‹ Promenades Dans Les NuagesChapitre 17 sur 43 · GONFLEMENT. — ACCESSOIRES ET PRÉPARATIFS · texte numérisé non relu

GONFLEMENT. — ACCESSOIRES ET PRÉPARATIFS

L'ascension d'un aérostat, ou, comme on dit vulgairement, le lancement d'un ballon, ah ! c'est bien certainement un beau spectacle, émouvant et curieux, des milliers de fois donné, depuis rinvention de Monlgolfier, au public des grandes villes, surtout aux Parisiens. C'est le plus souvent sur quelque vaste esplanade, au milieu d'une foule immense, mouvante, impatiente en même temps et attentive. Toute la ville est accourue là pour voir ; on se presse, on se pousse, la place est noire de m.onde. Déjà l'énorme globe se balance au-dessus des têtes. Tous les yeux «ont levés : encore retenu à terre, il semble déjà planer dans l'air. On admire sa forme gracieusement arrondie, son volume. On se demande pourquoi il ne part pas... — « Que font-ils donc là-bas ?» — « Je ne peux pas voir ». — « Moi non plus. » — « On dit qu*on attache la nacelle. » — c On dit qu'il y en a encore pour une bonne heure. » — c Non, ils vont partir tout de suite, t

— (Je suis fatigué de regarder en l'air. » — Tout à coup, au moment où on ne s'y atteodait plus... i Ah !!!.,.> Un cri, — uon, plutôt comme un immense soupir, s'élance de cent mille poitrines; surprise, joie, émotion, admiration.... Le beau globe s'est détaché de la terre ; il monte, rapide ; il diminue, diminue à vue d'oeil. Ce n'est plus déjà qu'une bulle de savon flottante, qu'on perd de vue parfois, puis qu'on retrouve comme une petite tache grise, ronde sur le fond du ciel, et qui va dis-

paraître enfm dans les nuages. On se sent le cceiir battre en pensant qu'il y a des hommes là-dedans...

C'est un beau moment, certes. Mais de tous tes préparatifs, du gonflement du ballon, de la disposition des agrès el des accessoires, des manœuvres curieuses du dépnrt, on n'a rien vu : il y avait trop de foule. — Et pourtant c'est tout cela qu'il eût fallu voir 1

Or, lorsqu'il s'agit non pas d'une simple promenade d'agrément dans les airs, mais d'une véritable excursion scienti-

fique , lorsqu'il faut disposer des inslruments délicats, préparer des observations, toute cette foule autour de soi, ce bruit, ce mouvement, c'est gênant, c'est étourdissant pour des gens qui ont tant de choses à penser au moment du départ. C'est pourquoi presque toujours alors les savants aéronautes choisissent de préférence, pour leur lieu de départ, un endroit plus tranquille, une enceinte fermée, telle que le jardin de quelque grand établissement scientifique, par exemple. Là tout se fera avec calme et sans distraction. Avec ceux qui sont chargés de diriger les opérations, quelques hommes (Téquipe^ ouvriers intelligents et adroits, habitués à la manœuvre, prompts à comprendre, vifs à exécuter ; puis un petit nombre de spectateurs, presque tous hommes de science, c'est toute l'assistance. « C'est là que l'on doit bien voir I » pensez-vous en vous-même. Eh bien, justement, c'est là que je vous invite. — Car vous savez qu'une grande ascension scientifique a été projetée ; on doit faire des observations importantes et Ixès curieuses. Ce ballon que nous avons vu construire y était destiné, vous ai-je dit. De longs préparatifs ont été faits; tout est disposé. On a attendu le moment favorable. Le temps est beau, le ciel clair, quelques nuages seulement dans l'azur; un soleil brillant, un vent modéré, une longue et chaude journée d'élé^ c'est un vrai temps de promenade aérienne : on part aujourd'hui même. Nous serons du petit nombre des spectateurs privilégiés ; vous verrez tout, pas un mouvement ne vous échappera, et je serai là pour tout vous expliquer.

On a donc choisi un endroit suffisamment dégagé d'arbres et d'autres obstacles, abrité du vent autant qu'il se peut, un sol bien aplani. Ils eût été bon d'y étendre une vaste toile afin de préserver Tétoffe délicate. Le ballon a été apporté, enveloppé dans son Glet; on l'a déposé à terre sur Taire ou sur la toile, en étalant avec soin l'étoffe et le filet. Puis on a dégagé de dessous Vappendice, la manche; on y joint le tuyau flexible par lequel s'introduira le gaz. Enfin, le plus souvent, surtout si

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on crainl le veot, on dispose des cordes avec des poulies, attachées â quelque endroit élevé, soit aux arbres, soit aux édifices, pour soulever un peu le ballon lorsqu'il commencera A se gonfler et l'empêcher. de se balancer trop fortement.

