‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 23 · RE TE CE SEE SORTE ETES · texte numérisé non relu

RE TE CE SEE SORTE ETES

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un de ces diptère qui, les deux pattes de derrière tendues, Ja trompe fermement appliquée sur le dos de son gant, essayait d'en perçer le tissu, pour arriver jusqu'à la peau.

—Tu oublies aussi que cet insecte est vif et effronté, celer et audax, ajoutai-je en riant aux éclats du maîtresoufflet que ce pauvre Gravel venait de s'appliquer,

endant que le maringouin sonnant gaiement du cor, retournait à tire d'ailes vers le rivage raconter l’aventure à ses camarades,

Ce combat à outrance ne nous avait guère mis en état de nous remontrer en pays civilisé. Nous étions tellement bosselés et endoloris, que nous nous faisions pitié les uns aux autres. C'était le temps d'appeler à notre rescousse la gaieté gauloise. Nos matelots nous ramenèrent à bord au chant d’une vieille ballade fran: gaise.

Chacun faisait refrain.

La lune silencieuse — silentia lunae—nous suivait dans le sillage, et quelques heures après le cabestan qui tournait lentement, nous annonçait que nous reprenions le large pour franchir dès l'aurore cette barre dangereuse qui, pendant une nuit de tempête, nous avait empêché de remonter les bords enchanteurs du Miramichi,

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gant, à la ronté, II k aître- , iquer, U Cor, Le Nouveau-Brunswick. La Baie des Chaleurs. avenis en | Large de quatorze mille à son embouchure, le Mira- 18 tel- michi est d'accès difficile, mais le guuvernement canaisions | dien n’a rien négligé pour diminuer les obstacles qui se eler à présentent à son entrée. Des amarques ont été placées

nous partout où il peut y avoir du danger. Uu phare flottant

fran | est ancré sur le Fer à Cheval, entre les îles du Portage

et du Renard—qui sous les Français portait le nom d'île du Pendu — et deux balises-lumières placées sur

ma tvails ce dernier endroit guident À tenvers le chenal de Swashan qui way, route ordinairement suivic par les navires qui | anious veulent remonter ce fleuve, (*) Le Napoléon IIT s'y 4 creuse engagea, et passait bientôt par-dessus cette barre ré npêché doutée qui court pendant six milles dans la direction

s: sud-est—quart—sud, et dont, à marée basse la plus rande profondeur ne dépasse guère dix-sept pieds, pen- FA P È D ,

(*) Bellin, ingénieur de la marine française donne à ce ehenal le nom de passage à Jumeau, dans sa carte de 1744.

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dant qu’en certains endroits on ne trouve plus que de un à deux pieds d’eau, Jusqu'à trente-milles de son point d’intersection avec le golfe Saint-Laurent, le Mira. michi mérite le nom de fleuve ; mais à cette distance son cours perd de sa largeur. Il se sépare en deux branches, celle du nord-ouest et du sud-ouest: ces deruières se subdivisent à leur tour en une foule de tributaires, et le pays qu'ils arrosent ainsi est couvert d’un réseau de petite rivières.

Ce fût le deux juillet 1534 que le Miramichi vit, pour la première fois, un navire voyuer sur ses eaux. Ce jour-là, Jacques-Cartier venait y jeter l'ancre et de donner à cette endroit le nom de solfe de Saint-Lunaire(*), L'aspect du pays d’alento 1r l’enchanta, s’il faut en croire #a relation de voyage. Eile nous assure, “ que les arbres 7 étaient très-beaux et de grand odeur, ... .les terres où il n’y a point de bois, très belles, toutes pleines de pois, de raisin blanc et rouge, ayant la fleur blanche dessus, de fraises, mûres, froment sauvage comme saigle qui

(#) En étudiant l’édition originale du voyage de Jacques-Cartier les abbé: Laverdière et Casgrain sont arrivés à la conclusion que la baie de Saint-Lunaire qui, au dire du capitaine Maiouin, avait ‘ vingt lieues “e parfont et autaat de traversée ” ne serait autre que le détroit de Northumberland. Jacques-Cartier supposait que ce bras de mer était fermé, et n‘eut pas le temps d'en faire l'exploration. Ce qui paraît confirmer l'opinion de MM. Laverdière et Casgrain, c’est que Cartier, quel ques lignes plus bas, parie d’une “autre baie en manière de triangle qui était moulte parfonde ” et dont la configuration correspond à celle de l’embouchure du Miramichi.

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semble y avoir été semé et labouré ; que la température

ÿ était meilleure et que l’on voyait ici infinité de grives, ramiers et autres oiseaux.”

