‹ Promenades dans les deux Amérique 1876-1877 [microforme]Chapitre 70 sur 109 · MONTEVIDEO · texte numérisé non relu

MONTEVIDEO

* passagers sont à bord et le sombre colosse paraît triste et désert. Bien que de proportions plus considérables que l'Équateur, il est loin d'offrir le même confortable; c'est qu'en effet le voyage de Liverpool au Callao est le plus long de tous les services à vapeur du monde entier, et que, dans la construction d’un navire destiné à affronter dans

c-$ le même voyage les tempêtes de l'Atlantique du ca “nord et celles de l'ogéan Austral, on a dû nécesrs sairement sacrifier l'élégance à la solidité. Li te La distance qui sépare Rio de Montevideo est d RENAS. 1,040 milles marins, soit 1,926 kilomètres. Le À

août, après quatre jours d’une navigation en haute : mer, constamment contrariée par la houle et le vent de bout, le changement de couleur de l'eau, qui du bleu foncé vient de passer au vert clair et ensuite au jaune sale, nous indique que nous venons d'atteindre les bouches de la Plata. Nous apercevons d’abord une île basse et, sur les récifs voisins, la carcasse d’un grand vapeur qui s’y est échoué il y a quelques années. Dans l'après-midi nous moüillons en face de Montevideo, mais fort * loin dans la rivière, large en cetendroit de plus de cent vingt kilomètres.

Au lendemain de notre départ de Rio, le ther-. momètre ne marquait déjà plus que 20° : maintenant il ne dépasse pas 15°. Moyennant un patagon (5 fr. 50), la chaloupe à vapeur, qui fait le service de la santé, reçoit à son bord les passagers qui veulent se rendre à terre. Nous sommes très nom

breux ; la frêle barque, surchargée, danse sur les : flots d'une manière inquiétante. Enfin, après qua- =

tant le Brésil, os-Ayres, et, lle, de m'emquebots ‘ile la qui, deux, fois, par le détroit Malle royal:

hampton à la lard, et je me e ‘renoncer à

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rante minutes d'une traversée qui me semble

interminable, nous débarquons au quai de la louane, mouillés de la tête aux pieds, mais heu-

reux d'en êtfg:quittes à si bon conmipte. La mer, à .

“Montevideo, ‘ést généralement mawvaise; les gros navires sont retenus au large par suite du peu de profontleur de l'eau près du rivage. L'embarquement y'est toujours difficile et quelquefois même

dangereux, surtout lorsque le pampero vient

balayer la rivière de ses terribles coups de vent. Montvideo est la capitale de 1a République de l'Uruguay, le plus'petit État de l'Amérique du Sud ‘quant au territoire, qui est à peine égal au quart “de celui de la France, mais l'un des plus importants au point de vue des transactions commerciales, La ville, située sur la rive gauche de l'estuaire de la Plata, renferme environ 110,000 habitants, dont plus de la moitié se compose d'étrangers. Les Français, les Basques et les Italiens y. sont en grand nombre. OR DE UN Les blanchés maisons de Montevideo s'élagent en ‘amphithéâtre sur une Colline qui-s’avance dans la rivière et yforme au nord-ouest un port abrilé, mais peu profond. Les rues sont larges, droites et

coupées-à angle droit; on y remarque de riches

magasins et beaucoup de belles maisons particulières, d'hôtels et de banques. Du sommet de la ville on jouit d’une belle vue sur la mer ét les Campagnes voisines. Une ligne de tramways con- ‘uit à Passo-Molino, long faubourg bordé de mai- : sons de campagne. parmi lesquelles: j’admire quelques résidences véritablement princières, en-

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*'MONTEVIDEO ul 213 -tourées de magnifiques jardins plantés de laurierstins en fleur, de camélias, d'agaves, PA et d’une infinité d'arbustes aux feuilles persistantes. On n’ÿ voit qu'un très petit nombre de palmiers. Ces villas sont en général fort élégantes; le style italien domine, mais il y en a aussi de

chinoises et de tous les styles imaginables. Hors

de la ville on s'aperçoit bien vite que nous sommes en plein hiver; les peupliers et les saules ont perdu leurs feuilles. Les arbres fruitiers des jar-

dins ne sont pas encore en fleur. La campagne, .

