‹ Promenades dans le golfe Saint-Laurent [microforme]Chapitre 10 sur 26 · L'EXPÉDITION DE L’AMIRAL WALKER · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION DE L’AMIRAL WALKER

Il faisait petit jour lorsque maître Raphaël que je ne me rappelle pas avoir vu dormir pendant le voyage, s’en

vint sur la pointe des pieds, chuchoter à la porte de nos cabines :

—L'Tle-aux-Œufs, messieurs | Dois-je vous préparer

quelques provisions pour descendre à terre ? On arme le canot en ce moment,

—Je le “rois bien, nom d’une pipe ! s’écria Agénor Gravel, en faisant son apparition dans le carré avec deux bouquins sous le bras, En route mes amis! Nous

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allons faire aujourd’hui un chapitre inédit de l’histoire, du Canada. (C’est ici, que l’amiral Sir Hovenden Walker est venu aplatir une partie de su flotte, sous le spécieux prétexte de mettre le siége devant Québec. Je vous raconterai tout cela sur l’île ; et en attendant, qui m'aime s’embarque,

Ce fut ainsi que nous nous installâmes dans la baleinière, et que nous poussâmes au large.

En face gîsait une île sauvage et dénudée, longue de trois quarts de mille, Elle était formée par des rochers granitiques divisés en quatre sections très-sensibles, et n'avait pour habitation qu’un petit phare en bois, lavé à la chaux. Bien que le Napoléon ZIIT fût mouillé par quinze brasses—en approchant de la falaise on trouve soixante-quinze pieds d’eau—la distance à franchir n’était pas considérable ; et bientôt, sous la conduite d’Agéaor quin'aimait pas ce que la brise de mer a de piquant le matin, nous nous installions dans un de ces nombreux trous, fouillés tout le long de l’îlot par les chercheurs de trésors, pendant que l’équipage roulait sur les crans les quarts de pétrole, les provisions et les ballots destinés au Robinson de céans.

Ce ne fut qu’alors que nous fimes connaissance avec les bouquins d’Agénor Gravel. Ils venaient de les sortir triomphalement hors d’un sac qui a contenu bien d’autres choses agréables, utiles ou mystérieuses, pendant les deux mois qu’il nous tint compagnie, et ils étalaient

etre

modestement sur la mousse sombre du rocher leurs titres jaunis par le temps.

Le premier de ces précieux volumes était le journal du malheureux Walker: le second, s’intitulait l’histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec par la mère Françoise Ju. chereau de Saint-Tynace,

Quelle relation y avait-il entre ce livre de loch d’un amiral anglais et ie pieux récit d'événements, dont les échos affaiblis étaient venus s’éteindre sur le seuil d’un monastère ? C’est ce qu'Agénor ne devait pas tarder à expliquer à des profanes comme nous; car, il avait déjà commencé par nous dire d’un ton grave:

— Ce fut le 11 avril 1711, à sept heures du soir, que le contre-amiral de l’escadre blanche, Sir Hovenden Walker, accompagné par le brigadier-général l’honorable Join Hill, commandant les troupes de débarquement destinées au Canada, vint recevoir au palais de Saint-Jumes les instructions de la reine Anne, Il y a cent soixante-et-deux ans de cela, et comme les historiens se sont contentés d’cffeurer le récit d’un des moments d'angoisse les plus terribles de notre passé, je me suis mis en tête de venir ici, pièces en main, vous donner les premices d’un travail qui méritait d’être fait, et que ma douce paresse aurait désiré ardemment voir mener à bonne fin par un autre. Allons, passez-moi le briquet ; et puisqu’un cigare est le meilleur de tous les préambules, ‘’allume et je commence.

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— Les instructions de la reine Anne étaient précises. Après avoir pris rendez-vous à Spithead, l’amiral et le général devaient, au premier vent favorable, faire voile directement pour Boston. Une fois rendu là, Sir Hovenden Walker détachait de l’escadre un nombre suffisant de vaisseaux pour équiper et convoyer les troupes de New-York, du Jersey et de la Pensylvanie qui devaient prendre part, par terre, à l’expédition du Canada, puis, une fois cette mission accomplie, renforcer sa flotte de tous les vaisseaux disponibles et remonter immédiatement le Saint Laurent, pour se mettre en mesure d'attaquer Québec au plus tôt.

