau entre les mains de la France, Vingt ans d’un tranquillité relative s'étendent alors sur l’Acadie. Elle en profite pour coloniser et faire fiuctifier ses terres, mais la paix n'était pas faite pour ee pays si merveilleusement doué par la nature. Sir Willinm Phipps vient attaquer M, de Menneval à Port-Reyal, ct force Chedabouctou à capituler. Port-Royal abandonné, ouvert de tous côtés, est visité à diverses reprises par des pirates; ils le pillent, et dans un moment de joyeuseté pendent quelques-uns de ses habitants. Pourtant la tranquillité semble renaître sous M. de Villebond qui reprend le fort français ainsi que Pesequid—aujourd'hui Windsor—mais en 1696, Church envahit l’Acadie à son tour et ravage toute la contrée. Pendant ces luttes, les malheureux
s’est er, la Enfin it les ) InOusant ge de
rande nt ses
rles E, qu’en re les é rela- > pour n'était par la M. de À capiés, est illent, es-Un8 ble re- ‘ançais ais en
ravage ‘ureux
Acadiens, harassés sans cesse par un ennemi implacable, n'ont cessé de se défendre et de rester loyaux à la mèrepatrie: aussi le traité de Ryswick fut-il Ja récompense de leur fidélité. Il remettait l’Acadie à la France, Malheureusement en le signant les diplomates oublièrent de bien définir les frontières qui devaient séparer les deux peuples, et pendant la guerre de onze ans, ce pays demeure toujours exposé aux horreurs de l'invasion. Une flotte anglaise envoyée contre Port-Royal, en 1707, est repoussée deux fois de suite par de Subercuse et de Saint-Castin, mais trois ans plus tard, ce fort finit par tomber au pouvoir du colonel Nicholson. Cet échec ne décourage pas les Acadiens: ils luttent tout de même, remportent un avantage sur les Anglais au Pont-au- Massacre, et bientôt arrive la paix d’Utrecht, mais la diplomatie oublieuse de cette fidélité à toute épreuve, déclare naintenant que l’Acadie est une possession anglaise,
Dès lors, il n’est plus de tranquillité possible, Chacun guctte l’occasion de se servir de son fusil. Un prêtre, M, de la Loutre, curé de Beaubassin, court à la tête de trois cents indiens mettre le siége devant Annapolis, et pendant quatre semaines tient ce fort dans des transes continuelles, Quatre cent soixante-dix soldats anglais enfermés dans la Grande-Prée,—aujourd'hui Horton, — sont forcés de mettre bas les armes, et cet état de chose se continue jusqu’au traité d'Aix-la-Chapelle qui, en 1748, vient, il est vrai, sauver pour quelques instants
34 PROMENAD*S3
le Cap Breton, mais finit aussi par arracher définitivement l’Acadie des bras de la France. Ne sachant plus que faire, réduite à l'état de neutre, cette brave population ne peut encore se résoudre à prendre son parti. Elle vit largement du produit de sa pêche, et ses prairies artificielles lui promettent d'inépaisible moissons ; mais que sont nes choses nauorès de ia France qui ne peut ‘être oubliée ? fie chevalier de LaCorne est sur la Baie Verte qui commande un petit fort, où flottent encore fièrement les fleurs de lys. C’est là que ces exilés volontaires veulent aller. En vain le major Lawrence cherchet-il à s'opposer à ce dessein? Le curé de la Loutre met lui-même le feu à son église, ses paroissiens incendient leurs chaumières, leurs granges, leurs bar-
ques, et tous, l’œil sec, le cœur ferme, tournant le dos à
leur village et au cimetière où dorment les ancêtres, ils courent rejoindre le commandant français. Cette pre. testation décide Lawrence à bâtir le fort qui a porté son now, Une garnison anglaise y est jetée, avec consigne d'observer Beauséjour, et ce dernier boulevard de l’autonomie acadienne finit par tomber entre les mains de l'officier anglais qui, pour ÿ parvenir, n'a qu'à faire éclater une bombe au milieu d’un des magasins du fort! Il est vrai qu'en ces temps-là, Beauséjour était confié à ce de Vergor, de si triste mémoire, qui, plus tard, commandant l’avant-poste du Cap-Rouge, la veille de la bataille des Plaines d'Abraham, se laissa surprendre de nouveau, et permit ainsi à Wolfe de couronner les hau-
itiveplus popuparti.
airies mais peut ] Baie ncore és VOrence de Îa ssiens $ bar- , dos à cêtres, te pre.
rté son signe le l’auins de À faire u fort!
onfié à \, come la bandre de es hau-
teurs et d’écraser du même ç
oup les troupes de Montcalm et la domination français
e au Canada (*),
À partir de la capitulation de Beauséjour, l’Agadie fatiguée et er:énuée ne semble plus chercher une consolation à ses malheurs que dans les jouissances de l’'agri.
culture. Les fermes se relé vent, les champs s’ensemencent les pâturages regorgent de troupeaux, les barques parties dès j» pointe du jour pour aller pêcher sur les fonds, reviennent au coucher du soleil déposer leur car. gaison sur la grève, et à la rcillée On cause tout bas de la France, et peut-être encore plus bas de cette tête. chaude de Jean-Louis—un des gars de la chaumière— qui, lui, n’a pas voulu se soum
ettre et fait encore dans les bois—du côté de Shediac—la guerre à l’
Et le lendemain recommençait c reuse, où tout en jetant un regret aux bons coups d’estoc d'autrefois, on ne permettait œuère à la Charrue, à !a bêche, à la faucille et aux filets de se reposer,
Anglais, ette vie calme et heu-
(*) Il est bon de rappeler ici un curieux incident qui ent lieu à propos de la chute de Québec. Le 4 décemb:e 1759, le second Parlement de 1a Nouvelle-Ecosse se réunissait, et le discours du trône, en faisant allusion à la Capitulation de Ramsay, disait de Québec: ‘ that barburous Metropolis from whence his goot subjects of this province and the K ng's other American Dominions have groaned under such continual ani impardonable wrongs.”?
L’Assemblée Lévislative Pour ne pas rester en
l'autorité répondait à sou
politesse avec tour, en présentant sa répo du trôve:
ase au discours
—"* Canaila is the mother ani nurse of the most cruel savage ennemies tothese His Majesty's Ameriean Co
Linies.”
De son côté l'anglais semblait avoir assoupli sa morgue et oublié les rancunes de jadis, lorsque le cinq septembre 1755 chaque village acadien fut éveillé par les roulements du tambour qui convoquait la population à venir à l'église ou sur la place publique, pour prendre connaissance des ordres du roi d'Angleterre. Presque tous s'y rendirent en habit du dimanche, pour apprendre “ qu'ils étaient prisonniers de guerre, que tous leurs biens meubles et immeubles étaient saisis au nom du roi, sauf l'argent et leurs effets personnels, et que le dix septembre ils serait tous embarqués pour être dirigés sur les colonies anglaises (*).” Qu'ajouter à ces épouvantables conclusions? La foudre ne frappe pas plus rapidement que ces malheureux ne furent écrasés par l’infâme proclamation de Lawrence. D'ailleurs on n'avait pas d'armes,
Cinq jours après, la population de l’Acadie était parquée à coup de crosse de fusil et attendait morne et résignée, sur la plage, l'heure de l'embarquement, Six officiers et quatre-vingts soldats montaient chaque n&vire, pendant qu'à terre un fort cordon de troupes cernait les proscrits. Deux cent soixante jeunes gens reçoivent l’ordre d'entrer les premiers dans les c'aloupes; mais ils refusent fermement de le faire à moins d’être accompagnés par leurs familles. L’officier commande
decher Songe rs
(#) Voir Rameau, La France aux Cotonies p. 43.—Ainsi que l'afticle de M. Ney, publié dans la ÆRevue des Deux-Mondes, 1881.
norgue tembre roule-
à venir onnais-
tous s'y ‘ qu'ils s biens oi, sauf ptembre les colointables idement me proait pas
tait parne et rént. Six ique nä-
troupes nes gens aloupes; ns d’être Jymmande
-Ainsi que mes, 1831.
DANS LE GOLTE 37
uné charge à la bayonnette; ils sont refoulés jusque dans la mer, ct les blessés jetés pêle mêle au fond des embarcations, Alors, eut lieu une scène indescriptible où l'honneur anglais joua le rôle de bourreau, Les troupes se divisèrent par pelotons et eurent la consigne La . « © de séparer les femmes de leurs maris, les pères de leurs enfants, et de les faire montersur des navires différents g E .1 EE . .