Nos aéronautes ont décidé que le ballon, cette fois, serait gonllé au gaz d'éclairage. Pourquoi? C'est, ont-ils dit, tout

d'abord par économie ; mais c'est plutôt encore pour plus de commodité et de promptitude. Car la préparation du gaz hydrogène pur est une opération non-seulement très dispendieuse, mais pénible, assez lente; il faut construire des appareils spéciaux. Le gaz d'éclairage, au contraire, est prêt au moment où on en a besoin : il n'y a qu'à tourner un robinet.

La force ascensionnelle est moindre, il est vrai ; mais avec les

dimensions du ballon que nous avons décrit, elle sera plus que suffisante. Donc on a branché, c'est-îi-clire ajusté, sur l'un des conduits qui amènent le gaz pour éclairer la ville, un assez long et gros tuyau flexible en caoutchouc,, que vous voyez là gisant à terre et dont l'extrémité est liée à l'appendice. On ouvre le robinet du conduit; et voilà que le gaz, arrivant des grands gazomètres (réservoirs à gaz) de l'usine par les tuyaux souterrains, afflue par la unanche de caoutchouc et pénètre par l'appendice : le gonflement est commencé. — Déjà vous voyez la toile flotter, puis se soulever, se tendre, se bomber peu à peu. Le monstre^ — je ne puis m'empêcher de penser à cette bonne histoire du ballon de Gonesse, — la hêie s'enfle, grossit, commence à prendre un aspect formidable I

Tandis que l'enveloppe, soulevée par le gaz, s'arrondit en dôme et arrive à ressembler, ma foi, assez bien, à la carapace d*une énorme tortue, suivons les détails de la manœuvre. Autour du filet qui se tend, voyez-vous, rangés debout, en cercle, de petits sacs? Ce sont des sacs pleins de sable, liés à la gorge et pouryus chacun d'un crochet. Accrochés aux mailles du filet, ils pèsent sur le ballon et le retiennent; ils l'empêchent de céder trop facilement à l'effort du gaz qui déjà tend à le soulever. A mesure que les toiles se développent et que le ballon s'arrondit, les hommes d'équipe décrochent les sacs pour les accrocher quelques mailles plus bas. De la sorte, toujours maintenu, le ballon s'enfle régulièrement, sans secousse, et graduellement s'élève.

Mais déjà le voici entièrement soulevé au-dessus du sol. — Éloignons-nous un peu pour mieux juger de sa forme. Le globe oscille légèrement; on dirait qu'il s'agite d'impatience et qu'il a hâte de quitter la terre. Gomme il s'envolerait, en effet, s'il pouvait seulement se dégager! Mais son vaste réseau, toujours chargé de sacs de sable, le retient captif comme une alouette sous le filet de l'oiseleur... De plus, pour mieux contenir ses efforts, pour l'empêcher d'osciller trop facile-

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mcDt et de se jeter sur le côlé au moindre soufQe de brise, quatre longues cordes, tendues obliquement, le rattachent  la terre. Vous les voyez, nouées d'une part à un autre cordage qui, entrelacé aux mailles du ûlet, Torme ceinture à mi-hauteur de l'aérostat, dessinant l'équateur du gbbe; — et c'est pourquoi ces cordes de retenue sont aussi appelées cordes d'équatettr. Pour ce moment elles sont liées bien fortement

par leur autre extrémité à des troncs d'arbres ou à de gros piquets solidement enfoncés en terre.

Et maintenant, pour quelque temps encore, patience : un ballon ne se gonfle pas en un clin d'œil. Savez-vous bien que pour remplir convenablement notre globe, il nous faut de 1400 à 1500 mètres cubes de gaz, — de quoi éclairer toute une nuit une petite ville? Or, pour que cette quantité considérable de gaz nrrive par d'étroits conduits, il faut un certain temps; trois ou quatre heures, au moins, si tout va bien.