E:nbossé devant la malheureuse ville, l'amiral anglais avait ordre d'employer toutes les forces suffisantes, tous les moyens connus pour la réduire, pendant que le lieutenant général Nicholson, maintenant en route pour oraviser les milices de la colonie anglaise, combinerait un mouvement qui s'exécuterait par terre,

Tout ce qu'ilest donné à l'esprit humain de prévoir avait été employé pour assurer le succès de cette campagne, prénire longuement d'avance, et destinée dès l’abord, à ët:° commandée par Sir Thomas Hardy. Les médecins de ia flotte avaient été pourvus de douze mois de médicaments, Où poussa la précaution jusqu’à embarquer d'énormes grues pour hisser les canons anglais sur les remparts de Québec, et les vaisseaux de Sir Hovenden renfermaient une flotille de flibots à fond

plat, destinés à être jetés sur le lac Saint-Pierre pour empêcher l'ennemi de communiquer avec les assiégés, et protéger en même tomps—ils devaient être armés en frégate— les canots ct les flûtes qui emmenaient les troupes de Nicholson, Les embarras d'argent avaient même été prévus : ct l’on avait donné droit à Waïker—droit qui lui fut contesté plus tard —de tirer à vue sur ies comiissaires de la marine, s’il arrivait à ses équipages de manquer de vivres ou de munitions.

En cas de succès, — ce dont, avec le secours du Dieu tout puissant, la reine Anne n’avait aucune raison de douter, puisque tous les préparatifs avaient été faits, les ordres donnés, les moyens pris pour mener à bonne fin cette campagne—une force navale anglaise devait rester dans le Saint-Laurent, pendant que les prises faites sur les Français transporteraient en Europe le gouverneur ennemi, les troupes prisonnières, les religieux et toutes autres personnes comprises dans les articles de la capitulation. Puis, quand ces choses glorieuses seraient passées dans le domaine de l’histoire britannique ; lorsque la Nouvelle France aurait pris rang au nombre des vassaux de celle qui s’intitulait alors reine d'Angleterre de France et d'Irlande, (:) un ordre d'embarquement devait être donné

(1) Letitre de roi de France, pris pour la première fois par Edouard III d'Angleterre, fut porté par ses successeurs jusqu'en

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aux troupes qui n'étaient plus nécessaires au maintien de la paix, et Sir Hovenden Walker s'empresserait de revenir, non toutefois sans avoir attaqué Plai. sance, dans Île cas où la saison lui permettrait d’approcher de Terreneuve. Enfin, comme de tout temps il y a eu une pointe de commerce dans les guerres anglaises, sa gracieuse Majesté terminait en disant, qu’une fois ces hauts faits accomplis, l'amiral licencierait les transports dont le service pouvait se passer, et leur donnerait pour mission d'aller dans les îles et les ports du continent américain, y prendre cargaison, et alléger d'autant la taxe publique, tout en faisant le bénéfice du commerce et de la richesse nationale,

Muni de ces instructions royales, l'amiral Sir Hovenden Walker s’empressa de se rendre à Portsmouth, puis à Spithcad, ou l’attendaient des vents contraires, des calmes plats, des accidents de mâture, enfin toute cette série de coutre-temps qui s’abattent sur une escadre à voile, et retardent l’appareïllage du jour au lendemain,

Une journée, c’étaient les officiers de la flotte qui n'avaient pas encore reçu l’ordre d’obéir à l’amiral, et ne voulaient écouter que Sir Edward Whitaker, plus ancien que lui. Le lendemain, c'était l'impossibilité d'obtenir un transport pour'aller chercher l'infanterie de marine à Plymouth. Puis, les vaisseaux n'avaient pas les garnitures d’ancre nécessaires : le gros temps s'en mêlait, et la mer devenait trop forte pour embarquer

les mortiers de siége. S'il ventait bonne brise, les navires n'étaient pas encore suffisamment approvisionnés. S'ils regorgeaient de vivres, au moment d'appareiller ur grain fondait sur la frégate le Devonshire, et lui rasait tous ses mâts de hunes, pendant qu’une seconde frégate, le Swiftsure, perdait ses mâts de perroquet. Le grain passé, le calme prenait ; et pendant que toutes ces contrariétés fondaient à tire d’aile sur la flotte, le secrétaire Saint-John— plus tard lord Bolingbroke—ne cessait de de dépêcher courrier sur courrier à l'amiral pour lui dire que c'était le bon plaisir de Sa Majesté de le voir prendre la mer au plus tôt,

Enfin, à force d'écrire, de donner des ordres, et d’éreinter des courriers, tout devint prêt. Co fut le 29 avril 1711 à quatre heures du matin que l'amiral Walker quitta son mouillage, par un vent frais estsud-est, pour continuer cette série de contrariétés, d’hésitations et de malheurs qui devait se terminer le long des falaises de l’[le-aux-Œufs (1).