Depuis, la civilisation a passé par ici, es forêts de “ grande odeur ”’ sont mortes à son contact, Les fleurs de pois et les raisins blancs ont fait place aux bleds et aux jardins potagers. (rives et ramiers ne chantent plus au milieu de leurs vignes disparues; et à mesure que le Napoléon III avançait, le Miramichi nous révêlait sous d’autres aspects ces paysages qui avaient enthousiasmé le rude capitaine malouin, Autour de nous se détachaient des moulins, des scicries, de jolies maisons, des églises, des bosquets, des champs couverts de moissons, pendant que le long du bord passaient des barques de pêcheurs occupés à relever leurs rets à saumon qui, cette année-là, donnait d’une fagon extraordinaire.

Tout en remontant ainsi le fil de l’eau, nous finîmes par laisser Chatham à bâbord, Douglasstown à tribord. À quelques milles de là—dans un des replis du fleuve —n08 lunettes nous montrèrent Newcastle, Enveloppée d’un rayon de soleil, et assise sur la rive droite du Mi ramichi, elle faisait songer ainsi à ces pcti ‘3 villes alle.

mandes qui passent leur temps À rêver rt À se mirer dans le Rhin,

Le Miramichi n'a pas toujours cû eut aspect enchanteur, et ses rives ont souvent été dévastées par le feu des bois. En 1825, l'incendie ravagea une superficie.

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de quatre millions d’âcres. Cent quatre-vingt personnes perdirent la vie dans cette confligration, et les documents du temps nous disent que 875 têtes de bétail, 595 maisons et soixante mille louis de propriétés —apparte. nant à de pauvres gens—disparurent dans ce désastre. Cent quarante-cinq ans auparavant, pareille catastrophe avait eu lieu, et le P. C'irestien LeClereq écrivait dans ga relation de la Gaspé:

“Je vous dirai que le ciel étant un jour en feu, plein d'orages et de tonnerres qui grondaient, la foudre tomba dans un temps où la sécheresse était extraordinaire, et embrasa non seulement tout ce qu'il y avait de bois et de forêt entre Miramichi et Nipissiguit—aujourd’hui Bathurst — mais encora brûla et consuma plus de deux cent cinquante lieues de païs; en sorte qu'on n’y voit plus que des troncs d'arbres fort hauts et tous noircis, qui portent dans leur affreuse stérilité des marques d’un incendie général et tout-à-fait surprenant, En un mot ce feu fut si furieux et gi violent que les flammes g'élançaient et s'embrassaient même, pour ainsi dire, d'un bord de la rivière à l’autre; d’où vient que les oiseaux et les castors n’y ont paru que longtemps après ce funeste accident.”

Malgré ces désastres répétés, les essences forestières du pays ne semblent guère appauvries, En remontant Je flenve, nous comptâmes treize moulins à scie entre Chatham et Newcastle.

À bord, les connaissances se font vite. La mer use les angles de la bêtise humaine, et sur les paquebots transatlantiques, que de fois n'aije pas vu un snob ou un

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goi-disant milord condescendre à adresser la parole à autrui, sans avoir au préalable passé par les minuties de la présentation. Wn quittant Pictou, notre personnel s'était augmenté d’un nouveau compagnon, M. James Mitchell, inspecteur de phares. [] joignait à cette charge la dignité de shérif de la ville de Newcastle, Figure sympathique, causeur charmant, esprit vif et enjoué, gentleman accompli, M. Mitcheil, dès ses premières pa. roles, ne comptait que des amissur le Nuyoléon III, et en souvenir de tout le plaisir que nous a rapporté son amitié, je tiens à consigner ici ce que chacun pensait de Jui à bord. Que d'heures charmantes, que de joyeuses causerics n’avons-nous pas éparpiilées ensemble sur la du nette du vapeur, pendant le cours de ces trois croisières ; car, la nature de ses devoirs officiels avait voulu que cha. que fois, M. Mitchell fût notre compagnon de route,

Nul mieux que lui connaissait le pays où nous venions de nous arrêter, À peine sur le quai de Neweustle nous avions déjà, par son entremise, serré ia main de presque toute la foule, et nous étions au micux avec les notabilités de la ville et de ses alentours. Les députés du parlement local et des Communes avaient choqué leurs verres avec les nôtres. Agénor Gravel fumait un cigare que lui avait offert le consul des Etats-Unis, et le capitaine acceptait en notre nom une invitation chez le sénateur de ces parages. Une demi-heure avait suffi pour nous rendre familières ces nouvelles figures, ct après une large poignée de main et des poli-

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