AT HAT
Es = Fhorn AE 54
courbes gémissent sous l’action frémissante de ]a lutte. La bande s’accentue de plus en plus à tribord, et déjà on recommence à désespérer du résultat, lors qu'une vaguo énorme soulève le Napoléon III du lit de sable où il s’est tordu pendant cinq heures et dix minutes, et, sans secousse, le remet en eau profonde.
— C'est un singulier assemblage de force et de faiblesse qu’un navire, s’écriait, dans un moment semblable, l'amiral Jurien de la Gravière ; il dompte un ouragan et trébuche sur un grain ic sable.
Notre vaillant steamer étrit de ceux qui se fient à la mine avenante ct toute pastorale du groupe de la Madeleine. Il avait failli en payer la façon; et notre capitaine qui en était à son premier échouage, dut ce jour-là, faire comme l'amiral Bruat, qui avait la réputation d’être le plus rude échcueur du monde. Il apprit par cœur, pour s’en servir au besoin, l'antique proverbe breton :
—Qui veut vivre vieux marin doit saluer les grains et arrondir les pointes. (1)
C'était un peu l'opinion de LeBlanc qui, lui aussi pendant cette nuit terrible, avait négligé d'arrondir sa
[1] Cet incident de voyage donna rumeur à une dépêche, que publiait le 11 septembre 1875, le Stur de Montréal.
— À dispatch from Quebec, states that there has been a rumor for some days past, which was revived again yesterday, that the government steamer ‘ Vapoleon I’1,” which left five weeks ago, on a cruise to the lighthouses of the gulf Saint Lawrence, has foundered and all hands perished.
lutte.
t déjà ne Vable où tes, et,
de fai- 1blable,
uragan
ent à la la Ma- 2t notre dut ce réputa- Il apprit proverbe
8 grains
ui aussi ondir <a
êche, que
n arumor y, that the weeks ago, rence, has
pointe, et s'était fait broyer un doigt par le bout de la patte do l'ancre. L'application d’un caustique énergique fut jugée nécessaire, Pendant qu’elle se faisait, de grosses sueurs froides perlait du front du lieutenant; mais ses lèvres semblaient, par le plus narquois des sourires, défier les crispations de la chair.
—Ce n'est rien, disait-il, en désignant son doigt pantelant, auprès de l'effort qu'a dû faire cette nuit la bonne Sainte-Anne-du-Nord, pour soulever sur une de ses main le Napoléon IIT en danger.
Rira qui voudra de cette pieuse naïveté, Pour moi, un marin canadicn-français n’est guère complet sans cette foi robuste, et le mot de mon vieux Le Blanc nous fit venir des larmes aux yeux,
Par leur position, les îles de la Madeleine sont exposées aux coup de vent, et deux tempêtes sont restées célèbres dans les annales de l'archipel.
La première est celle du 23 août 1873. Elle dura trois jours sans désemparer, et surprit, quatre-vingtsquatre navires ancrés dans la baïe de Plaisance, Dès les premières rafales, quarante-huit d’entre eux se mirent de suite à chasser sur leurs ancres: dix allèrent s’ensabler sur la rive de la baie, et trente-huit firent côte dans le hâvre d’Amherst, où ils trouvèrent vingt-six de leurs camarades revenus au mouillage, pendant que dix seulement résistaient encore sur leurs fonds. Au milieu des péripéties de cet épouvantable ouragan, qui
nn.” SAT rs
EEE S :
RS FRE 0 nr Er Em
petite plaine entre la mer et un étang, et de ce Cap de
le croirait ? on n’eut à déplorer que la mort de trois personnes, ‘“ Quelques-uns de ces malheureux navires, rapporte le commandant Lavoie, après avoir été ballottés de tous côtés et avoir perdu leurs ancres, allèrent se jeter sur le rocher à fleur d’eau qui est au pied de la côte des Demoiselles, La lame brisait à ect endroit à une hauteur de cent pieds! Sans Aimé Nadeau et James (assidy qui virent venir à terre, la Diploma, l'Ellen Woodward et Emma Rich, les équipages de ces navires auraient certainement péri, Ces deux hommes courageux descendirent le cap, à l’aide d’une corde, et aidés du chien de terreneuve de Cassidy qui saisissait un a un les naufragés dans le ressac, ils purent opérer leur sauvetaire, et arracher à une mort certaine trente et une personnes, L'année suivante, le 18 juin, une seconde tempête vint fondre sur l'archipel. (Ces ravages ne furent pas aussi considérables que la première, et pendant les quatre jours qu'elle dura, elle ne put mettre à la côte que deux gaëlettes, et balayer la plupart des filets et des engins de pêche qui étaient à la mer.
Ce fut le 28 juin 1534 que Jacques Cartier reconnut les îles de la Madeleine, que deux jours auparavant il avait pris pour la terre ferme. ‘ Nous allâmes dit-il le long des dites terres environ dix licues, jusqu’à un Cap de terre rouge qui est roide et coupé comme un roc, dans lequel on voit un entre-deux qui est vers le Nord, et est un pays fort bas, et y a aussi comme une
ER st à
perires, 1llotnt se de |a
oit à
u et loma, es de homcorde, jsissait opérer trente n, une 5 rAVAemière, ne put plupart mer.
reconauparaallâmes jusqu'à mme un it vers le mme une
: Cap de
terre et étang jusques à un autre Cap qui paraissait, ya environ quatorze lieues, ot la terre se fait en façon d’un demi-cercle tout environné de sablon comme une fosse, sur laquelle l’on voit des marais et étangs aussi loin que se peut étendre l'œil. Et avant que d'arriver au premier Cap, l’on trouve deux petites îles assez près de terre. A cinq lieues du second Cap il y a une île vers Surouest qui est très-haute et pointue, laquelle fut nommée Alezay, et le premier Cap fut appelé de Saint- Pierre, parce que nous y arrivâmes au jour et fête du dit saint.”