Conformément à ses ordres, l’amiral mettait le cap sur Boston, où il était allé 25 ans auparavant, en 1686.

À bord, sur 12,000 hommes d'embarquement, tous— l'amiral et le général exceptés — ignoraient l’objet de l'expédition. À 153 lieues desîles Scilly, Walker avait fait mettre en panne et distribuer à chacun de ses capi-

(1) Les frégates avaient pour six mois d’approvisionnements s les transports pour trois mois.—Livre de loch de l’amiral.

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taines un pli cacheté, contenant le nom du lieu où l'escadre devait se rallier. Pourtant ces précautions devenaient inutiles: le précieux secret avait été mal gardé.

Le 2 mai, Walker fut forcé par une saute de vent d’ancrer à Plymouth, pendant que ses transports se réfugiaient à Catwater. Un matelot français embarqué sur le Medway, un renégat qui prétendait avoir fait quatre voyages dans la rivière du Canada, entendit dire dans un des caboulots de la ville, qu’une flotte destinée à la conquête de la Nouvelle France était de passage en ce moment, et se fit offrir à l’amiral anglais pour la piloter jusqu’à Québec. Walker épouvanté, se prit à dissimuler devant lui, assurant qu’il allait croiser dans la baie de Biscaye, et fit tout de même embarquer cet homme à bord du }’Æumber, avec ordre de le bien traiter. Ce qui devait être du goût de ce nouveau Palinure çar le colonel Vetch, donnant plus tard des notes sur le compte de ce transfuge, écrivait du détroit de Canso à l’amiral, que le pilote français lui faisait non-seulement l'effet d’un ignorant, d’un prétentieux, d'un cancre et d’un ivrogne, mais encore qu’il était sous l’impression qu'iltramait en sa tête rien qui vaille. Waïiker comptait beaucoup sur l'expérience de cet homme pour éviter les dangers de la navigation du Saint-Laurent, dangers que son imagination exagérait, au point de croire qu'une fois l’hiver venu, le fleuve ne formait, jusqu’au fond, qu’un bloc

de glace, La lettre du colonel venait de détruire une de ses plus chères illusions,

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/ D'ailleurs, les contrariétés continuaient à s’acharner sur le malheureux officier.

À peine en mer, Sir Hovenden s’apercut d’une impardonnable distraction : le transport Mury avait été oublié à Catwater avec une partie du régiment du colonel Disney. Par une nuit d'orage, le mât de misaine du Monmouth fat emporté comme une paille, La marche de lescadre se voyait continuellement retardée par les transports qui marchaient comme des sabots ; par tous les temps, il fallait leur faire passer péniblement des câbles de remorque. Dans un cas pressé, était-il urgent de communiquer avec le général Hill embarqué sur le Devonshire ? celui-ei souffrait trop du mal de mer pour s'occuper de choses sérieuses,

L'indiscipline se mit de la partie. Malgré la défense | formelle de se séparer de la flotte et de courir sus aux | voiles ennemies, un soir, près du banc de Terreneuve, le capitaine Buttler du Durnkirk et le capitaine Soanes de l’£dgar, deux officiers qui avaient pour consigne l’importante fonction de répéter les signaux de l'amiral aux vaisseaux de l’escadre, se couvrirent de toiles, et appuyèrent vivement la chasse à un petit navire marchand qui louvoyait sur l'horizon. Alors il fallait sévir. Un conseil de guerre se réunissait. Et de ces deux vieux officiers qui auraient pu être si utiles en montrant

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l'exemple, l'un, le capitaine de l'Ægar—parce qu'il fut constaté que le secrétaire de l’amiral avait oublié de lui communiquer la consigne—se voyait réprimander sévèrement ct retrancher trois mois de solde ; l’autre — celui du Dunkirk—était renvoyé du service. |

