LES MORMONS
vastes piscines où l'on peut se livrer au plaisir de la
natation; on y trouve aussi des baignoires particulières, des bains ordinaires, des bains russes à air chaud et des bains turcs.
Je revins lentement à pied à l'hôtel en prenant une autre direction. Les jardins et les vergers de la ville couvrent un espace immense. Je me rappellerai toujours cette délicieuse promenade à l'ombre des beaux arbres, le long des allées dé-
sertes qu'égayaient seulsle murmure de l'eau cou- : ranté et le babil incessant des merles peu farouches
qui se pourchassaient sous la feuillée; lé soleil
était à son déclin; des pics des W ahsatch, se dres- | -sant à ÿ | mer, étincelaient encore sous ses derniers : rayons.
5000 mètres au-dessus du niveau de la
Bientôt une teinte bleu sombre envahit la base de la montagne, tandis que les cimes neigeuses se coloraiént en rose: tendre ; à l’autre extrémité de
: l'horizon, le soleil, semblable‘ à un immense globe
de feu, disparaissait lentement par delà le Grand Lac-Salé. Sous cette lueur éblouissante, la nature entière semblait en proie à l‘incéndie.
En résumé, Salt-Lake est l'une des villesles plus agréables des États-Unis ; sous b aucoup de rapports, elle ne le cède én rien à d’autres cités bien
plus populeuses. Le soir, les élégants étalages,
brillamment éclairés au gaz, attirent une foule de promeneurs ; de joyeuses troupes d'enfants, plus
nombreux ici que partout ailleurs; prennent leurs ébats sur les larges trottoirs. Quoique l’on puisse .
dire des Mormorñs, un fait incontestable existe : c'est qu’en moins de trente années, ils ont su créer
un centre. actif de commerce et de ‘civilisation, édifier des bourgades prospèrés et des. milliers de fermes en plein rapport dans un désert sauvage qui, jusqu'alors, n'avait été peuplé que de bêtes fauves et de serpents à sonnettes. - Malgré cette prospérité apparente, je dois äire cependant que, depuis l'achèvement du chemin de fer du Pacifique, qui a amené dans l’'Utah une foule. de Gentils, le Mormonisme ne fait plus que
de rares prosélytes ; leur nombre ne s'accroît plus ‘
que par l'excédant des naissances. La polygamie elle-même tend à disparaître; beaucoup de Mormons se bornent à une seule femme. Autrefois, les émigrants, recrutés en grande partie dans les pays scandinaves et appartenant à la classe la plus pauvre et la plus ignorante de la population, étaient obligés de se convertir au Mormonisme pour obtenir une protection qui leur était indispensable. Plus leur nouveau zèle était ardent, plus les avances étaient nombreuses,‘ plus les secours donnés étaient efficaces. La communauté ne souffrait, alors aucun Gentil dans son Sein. Les trois ou quatre épouses du chef de famille étaient plutôt ses servantes que ses égales.
. Le jour où la première femme américaine est arrivée à Salt-Lake avec une fraîche toilette de
New-York, les épouses mormonnes ont voulu, elles |
aussi, sacrifier à la mode ; aujourd’hui, rien ne les distingue des femmes des Gentils : même recherche dans la mise, même amour du luxe. Delà, un ‘Surcroit considérable de dépenses, qui, plus sûre:
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