Plus tard, en mentionnant ce groupe, Champlain frappé sans doute par l'aspect singulier qu’offrait ces îles reliées entre elles par d'immenses lisières de sable, les désigne sous le nom de “ Ramées-Brion.” Au temps de Denys— en 1672 — elles ne s’appelaient plus que les îles de la Madeleine ; et alors comme à présent, le seul souvenir gardé par les marins oublieux au temps où Champlain croisait dans ces sarages, était le nom de l’île Aubert, que de nos jours les anglais appellent Amherst Island, nom que les habitants français du groupe se refusent à reconnaître.
Denys assure, dans sa description de l'Amérique septentrionale, qu’il chassa plusieurs fois les Anglais de la Madeleine, ‘ les Français étant en possession de ces lieux-là de temps immémorial.” Néanmoins, la plus an-
cienne concession de cet archipel remonte à la date du
janvier 1663 ; et en feuilletant le deuxième volume des mémoires des commissaires du Roy, je vois que ce jourlà, un acte a été passé au bureau de Ja compasnie de la Nouvelle-Krance, donnant en pleine propriété au sieur Doublet, capitaine de navire, l’île Saint-Jean, —aujourd'hui l’île du Prince Edouard—les îles des Oiseaux et celles de Brion, toutes sises dans le golfe Saint-Laurent. Cette concession était faite au capitaine normand ‘* à condition de n’exercer aucune traite ou négoce avec les Sauvages.” Doublet cmbarqua sur deux navires tout ce qui pouvait servir à la nouvelle colonie ; maïs cn jetant l’ancre à l'île Pereée, on lui apprit que la compagnie de la Nouvelle-France avait outre-passé ses droits, et que le sieur Denys, “ gouverneur-licutenant général pour leRoy et propriétaire de toutes les terres et isles qui sont depuis le cap de Cämpscaux jusqu'au cap des Rozicrs,” était depuis dix ans en possession du groupe de la Madeleine. Le capitaine Doublet ne se découragea pas pour si peu. Faisant voile vers ces îles, il y débarqua ses pêcheurs basques et normands, et pendant deux ans y dirigea, en compagnie de son intendant M. Brevedent, l'exploitation de la pêche ; mais le succès ne répondant pas à ses efforts, la colonie se dispersa.
Que devinrent ces immenses possessions centre les mains de ses héritiers ? L'histoire ne le dit pas. Ce que l’on sait, c’est que le 18 août 1717, le sieur Duchesnay, tout cn demandant au Roy le titre de grandmaître des eaux ct forêts, priait Sa Majesté de lui ac-
me des x jourje de la 1 sieur -aujoureaux et aurent.
and ‘à avec les res tout mais cn 1 COMpPadroits, et ral pour qui sont
revedent,
e lui ac-
corder la concession de ces îles, et qu’en 1719, le comte de Saint-Pierre, premier écuyer de la duchesse d'Orléans, formait une compagnie pour exploiter les îles de Saint-Jean, de Miscou et de la Madeleine, ‘ C'était, dit Garneau, à l’époque du fameux système de Law, et il était plus facile de trouver les fonds que de leur conserver la valeur factice que l’engouement des speculateurs y avait momentanément attachée. Malheureusement, l'intérêt qui avait réuni les associés de la compagnie Saint-Pierre, les divisa ; tous les intéressés voulurent avoir part à la régie, et peu d’entre cux avaient l'expérience de ces entreprises. On ne doit pas en conséquence être surpris si tout échoua. L'île tomba dans l'oubli, d’où on l'avait momentanément tirée, jusque vers 1749, époque où les Acadiens fuyant le joug anglais, commencèrent à s’y établir.”
Pendant quelques années, ces malheureux proscrits y vécurent sans être molestés: mais un jour, le hasard voulut qu'une frégate anglaise vint reconnaître l’archipel de la Madelcine. Elle portait à son bord le nouveau gouverneur du Canada, lord Dorehester, ct était commandée par le capitaine Sir Isaac Coffin, qu'on n'avait pas encore jugé à propos de mettre à la porte de la wuarine royale (1), pour le réhabili'>r plus tard, en lui don-
(1) In 1773, Isaac Coffin was taken to sea by lieutenant Hunter of the Gaspé, at the recommendation of Admiral John Montague. His commander officer said he never knew any young men to acaquire so much nautical knowledge in so short a time. After reach-
nant le titre de baronet et le grade d’amiral, (Ce jourlà, le temps était clair, le ciel serein ; un soleil chaud et bienfaisant enveloppait de ses effluves les côtes et les pics empourprés de ces îles. Toutes les lunettes de la frégate étaient braquées sur ce paradis terrestre ; celle de Sir Isaac plus encore que les autres. Quand elle eut scruté l'horizon, et fouillé à l’aise l'archipel qu'on prolongeait en ce moment, l'officier anglais la déposa gravement sur son banc de quart, et se tournant vers lord Dorchester, le supplia de lui concéder les îles qui gîsaient devant lui. Comment refuser quelque chose à un capitaine de frégate qui, n’a cessé de combler pendant toute une longue traversée, ses hôtes distingués de soins, de grogs et de comfort ? Le nouveau potentat promit ie faire droit à 12 requête de Sir Isaac : et le 31 juillet 1787, il la lui adressait officiellement. Muis comme l'oubli est commensal de haut lieu, et hante fréquemment le cabinet des gouverneurs et des ministres, ce fut son successeur Robert Prescott qui fit droit à la demande du capitaine Coffin, Onze ans après, le 24 août 1798 “ l’île à la Madeluine, l’île de l’Entrée, l’île du Corps Mort, Shag Island, l’île de Brion et l'ile aux Oiseaux ”” furent concédées à perpétuité, en franc et commun soccage, à’
ng the grade of post-captain, Coffin for a breach of the regulation of the service, was deprived of his vessel, and Earl Howe struck his name from the list of post-captains. This act being illegal, he was reinstated in 1790. In 1804, he was made a baronnet, and in 1814 became a full admiral in the British navy.