légèrement ondulée, s'étend au loin sous Ja forme de verdoyants pâturages parsemés de-fMaigres

bouquets d'arbres en tenue d'hiver. Lé$” champs Sont bordés de haïes infranchissables, composés de plants serrés d'agaves et de-cactus, et les routes

plantées d'eucalyptus au feuillage toujours vert. Cà et là s'élèvent de gros ombus, Pircunia dioica,

arbres au tronc énorme, mais dont le bois. est impropre à tout usage: ils ne perdent leurs . feuilles que pendant quelques semaines; j'en ai

remarqué plusieurs sur la jolie place de la Consti-

tution, ‘dont une élégante fontaine de marbre

orne le centre: |

‘ De retour à Montevideo, je passai ma soirée au

grand théâtre Solis, l’un des plüs beaux de l’Amérique du Sud. La salle est décorée avec goût et

parfaitement disposée pour. la commodité et

l'agrément des spectateufs. Jé connais à Paris bien des théâtres qui ne feraient pas mal de prendre modèle sur celui de Montevideo. Le public ne s'en plaindrait point. 5 ‘es

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‘Le lend emäïin j’eus le temps de visiter Je Marché,

où je retrouvai les fruits et productions de l'Eu-

rope, des pommes et des poires. J'y remarquai

aussi des perdrix et des cailles plus grosses queles . nôtres, et de beaux poissons de la Plata aux écailles toutes rouges. TT L'armée de la République de l'Uruguay se recrute principalement parmi les nègres et les gens de couleur; si j'en juge par les quelques soidats que je rencontrai dans les rues, pieds nus et ès vêtements délabrés, elle ne.brille pas positivement par la tenue. : no À Les habitants de la campagne, qui gardent les innombrables troupeaux du pays, portent le nom de gauchos. On en rencontge souvent en ville, bottés et éperonnés, vêtus de” larges pantalons et du poncho national, sorte de manteau en forme de : couverture, au tissu rayé de couléurs éclatantes et percé d’un trou pour ÿ passer la tête. La vie du &aucho <e passé presque tout entière à cheval. Rien de plus commode pour le cavalier quete vétement, qui le garantit de la pluie et .du froid, tout en lüi laissant la liberté complète de ses mouvements. ne A midi, j'attendais sur le quai le petit vapeur qui devait me ramener à bord. Les eaux jaunâtres et clapotantes de la rivière, ses vagues courtes ét précipitées ne me présageaient rien de bon, Cette: seconde. traversée fut encore plus désagréable que la première, et ce fut avec un véritable plaisir que je quittai le plancher par trop mouvant de notre frêle bateau, ‘pour celui du solide Potosi, que les

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Rien de particulier à noter les jours suivants, si ce n'est l’abaissement régulier de la température à mesure que nous nous avançons vers le sud, Notre route se maintient 4 une centaine de milles au large des côtes, *:

Le 10 août, par un ciel sans nuages et un soleil étincelant, nous avons à subir un violent coup de vent du sud-ouest. C’est le terrible pampero ou de, vent des pampbas de la Patagonie. Le thermomètre ne marque que 8. La mer, très forte depuis le matin, grossit encore dans l'après-midi êt devient

MONTEŸIDEO

esi presque constamment envahi par d'énormes vagues qui se répandent ensuite par tout le navire etrendent le pont inhabitable. A la chute du jour, l'océan redouble de fureur; le pont tout entier est

quelquefois submergé. Le roulis est d'une violence extraordinaire, Cependant, malgré la tempête, le ciel est toujours aussi pur, les étoiles | 'esplendissent d'un éclat inaccoutumé, et la pla- | nèté Jupiter brille” au zénith, semblable à une petite lune. | |

Le lendemain la mer est encore grosse, mais le vent s'est un peu calmé. Cependant, comme il } Souffle toujours du sud-ouest, il retarde'sensiblement notre marche. L'eau envahissant le salon, on

bile cirée, de’‘sorte qu'on est forcé de q à

conserver les lampes co oh-rés

LA

AUTOUR DE L’'AMÉRIQUE DU SUD que tout l'intérieur du navire est plongé dans une

( demi-obscurité qui est loih d’en rendre le séjour 2 agréable. int Je profite de ces loisirs forcés pour me fortifier po dans l'étude de la langue espagnole. Deux de mes cel compagnons de voyage, l’un Espagnol et l'autre vir Chilien, mettent la plus grande obligeance à me le donner quelques leçons. Le hasard m'a fait ren- aut contrer à bord un négociant que j'avais connu à doc Paris; il venait de quitter Buenos-Ayres, où il: que avait résidé quelque temps. Je suis heureux de qui, cette occasion qui me permet de me renseigner sur légi Ja République Argentine que, faute de temps, je mel n'ai pu visiter. J'apprends que de terribles inon- l'érr dations viennent de ravager le bassin de La Plata. son On dit que huit millions de têtes de bétail ont péri M dans cet effroyable désastre. La traversée du con- d'un tinent, de Buenos-Ayres à Valparaiso, entreprise ter. relativement facile en été, mais toujours difficile sion. dans la mauvaise saison, à Cause de la quantité de Le neige amoncélée sur les sommets de la Cordillère, nuit est devenue tout à fait impossible cet hiver. Les manc défilés des montagnes sont complétement Obstrués; leter le courrier même ne passe plus depuis longtemps. Comp J'avais eusun instant l'intention d'accomplir ce juille trajet; mais, en raison de ces circonstances excep- Chili tionnelles, je m'applaudis d'y avoir renoncé. Je nort n'en ai pas moins le plus vif regret de n’avoir pu Hlème visiter l’opulente cité de Buenos-Ayres, là sèconde, din par ordre d'importance, de l'Amérique du Sud. Je dix