À mesure que ces familles se disjoignaient et se quit. taient pour ne plus se réunir, les mains des vicillards se levaient pour bénir, les époux s’étreignaient dans de longs embrassements, les enfants sanglotaient et la solda. te . à L . e > : E è L 44 continuait son implacable besogne, Puis, quand e funèbre convoi eut pris la haute mer et se fut disper. :
sé sous l'horizon, on promena la torche dans les villages 4 + LE] . } ve abandonnés, on pourcaassa Îles bestiaux, et on se paya lo prix de cette journée de travail en faisant je partage . 7 p = des richesses et des propriétés du peuple exilé (*) La convoitise des biens et des fameux abbaileaux de :
J'Acadien, autant que son inviolable attachement à la France avait été le mobile de ectte lâcheté. que pas un
historien anglais n'a ex le coirage d'excuser ou d'expliquer jusqu'à présent, Les Acadiens avaient réussi à endiguer et à cultiver d'imtuenses prairies artificiclles que la mer venait fortiliser à certaines époques de l'année,
CÆ) M. Rameau dit que le nombre des prisonaiers enlevés dans le district des Mines fut de 4,000 hommes. Qu y brûla 100 ue tons, DOU étables, et où y prit ?,000 bœufs, 2,000 vaches 5,000 veaux, 12,000 moutons et 800 chevaux, Fe : 7
mere 3 PEN à
rene ait:
mn Pr il - :
k ere | ‘
Là, dans ces grandes prées on cultivait le foin, le lin ev le chanvre: un système d'écluse permettait de les inonder à volonté, et au village d'Horton—les Mines—on avait réussi à conquérir par ce MOYEN 2,100 acres de terre sur l'Océan. Après le départ de leur légitimes propriétaires, ces abboiteaux vieilirent; la mer finit par les ronger, et comme en disant adieu à la patrie les Acadiens avaient emporté avec eux le secret de la construction de ces digues, les envahisseurs ne purent ja” mais leur donner le degré de solidité qu’elles avaient eu jadis. Néanmoins, en 1851, il y avait encore à la Grande Prée 6983 acres de prairies qui, presque toutes, avaient été indiguées par es Français, une centaine d'années auparavant, et qui de nos jours sont estimés à dix-sept louis l’ucre (#).
nee)
(*%) Diéreville qui a écrit de curieuses choses sur l’Acadie, fait ainsi la de:cription de ces abbo:teaux dans sa ‘Relation du voyage du Port-Royal” puviiée à Amsterdam, 1710:
“On n'arrête pas le cours de la mer a'‘sément ; cependant les Acadiens en viennent à bout par de puissantes digues qu'ils apellent des Aboteauæ, et voici comment ils font. lis plantent cinq ou six rangs de g.os arbres, tous entiers, aux endroits par où la mer pénè re dans le marais, et entre chaque rang iis ouchent d'autres arbres les uns sur les autres, et garnissent tous les vides si bien avec de la terre glaise bier battue que l'eau n'y saurait plus pasrer. lis ajustent au milieu de ces ouvrages un Esseau, de manière qu’il permet à la m irée basse, à l’eau des marais de g'écouler par son impulsion, et défend à celle de la mer d'y entrer. Un travail de cette nature, qu’on ne fait ju’en certains temps que 1a mer ne monte pas si haute, coûte beaucoup à faire, et demande bien des journées; mais, la moisson abondate qu'on en retire dès la seconde année, après que l’eau du ciel a lavé ces terres dédom
mage des frais qu’on à faits
e lin et 8 inon- 165 —on cres de igitimes finit par trie Îles a con” rent ja” aient eu re à la e toutes, centaine estimés
adie, fait du voyage
endant les
| qu'ils ap-
ntent cinq
s par où la
s ouchent us les vides n'y saurait un Esseau, ; marais de d'y entrer.
; temps que et demande n retire dès rres dédom
Qu'advint-il aux malheureux proscrits, et comment ces verdoyantes campagnes, d'où ma pensée se reporte aujourd’hui vers eux, ont-elles si-tôt perdu leur souvenir ? Ils furent jetés au hasard, “la mère ici, là le père, les enfants partout, pendant que dans leur patrie tout changeait de nom, la terre et l’eau.”’(*) Quinze cents d'entre eux dirigés sur la Virginic furent renvoyés en Angleterre, où on les interna à Liverpool, à Southampton, à Pennyn et à Bristol : 1,200 abordèrent au Maryland et parvinrent à obtenir du travail. Le convoi destiné à la Pensylvanie fit naufrage, et les quatre cents cinquante survivants parvinrent à Philadelphie, où on voulut ies vendre comme esclaves: mille allèrent à Boston, d’où plus tard ils eurent la permission de revenir en Acadie et de s'établir dans le comté de Ciare, du côté opposé à leurs anciennes concessions, Enfin, 2,000 dirigés sur la Curoline se virent refuser l'accès des côtes, remirent le cap sur la Virginie, où on leur défendit d'aborder, et finirent par s'emparer de leur navire et
par retourner à la Baie de Fundy, où ils s'armèrent en corsaires—un de ces corsaires était commandé par le capitaine Bronard-Beausoleil—et sans merci ni trève commencèrent à courir sus à l'Anglais. Les autres furent éparpillés à la Maftinique, à Saint Pierre et Miquelon, à la Guyanne, en France, dans le Berry, dans
(*) Essai historique sur Montcalm, par M. de Bonnechose, @uvre magistrale couronnée par l’Académie française.
le département de la Vienne, à Belle-Tsle en mer, à Mon-
toiron, dans le Poitou, en Corse, à Cayenne, à Saint-
Domingue, où dernièrement encore un Voyageur français,
M. Achintre, retrouvait la colonie acadienne de Bombardoyolis. (*) D'autres se refugièrent à Shédiac et à Miramichi, ou se cachèrent an fond des bois, et M. Rameau assure d’après M. Haliburton, que jadis il y avait au sud de la Grande Prée, ‘ un petit noyau d’Acadiens quin’avaient pas mangé de pain depuis le jour de la dispersion de leur race, et qui vivaient dans les bois, de légumes, de poissons ct du peu de bétail qu'ils avaient sauvé, n’osant plus retourner Sur leurs terres, crainte d’éprouver le sort de leurs compatriotes.”
menées
(*) Les Acadiens qui s’établirent à Montoiron eurent une Con cession de ‘4000 arpents de lande: à mettre en culture.” En 1775 ils présentèrent un mémoire au clergé de France ‘dans le but d'obtenir ’ une subvention annuelle de 300,000 livres pour faire face aux frais de cet établissement ». Ce document appartient à la bibliothèque publique de Niortet a été publié pour la première fois en 187 dans la Jievue de l’Aunis, de la Saintonge et du Poitou, par M Louis Duval. Le voici:
48; l'humanité souffre au spectacle des malheurs de nos semblables, combien n'est-elle pas attendrie à la vue de l’infortune de
concitoyens vertueux, et surtout quand c'est une horde entière de frères qui depuis un si long temps gémissent sous le poid: de la misère, et que l'origine de ses maux vient d’un sentiment aussi respectable que celui qui nait di patriotisme et de la religion. Cet intéressant tableau est digne d'être offert au corps respactable du Clergé de France qui, dépositaire des vérités de la foi, ne respire que le bien de la patrie,
6 Pour attacher les regards de cette illustre assemblée sur ces victimes qui lui tendent les mains, l’éloquence serait inutile, l'histoire de leurs vertus suflit.
‘“ Au commencement du règne de Louis XIV, dont la gloire et le nom tenaient déjà la balance dans l’Europe, les puissances SOUVE-
D En ae me a
,à Monà Saintfrançais, de Bomédiac et s,et M.
jadis il y yau d’Ais le jour dans les tail qu'ils rs terres,
Re]
nt une cone”' En1775 lans le but ur faire face artient à la la première ;: et du Poi-
de nos seminfortune de le entière de poid: de la jiment aussi la religion.
; respactable à foi, ne res-
1blée sur ces inutile, l'his-
a gloire et le jances Ss0ouve-
D'autres enfin prirent terre À la L
ouisiane et se propagèrent dans la zône d’Atchafalaya, sur les bords des
bayous des Pierrepont, des Gotell, des Ours, du Large
raines ayant fait entre elles le partage du Nouveau Monde, l’Acadie échut à Louis-le-Grand ; vingt-
quatre familles sorties de la France furent habiter ce nouvenu climat, où la nature féconde ne demandait que des bras Pour ouvrir son sein et leur faire part de ses richesses, Tant quo les conquêtes du monarque s’étendirent, cette peuplade fut heu
reuse; mais dans les jours de son déclin, sa fortune changée changen aussi ln destinée des Acadiens par la
guerre qui plongez la France dans cetie crise funeste dont le sou: venir est encore à peine étoint; l'Acadie Passi aux Anglais. Comme vainqueurs ils donnèrent la loi, Ces colons, quoique sous une domination étrangère, n’en conservèrent pas moins leur religion, et cet amour que tout français porte à son souverain. Leur nouveau maître pouvait bion leur ravir leur liberté avec leurs possessions, mais [a perte de leur vie ne fut pas capable de leur faire abaadonner le culte qu’ils avaient embrassé, ni la fidélité qu’ils avaient juré à leur véritable souverain. Le Vainqueur, malgré tous les droits que donne la victoire, dans le pacte qu’il fit avec eux, fut forcé d’y consigner ces deux clauses, et de s’obliger à les ratifier tous les ‘ans.