Malgré ces déboires, le 25 juin, après cinquante-huit jours de mer, l’amiral Walker vint jeter l'ancre devant Boston, où l’attendaient des fêtes brillantes et de lamentables déceptions. En mettant pied à terre, Sir Hovenden sembla devenir le lion de la Nouvelle-Angleterre, L’ouverture des cours de l’université de Cambridge se faisait le 4 juillet, sous sa présidence. Le 5 et le 10 du même mois il assistait au défilé des troupes d'infanterie de marine, passées en revue sur Noodles Island, par le gé. néral Hili. Le 24 ii se rendait à Roxbury faire l’inspection d’un régiment de miliciens destiné à l'expédition du Canada. Le 19 et le 23 c'était une série de bals et de dîners donnés à bord de l’Æumber en l'honneur des chefs indiens du Connecticut, ainsi que des #ohocks, reçus à bord du vaisseau-amiral au bruit du canon, des fanfares et des hourrahs de l’équipage. Ces derniers qui formaient partie des cinq nations furent l’objet d’une distinction spéciale. Sir Hovenden Walker voulut bien trinquer avec leurs sachems ; et les chefs pour ne pas rester en arrière de courtoisie, portèrent un toast à Sa Majesté, en disant à l’amiral :

—Depuis longtemps nous nous attendions à contempler les merveilles que nous voyons maintenant. Nous

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sommes dans la joie en songeant que la Reïne a pris un tel soin de nous ; car, nous commencions à désespérer. Maintenant nous ferons tout en notre possible, et nous espérons que dorénavant les Français seront vaincus en Amérique.

Ces raoûts et ces collations fines se succédèrent ainsi à la file, qui à bord de l’escadre, qui chez le gouverneur, qui chez les officiers supérieurs de la colonie, jusqu’au moment où il fallut parler d’affaires sérieuses.

Il s'agissait maintenant de trouver ct d’embarquer en toute hâte quatre mois de provisions, pour 9385 soldats et matelots destinés à lexpédition navale contre la Nouvelle-Franre,

Un seul houme dans Boston pouvait fournir une aussi importante commande, C'était le capitaine Belcher, aégociant riche et rusé, qui en peu de temps avait su se

| rendre maître du marché de la Nouvelle-Angleterre, et be le contrôlait à sa guise, Tout en prêtant l'oreille aux | propositions de l’amiral, et en gagaant du temps par des

promesses, Belcher réussit à accaparer le sel disponible, ct prit à sa solde tous les boulangers de la ville : si bien que, te jour venu pour exécuter son contrat, il se trouva en mesure de faire ses conditions lui-même et d'exiger de l'argent comptant. Les bouchers se mirent de la partie ; ils ne voulaient livrer leur viande que contre espèces sonnantes.

Pendant ces pourparlers, un temps précieux se perdait.

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La frégate le Chester venait de briser son étambot : il fallut le réparer. Plus de seize pieds de Ja fansse quille du Humber ayant été emportés, on ne put songer à l’abattre en carène, et deux plongeurs fürent chargés de l’examiner et de faire rapport. La frégate le Sapphire était expédiée à Annapolis avec deux compagnies de miliciens, Sur la demande du gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, ces troupes étaient destinées à relever l'infanterie de marine : maïs sir Charles Hobby, gouverneur de cette dernière ville, gardait le tout, en homme prudent, et malgré des ordres formels, ne laissait pas échapper cette belle occasion de renforcer sa garnison. Soldats et matelots désertaient par escouade ; et cet amour de la vie au grand air devenait tellement épidé.mique, qu'un soir, à bord du transport la Reine Anne. six soldats, parmi lesquels le maître cannonier ct le maître d'équipage, commandés par le deuxième lieutenant, mettaient une chaloupe à la mer et s'enfuyaient à force de rames. L'assemblée du Massachusett effrayée des proportions que prenait ce sauve qui peut général, avait—il est vrai—promulgué une loi sévère contre les léserteurs, mais le gouverneur Dudley semblait à tout instant vouloir entraver les projets de Walker.