Si tout va bien : car l'opération du gonflement d'un ballon

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n'est pas toujours chose facile et sans risques. Les difficultés^ les dangers même, quand il y en a, viennent presque toujours de la même cause : le vent. Le vent est-il un peu fort, si bien abrité que soit le ballon, il devient presque impossible de le maintenir immobile. Songez-vous quelle prise donne au vent cette immense surface de toile, plus vaste* que la grande voile d'un navire ! Le globe tourmenté s'agite avec violence dans ses liens; il faut multiplier les cordes de retenue. Et alors on ne peut plus les attacher à des obstacles ; les saccades les feraient casser net; il faut que des hommes nombreux les saisissent et les maintiennent. Parfois on a vu plus de soixante ou quatrevingts hommes vigoureux s'épuiser en vains efforts pour maîtriser le ballon qui bondissait furieux... En pareilles circons* lances les manœuvres deviennent difficiles et lentes, comme vous le pensez bien; et c'est du bonheur encore s'il n'arrive pas quelque accident plus grave. Les toiles palpitent aux rafales, battent à grand bruit; on craint à chaque instant qu'elles ne se déchirent, que le globe ne s'entr'ouvre : la chose est arrivée plusieurs fois. Plus d'une fois, rompant ses liens ou les arrachant aux mains des hommes d'équipe, se jetant sur le flanc, puis rebondissant avec violence, on l'a vu se heurter aux angles des édifices, aux branches des arbres; l'enveloppe craquait de toutes parts, l'aérostat, dégonflé en un clin d'œil, s'afl^aissait, mis en lambeaux, déchiqueté peut-être en minces lanières. — Un jour, il y a quelques années, d'habiles aéronautes étaient en train de gonfler leur ballon, un globe de dimension médiocre. Ils avaient choisi pour lieu d'expérience l'usine à gaz elle-même, et s'étaient installés tout près des réservoirs du gaz, afin d'être servis mieux et plus vite. Tout allait bien, le ballon était gonflé, on allait partir : tout à coup, au moment où on s'y attendait le moins, une rafale le saisit, Je couche sur le flanc. Les ouvriers veulent le retenir : impossible; il les emporte dans ses bonds furieux, les enlève de terre, suspendus aux cordages. Le filet s'accroche aux engins du gazomètre voisin, l'enveloppe

crève, — et, comme le dit le spirituel aéronaute, les assistants, venus pour voir un dépari, ont le spectacle d'un naufrage ! Ali I autre danger encore : le feu. Vous n'avez pas oublié que le gaz qui remplit le ballon est celui-U justement qu'on appelait autrefois air inflammable.. , Inflammable, il l'est , vous savez Jusqu'à quel point, si vous avez vu allumer un bec de gaz. Donc ni lampe, ni feu d'aucune sorte aaprès d'un ballon en voie de gonflement, fût-ce en pleine nuit. Avis aus spectateurs ; que nul ne s'avise d'allumer une pipe ou un cigare, et

cela sous peine... sous peine de mort peut-être. Vous avez entendu : une seule étincelle que le vent emporterait de ce côté pourrait... Ah! quelle belle flamme cela ferait, si le feu allait prendre à cette énorme masse de gaz! Quelle gerbe de feu ! Et quelle explosion épouvantable peut-être, si le vent, pénélranl dans l'aérostat, venait mélanger l'air au gaz I Un tel accident arriva, il y a quelques années, en Amérique. Une autre fois ce fut le magnilique ballon /e Colosse, monté par le célèbre aéronaute Godard, qui flamba comme une allumette ; et cela encore pour une pipe de tabac I Hais c'était à l'arrivée, non pas au départ, et en rase campagne, heurcusemeni. — Eh! com-

ment faire aussi ? On était en Italie, près de Florence; Taéronaute ne savait pas Fitalien; les paysans qui étaient accourus autour du ballon gisant à terre, pour le voir, pour aider à le dégonfler, ne savaient pas le français, bien entendu. Impossible de faire comprendre à ces gens-là quel danger ils courent. On veut leur arracher leurs pipes, ils se débattent comme de beaux diables : si bien qu'une étincelle s'envole, le gaz qui sortait à flots prend feu... Il y eut quelques barbes roussies, dit-on. Mais dans un espace étroit et encombré de bâtiments on n'en eût pas été quitte à si bon marché, sans doute! — Enfin un dernier conseil de prudence : sachez que le gaz d'éclairage, respiré en grande quantité, est asphyxiant; nous nous abstiendrons donc d'aller flairer, sans nécessité et sans précaution, autour des ouvertures par où l'hydrogène carboné pourrait s'échapper, atiu qu'il ne nous arrive pas ce qui arriva aux savants aéronautes Bixio et Barrai, lesquels faillirent être asphyxiés au milieu des airs par le gaz sortanfà flots à travers l'appendice ouvert de leur ballon.