‘ Cependant, le sol amélioré de jour en jour, la population singulièrement augmentée, cffraient dans un coin de l’univers l’image d'un petit peuple heureux ; partout on voyait règner dans cette colonie la probité, la bonne foi duns le commerce, l4 concorde dans
les familles, la paix dans la société, et surtout ce zèle pour la religion qui ne s’est jamais ralenti ; en Un mot, ces heureux habitants jouissaient du double avantage d'avoir des mœurs aussi pures
que les hommes du premier âge, et une foi aussi vive que les premiers chrétiens.
‘€ En 1755, époque malheureuse à la Fr diens, la guerre se ralluma. L'Angiais y les armes contre les Français exercice de leur relig'on ;
ance et fatale aux Acaoulut les forcer à porter leurs compatriotes, et gêner le libre ce peuple tout prêt à s’immoler pour la foi de ses père:, réciama les conditions du traité; on viola les droits sacrés du pacte, on jetta les chefs de famille dans les çachots; et pre:que tous les vieillards, les femmes et enfants, pour avoir montré qu’ils avaient le Courage de mourir dans leur fidélité à la religion et au roi de france, furent impitoyablement mas-
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ete., ete. ete. et dans Îles prairies d’Attakapas, Là, ils vécurent tranquillement et sont encore aujourd’hui ce qu'ils étaient il y à cent vingt ans, français et catho-
gncrés. On ne peut fixer longtemps sans horreur de pareils objets ;
ma’s on y admire ua heroï:me digae des prem'ers âges du chrisis iinnisme ; les restes qui échrppèrent donc à cette barbarie se jettèrent, les uns dans Île Canada, les autres dans l’îisle Saint-Jean, d'où ils passèrent en France en 1:53, 59-60 et 61, où ils furent rejoints par leurs chefs de famille qui, détenus dans les cachots lies plu: affreux depuis l'infraction du traité arrivée en 1755, furent réclamé: à la paix par M. le duc de Nivernois, ayant résisté nor: soulement aux souffrances inouïes qu'on leur faisait é rouver, mais même aux tentations les plus flitteuses qu'on leur présentait our éteindre en eux les sentiments de religion et de patriotisme dont ils étaient les martyrs; Ce respectable ministre, qui les a retirés de la captivité, citoyen aussi sensible qu'éclairé ne peut encore s2 rappeler qu'avec atteadr ssement le souvenir de ces malheureux et c'est avec d'autant plus de vérité quil fait l'éloge de leurs mœurs, qu’il a été en quelque sorte témoin de leurs
vertus.
& Rendus enfin à leur patrie, sans biens et sans seCOUTS, le feu roi ne put voir d'un œil indifférent tant de sujets fidèles errants et abandonnés dans ses états; il leur fit assigner une s'1de de () sols par jour à chaque individus, ordonna qu’on leur format des établissemnnts sur des terreins incultes de son royaume et permit 5 même qu'on leur en donnât de sa part l’assurance par écrit. Ce À peuple infortané, à qui la bonté du souverain assurait la subsistance et des étab''ssement dont il: devaient être propriétaires, avait lieu de se croire à la fin de ses malheurs; mais la bonté du roi à son ézari à été trompée, et lui est en quelque sorte devenue inutile, car la solde de subsistance qu'ilavait plu à ce monarque Lde lui accorder et dont les fonds étaient faits au département de ia pe marine a toujours éprouvé des retenues si considérab'es 44e, SUT- “e tout les familles nombreuses, n’en recevaient qu'eaviron moitié.
« Cest dans cette cruelle position que les Acadiens ont é é oubliés pendant quinze ans sur les côtes maritimes où ils étaient répandus et où, trop distants du trône, ils ont gémi sans que pergonne leur ait servie dinterprête auprès de Sa Majosté, et plongés si longtemps dans la misère la plus affreuse qui en à fait périr un grand nombre, le este quoique découragé, battu et dans une +]
3, Là, urd’hui ; catho-
s objets; lu chrisie se jetint-Jean, is furent 3 cachots en 1755, nt résisté é rouver, srésentait itriotisme qui les a é ne peut air de ces rit l'éloge de leurs
Ars; le feu
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ormât des et permit écrit. Ce . Ja subsispriétaires, a bonté du te devenue , monarque »ment de tx es Que, surron moitié.
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liques. Un écrivain du Scribner's Monthly, qui visitait il y a quelques temps ies Acadiens de la Prairie du Gros Chevreuil, sur le haut de la Têche, à quinze milles
sorte d’engourdissement total de corps et d'esprit, a cependant conservé ses vertus et ses mœurs, fruits précieux des vrais principes de la religion si profondé nent gravés dans leu:s cœurs que, quoique manquant des choses les plus nécessaires à la vie, aucun parmi eux ne s’est encoro porté à commettre la moindre friponner:e ni bassesse, au point que dans les end'o:ts :ù ils ont habité depuis 15 ou 18 ans, personne n’a pu se plaindre de la plus pétite rapine de leur part, même de leurs enfants qui n’oseraient dérober des fruits dans un jardin.
“ Telest le tableau fidèlo de la suite de leur infortune et de la constance de leurs vertus qui s’est soutenue au point de rfuser les propositions les plus flitteuses que plusieurs puissances étrangères leur ont fait pendant cette longue suite d'années ou le gouvernement semblait avoir oublié les promesses que le roi avait bien voulu leur faire.
“ Mais en 1772, les Espasnols, alliés naturels de la France, et gouvernés par un prince de la maison Bourbon, leur ayant fait entrevoir que, n'ayait pas été établis dans le royaume depuis quinze ans qu’ils y étaient, ils ne de aient pas pas s'attendre à y avoir jamais de prpriétés, leur firent offrir les étab.issoments les plus avantageux, tant à la Lousiane qu’à la Sicrra-Mo enna, mais les fidèle Acadiens ne voulurent écouter ce: provositions qu'après s'être assurés que le Roi, ne jugeant pas à propos de les fixer par des propriétés dans son royaume, a} prouverait leur sortie pour passer sous la domiration de l’Espagne ; et ce fut à cette occasion qu'ayant fait demander au feu Roi son agrément et un passe-port pour sortir de ses états, Sa Majisté, su prise que 2000 de ses plus fidè!es sujets, dont elle avait ordonné 1 établissement depuis plus douze ans, furent forcés de lui demander la permission de sortir du royaume, faute d'y être établis, on témoigna du mée ntentement à ces minis'res, et donna des ordres précis pour que l’ebligation qu'elle avait bien voulu contracter en faveur de ces infortunés fut promptement remplis,
“ Ce fut alors qu’on décida de les fixer presque tous sur des terreins incultes. si communs dans les pro‘inces de Poitou et de Berry, ou M, l'abbé Terrey en envoya 1500 dont ont a commencé l’établisement sur des terreins de l'évêché de Poitiers et quelques
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d'Opelousas, (*) disait qu'on ne pouvait rencontrer une population plus laborieuse, et plus honnête. Ils choisissent ordinairement pour s’y établir les bayous éloignés ou ne peuvent pénétrer les steamboats, et |à ils se livrent à la culture du blé, du maïs, du tabac, du coton; des pommes de terres. Beaucoup d'entre eux ont des chevaux et de beaux troupeaux. ei, l’Acadien se marie jeune, [l n’est pas rare de rencontrer des grandspères qui n'ont que trente-cinq ans. Leurs maisons sont
seigneurs voisins, mais il ost à craindre que malgré les vues humaines et bienfaisantes (lu gouvernement, les dettes de l'Etat ainsi que beaucoup d'autres objetsintéressants qui gènent aujourd’'hui les finances, ne retardent trop longtemps les secours indispensables pour achever et consolider l'établissement de 2e peuple infortuné, ce qui engage à reclamer ceux de nos seigneurs du Clergé de France qui, s'ils voulaient bieu leur accorder pendant cinq ans une somme de 500,060 L., chaque année (ce qui fait le montant de leur soide) donneraient au gou\ ernement la facilité d’emloyer uniquement aux dépenses de l'établissement, les fonds qu'il est aujourd’hui forcé d employer à leur solde de sub-istance. & La cause des Acad ens est celle de l'humauité et de la religion tout ensemble. Quel autre corps de l'Etat que celui du Clerzsé pourrait-on 8e flatter d’intéresser davantage en leur faveur, lui qui, nous faisait aimer l’une et respecter l'autre, s’est empressé dans tous les temps de secourir les malheureux et de contribuer à tous les établissements qui ont pour objet le bien de l'Etat. Celui-ey réunissant les différents motifs qui ont toujours si puissament intéres-é la charité de Nos seigneurs du Cleigé de Franee, les infortunés qui la réclament aujourd’hui o-ent se livrer à la plus douce espérance et ercient même avoir à se reprocher leur timidité qui depuis 18 ans les a empêchés de recourir aux bontés do cet illus-
tres corps.”