m'efforce de combler cette fâcheuse lacune de md voyage, en lisant le remarquable ouvrage, récem-

, ; Q Q °? { x L ï , proché en cet endroit, mais l'état de la mer Gtat ‘tel qu'on ne put leur porter aucun secours : et, le

mardi, lé dernier survivant était englouti par les sa

flots ; quelques-uns, Cependant, étaïent parvenus sl

à se sauÿer à la nage. à FE

. Au point du jour, nous continuons notre route,, M

A huit heures, nous apercevons à droite la côte de Æ Patagonie ; :c'est le cap des Vierges, que nous, is doublons une heure’ après; puis, vient le cap Hs

PA Dungeness, à l'entrée nord du détroit de Magellan, Ë : surmonté d’un signal en forme de pyramide. La Se

côte basse de la Terre-de-Feu se dessine à notre: Be

: gauche, nue, stérile et jaunâtre, semblable à celle: a de la Patagonie, avec quelques collines neigeuses thie

dans l'intérieur. Après avoir dépassé un, premier . rs

| chenal, large de deux à trois kilomètres: nous 5

entrons dans la baie de la Possession, puis ‘dans diver

celle de Saint-Félix qui lui fait suite. Les côtes de -J à

la Patagonie et de la Terre-de-Feu sont presque Le toujours en vuè toutes les deux ; aucune trace de . P 2 civilisation n'apparaît sur le rivage désert ; dans he D lintériur, de vastes plaines marécageuses, cou- condf vertes cà et là de maigres broussailles, rien qui Ave

.F indiqueila présence de l’homme ; pas un canot, ee pas une Yoile à l'horizon. d jod | Le thérmomètre ne marque que 4; aussi ks Fe ; passagersirestent-ils groupés autour des cheminées [M ‘cui de la machine, recherchant leur bienfaisante cha- RE ‘X à leur avecautant d’'empressementqu'ils en mettaient pis m à éviter ily a dix jours à peine. Dans notre petit Î Wégier groupe, on échange, à chaqueinstant, le mot dela M elqt

Cent y

situation « Hucho frio » « very cold » très froid.

SUD

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À .'. PÜNTA-ARENAS nl h

À cinq heures, nous mouillons en face de Punta Arenas, en angläis Sandy-Point, colonie péniten-\ tia ire fondée, il y a quelques années, par le Chili, sur un sol dont la propriété lui est engore contestée par la Républiqüe Argentine. Malheureuse- ‘ent il fait huit et nous ne distingüons que très imparfaitement les rares maisons de ce triste village. Une frégate chilienne y est en station; c'est ce seul bâtiment qui soit dans le port. Les officiers, londamnés à ce séjour peu attrayant, s'empressent de venir chercher quelques distractions à bord du Potost, et fraternisent avec leurs.collègues anglais. Les deux nâtions ont toujours eu assez de sympathie l'une pour l'autre : les Chiliens n’oublient pas ls services que leur a rendus l'Angleterre en diverses occasions... | J'aurais bien voulu me rendre à terre, mais le vent est violent et l'obscurité complète.-De plus, le Potosi doit Continuer sa route dans quelques heures. De rares lumières brillent sur la ‘côte, distante de près d'un kilomètre. Dans de telles Conditions une descente à terre ne m'aurait offert d'autre attrait que la satisfaction un peu puérile d'avoir, dans ma carrière de voyageur, foulé du

pied le sal des deux villes les plus rapprochées de

chacun des pôles. En effet, Punta-Arenas, situce aux abords du 53° degré sud, est la bourgade la plus méridionale du globe, tandis que la ville nor-

:Wégienne de Hammerfest, que j'aÿais visitée, il y à

quelques années, en est Ia plus septentriônale. Cent vingt-quatre degrés en latitude me Séparaient

a ea B-LerFrhiara UC CO #15 .

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