L'amiral essaya alors de la diplomatie. Un jour, le 9 juillet, il transmit à Ja flotte le signal de déployer les voiles du petit hunier, pour faire croire aux autorités qu’il commengait l’appareillage, et aiguillonner ainsi le patriotisme des Bostonnais. Cette manœnvre les Iniecn anssi

froids que le reste, er à bout de patience, Walker finit par écrire vertement au gouverneur Dudley, et par lui dire que le peuple de la Nouvelle-Angleterre vivait comme au temps où il n’y avait pas de roi en Israël: chacun se conduisant à sa guise, et faisant du patriotisme et de la grandeur nationale une question secondaire à ses intérêts,

A partir de ce moment ks rapports entre ces deux personnages devinrent de plus en plus aigres,

—“ Je suis d'avis, et tous les officiers de la marine et du corps de débarquement partagent mon opinion, écrivait de nouveau l'amiral au gouverneur, que votre gouvernement au lieu d’aider et de hâter le départ de la flotte, l’a entravé autant que possible. (Comment pourrez-vous vous défendre contre un aussi grand nombre de témoins et contre des faits aussi évidents? Lorsque le parlement anglais fera une enquête sur votre con. M duite, et qu’il lui sera démontré le peu d'aide que vous avez donné à la partie navale de cette expédition, il y aura alors un tel cri d'indignation, que la Nouvelle- Angleterre sera forcée de se repentir de son inaction. Quand avec la protection de Dieu je suis arrivé ici, j'espérais que les instructions royales seraient suivies à la lettre; que les transports et les pataches de cette colonie auraient été armés et approvisionnés de suite ; que mes câdres auraient été complétés, et que chacun ferait preuve de patriotisme en me permettant de

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| reprendre la mer au plus tôt. Le contraire est arrivé. mes hommes m'abandonnent, et avec mes seuls déserteurs ; j'aurais pu équiper vos transports. Jamais toute l’astuce du gouvernement de la Nouvelle- Angleterre fera croire à la Reine et à son conseil, que la colonie n’a pu me donner 400 matelots, Mon

séjour sera court ici: avec la bénédiction de Dieu,

. j'espère mettre à la voile demain ou lundi au plus tard,

et tout ce qui peut m'arriver de malheur, je le mets sur le compte du gouvernement de la Nouvelle-Angleterre. — Liberuvi animam meam.”

Enfin, la prise du Weptune, convoyé, à cent lieues et plus du cap au Finistère, par une flotte sous le commandont de Duguay-Trouin, vint ajouter aux transes de et en date du 27 juillet il transmettait au gouliste des vaisseaux ennemis, tout en lui

l'aura) ; verneur une écrivant (1):

“Je vous donne avis que, dans le cas où je quitterais cette rade en d'aussi mauvaises conditions, et que j'irais ne heurter à monsteur Duguay, comme cela est probable, s'ilse propose de venir ici, je mets sur le compte de la colonie tous les accidents qui pourront m’arriver par le manque de matelots, ”

Néanmoins, à force de correspondre, de rager et de se

(1) Ces vaisseaux étaient le Lys de 76 canons, le Magnanime de 76, l'Apoilun de 72, le Brillant de 74, le Glorieux de 68, la Fidèle

de 70, ;’ Aigle de 74, le Protée de 68, et le Juson de 48 canons.

faire du mauvais sang, l'amiral Walker était à la veille de voir sa flotte en mesure de se mettre en campagne, iorsqu'une dernière humiliation fondit sur lui. Les pilotes recrutés à grand frais dans toutes les criques et baies de la Nouvelle-Angleterre se faisaient tirer l'oreille, et prétendaient ne plus connaître le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Bref, ils se cachaient ou refusaient d’embarquer, et il fallut un warrant royal pour les consigner à bord,

Ce fut dans ces tristes cirecnstances, ct après avoir épuisé toutes ses ressources à se chicaner comme un clerc d’huissier, que l'amiral sir Hovenden Walker appareilla le 30 juillet 1711. Une flotte splendide le suivait : et derrière lui soixante et dix-sept navires de hautbord sortirent des passes de Nantasket, et prirent or-

gueilleusement la haute mer (1).

(1) Voici une liste exacte de cette flotte. Vaisseau amiral, l'Edgar 70 canons : le Windsor 60 canons, le Montague 60 canons, le Swiftsure T0 canons, le Sunderland 60 canons, le Monmouth 70 canons, le Dunkirk 60 sunons, le Humber 80 canons, le Devonshire 80 canons. Transports : Zecovery, Delighi, Eagle, Fortune, Reward, Success Pink, Williny Mind, Rose, Life, Happy Union, Queen Anne, Resolution, Maslborough, Samuel, Pheasant, Three Martins, Smyrna Merchant, Globe, Sainuel, Colchester, Nathanael et Elizabeth, Samuel et Anne, George, Isabella Anne Catherine, Blenheim, Chatham, Blessing, Rebecca, Two Sheriffs, Sarah, Rchecca Anne Blessing, Prince Eugène, Dolphin, Mary, Herbin Galley, Friends increase, Marlborough, Anna, Jérémie et Thomas, les Barbades, Anchor and Hope, Adventure, Content, Jeun et Marie, Speedwell, Dolphin, Elizabeth, Marie, Sumuel, le Basibé, la Grenade, Goodwill, Anna, Jean et Sarah, Marguerite, Dispatch, Four friends, Francis, Jean et Hannah,