«x) Voir dans le Scribner's illustrated magazin for the people. New-York. Vol. XX, No. 3, pa.e 188, l'étude intitulée ‘* The
Acadians of Louisiana, par LR. Daniels.”
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construites comme celles que nous voyons dans nos campagnes canadiennes, La traditionnelle calèche est, comme chez nous, remisée sous le hangard, et tout regpire dans leurs villages la vie de famille, la &ranquillté, le bien-être. Ils sont sédentaires et sacrifient volontiers au comfort plutôt que de se séparer de leurs enfants. Arrêtez le premier venu d’entre-eux et posez-lui cette question :
— Vous êtes américain, sans doute :
—Nenni, mon bon monsieur, vous répondra:t-il j'étions français,
Ce mot résume à lui seul l’histoire, la fidélité de ce peuple si loyal, si chevaleresque, mais trop confiant.
La tradition a pourtant ses sévères enseignements, En reportant ses regards vers le passé, l'Acadien aurait dû se douter que la tranquillité dont semblait vouloir l’entourer l'Anglais, ne pouvait êtreque factice. N’était-ce pas Nicholson qui en 1771 avait déporté 252 habitants de Port-Royal à la Rochelle ? L'’Angleterre n’avait-elle pas, lors du siége de Louisbourg en 1744, embarqué toute la population de cette ville sur ses transports, et n'avait-elle pas été la jeter sur la côte de Brest ? puis en 1757 n’y était-elle pas retournée reprendre à bord de ses navires 1700 autres habitants de Louisbourg, pour les diriger sur LaRochelle? Plus tard, après l'infamie du 10 septembre 1755, n’était-ce pas encore l’Angleterre qui, en 1761, apprenant l’arrivée à Terreneuve d’une petite escadre française, ordonnait la déportation de
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cent trente paysans acadiens au Massachusetts (r)2 Enfin, n’était-ce pas le cabinet Anglais qui, poursuivant toujours sa politique machiavélique, enlevait d’un seul coup les sept mille Acadiens de l'île du Prince Edouard et les forgrit à leur tour, à prendre le chemin de l'exil ? À cette époque la marine Anglaise faisait un triste métier, Elle passait son temps à convoyer sur l'océan un peuple arracké violemment à ses foyers. Ses matelots, ses soldats d'infanterie et ses canonniers s’escrimaient à qui mieux mieux pour effrayer des femmes et des enfants laissées, par calcul, sans défense, et les coloniss améri caines, donnant à cœur joie dans ce système de politique féroce, trouvaient très drêle de refuser l'hospitalité à ces malheureux qui, une fois en vue des côtes, étaient impitoyablement repoussés vers la haute mer.
Quand je songe maintenant à toute ces choses, je comprends pourquoi personne n'a eu ch: cux le courage d'écrire tout au long et de commenter cette page d’infamie nationale. à
Pendant que je me livrais à ces réflexions, mes yeux attristés se promenaient sur les paysages d’alentour,
(#) The province was thrown into consternation by the arrival at Newfoundlaad of a Frenchfliet..….… As further security forthe protection of the colony, 150 of the Acadians were transported to Massachusetts, bat on account of the burthen imposed on that colony by thse formely sent, they were not received, a1d were brought back to Nova-Scotia.—Verw Brunswick with u brief outline of Nova-Scotia, Ly Alexander Monro.-p. 275.
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Tout ce qui m'environnait avait jadis appartenu aux Acadiens, A eux ce canton de Truro avec ses 50,000 âcres de terres défrichées: à eux ée canton d'Onslow avec sa ville de Tondonderry, dont la population française devait être assez forte, assure Haliburton, si l’on en juge par sa vicille église qui mesure cent pieds de longueur sur quarante de largeur, Puis à droite et à gauche, à par derrière l'horizon, ce qui est aujourd’hui Cumberland, Colchester, Hants, Lunenbourg, Queen, Annapolis, Shelbourne, Yarmouth et Digby, tout cela c'était encore une partie de la vicille Acadie, peuplée aujourd’hui par les descendants de ces soldats qui, sous les ordres de Lawrence, s'étaient distingués dans la journée du 10 septembre 1755 ; peuplée par des Irlandais qui, sans le vouloir, étaient venus trouver sur des terres confisquées à d’honnêtes paysans cette liberté et ce home rule qu’on leur refuse chez eux ; peuplée enfin par des loyalistes, descendants de ces gens du Connecticut, du Massachusetts et de la Pennsylvanie qui, placés en face d’un malheur sans exemple, n'avaient trouvé rien de mieux à faire que de fermer leur porte à ces infortunés, et d'envoyer le fils de la maison prendre possession des terrains expropriés | Puis, de fil en aiguille, mon imagination allait se re. poser sur les pages du poëme mélancolique de Longfellow, et revenait avec ce point d'interrogation : — Combien de lecteurs américains qui pleurent tous les jours sur les malheurs d’£vangéline, et qui comptent dans
leurs famil'es des gens qui ont refusé un morceau de pain au vieux notaire LeBlanc, mort de chagrin à Philadelphie, après avoir erré pendant des années à la res cherche de ses douze enfants ?
Une fois la folle du logis partie, nul ne sait où elle peut s'arrêter. J'étais là, sur ce tertre, à rêver à ces choses et à bien d’autres encore, lorsqu'une voix essoufflée me héla :
—Je te retrouve enfin ! que diantre fais-tu là perché ainsi sur ce mamelon et te prélassant au soleil, pendant que le ccnvoi file sur Pictou? Heureusement qu’un train-omnibus duit passer dans deux heures, Si tu m'en crois, profitons de ce répit pour aller au buffet nous mettre un morceau sous la dent ?
C'était maître Agénor Gravel que j'avais complète. ment perdu pendant cette excursion dans le passé, et qui se chargcait de me rappeler à la réalité, Toujours en mouvement, il avait fini par se faire un ami, à Truro, et il s'était renscigné sur une foule de choses,
—Je parie, me dit-il, en me prenant par lc bras et en m'entraîuant du côté de la gare, que tu n’as jamais entendu parier des marées de la baie de Fundy?
—Si; j'ai oui-dire qu’elles étaient énormes,
—Enorme n’est pas le mot mon ami; dis plus tôt phénoménale. Ce sont les marées les plus considérables du globe. La grande marée du printemps atteint à Annapolis unc hauteur de cent vingt pieds! C'est sir John
reeau de in à Phià la res
it où elle rer à ces x essouf-
à perché pendant it qu’un - ot tw u buffet
complète.
passé, et Toujours à Truro,
ras et en amais en-
s plus tôt sidérables tà Anna- ; sir John
Herschell qui l’assure dans ses “ Outlines of Astronomy," et le docteur Trail corrobore cet avancé dans la septième édition de son “ Æncyclopedia Britannia.”
— Bah! pas possible ! où as-tu lu cela ?
—Dons la bibliothèque d'un officier anglais dont je viens de füire la connaissance. Il est vrai qu’il possède aussi l'encyclopédie de géographie de Hugh Murray. Celui-ci est plus modeste que le docteur et sir John, puisqu’à son tour il nous apprend que les marées d’Annapolis n’ont que quarante.
cinq à cinquante pieds.
—Muis c’est encore fort joli ; et lequel croire, Agénor?
— Attends, mon ami, ce n’est pas tout, À côté du livre de Murray, il y avait aussi Je dictionnaire des sciences de M. Brande. Ce travail donne ax mêmes marées une hauteur de cent pieds, pendant qu'un peu plus loin la géographie physique de M. Hughes, principal de l’école royale de l'hôpital de Greenwich, assure gravement à Son tour..., Mais, comme ce principal est le plus gas-
con de la bande, j'ai copié pour toi cet extrait de son livre :
Et Agénor lut d’une voix grave *
—“ Les marées de la baie de Fundy sont extraor. dinaires : on aperçoit à une distance de trente milles une vague énorme qui court avec un bruit éclatant, et at.
teint quelque fois dans la baie une hauteur de cent et même de cent vingt pieds CF).
Eh! bien, que dis-tu de cela ?
Mais alors c'est le déluge qui recommence, Nous sureté dans ce coquin de -pays qui, d’après tes auteurs, mérite doublement le nom de province maritime. Quelle moyenne dois-je prendre au milieu de ces chiffres contradictoires ?
__M, de la Poër-Beresford, le propriétaire de la petite bibliothèque qui renferme les ouvrages de ces savants en gribouille, va te renseigner lui-même; car il a fait une étude particulière sur les marées de l’ancienne Baie
ne sommes plus en
Française.
Et en arrivant au buffet, Agénor me présenta un of. ficier anglais qui nous donna les informations suivantes, en nous assurant qu'elles étaient exactes.