Tandis que nous devisons, le gaz afflue sans cesse. Là partie ^ supérieure du globe apparaît parfaitement arrondie et bien tendue; l'étofi'e se montre raide et lisse entre les mailles: c'est à cet endroit que s'exerce la pression du gaz qui fait efibrt pour soulever la machine; à la partie inférieure, au contraire, les toiles sont encore flasques et flottantes. Pourtant Taéronaute vient de donner l'ordre d'arrêter le gaz. — C'est qu'un ballon ne doit jamais être complètement gonflé au départ, et cela pour une raison qui vous sera expliquée en son lieu. Surtout s'il s*agit de s'élever bien haut dans l'air et de faire un long voyage, il doit être rempli aux trois quarts^ tout au plus, ou mieux, aux deux tiers seulement. Et c'est là justement pourquoi la force ascensionnelle demeure, ainsi que nous l'avions dit, d'un quart ou d'un tiers moindre que celle qu'aurait donnée le ballon entièrement gonflé, complètement sphérique. L'opération du gonflement est donc terminée; et voilà qu'on va disposer les agrès, les accessoires que

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VOUS voyez éparsàl'entour; tout d'abord le ccrc/e et li nacelle. Le cercle est un grand anneau de bois, tout semblable à un cercle de tonneau d'un mètre et demi k deux mètres de diamètre, mais beaucoup plus large et plus fortv Quant à ce char aérien que les aéronautes désignent sous le nom poétique de nacelle, je vous demande, — pour une fois, — la permission de l'appeler de son vrai nom : le panier. Imaginez un énorme panier àvaisselle, en osier... Seulement sa construction est plus

solide, en même temps plus lourde et moins élégante que celle de l'ustensile de ménage dont nous tirons notre comparaison. Dans l'inlérieur sont deux petits sièges, à mi-hauteur, tenant aux parois delà corbeille,et fabriqués en même temps ^enfm les cordes destinées à suspendre le tout sont tressées dans l'osier même. Ainsi construite, toute à jour comme un panier qu'elle est, — peu importe, puisqu'elle n'est pas faite pour flotter sur les eaux, — la nacelle, si elle manque de grâce, est parfaite de solidité, ce qui vaut mieux ; très légère en proportion de sa force, élastique pour résister aux chocs, commode autant que pos-

sible pour un si étroit espace. — Le ballon n*est plus retenu que par les cordes d'équateur, auxquelles se cramponnent les hommes d'équipe; on le laisse se soulever un peu au-dessus de terre. Aux cordelettes pendantes du filet, que Ton cueille en une sorte de gerbe à peu près à la hauteur de Textrémilé de Tappendice, on attache d'abord le cercle ; puis au cercle on suspendà son tour la nacelle. Les boucles étant formées aux cordes, il n'y a plus qu'à faire passer dans leurs œils réunis de petites chevilles de bois : toutes les dispositions ont été prises à l'avance pour qu'au dernier moment l'ajustage se fasse rapidement et sans encombre.

Qu'est-ce encore que ceci ? C'est Vancre au bout de son long câble ; un accessoire indispensable, comme vous le verrez plus tard : une jolie petite ancre, toute semblable de forme à celle dont on se sert pour retenir un navire, mais légère, et toute d'acier pour avoir plus de force. D'autres aéronautes préfèrent un grappin à cinq ou six crochets, également d'acier. L'extrémité du câble de l'ancre s'amarre solidement au cercle; puis le câble lové (roulé) en grosse torsade est suspendu au flanc de la nacelle, ainsi que l'ancre elle-même, au moyen d'une cordelette facile à dénouer ou à trancher. — Et cet autre gros et long câble, qu'on attache aussi au cercle, et qu'on suspend, roulé de même, à l'autre flanc de la nacelle, qu'aurat-il au bout? — Rien. C'est la corde traînante ou guide-rope; vous verrez son utilité. Et ceci encore, cet engin de forme bizarre, assez semblable à un filet à prendre les papillons, mais de grande taille, c'est aussi un appareil de sécurité, tout récemment inventé, le cône-ancre. Je vous en expliquerai plus tard la construction et l'usage.