ait à la veille n campagne, ur lui. Les :s criques et isaient tirer e golfe et le ent ou refu- : royal pour

après avoir comme un Walker apndide le suires de haut-

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sseau amiral, que 60 canons, Monmouth 70 le Devonshire tune, Reward, Queen Anne, rtins, Smyrna abeth, Samuel atham, Blessessing, Prince rease, Marlbo- » and Hope, in, Elizabeth, nna, Jean et in et Hannak,

Triton, rejoignirent l’amiral dans le golfe.

© A bord tout était dans la joie. Le temps était clair ; lil ventait frais et bon comme disent les marins, et Dieu daignait enfin sourire à cet amiral anglais qui, malgré la paix existante alors entre la reine Anneet Île roi trèschrétien, s’en allait, pour satisfaire un royal caprice, Mporter la torche et l'épée dans le pays de nos pères. Dans

ces temps hélas! le paradoxe était une arme subtile entre les mains du pouvoir, Anne n'était pas femme à

rester en arrière, et dans un jour de spleen, elle s'était

mise en tête que les Français établis au Canada et obéissant aux prétendus titres de Sa Majesté le roi de France, étaient tout autant ses sujets qne s’ils fussent nés dans

Ja Grande-Bretagne ou en Irlande. Ces beaux sentiments trouvèrent un écho fidèle chez l'amiral Wal. ker ; et il s'était occupé à les consigner dans une ron- “fi sole proclamation, bien longtemps avant que sa flotte, Apre À son œuvre de destruction, se fût mise à courir toute voile dehors, la poulaine tournée vers Québec.

À la hauteur du Cap-Breton, l’£dgar, sur lequel

* était hissé le pavillon amiral, fut rejoint par le Chester

qui mit à son bord le capitaine Paradis. (Ce dernier commandait le Veptune de la Rochelle, petit navire de

. 120 tonneaux, armé de 10 canons, portant 70 hommes,

Henriette, Blessing, l’Antilope, Hannah et Elizabeth, Friend’s adventure, Rebecca, Marthe et Annah, Jeanne, l’ Unité, et le Newcastle.

L’ Entreprise de 40 canons, le Saphire de 40, le Kingston de 60, le Léopard de 54, et le Chester de 54 canons, ainsi qu’une prise, le Quant au Leostoff et au ÿ Fevershum, frégates de 36 canons qui faisaient partie de l'escadre,

4 persoune n’en entendit plus parler.

dont 30 destinés à la garnison de Québec. Il avait été amariné quelques jours auparavant par le capitaine Matthews. Vieux loup de mer qui avait fait deux naufrages dans le golfe, et en était rendu à son quarantième voyage au Canada, le capitaine Paradis connaissait son Saint-Laurent par cœur ; et décidément, le ciel semblait se ranger du côté de l'amiral, en jetant sur sa route pareil pilote. Une récompense de cinq cent pistoles — soit deux cent cinquante louis — dont cent pistoles d’arrhes, fut promise au capitaine Paradis s’il voulait se faire le Iamaneur de la flotte : une fois rendu à Québeo, le prix du Meptune lui surait payé en entier, et sa vieillesse mise à l'abri du besoin.

Pour être juste envers le prisonnier de Walker, les mémoires et les documents du temps ne mentionnent pas, s’il accepta ou refusa. La seule chose qui soit parvenue jusqu’à nous, c’est que Paradis, au dire même de l’amiral, ne se gêna nullement pour lui faire un sombre tableau des misères et des intempéries qui attendaient la flotte anglaise dans les caux de la Nouvelle-France, Ces avis concordaient avec ce que le premier lieutenant du MWeptune, expédié à Boston à bord de la prise du Chester, avait déjà assuré à l'amiral :

—Si vous vous aventurez dans le Saint-Laurent avec pareille flotte, lui disait-il, vous y 7:rdrez tous vos vais. seaux.