A Annapolis la marée monte À une hauteur de trente et se maintient au même niveau à la rivière aux
pieds, Pommes, tandisqu’au bassin des Mines et dars la baie de Chignectou elle atteint soixante rieds. Au cap d'Or
(#) “In the Bay of Fundy there are extraordinary high tides; a vast wave is seer rty miles off, approchingz with a prodigious noise, sometim ing inthe Bay to the height of one hundred and twenty feet ; on some occas1ons, the rapidity of the waters is so great as to overtake th: animals feeding on the shoresl” Outiines of physieal geography 1842, page 60, by M. Hughes, head master of the Royal naval school, Greenwich hos-
pital.
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ce. Nous pays qui, »m de prorendre au
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high tides; with a prodieight of one pidity of the »ding on the e 60, by M.
eenwich hos-
elle n’a plus que cinquante pieds, et au cap Split oinquante-cinq. Mais au cap Blowmedon elis monte de nouveau à soixante pieds, pour atteindre soixante-onze pieds à la tête de la baie de Cumberland; puis, elle retombe à cinquante-cinq pieds à l’île aux Perdrix, pour remonter à l'énorme chiffre de soixante-quinze pieds à la rivière Shubenacadie, et retomber encore aux chiffres de soixante pieds à Truro, et de soixante pieds à Windsor,
M. de la Poër-Besesford ‘ait un capitaine d'infanterie anglaise, parfait gentleman, sans morgue ni prétentions, qui donnait s1 science et ses renseignements à qui voulait l'écouter. Il causait parfaitement le fr inçais et l’espagnol, avait passé l'hiver précédent au Brézil et au Paraguay, où il avait été envoyée en mission, et s’en allait en ce moment faire une excursion de chasse et de pêche dans le Ristigouche, Cet officier devait prendre, comme nous, le train de Pictou, et nous n’eûmes qu'à nous louer de son érudition et de ses bonnes manières pendant notre trop court trajet.
En route, nous avions projeté d'arrêter à New- Glascow et de visiter ces fameuses mines de charbon de terre qui sont une si grande source de richesses pour la Nouvelle-Ecosse. Malheureusement c'était jour de travail, Il était défendu aux étrangers de circuler alors dans les puits et les galeries, et comme mon lecteur curieux peut se mettre en tête qu’il a droit de se faire conter des choses que je n’ai pas vues, je ne saurais mieux
faire qu’emprunter à un de nos écrivains canadiens, M. Genand, la description qu'il fait de la mine Albion dans
ses notes de voyage sur le goife et dans les provinces
maritimes :
-t La mine se trouve à une profondeur de 920 pieds. on y arrive au moyen d’un appareil que fait mouvoir un engin de la force de 200 chevaux et qui sert à monter le charbon. Pour y descendre, il ne faut pas être en toilette de bal ni dépourvu d’un certain courage. Comme nous avions pris nos précautions d'avance, il ne nous en coûla nullement de tenter l’exeursion dans l’intérieur de la terre.
& Munis de bonnes lampes, et nous tenant les uns aux autres, nous nous placâämes sur la plateforme, et le signal du départ fut donné. Fichtrel quelle sensation | ça vous prend au cœur et vous parcourt tout le corps; mais à peine le shaft at-il fait quelques dégrés que vous reprenez bientôt votre assurance. La première émotion passée, un accès de folle gaieté s’empara de nous, et d’une voix tonnante nous fîmes retentir les entrailles de la terre du chant de Vive La Canadienne : nos guides étaient ravis, quoique ne comprenant pas un mot de ce que nous disions. Ceux des nôtres qui étaient restés là-haut, nous ont dit ensuite qu'ils avait eu le vertige en nous voyant disparaître aussi brusquement dans ce trou béant, dont à la surface, il était impossible de voir un quart même de la profondeur. Quant à nous, nous étions parfaitement à l'aise, les dispositions particulières du caveau nous permettant de respirer à pleins poumons, tout comme si nous eussions encore été sur la surface de laterre. Au reste, la descente ne fut pas longue : en une minute, nous avions parcouru les 920 pieds et arrivions à destination. :
adiens, M.
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920 pieds.
nouvoir un À monter le > en toilette mine nous us en coûla de la terre.
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et le signal n | ça vous ps; mais à us reprenez | passée, un 1e voix tonre du chant is, quoique ons. Ceux dit ensuite disparaître , à la sur- 1ême de la faitement à u nous pere mme si nous . Au reste, nous avions h, »
DANS LE GOÔLFE 53
(6 Quelle chose étonnante que ces mines et quel courage il faut pour y rester, je ne dirai pas des jours et des mois entiers, mais même quelques heures ! Cependant il y a des mortels qui y passent toute leur vie.
‘6 Vous vous imaginez bien qu'il ne fait pas précisément très clair, là-dedans; aucune ouverture n’y laisse pénétrer ie jour, et celle par laquelle vous êtes descendu s’est depuis longtemps effacée dans l’espace. On n'y voit qu’à la faveur de petites lampes suspendues çà et là, et de lanpions que chaque travailleur porte avec lui.
‘6 La mine comprend quatre ou cinq grandes galeries ou tranchées qui courent dans différentes directions et viennent aboutir audessous de l'ouverture; chacune d’elles est haute de six on sept pieds et large de huit ou neuf; elles sont sillonnées par des lisses de fer sur lesquelles roulent de petits chars à charbon traînés par chevaux. Car, il faut vous dire que là, comme sur la terre, il y a toute une organisation économique ; on nous a montré une étable dans laquelle se trouvent une quarantaine de chevaux qui, n'ont pas vu la lumière du soleil depuis sept ans, et les pauvres bêtes parassent comprendre toute l'horreur de leur situation, Imaginez un peu ce que cela doitêtre pour les malheureux miceurs qui sont des semaines entières sans sortir de ces cavernes et qui s'y trouvent, parait-il, aussi bien que dans ieur propre demeure.
‘Quand vous êtes la-dedans, il vous passe par la tête toute sortes d'idées. La pensée d’un tremblement de terre et plus encore celle d’une explosion vous saisit tout à coup, et vous avez hâte d’être sorti de cet antre infarnal; cependant, il vous en coûte de laisser échapper cette occasion
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unique, peut-être, de vous rendre compte des merveillesque Dieu a semées dans les profondeurs de la terre. Aussi prenez-vous la peine de tout bien exminer; mais ce n’ent pas sans pousser un immense soupir de soulagement que vous revoyez ensuite le monde extérieur.”
Bien que connues de l'univers entier, les richesses mitérales de la Nouvelle-Ecosse sont loin d’être exploitées comme elles le méritent. Lors de l’occupation française, les coureurs de bois et les petits seigneurs de l'Acadie avaient déjà signalé des gisements de charbon, de fer, de cuivre, d’or, de gypse et d'argent. Plus tard, on devait découvrir de l'huile et de la manganèse; mais à quoi pouvait servir ces précieux produits, dans un temps où la pêche, la guerre, ct la traite primaient toute autre occupation ? De la part des Français, —bien qu’en 1670 un arrêt du conseil d'état & permit aux habitants du Canada d'apporter en France des morues de la pêche du dit pays et du charbon de terre”’—la première tentative d'exploitation n’eut lieu qu’en 1720, époque où l’on envoya des mineurs travailler le charbon de la baie de Morienne—aujourd'hui Cow- Bay—Ils devaient approvisionner de combustible les gens chargés d’ériger les fortifications de Louisbourg, et lorsque ces dernières furent terminées, la mine fut abandonnée et fermée. Ce ne fut que sous la domination anglaise que l'industrie minière put prendre son essor, et encore eut-elle à lutter contre les exigences du pouvoir. Pendant longtemps l'Angleterre ne voulut se
eilles que , Aussi s ce n’est nent que
richesses d'être & l’occuetits seiisements sypse et ile et de précieux re, et la part des eil d'état 1 France arbon de ’eut lieu travailler hui Cowstible les uisbourg, mine fut dominandre son “ences du voulut se
DANS LE GOLFE 55 servir de ces richesses que pour l'usage de sos garnisons, Cette restriction était si sévère, qu'elle allait jusqu'a dé. fendre aux habitants de la Nouvelle-Ecosse d'emnorter le charbon que l'action du temps ou de ja mer détachait des falaises de la côte, et en 1764, le gouvernement refusa péremptoirement à Lord Howe la permission d'explorer la région minière et d'y faire travailler. Néanmoins l’autorit: ait par abandonner peu à peu ce monopole égoïs:; ais ce ne fut que pour le remplacer par le plus onéreux des impôts. In 1826, toutes les mines ct les minéraux qui n'étaient pis expressément concédés avec les terres, furent donnés par charte royale au frère du roi, le due d'York, Il avait le prévilése de les exploiter pendant soixante ans, et Monroe dans son étude sur la Nouvelle-Ecosse dit que la rente réservée ainsi se montait à la somme annuelle de £3000 sterlings, avec une somme additionnelle de un shilling sterling par chaque tonneau de 2640 livres, et de quatre pences par chaque tonneau de miverais travaillé Outre son droit. de royalty il revenait au due d'York un quart sur les profits faits par la compagnie de capitalistes, à laquelle il s'était empressé de concéder ses droits. Elle fut incorporée sous le nom de ‘* General mining association of London,” commença par exploiter les mines de Pictou, et bientôt celles de Sydney, de Bridgcport et du Bras d'Or au Cap Breton, ainsi que cellcs de South Jogoins,
dans le comté de Cumberland, furent ouveries au commere,
. Le charbon de Pictou, nous disait M. Beresford est bitumineux et propre à la confection du gaz, aux travaux de fonderie et aux \:sages domestiques. Il en est de même de presque toutes les houilles de la Nouvelle- Ecosse qui sont tellement riches, que la veine principale de l’Albion À une épaisseur de trente-six pieds et six pouces! Trente mines sont en opération maintenant, et représentent un capital de douze millions de dollars, Leurs gîsements semblent inépuisables; ils peuvent ali. menter pendant des siècles bien des marines, et la sta. tistique assure qu’il y a ici 18,000 milles carrés de cha bon, ou un tiers de plus qu'en Angleterre (#),
— [lost vrai qu'on ne doit pas se croire plus riche pour tout cela, ajoutait malicieusement l'officier anglais, Le Canada po:sède le plus beau fer et peut produire le meilleur acier du monde, ce qui ne l’empèche pas d’avoir acheté en trois ans pour plus de treize millions de piastres de ces produits aux Etats Unis.