Drake—Nooks and corners of New England coast p. 3.42
le jourhaud et les pics frégate de Sir t scruté longeait nent sur rchester, devant taine de une longrogs et ire droit ,il la lui est com- > cabinet ccesseur du capi- 98 ‘ l’île ps Mort, ” furent occage, à
gulation of struck his illegal, he net, and in
titre de féauté à Sir Isaac Coffin et à ses hoirs et ayant causes. Ce royal cadeau leur était fait à la condition, que la partie de l’île de la Madeieine comprenant la pointe nord-est et Old Harry’s Point serait réservée pour le soutien et l'entretien d’un clergé protestant dans la province de Québec: et si d’un côté, le gouvernement britannique gardait le droit d'exploiter les mines, d'ouvrir des chemins et de construire des fortifications, d’un autre côté Sir [Isaac Coffin s’obligeait, ‘sous peine de nullité, de permettre la libre entrée et sortie de ses îles aux sujets anglais qui désiraient venir y pêcher, et s’engageait à leur laisser abattre et emporter le bois nécessaire à leur chauffage et à l'exploitation avantageuse de leurs pêcheries.”
Peu soucieux des droits des premiers colons, le gouvernement anglais venait de commettre un acte d’irréparable injustice. Il frappait à mort le développement et l'avenir de ce ravissant archipel, que le matelot appelle dans son langage pittoresque, le Royaume du Poisson. Aussi, depuis cette fatale date du 24 août 1798, les habitants de la Madeleine, sachant qu'ils ne peuvent posséder leurs terres, ne se livrent qu’au travail nécessaire pour les faire vivre, et ne connaissent que par ouï-dire les jouissances de la propriété et l'amour du 8ol.
Un aussi triste état de choses devait finir par émouvoir le gouvernement de la province de Québec. Soixante-seize ans après la concession de ces îles, un bu-
reau fut chargé par le parlement, de s’enquérir de la tenure des terres de l'archipel. Cinquante-deux habitants de la Madeleine s'empressèrent de répondre à la série de questions imprimées que l’on avait fait distribuer à la population. Les uns demeuraient dans l’archipel depuis vingt-cinq, trente-cinq et quarante-cinq ans ; d’autres depuis cinquante, cinquante-trois et soixante ans. Un seul, M. Jean Nelson Arseneau, y était né; et le doyen des résidents se trouvait être M. Bruno Terriau, qui habitait ce groupe depuis soixante-treize ans. Tous déclaraient qu'ils occupaient des lots comme locataires, en vertu de beaux emphytéotiques, et leurs réponses portaient à la connaissance du gouvernement de curieuses révélations.
Ainsi, quelques colons avaient des billets de simple
location qui leur donnaient droit d'obtenir un bail du propriétaire, tandis que d’autres avaient un bail de quatre-vingts-dix-neuf ans, Ceux qui étaient porteurs d’un bail de cinquante deux ans, pouvaient le faire durer ; et les détenteurs d’un bail de dix ans étaient en droit d'exiger un bail perpétuel du propriétaire. Ce dernier mode semble ne plaire que médiocrement aux agents de l'amiral Coffin. Chacun s'accorde à dire qu’il tend à disparaître peu à peu: car chaque fois que l’occasion s’en présente, ces employés échangent contre d’autres les baux de dix ans.
Généraleinent, ces contrats de louage renferment des
de la habieà la distri- 3 l’ar-
q ans ; ixante uit né; Bruno -treize comme at leurs nement
simple bail du bail de porteurs le faire aient en Ce dernt aux lire qu'il que l’octre d’au-
ment des
clauses qui permettent au seigneur de l'archipel de reprendre ses terres, de jouir de leur amélioration, et de s'emparer sans remboursement, des bâtiments et dela maisoa‘du locataire, si par malheur ce dernier n’a pu exécuter les clauses de son baïl. C’est ainsi que deux des descendants des plus anciens pionniers des îles de la Madeleine, Louis Boudraut et François Lapierre, furent obligés—après bien des annécs de travaux et de privations—d’abandonner à l'amiral Coffin la terre où avaient vécu leurs ancêtres, et que leurs enfants avaient améliorée de leur mieux. (C’est ainsi que Fabien Lapierre faillit être dépouillé de tout son avoir. Cet homme s'étant décidé à partir, en 1863, pour explorer la côte nord du Labrador, avait laissé une terre qu’il occupait depuis vingt-cinq ans, aux soins de Veux de ses compatriotes, Basile Cormier et Emile Morin. Ils devaient en jouir à la condition de l’entretenir, de payer la rente et de la lui remettre lors de son retour. Pendant la première aunée tout alla pour le mieux. L'agent avait consenti à recevoir la redevance des deux mandataires de Lapierre: mais dès le commencement de la deuxième année, il refusa leur argent, prit possession de la terre, en faucha le foin, ouvrit de force la maison de l’absent, y mit sa récolte qu’il n'emporta qu’en hiver, puis vendit le tout, terre et dépendances à Désirée Giasson. J'année suivante, Lapierre revint et reclama. En réponse, l’agent de l'amiral Coffin le menaga de l'empêcher de couper du bois, et lui fit dire que s'il continuait à
se plaindre, il le ferait chasser du pays. A force de supplications, ce pauvre homme aidé par les conseils de son curé, l’abbé Boudreault, finit par recouvrer la moitié de sa terre, à la conditiou toutefois de consentir à un nouveau bail qui l’obligeait, à payer annuellement un scheling par arpent.