Sur le moment, Walker crut que ces paroles n°: ‘ea

c. Il avait le capitaine t deux nauuarantième naissait son iel semblait ir sa route pistoles — nt pistoles il voulait se | à Québeo,

nticr, et sa

Walker, les onnent pas, t parvenue e de l’amin sombre ittendaient lle-France, lieutenant a prise du

rent avec S VOS vais.

1 ‘av une ruse de la part d’un Français qui voulait sauver

TS

“meilleures pages.

* ce que lui disait Paradis, et se rappelant en même temps

son pays de l'invasion, Bientôt, l’idée d’être obligé

À y endurer peut-être les rigueurs d’un hiver canadien se

prit à hanter continuellement le cerveau de l'amiral, et cauchemar lui faisait écrire une de ses Mais en ce moment, tout entier à

plus tard, cc

* la conversation du lieutenant du Neptune, Walker de-

DES me

train de charger du poisson pour l’Europe,

vint soucieux ; et la brise venant à tourner grand frais, il prit lu lation de se mettre à l’abri dans le hâvre de Gaspé. Un navire français de la Biscaye était là, en On s’en empara, et comme le lendemain il fallait faire d'inutiles efforts pour le touer au large, l’ordre fut donné de le saborder, de mettre le feu aux habitations du bassin, de

… détruire les provisions qu’on y trouverait, et de faire

| prisonniers tous ceux qu’on rencontrerait, pendant que

. le Sapphire et le Léopard itaient bruler Bonaventure L )

qui ne fut sauvé que par un calme plat.

Amère dérision des choses humaines ! Qui aurait dit en ce moment au chevalier Sir Hovenden Walker,

contre-amiral de l’escadre blanche, que ce méchant lou-

gre coulé à fond, et cette dizaine de baraques réduites en cendres seraient les seuls souvenirs que sa formidable armada laisserait aux flots oublieux du Saint-Laurent, l'aurait-il erû ?

Un vent frais poussa bientôt l’escadre hors du bassin

de Gaspé. En le débouquant la brise fléchit, le calme se fit: et, unc pluie fine se prit à tomber pendant qu’au large le brouillard se faisait. Bientôt il enveloppa la flotte, ne laissant voir que de fois à autres les voiles d’une frégate ou d’un transport, qui tâchaient de garder autant que possible leur ligne de bataille pour éviter le boulet que chaque commandant de division avait ordre de leur envoyer, dans le cas où ils s’en sépareraient. Ceci dura toute la journée du 22 août, mais le soir le vent se prit à souffler en foudre, le brouillard de;'nt de plus en plus intense, l1 sonde ne mordit pas, et comme depuis le mardi les vigies n’avaient pas signalé la terre, on calcula par estime qu'on serrait de près la côte Nord.

L'officier de loch venait de faire une erreur de quinze lieues |

Paradis consulté, fut alors d'avis de mettre en panne avec les amures à bâbord, tout en ayant soin de se tenir la tête au sud au moyen du perroquet d’artimon et du grand hunier.

Deux heures et demie se passèrent à faire cette manœuvre, et l’amiral venait de se mettre au lit, quand tout à coup, le capitaine de l’Ædgar crût entrevoir la terre. D'après de nouveaux calculs, il en était arrivé à la conclusion que c'était la côte sud, et courant avertir son supérieur, il reçut l’ordre de faire des signaux à la flotte pour qu’elle virât immédiatement vent arrière, et

recommençât la même manœuvre, avec les amures à tribord.

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Un jeune officier du régiment du général Seymour, le capitaine Goddard, se trouvait alors sur le gaillard d’ar-

| rière. [Il apperçût la mer déferler et se briser sous le

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vent, au moment où l’Ædgar faisait son abattée ; et tout effrayé, il se précipita dans les appartements de l’anural, en lui criant:

—Sir Hovenden ! nous sommes entourés de récifs !

L'amiral se prit à plaisanter M. Goddard sur sa

frayeur ; lui assura que le capitaine de sa frégate, M.

Paddon, était encore plus compétent pour les choses de 4 la mer qu'un officier d'infanterie, et lui souhaita le bonsoir,

Le fantassin ne se tint pas pour battu. Pendant

cette conversation avec son supérieur les brisants avaient . grandis : un tumulte terrible se faisait sur le pont, ct

oublieux de l'étiquette pour ne plus songer qu'au salut

+ de tous, le capitaine Goddard rentrant de nouveau dans

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