Tout en causant et en devisant ainsi, la locomotive nous avait amenés sur la jetée de Pictou. Nous devions nous séparer ici: une bonne poignée de main remercia M. de la Poër-Beresford de ces précieux renseignements,
(#) Les forêts de la Nouvelle-Ecosse semblent être aussi riches que ses mines, et en 1851, on a pu en tirer une flotte de 58,900 tonneaux, pendant que cette année là, dit M. du Hailly, le tonnage total des navires construits dans îles Britanniques fut de 149,137 tonneaux, co qui fait une proportion de plus du tiers,
sford est travaux en est de Vouvelle.
rincipale ls et six nant, eb
dollars, ivent aliit la stas de cha-
che pour lais, Le duire le s d’avoir : piastres
comotive s devions remerciä nements,
ussi riches y) de 58,900 lly, le tonues fut de 1 tiers.
et une heure après, le Napoléon III prenant la route de l’île du Prince-Edouard se dirigeait vers Charlotte. town, où nous arrivions au soleil levant.
L'île du Prince-Edouard qu'un acte de son parlement désavoué à Londres, nomma Nouvelle Irlande, reçu en 1797 l'appellation qu'elle porte anjourd'hui, en honneur du duc de Kent. Nos ancûties lui avait donné le nom de Saint-Jean sous la domination fran. çaise, et l’Îe fut accordée par lettres nytentes du mois d'août 1719 à la compagnie de ce nom. Jlle a 134 milles de longueur, et la dentelure de ses baics fait va. rier sa largeur de cinq à trente-quatro milles, L'île du Prince-Edouard fut séparée de la Nouvelle-Evosse en 1770. Denys qui l'explora en 1672, ct Bayfield qui, en 1860, la décrit dans ses études hydrozraphiques sur le Saint Laurent, s'accordent tous deux pour lui trouver la forme d’un croissant, Dans sa plus grande élévation, elle ne dépasse guère quatre à cinq cents picds
Lors du recensement de 1871, sa population se montait à 94,021 âmes. lle s'occupe de la pêche, de l'a. griculture, de la construction navale, seules véritables richesses Ge l’île jusqu’à présent, bien que le professeur Dawson ait affirmé dans une conférence donnée à Ottawa, que d’après des observations géologiques sur lesquelles on ne peut se tromper, l’île du Prinec-Hdouard est assise sur un vaste lit de formation houillière,
Les conditions météorologiques do l'île sont de ces
meilleures. Elle n’a jamais été visitée par le choléra asiatique; ses étés sont moins chauds que ceux de Québec et ses hiver moins froids, Néarmoins, l’amira Bayfcld assure que le printemps est retardé par les vents du nord qui viennent du Golfe, etce marin expérimenté a constaté que les vents de sud-ouest, qui, en juin, juillet et août couvrent d’un épais brouillard la baie de Fundy, deviennent une brige tiède en passant par le détroit de Northumberland ct sur l'île, puis reprennent leur halcine humide ct brumeuse, à mesure qu'ils gagnent lo large ct Courent vers le Labrador.
Jadis, l'île du Princc-Edouard comptait une populatien de sept mille Acadiens. Ces bonnes gens vivaient du produit de leurs terres, se livraient avec succès à l’élevage, ct moissonnaicnt en assez grande quantité pour que plusieurs d’entre eux passent exporter jusqu’à douze cents minots de blé sur le marché de Québec, Mais le malheur qui semblait en ce temps s'attacher aux pas de la race acadienne, vint les relancer jnsqu'ici, Leurs vainqueurs affriandés par la vue des belles exploitations agricoles qui les entouraient, eurent recours de nouveau à leur marine, et déportèrent toute la population. A peine cent cinquante familles purent-elle échapper à ce terrible acte d'arbitraire en gagnant les bois, les fourrées, o en se réfugiant à bord de leurs berges, et en se ochant au jour le jour dans les criques et les petites anses de l’île. Puis quand cette chasse humaine fut terminée, quand ces nouveaux Hébreux eurent à
choléra eux de l'amiral es vents rimenté , juillet Fundy, détroit nt leur ragnené
populaivaiené s à l’életé pour à douze Mais le pas de rs Vains itations louveau 0: À per à ce ois, les rges, et t les peumaine urent À
leur tour pris le chemin du désert, le gouvernement gonna l’haliali et la curée officielle commença (#).
Dès que l’ordre d'expulser les Acadiens eut été donné, le premier lord de l’amirauté anglaise, le comte d'Egmont, s'empressa de demander à son gouvernement la concession entière de l’île, s’obligeant en retour à ia diviser en cinquante baronnies érisées en faveur de Lords de son choix, qui lui payeraicnt en signe de suzeraineté €20 sterling par année, Chaque baronnie se subdivisait en vingt châtellenies de 2000 âcres, Un château-fort armé de canons était construit non loin de chaque manoir, et einq cent âcres étaient mis de côté
ur la colonisation, dans éhacune des scigneuries. Le colon avait droit à cinq âeres moyennant une redevance de quatre shillings sterling payable annueliement à son baron. Une foire se tiendrait quatre fois l'an dnnschaque baronnie, où un marché serait aussi ouvert deux fois la semaine, Le comte d'Egmont se réservait en outre lo
€*) Dans une lettre écrite en 1764 au comte do Hilisborough,
par le capitaine Holland, envoyé pour fairo un rapport offlciel sur l’île, ce dernier disait :
‘*—There are about thirty Acadian families on tho island #40
‘are regarded as Prisoners, and kept on the saine foot ng as those at
Halifax. They are extremely poor, and maintain themselves by thoir industry in gardening, fishing, fowling.”* Uitory of Prince Elward’s island by Duncan CAMPBELL,
Un mémoire de l’Evêque de Québec, en date uu 39 octobre 1767,
dit que vers ce temps il y avait six mille Acadiens à l'île Saint- Jean, ,
droit de hante et de basse justice, Bref, d’après son projet, l'île devait se diviser entre 50 baro:s, 400 châtelains et 8000 colons, Quatre amiraux, huit membres des Communes ct grand nombre d'officiers supérieurs appuyèrent de Îeur influence le plan du comte d'Egmont, mais le bureau du Commerce et des Plantations ne fut pas de leurs avis. Il fit offrir une gratification de 100. 000 âcres de terre au comte, que celui-ci refusa avec indignation, et il s'arrêta a une décision que l'his torien Duncan Campbell qualifie d'acte de mauvaise foi de la part de l’Anglcterre, ‘which was on the part of Britain a flagrant breach of faith.”
Les terres des proscrits Acadiens furent divisées en soixante-sept lots de vingt mille âcres chacun. Un seul terrein, le numéro soixante six fut réservé pour le roi, Le total, se montant à un million trois cent soixante mille âcres fut mis à la loterie et tiré au sort le même jour par les officiers et les personnes qui, à tort ou à raison—c'est Alexandre Monro qui le dit, prétendaient avoir bien mérité de la couronne anglaise, Ces propriétrires improvisés par le hasard étaient oblisés, en accepant leurs titres de prendre l'engagement de s'6. tablix dans l'île, cu d’y envoyer dans l'espace de dix ans un ccrtain nombre de colons qui tous devaient appartenir à la religion protestante (*#),
C#)—# That such settlers shoulil be European foreign protestants. — Vide minuto des réunions des comimisuires du bureau de Commorco et des Plantations, 8 Juillet 1767,
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Quelques-uns remplirent leurs conditions ; mais beau. coup oublièrent leurs promesses, Peu importait, maintenant, On avait atteint le but, L’Acadien n'était. il pas chassé de l'île ? (#)
Les concessions passèrent entre d’autres mains, et la plaie des baux à longues années s’abattit sur la contrée, Ils comprenaient une période de vinst-un À neuf cent quatre-vingt-dix-ncuf ans, et voiei comment on procédait, Lorsqu'un colon signait un bail de neuf cent quatrevingt-dix-neuf ans il ne payait rien les deux premières années, donnait une redevance de trois pences l’âcre pour les trois suivantes, était tenue de verser six pences pour la cinquième et la sixième, se voyait porté à neuf pences pour la septième ct la huitième, et payait un schelling de l’acre, plus les impôts, peudant le reste de
@*) L'historien Dunenn Campbe!l, de l’île du Prince Edouard, dit qu'il n'y eut que dix propriétaires sur contrèrent leurs engixements.