Quant à l’autre moitié de son bien, elle était restée, et est encore en la possession de l'acheteur Giasson qui, s’en était légalement emparé moyennant la somme de cinq louis (1). On comprend Je malaise que pareil régime doit faire peser sur l'archipel; et quelques-uns des habitants secouant leur torpeur, allèrent jusqu’à contester devant la cour de circuit de ia Madeleine la validité des titres de l'amiral Coffin. Les uns plaidaient prescription. D'autres alléguaient l’illégalité des baux et leur tenure onéreuse, contraire à la colonisation et au progrès des îles. Les plus philosophes racontaient, que pendant près d’un siècle leurs aïeux avaient cultivé en pleine propriété ces mêmes terres, que leurs descen. dants et leurs héritiers légitimes n'occupaient plus que comme simples locataires; tandis que les plus normauds assuraient, qu’on avait dû consulter les ancêtres, et que ces derniers n'avaient jamais consenti de titre à l'amiral Coffin. Toutes ces réclamations ne serviront à
[?1 L’imagination n’entre pour rien dans ces récits. Je ne fais qu’analyser, les réponses aux questions posées par le comité chargé de s’enquérir de la tenure des terres dans les îles de la Madeleine—1874— Vide p. 26 et 27.
le sup-
onseils vrer la consennnuelle-
estée, et son qui, mme de reil régi- -uns des à contes- 1 validité ient pres- 3 baux et isation et contaient, nt cultivé rs descenplus que plus nor- 4 ancêtres, de titre à
serviront à
ts. Jo ne fais , comité charde la Made-
rien. La cour décida en faveur du propriétaire; et comme il arrive presque toujours, les plaideurs qui avaient peut-être une chance en appelant de ce jugement, ne purent, faute de moyens pécuniaires, s'adresser à un tribunal plus élevé. Les choses reprirent donc leur cours.
L'apathie et le découragement régnèrent alors en suzerains sur ces Îles, qui n’attendent que l'avènement d'un nouveau régime, pour devenir un grenier d’abondance, un entrepôt de richesse. Les locataires continuërent À payer les contributions locales et scolaires, pendant que leur seigneur et maître percevait rigoureusement les rentes annuelles de ses terres; rentes exorbitantes, lorsqu'on les compare à celles des terres en ce pays. Néanmoins, au milieu de ce sourd mécontentemeni, quelques anciens colons trouvent le moyen d’être satisfaits de leur position. Plusieurs d’entre eux ont cent acres en état de culture, pour lesqueis iis ne payent annuellement que quinze shillings, ou un quintal de morue. Ce sont les rois de l’archipel ceux-là, et ils font bien des envieux autour d’eux : car, un jeune colon qui désirerait louer la même étendue de terre inculte et déboisée, serait obligé de donner vingt piastres chaque année, En remplissant cette condition, ce dernier devient alors locataire. Pendant quelques temps la jeunesse, l'ambition, l'amour du travail décupleront ses forces. Sous le soc de sa charrue, ces landes désertes deviendront des champs fertiles. La pêche viendra combler
son déficit. Il pourra vivre convenablement et sera heureux, autant que peut l'être un locataire. Mais viennent les mauvais jours ; que la rente soit en retard ; alors arrivent les menaces de l'agent. Le démon de l'expropriation plane sur la petite propriété ; et il ne reste plus au malheureux travailleur, qne l'exil ou la servitude,
Il ne faut pas s'étonner, si presque tonte cette population qui, ailleurs, serait entreprenante et riche, de. meure ici dans le demi-sommeil et dans la pauvreté. Los étrangers fuyent ce nid de féodalité, et un négociant américuin venu il y a quelques années visiter l’archipel, dans le but d'y fonder un établissement de pêche, de la valeur de 880,000, s’en retourna dégouté, disant à qui voulait l'écouter :
—Mon père à fui l'Irlande pour ne plus entendre parler du vieux régime emphythéotique. Ce ne sera pas son fiis qui remettra un pareil gouffre sur le chemin de ses petits enfants.
Ces vexations ont eu pour résultat d'établir un fort courant migrateur entre le Labrador et l’archipel. Plus de trois cents chefs de famille ont quitté les îles, et sont allés fonder à Kékaska, à Natashqouan, à la Pointe-aux- Esquimaux, d'importants groupes de la race française. Ces départs ont affaibli d'autant la population dse îles de la Madeleine, Tous les ans, grand nombre de compatriotes viennent à leur tour rejoindre ceux qui sont partis; et
era heuviennent d ; alors l'exprone reste la servi-
tte pop'iiche, dereté. Les négociant l'archipel, he, de la ant à qui
entendre e sera pas hemin de
ir un fort ipel. Plus es, et sont ointe-auxfrançaise.
dse îles de ompatriopartis; et
déjà l’on prévoit dans un avenir assez rapproché la désertion complète de l’archipel. Pour remédier à ce triste état de chcse, il n’y a qu'un moyen à prendre, Tous ceux qui ont été consultés par la commission parlementaire sont unanimes à le suggérer. Le gouvernement de Québec doit acheter les droits du propriétaire, et l’un des colons les plus respectés de l'archipel, M. Painchaud, n'hésite pas à affirmer que sous ce nouveau régime, un huitième des habitants paierait de suite, et . affranchirait aussitôt les terres de toutes redevances seigneuriales,
Mais cette longue digression, nécessaire pour bien faire comprendre la position anormale de ces insulaires, me fait oublier les quelques heures charmantes que nous devions passer au petit village acadien de l’Anscà-la-Cabane. Le premier compatriote qui nous y accucillit à bras ouverts, fut un brave charpentier du nom de Migneault, Dans sa joie, voulut nous faire connaître de suite le patriarche de l’endroit ; et nous conduisit à la maison de M. Vigneault. Ce dernier était un beau vieillard, âgé de quatre-vingts-dix ans. Il vivait au milieu de sa famille, Ses de1x fils étaient venus se bâtir de chaque côté du toit paternel ; et pendant de longues annécs, tous ensemble, ils avaient savouré la douce vérité du commandement du Seigneur.
—Père et mère tu honoreras afin de vivre longuement,
Un voile de tristesse devait pourtant tomber, un jour, sur ce bonheur terrestre. Le soir où nous le vîmes pour la première fois, le père Vigneault avait perdu sa franche gaieté, Il était pensif, Ses yeux rougis par les lar mes plutôt que par l’âge, erraient douloureusement sur le havre ; et à travers la fenêtre, ils suivaient anxicusement les manœuvres d’une petite goëlette qui venait d'apparciller, et qui finit par disparaître dans les demiteintes du crépuscule, Hélas ! son fils Désiré était à bord, En compagnie de douze familles acadiennes, il s'en allait demander au sol des Sept-Tles ces plaisirs inconnus de la propriété, qu'il troquait contre les douces joics de la maison paternelle, |
M. Vigneault était né à Saint-Pierre de Miquelon, où son père était arrivé, Dicu sait comment, après avoir fait partie. de cette malheureuse colonie acadienne qui, lors de sa cruelle dispersion par les anglais, vit ses rejetons éparpillés au quatre vents des cieux. Plus tard, il était venu aux îles de la Madeleine, où à force de travail et d'intelligence il s'était créé unc aisance relative. Son âge, sa longue expérience, sen esprit ferme et lucide, ses bonnes manières, lui cenciliaient le respect et la confinnce de tout le monde. lei, les décisions du père Vigneault étaient respectées à l’égal de celles, que donnent ailleurs le juge ou Île curé.
Ce fut dans son hospitalière maison que mon oreille
fut frappée pour la première fois par l’intonation que des acadiens donnent à la langue française. Un étran-
me à,
un jour, mes pour sa franir les lar ment Sur
anxicuse-
ui venait les demi- 6 était à
es, il s'en
rs incondouces
(he)
quelon, où 1 près avoir
jenne qui, it ses rejcus turd, il de travail ative. Son lucide, ses et la conu père Vi- 1e donnent
mon oreille nation que Un étran-
ger qui se mêlerait à leur conversation, se croirait transporté en Gascogne, et se figurerait entendre causer des Bordelais. Ainsi, ces braves gens diront une foû pour une fois, Le mot année se prononcera chez eux ânée, tout comme sur les bords de la Garonne. Un cheval devient un gueval an pluriel, et un chevau au singulier ; puis, il font un assez grand abus des ‘ j'étions,” des ‘7e pourrions et des je pensions.” (1) Leurs mœurs sont simples et douces. Ils vivent surtout de pêche, et s'occupent quelque peu d'agriculture, Comme caboteurs, ils n'ont pas leurs maîtres au monde, et ils peuvent donner des points aux plus habiles chasseurs et aux plus L'un des habitants de l'île, M, Fox, interrogé sur les particularités disiinctives du caractère acadien, repondait à la commission parlementaire :
patients pêcheurs,
— Le caractère particulier du peuple acadien est de vivre sur mer.
Ces mots, sont à eux seuls une définition.
[1] Dans une notice sur le patois saintongais que vient de publier la ‘ Revue des langues Romanes ” de Montpellier, je trouve ce curieux passage :
‘“ Les noms qui, en français, se terminent en «/, font au en saintongais, pour ces deux nombres : le rherau, l’animau, in j6rnau. (Ancien français ; /i chevaus (sujet du verbe) ; le cheval (régime) pluriel /à ccval (sujet), les chevaux (régime).
‘Quelques paysans de }a Saintonge pour faire les muscadins disent aussi, dés cheval, dés jornal.
‘* On connaît la leçon de beau langage donnée par un paysan à son fils qui revient de la ville—‘ Qu’as-tu vut de jolit, drle ?—P'pa j'ai vut dés chevau superbe.— Dis donc cheval, animau.
Grand nombre de canadiens et d’acadiens tirent leur origine du
pays d’Aunis et de la Saintonge, cette terre aimée, qui a vû naître Samuel de Champlain.