La plupart des hommes d'état anzlais ont blamé vivement la division de Iîle, tele que décretée par le bureau de Cominerce et des Pantations. Lord Durham dans une dépêche datée du Cha teau Sainc Louis, Québec, 8 octobre Le oÙ, écrivait à lora Gencly s
“The whole ofthis land was alinentod in ouc day by the Crown, in very large grants, chicfly to ab-entecs, and upon conditions of settiement which have been wholly disreg irded ?
De leur cô.6 les cominissai en 1561 :
—“The granting of a whole colony in à single day, in large blocks of twenty thousand acres euch was an inprovident aud unwise exercise of tho prerogutive of the Crown.”
soixante-sept qui ren-
res anglais disaient dans leur rapport,
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la durée du baïl, On peut facilement se rendre compte des embarras de ce système qui, n’a cessé d’être diseuté devant le parlement de lîle depuis sa création en 1773. Néanmoios, le gouvernement local a réussi dernièrement à faire une entente avec les détenteurs de ces immenses lots, Il rachète à un prix convenu, et revend à mesure aux colons qui demeurent alors véritablement propriétaires (*).
Le soleil se levait comme nous pénétrions à toute vapeur dans le vieux port français de la Joye, au fond duquel est bâtie la capitale de l’île, Charlotte-town possède une rade magnifique. Ses quais ne sont pas trèscommodes, mais les rues de la ville sont larges, ombragées par des arbres, et passent devant quelques rési. dences particulières qui sont belles. Chacun ici tient à ornez sa demeure, et presqu’à chaque pas le touriste admire de frais parterres plantés de fleurs, d’où s’élancent des fontaines faites agrestement avec quelques pierres, des coquilles et de la mousse. Partout semble régner l’aisance, et chose remarquable, Charlotte-town
(*) Seuls nos compatriotes Acadiens n'ont pû obtenir justice, En parlant d’eux, la commission conclut en ces termes :
—‘“ With regard to the claims of the descendants of the original French inhabitants, the commissioners, with every desire to take a generous view of the sufferings of persons whose only crime was adherence to the weaker side in a great national siruggle, could not after the lapse of a century resoue them from the ordinary penalties incident to a state of war.”
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est la seule ville d'Amérique où je n'ai pas rencontré de mendiants,
Une foule active et polie encombrait le débarcadère:, On s’informa de ce qu'il y avait à voir, et comme nous avions six heures devant nous, chacun suivit sa fantaisie, Ce fut ainsi que nous finîmes par arriver au marché de fruits et de légumes, véritable bazar, où de jolies revendeuses, accortes et bien mises, font l’article, Non loin de là se trouve le bureau de poste, puis à quelques pas, le Parlement, où nous visitâmes les
chañbres de l'assemblée et du conseil législatifs. Ces deux enceintes n'ont guère l'apparence grave qu’on s'attend à trouver en pareil lieu, et nous en sortîmeg avec l'impression que nous venions de visiter un théâtre de société, La bibliothèque parlementaire de l’île ne contient guère autre chose qu'une collection de st Pour y parvenir il faut grimper un escalier, le lo quel sont installés dans leurs vitrines des hiboux empaillés. Ces nocturnes ont l'air de se prendre au sérieux
et de croire, qu’eux aussi, ils ont fait partie d’une députation dans les temps anciens. Le toit du palais lé. gislatif est un véritible observ la ville, les
atuts, ng du-
atoire, De là on aperçoit faubourgs, ainsi qu'une partie de Ja baie, A nos pieds sont les principaux édifices de Charlotte-town, parmi lesquels l’église catholique, petite, san
s cachet et qui fait contraste avec le palais épiscopa
l, bâti en face.
Si l’on en croit la chronique les débuts du régime constitutionnel n’ont pas été brillants dans l’île du
Prince Edouard, Son premier gouverneur fut le capitaine Walter Patterson, spéculateur émérite, sans cesse à l'affût de chaque vente de terre confisquée par défaut de paiement d'impôt, dissolvant le Parlement dès que ce dernier refusait de se plier à ses caprices, et refusant péremptoirement de passer en Angleterre quand son Souverain lui donna l’ordre de venir rendre compte de sa gestion. (Cette hiver-là l'île du Prince-Edouard eut deux gouverneurs, ayant leurs aides-de-camp, leur gazette officielle eto., etc. se combattant à coup de proelamations, et chacun prétendant représenter l'autorité royale. Un des successeurs du gouverneur Patterson, Charles Douglass Smith—frère de Sir Syndney Smith— fut encore plus excentrique. La Chambre d'Assemblée voulant lui présenter sa réponse au discours du trône, Son Excellence lui indiqua le jour et l'heure où il la recevrait, et choisit ce moment pour se promener dans les rues de sa capitale pendant que le corps législatif faisait anti-chambre chez lui. A quelque temps de là, fatigué de la longueur de la session il envoyait un message aux deux chambres leur ordonnant de se proroger. Le lendemain, son aïde-de-camp, M. Carmichuël, se rendait à la barre de l’Assemblée et de là s’adressant au président il lui montrait le poing, en lui disant:
—“M. le Speaker, si vous continuez à siéger dans ee fauteuil une minute de plus, la chambre sera dissoute par ordre de Son Excellence.”
Puis pendant que l'assemblée était à discuter sur les
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r fut le te, sans quée par arlement prices, et re quand e compte Edouard mp, leur p de pro- ’autorité atterson, Sinith— ssemblée u trône, où il la rouener ps légis- 1e temps oyait un > se promichuël, s’adres- | disant :
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mesures à prendre pour punir cett- insulte, le gouverneur Smith envoyait chercher le présiue it, et tenant sa montre à la main il lui disait que : dan: trois minutes la chambre n'était pas prorogée il « 'ai4 émettre une pro- Glamation la dissolvant, A quelque temps de là, le Parlement prenait sa revanche en faisant emprisonner le fils de Son Excellence, jeune Britisher qui avait tout simplement enfoncé une fenêtre, et qui s'était introduit dans l’Assemblée Législative, pendant que la chambre siégenit. Vivel le régime constitutionnel ainsi compris ! (#).
En sortant du Parlement nous gagâmes les environs de Charlotte-town qui méritent la peine d’être vus, inais à moins d’être l'héritier de Rostchild, il vaut mieur s’aventurer à pied sur ces routes poussièreuses, Nous les parcourûmes dans un mauvais char.à-bane que notre tréso:ier Agénor Gravel eut à payer cinq dollars de l'heure, lorsque le quart auquel Rabelais donna son nom vint à sonner, Si les voitures sont dispendieuses ici, en revanche les places de chemin de fer se donnent à très bon marché, Pour quelques piastres le voyageur peut aller d’un bout à l’autre de l’île visiter les plus beaux endroits qu’il soit possible d'imaginer pour passer la saison des bains, Cette voie ferrée, construite au frais du gouvernement fédéral va de Cascumpec à George.
(#) Voir pour tous ces curieux détails, ‘ History of Prince Edward's Island, by Duncan Campbell, p. 65 eto., etc.
meer am
town, passant par Summerside, et a des embranchements qui vont à Souris et à Tigrish. Elle mène à plusieurs centres français, parmi lesquels se trouve Rustico, gros bourg situé sur le côté de l’île qui fait face au golfe Saint-Laurent. Il est confié au ministère de Fabbé Trudel, dont le nom et la mharité sont connus au loin, et quia su faire aimer et respecter ici le nom Aoadien. Nous prenions plaisir à interroger les Anglais de cette petite province sur leurs voisins Français: tous s'accordent à reconnaître que l’Acadien est industrieux, frugal, honnête et le meilleur compagnon du monde (*).