Dès le petit jour, quand la saison de pêche est venue, vous voyez l’Acadien faire sa prière, mettre gaiement sa berge en mer, et gagner les fonds à morue qui se trouvent à trois, quatre et quelque fois à six milles au large. LA, il ne cesse d’agiter sa ligne à l'eau, de la retirer, de la bouctter, et de la reconfier aux profondeurs de la mer, jusqu'à ce que son embarcation soit pleine de poissons, Alors les voiles se hissent, On regagne la grève. Quelques quarts-d'heure suffisent pour trancher la morue que l’on vient de capturer; puis on remâte la berge, elle glisse de nouveau vers son poste de pêche, et on réussit ainsi à faire quelque fois trois on quatre voyages par jour. Pendant tout ce temps, un morceau de galette, un biscuit ou une miche de pain —quand il yen a —sufñit pour entretenir la vie de ce robuste pêcheur. L'Acadien est l’homme le plus frugal que je connaisse ; il se contente, au milieu de tous ces pénibles travaux, d’une nourriture que dédaigncraient la plubart des mendiants de nos villes,
La pêche de la morue, avec celle du hareng et du maquereau, constituent les apports de la campagne d'été. Quand à ceile d'hiver, elle se fait pendant les mois de mars, avril et mai, Alors commence la chasse au loupmarin, Divisés par groupes de six ou dix hommes, vous voyez les acadiens armés de cordes ct de bâtons, prendre le pas gymnastique, ct franchir en courant des distances de dix à douze milles, avant d’arriver sur le terrein de chasse, Pour y parvenir, il a fallu sauter par-dessus
t venue, ment 8a
trouvent rge. Là, er, de la la mer, poissons.
e. Quela morue a berge, ie, et on > Voyages au de gailycena pêcheur.
onnaisse ; travaux, des men-
ct du magne d'été.
mois de ce au loupmes, Vous S) prendre : distances terrein de par-dessus
les crevasses et les profondes fissures des champs de glace, ou prendre la banquise par escalade. Mais qu'estce que tous ces dangers, au prix des plaisirs que va leur donner la chasse qui les attend ? Les loups marins ne sont ils pas la, derrière cette muraille glac‘e, qui se prélassent en famille ? Et comme une trombe, les acidiens arrivent sur is malhe reux phoques qui ne se doute de rien, Le massacre co umence, au milieu des cris ct des gémi<sements, Quind chicun a sa part de butin, les chasseurs reprennent la route du village, traînant leur proie derrière cux ; et ils sont prêts à recommencer leurs courses, tant que durent le jour et la bonne chance.
N6 sur les bords de la mer, habitué à s2s caprices, À ses caresses et à ses colères, le peuple Acadien voit en elle son véritable domaine, Eté comme hiver, il ne cesse de se confier à elle. La mer, fidèle à cette longue amitié, ne cesse à son tour, de les conbler de ses inépuisables générosités,
Nous venions de ravitailler l'Anseà-la-Cabine, et comme la nuit était survenue, il nous y fallut attendre le jour, pour débarquer plus commodément les provisions destinées au phare de l'Entrée. Au soleil levant, nous étions déjà embossés par le travers de cette îie, dont les pics escarpés ont cette couleur rougeâtre particulière au groupe de la Madelcine; et bientôt, les uns étaient à même de fouler ces gazons plantureux, où ruminait une magnifique race de moutons, pendant que ceux qui étaient restés à bord, € amusaient à contempler le pay-
sage. Sur notre avant se dessinait le petit village d'Amherst, groupé autour de son église. A tribord, on apercevait le Hâvre-aux-Maisons ; et tout autour de nous croisait une flotte de quatre cents goëlettes, qui couraient le maquereau, toutes voiles dehors. Certes, Gudin n'aurait pu demander une marine plus pittoresque, pour la fixer sur une de ses toiles immortelles.
De l’île d’Entrée nous devions nous rendre à l’île de la Pierre Meulière (1). Nous profitâmes de ce point d'arrêt pour nous faire débarquer au petit quai de la maison Leslie, qui tient 1 un magasin d’approvisionnement assez considérable, La foule encombrait ce comptoir, et rien d’amusant comme d'entendre ses colloques avec les commis de M. Leslie. C’était à qui se montrerait le plus normand en affaire. Les femmes brillait surtout dans cette lutte pacifique. Tout en suivant de près leurs petites transactions, elles ne perdaient pas une maille du tricot qu’elles traînent ici, partout où elles vont. Modestes, intellisentes, pieuses, dévouées, les acadiennes sont vraiment dignes du nom de femmes. Elles n’appartiennent guère à cette catégo rie du sexe qui faisait dire à Buchamore—un type réussi de vieux grognard, inventé par Alfred Assollant :
—‘ Je n'aime pas ces demoiselles qui ne savent rien faire que se peigner tout le jour, se regarder dans une glace, essayer des robes, faire des grimaces, mettre des
(:) Les anglais ia nomment Grindstone Island.
d'Anmn apere nous uraient in n’aupour la
l'île de e point ai de la isionnejrait ce dre ses ait à qui y femmes Tout en ne perici, paruses, dénom de catégo un type ssollant :
vent rien düns une ettre des
gants et parler du bout des lèvres comme si l’on n'était pas digne de les entendre, ou d’une voix tantôt plus flutée que celle des serins et tantôt plus aigre que celle des pies-griéches. Ga, c’est des bécasses, comme disait mon vieux curé. (ane sait pas travailler, ça ne sait pas s'occuper, ça ne sait pas penser, ça ne sait que faire de ses dix doigts, Quand c’est riche, ça ennuie son mari ct ses enfants, Quand ça n’a pas d'argent, ça ne trouve pas de mari, où si ça en trouve, ça grogne, ga se fâche, ça ennuic tout le monde, et tout le monde s’en va.”