Dépouillé de leurs terres par le vainqueur, mes compatriotes se virent encore persécutés pour leur religion. Les instructions du gouverneur Patterson lui ordonnait d’accorder liberté de conscience à tous, excepté aux çatholiques romains—"* liberty of conscience to all persons: except Roman Catholics” Elles furent suivies rigoureusement. Les protestants eurent droit de vote, toutes les charges leur furent confiées, pendant que leurs concitoyens catholiques furent traités comme des ilotes, En 1826, un député, M. ('imeron, demanda à l’Assemblée l'émancipation des catholiques, et fit un discours où il
(*) Dans un recensement de l’île Saint Jean fait en 1798 par ordre du gouverneur Fanning je retrouve les noins Acadiens suivants, accommodés à l’or'hographie anglaise : {allong, (Gullant) Shason, {Giusson) Martin, Doucette, Blanchard, Dourong, (Durand) Leclaix Blakair, (Blaquière) Sennott, (Sinotte) Deroche, Arsnoe (Arsenault) Ducett, (Doucet) Ruschaw, (Richard) Bourke, Rochfort, Launderie, (Landry) eto., eto.
ranchemène à trouve ait face tère de nus au le nom Anglais s: tous strieux, de CF), es com- ‘eligion.
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par ordre suivants, ) Shason, l) Leclaix reenault) t, Laua-
démontra qu’on ne pouvait guère refuser le droit de voter à ces derniers puisqu'ils obéissaient aux lois décretées par le parlement de l’île. La voix prépondérente du président, M. Stewart, fit tomber cette juste mesure. Ce ne fut que quatre ans après, en 1830, que la loi Cameron fut passée, Plus tard une proposition tendant à rendre obligatoire la lecture de la bible—version protestante—dans les écoles publiques de l’île, fût négativée à son tour par la voix prépondérante du speuker, M. McGill.
La capitale de l’île du Prince-Edouard a une rival commerciale placée sur les bords du détroit de Nortthumberland. Elle porte le poétique nom de Summerside. Le chemin de fer traverse cette petite ville, fameuse pour ses huîtres, que les gourmets du Canada préfèrent à toutes celles du golfe Saint-Laurent, Elles sont un peu grosses, il est vraie; mais leur chair bilan. che, grasse et toute parfumée par le salin et par l’iode de la mer en font un bivalve des plus recherchés. Il se vend sur place deux dollars le quart,
Il faisait une forte houle lorsque nous sortîmes du port de Charlotte-town, et comme le vent était mauvais pour traverser le détroit, nous fîmes route vers la Pointe Ouest de l’île du Prince-Edouard, où nous avions à débarquer l'appareil complet d’ur nouveau phare, ce qui n'était pas chose facile. Mouillés à quatre milles au large, il nous fallait transborder de grosses pièces en fer dans nos chaloupes ; pendant tout ce travail la brise
restait oarabinée, et durant le va-et-vient qui s'établit entre la terre et le steamer chacun finit par prendre un bain de lame, et par revenir trempé jusqu'aux os.
La grève de la Pointe Ouest où nous devions aborder est formée de sable rouge. On y descend par un petit quai jeté en avant d'un hangard, où s'emmagasine le homard en conserve que la maison Matheson et Brown vend ici einq dollars la caisse, Chacune de ces caisses contient quatre douzaines de boîtes en ferblanc, fabriquées à raison de dix piastres le millier, et au dire du principal employé de l'établissement, l'exportation annuelle varie de 30,000 à 40,000 boites, ce qui pourrait être considérable, si l’on en juge par l'énorme quantité de homards qui fréquentent cet endroit, A quelques arpents de ce magasin se trouve le village de la Pointe Ouest. Les habitants semllent partager leur temps entre la pêche, la culture des pommes de terres et la construction nuvale,
Notre pénible besogne terminée, il fallait rebrousser chemin et refaire une partie de ce détroit de Northumberland, qu’une sage politique s’efforce de rendre navigable pendant les mois d'hiver, Nous devions ravitailler le cap Tourmentin, et déjà nous apercevions son phare qui domine la partie la plus retrécie du bras de mer jeté entre le Nouveau-Brunswick et l'île du Prince- Edouard—la distance à franchir n'étant que d'environ neuf milles—ilorsque le mauvais temps nous prit au large, et nous passâmes la nuit à courir des bordées
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pour nous retrouver à la pointe du jour en face de la Buie Verte.
C'était ici, sur les bords de cette baie, que jadis le chevalier de la Corne était débarqué pour aller jeter à cinq lieues de là les fondations de ce fort Ge Beauséjour—aujourd'hui Cumberland—où de Vergor devait s’illustrer par son fameux s'ége de velours (*). Là, du côté de Gasparaux—un petit ruisseau qui se décharge dans la mer—M, de Villeray avait commandé un fortin dont toute la défense consistait ‘“ en pieux debout, fort mauvais, flanqués de quatre blockhouses de bois à moitié pourri, sans glacis ni fossés, éloigné de quatre toises seulement d’un grand bois, et enfermé des deux côtés par de grosses souches et des fredoches qui pouvaient aisément favoriser l'approche de l'ennemi.” Tout:.à-coup une varnison composée de vingt hommes chargés de défendre “vingt-cinq toises de terrain par chaque face ” se voyait investie par trois cents soldats anglais, et co paysage sombre qui se détachait devant nous avait vu
[*] Vide mémoires sur les affaires du Canada, depuis 1749 jusqu'à 1760, paze 101.
En ces temps là, pendant que nous étions abandonnés de tous et que nous nous préparions quand même à représenter tête haute la patrie irançaise humiliée, l’intendant du Canada, Bigot, ourdissant les infamies qui devait amener l’heure de la cession, écrivait à ce mignon:
20 Août 1754.
‘ Profitez, mon cher Vergor, de votre place: taillez, rognez,
# vous avez tout pouvoir, afin que vous puissiez bientôt venir me # joindre en France, et acheter un bien à portée de moi.”
- : s É * ME FER S = Pos F D A Es s pif pe Te ac 2 1m am eue op mn nero de creed ins
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ces braves gens forcés de mettre bas les armes, C'était sur cet isthme étroit que :2 trouvait ce PAnt-au-Mussscre, où les troupe du coloni Dixon avaient été écrasées et mises en pièces par les Micmacs. C'était jusqu'ici, et encore plus loin peut-être, que ce farouche béarnuis, le baron de Saint-Castin, accourait de Pentagoët, sur la côte du Maine, et venait donner de formidables coups d’estoc, pendant que ss Abénaquis semaient partout la terreur et la mort,
Aujourd’hui, le temps de ces terribles luttes est passé. La forêt a reconquis son domaine, De gros arbres prennent leur sève dans les caves et les ruines acadiennes de Missisquash, pendant que la mer dans ses jours de fureur, met à nu les tombes de la grève, où dorment pêle-mêle, oublieux de leurs combats et de leurs haines, Français, Anglaiset Micmacs. Le nom de la baie Verte, retranché pour longtemps des dépêches militaires ct des Pr letins de guerre, n’est plus maintenant mentionné q: ° dans les discussions et les rapports parlementaires, Eloignée à peine de cinq lieues de la baie de Fundy, il a été question, depuis 1822, d’y creuser un canal de la plus haute utilité économique, D’après M. Monro la distance maritime qui existe entre l'extrémité oucst de la Nouvelle-Ecosse ct le point le plus rapproché des fonds de pêche du golfe Saint-Laurent est de quatre à cinq cents milles par le détroit de Canso, et de six cents miiles par le Cap Breton. Or cette distance est réduite à cont cinquante milles par l’exécution de ce projet de canali.
D'était Masssrasées qu'ici, rnuis, sur ja coups out la
passé.
irbres idienjours rnment aines, l'erte, :t des ionné aires, ly, il de la ro la st de fonds cinq niiles cent mali.
DANS LE GOTFE 71
sation. M, Robert Marshall de Saint-Jean, N, B. a cal. culé de son côté qu’en doublant le cap Nord, 1239 miiles séparent Mont:éal dela capitale du Nouveau-Brunswick ; qu'il n’y a plus que 1179 milles en franchissant le détroit de Canso, et que ces chiffres sont réduits à 690 milles en coupant par le canal projeté, Séparant la Nouvelle-Ecosse du Nouveau-Brunswick, et jeté en face de l’île uu Prince-Edouard, le caval de la baie Verte est le transit naturel des produits de ces trois provinces, Les goëlettes de pêche et les petits navires peuvent franchir en peu de temps les quinze milles qui séparent cette baie de la baie de Fundy, tandis qu'aujourd'hui pour faire ce même trajet ils sont exposés à toutes les éventualités d’une navigation ée quinze jours. De plus, des gens de l’art sont arrivés à la conclusion que l’ouverture de cette voie aurait pour résultat de faciliter le degsèchement de 3000 acres de marais qui, livrées à l’exploitation agricole, acquérerait une valeur de £30,000, Malheureusement l'alimentation de ce canal rencontre des obstacles; Îes différentes commissions chargées d’exami:er ce projet n’ont pu conclure, et cette grande idée que l’on agite depuis 1822 cst encore à l’état d'embryon,
Le vent étais tombé sur ces entrefuites, et la lumière du cap Tourmentin,—qui, sur ecrtaines cartes anglaises porte aussi le nom du cap Jourimain—avait été ravitaillée par le Napoléon III. Ce phare est octogone: il a un feu blano, visible du sud-est quart de nord à ovest,