Au milieu de la cohue qui encombrait la maison Leslie se trouvait un vieillard, né à Saint Roch de Québec, et qui L:bitait l’île Ge la Pierre Meulière depuis soixante-sept ans, Il s'appelait M, Thorn, et avait laissé au pays un frère, dont il était sans nouvelles depuis fort longtemps. Pendant que nous causions ainsi des absents, notre ingénieur, M. Barbour, vint nous prévenir qu’il ailait visiter le phare du Grand Htang du Nord. Je devais l'accompagner, mais nous ne pûmes trouver de voitures, et je regrette encore aujourd’hui ja perte de la seule occasion qu'il m'ait été donné de pouvoir étudier, et observer les mœurs de ces campagnes, où vit, travaille et meurt une des populations les plus honnêtes de la terre.
On m'apprit ici que l'archipel de la Madeleine 8e compose d’écueils, et qu’à part de Brion et du Rocheraux-Oiscaux, elles compte six îles qui se nomment Île
Corps-Mort, Amherst ou l’île Aubert, la Pierre-Meulière, l’île d'Entrée, Allright et la Grosse Ile, Ces groupes présentent ensemble une superficie d’à peu près 55,400 acres qui, suivant le recensement de 1871, est habitée par une population de 3,172, dont 2,833 acadiens. Les récif les plus à craindre sont—au dire des pêcheurs—ceux de la Pierre du grus Cap, de la Perle, d’'Allright, du Cheval Blanc, les banc de Colombine et l'écueil de Doyle. Ce dernier n’a que trois encablures de long sur une demie de largeur, et c’est là m'assurc-t-on, que des navires courant sous la brise ont soudainement disparus aux yeux de plusieurs de mes interlocuteurs. Quant aux courants, ils sont tellement irréguliers, qu’en me fit la même réponse donnée jadis à l'amiral Bayfeld, et que personne ne put me dire précisément leur vitesse et leur direction.
À ces renseignemeuts géographiques et hydrographiques venaient se mêler les plaintes et les confidencos d'un chacun. Tous regrettaient le déboiscment des Mes. Privées de bois de construction, elles sont maintenant en train de voir disparaître leur maigre bois de chauffage, Chacun avouait que son voisin se tirait d'affaire comme il le pouvait, faisant feu de tout, et détruisant la forêt sans discernement. Quelques uns même finissaient leurs doléances, en prophétisant que dans vingt ans il n’y aurait plus une seule broussaille sur l'archipel, ct qu’alors on sérait obligé de faire venir à grand frais du charbon de terre de la Nouvelle-Ecesse et
ierre- Meu-
Ile, Ces > d'à peu sement de 172, dont e sont—au us Cap, de ane de Coa que trois , et c’est là a brise ont urs de mes t telloment anée jadis à ce dire pré-
hydrograconfidences ement des bnt maintee bois de nse tirait out, et déuns même que dans issaille sur ire venir à -Bcesse et
du Cap-Breton Puis, la grande question du chauffage épuisée, arrivaient les observations générales. Celui-ci désirerait voir inaugurer une meilleure tenure de terre dans les îles ; celui-là aurait aimé que le propriétaire protégeât plus efficacement son locataire : un troisième se plaignait amèrement d'être sans nouvelles depuis le mois de novembre jusqu’au quinze mai, et plus longtemps encore.
—$i au moins, disait-il en secouant tristement sa pipe, nous avions des communications télégraphiques avec la terre ferme ?
— Bah! des moulins à farine et des moulins à étoifes sont encore plus nécessoires que ton télégraphe, répliquait dans un coin, un pêcheur, plus positif que ce rêveur. À ta place je m'en contenterais.
—La belle affaire que tes moulins ! pour les construire il faudrait peut-être se faire taxer, et je m'en tiens à ce que me font payer les commissaires d'écoles; un par cent, ct queiquefois un et demi.
— Encore si le propriétaire nous montrait l'exemple, et payait comme nous, répliquait le pêcheur positif.
—Pas si bête, Evé, 11 se tient au courant des nou:
velies, et lit ses journaux dans son hôtel de Londres, pendant que pour rencontrer notre taxe municipale, nous donnons nos deux jours de travail sur les chemins publics, ou que nous payons quatre-vingts cents par jour pour chaque chef de famille.
Une fois sur la taxe, les conversations menaçaient d'aller loin, lorsque l'ingénieur, M. Barbour, fit son apparition au milieu du groupe. Il était temps de se rembarquer. Nous sortîmes du magasin Leslie, pendant que tout le monde se découvrait sur notre passage ; et une chaude poignée de main nous sépara pour la vie de ces braves gens.
Le Napoléon LIT était déjà sous vapeur. Comme le temps était splendide et que la besogne avait été promptement expédiée, le capitaine, mis en belle humeur par ecs bonnes choses, voulut nous permettre d'aller reconnaître le fameux rocher du Corps Mort, qu’au mois de septembre 1804, Moore a chanté duns ses plus beaux vers. Nous primes done par la passe de Sandy Hook, et en contournant l’île d’Amherst, nous ne pûmes nous empêcher d'admirer la beauté du paysage qui défilait sous nos yeux, et de nous demander pourquoi ces ravissants endroits n'étaient pas plus fréquentés par les touristes, Comme place d'eau, si les îles de la Madeleine p’avaisnt pas à lutter contre l’île du fFrince-Edoward, elles seraient sans rivales dans le golfe Saint-Laurent. Les points de vues y sont superbes ; le gibier y abonde, et elles réservent à l’amateur, en quête de poissons, d’inépuisables éditions de la pêche miraculeuse, qu’il peut renouveller à loisir dans des baies et des havres admirablement disposés pour les courses de yacht et le sport maritime. “té
Pendant que nous causions de toutes ces merveilles a.‘
enaçaient , fit son temps de slie, penpassage ; ur la vie
Jomme le té prompmeur par er recona mois de us beaux Hook, et ; nous emi défilait ces ravis-
abonde, poissons, ? L
use, qu'il
ignorées, le Corps Mort se dessina par le travers de aotre hanche de tribord. Vraiment, le langage populaire lui avaitbien donné le seul nom qu’il pût porter; car, vu de cette distance, il’ ressemblait à s'y méprendre au cadavre d’un matelot flottant au gré des vagues. Involontuirement je me rappelai alors lle des Morts, ces belle strophes qu’un de nos bonus poëtcs canadiens, James Donelley, avait imitées de Thomas Moore : (1).
(1) Voici les vers de Mnore, Ils sont intitulés : ‘“ Written on passing D «d-mun's island, inthe Gulf of Saint Lawrence, late in the eveniny, Septemver, 1804.”
See you, beneath yon cloud so dark,
Fast gliding along, a gloomy baik ?
Her suis a.e full, though the wind is still,
A d'there biows not à breath her sails to fill 1
Oh! what doth that vessel of darkness bear ?
The silent caim of the grave is there,
Save now and again a death-knell rung,
And the flap of the sails with night fog hung ?
There lie'‘h a wreck on the dismal shore
Of cold and ritites: Lib ador ;
Where, u der the moo:, upon mounts of frost, Full many à mariner's boues are to:t !
Yon shadowy bark hath been to that wreck, And the dim biue fire, that lights her deck, Doth play on us pale and tivid «4 crew
As ever yet drauk the churck-yard dew!
To Dead-man’s Isle, in the eye of the blast, To Dead-man’s Isle she speeds her tast,
By ske eton shanes her sails are furl'd,
Aud the ha ,d that steers is not of th.s worldi
Oh! hurry thee on—oh ! h'rry thee on, Thou terrible bark ! ere the n'ght be gone ; Nor let morning look on so foul a sight
As would b.auch for ever her rosy light !
Auni. voietn ‘à has, sons ce nuage sombre, Cet étrange v 1-seau qui avance dan- l'ombre,
Et qu'un souffle inc nnu fait bon ir sur les eanx? D'un vent mystérieux ses voiles semblent pleines !... Et pourturt es zéplurs retiennent eurs haleines: Dans un calme profond au loin dorment les flots.
Qu'a-t:il donc à son Lord ce vaissean des ténèbres ? Jp rte du tombe an tous le: signes finnèbres ;
Un silence: die mort eur les ondes le suit.
Seul un gs as triste et lent parfois s'y fut entendre, Avec un battement des voi es que fait pendre L'humide pesauteur des brumes de 14 nuit,
Au milien des rochers de la stérile plage"?
Gisut des os Llanchis, jetés par le n ufrage, Sous les brouillards épais du sombre Labrador. La laine, en éclarant ces lieux imp toyables, Déc uvre avec horrenr Ges restes latnentabies, Que les tlots irrités se disputent encor.
C'est là que cet'e barque en sa cur<e nocturne Va cueilur en pa-sant la troupe tacitnrne
Qui semble maintenant à son borl se mouvoir.
Une flamme bleuâtre a den les éclaire,
Et jam la rucee, at morne cimetière, Ne temba sur des fronts plus hviies a voir.
C'est à l’Ile-des-Morte qu'un vent fatal les cuide | C'e-t-à-lle-ies Morts que <'avance rapile
: Cette ombre de vaisseau pair les ombres conduit : Des squelettes sont 1à. déroulant à la brise La <inmistre voilure:; une forme indèvise Debout veille à la poup', et la barque vbéit |
1m bre, les eaux ?
t pleines !....
ialeines :
les flute.
ténèbres ?
res ;
entendre, “ire it.
age, waudor, les, abies,
cturne e JUVOIr.
Dir.
s guide | € LC] conduit :
se
éit !
Fuia, 6 barque terrible ! 6 birque de mystère ] Fuvez pendant que l'ombre thveloppe la terre. Fantô nes de la nuit, rentreZ Vite au Cercneil,
De peur qu'à votre aspect la june et teniire aurore Ne épouil: son front de l'éclat qui le dure,
Et se cache à jamais sous un voile de deuil,
Qucls contrastes entre le Napoléon LIL et ec vaisse.u fantôme que venait de fire surgir, à la vue du Corps Mort, la puissante inagination du prête Son taillemer fermemement posé sur la vasue, ses tuyiux, ses Ferauex et son pont inondés par les feux du soleil cou. chant, notre steamer venait de jeter en poupe l’île des Morts, et la proue tournée vers la Nouvelle Ecosse, il courait rapide vers Pietou, où nous a lions oub ier pour quelques jours ces âc es parfums de la mer que nous venions de humer, les pay-nges et les bonnes gens que aou< venions de voir, pour respirer in poussière des villes #6 goûter aux fades douceurs de la civilisation.