Observons encore une chose : c'est l'ouverture de l'appendice, de la manche pendante, qui est restée béante. Le gaz, que nous disions si fuyant, qui se glisse par les trous d'aiguille, ne va-t-il pas s'échapper à grands flots par cette large porte ouverte? Non ; et pourquoi ? Parce que cette porte ouverte est située

:â la partie inférieure du ballon. Or le gaz plus léger que Tair tend toujours à monter ; et vous n'oubliez pas que l'aérostat n'est pas complètement gonflé : l'hydrogène carboné restera donc dans la partie supérieure du ballon. Mais en certaines circonstances, comme vous le verrez bientôt, le gaz se dilate, «remplit et distend tout le ballon ; et alors, s'il prend encore plus de volume, le surplus peut librement se déverser par l'orifice inférieur. L'appendice ouvert au bas du ballon, c'est comme un trop-plein à un réservoir d'eau, comme un déversoir à un ^tang. — Par l'ouverture de l'appendice pendent deux minces cordages qui descendent jusque vers la nacelle, à portée de la main des aéronautes. Le premier, c'est la cord^ de la soupape. Nous avons examiné sa disposition; il vous souvient comment il suffit de la tirer pour que les clapets de la soupape s'entr'ouvrent, et que le gaz s'échappe. L'autre... ah! c'est une ressource extrême en certaine détresse: c'est la corde de déchi' rxire. Elle est cousue à l'intérieur le long d'un des fuseaux de l'enveloppe, de telle sorte qu'en la tirant fortement l'étoffe se déchire, se fend de haut en bas, ouvrant une immense plaie au flanc du ballon.. . Or il est des cas, vousle verrez, où ce procédé "violent peut devenir un moyen de sauvetage.

Puis encore voyez-vous, attachée à l'équateur du ballon, cette longue banderole de soie légère, aux trois couleurs nationales, «et qui ondule à la moindre brise, semblable à ces flammes •que les marins, aux jours de fête, font flotter aux mâts du navire pavoisé? — « Oui, dites-vous; je vois: c'est le pavillon du vaisseau aérien, signe de joie et d'orgueil! Un peu de coquetterie n'est pas déplacée en la circonstance.» — Déirompez-vous; un pur et simple ornement, c'était bon autrefois. Au siècle dernier on avait fort ce goût des ornements. Les premiers globes aériens étaient décorés de draperies et de peintures ; -c'étaient des dieux et des déesses de la fable, environnés de nuages, et des Renommées embouchant leurs trompettes, et des <;hiffres entrelacés, des torsades, des guirlandes. Aujourd'hui,

le goût est plus sévère. On veut que la seule beauté d'une machine, d'un appareil scientifique, soit celle qui résulte de l'élégance de l'ensemble, de la bonne proportion des diverses parties. Rien d'inutile; plus de mythologie, pas un pouce de dorure. Vous ne feriez pas emporter à un aéronaute de notre temps un objet pesant seulement 100 grammes, et qui n'eût d'autre emploi que de paraître. El si nos amis ont fait les frais de celte jolie banderole, sans savoir encore à quoi elle peut bien servir, dites-vous toujours, en attendant, qu'elle doit servir à quelque chose. Et dites-vous encore la même chose au sujet de ces petits sacs pleins de sable qu'on est maintenant en train d'arrimer au fond de la nacelle. — Mais que dis-je? déjà vous savez que ces sacs forment le lest, le poids supplémentaire, destiné à être jeté par dessus le bord, lorsqu'il devient utile d'alléger l'aérostat. Peut-être [ne vous rendez-vous pas assez bien compte de la nécessité de se surcharger ainsi au départ, avec la prévision de se décharger en route. Vous le comprendrez plus lard. Du moins, rappelez-vous bien de ceci : c'est que le lest, c'est le trésor de l'aéronaute. Plus il en a, mieux cela vaut; on n'en a jamais de trop, et trop souvent on n'en a pas assez!

Maisexaminonsplutôtce que foninosaéronautes s'empressant autour de leur nacelle encore posée à terre. Ils embarquante ils arriment dans l'étroite corbeille tout ce qui est nécessaire pour le voyage : leurs instruments d'observation tout d'abord ; nous aurons meilleure occasion de les examiner en détail. Puis voici de moelleuses et chaudes couvertures de voyage : ce ne sera pas de trop là-haut, disent-ils. Enfin des provisions, du pain, des viandes froides, quelques bouteilles de vieux vin, de quoi faire un bon diner, enfm; car on ne trouve pas d'auberge au-dessus des nuages, et le grand air doit ouvrir singulièrement l'appélit !

Les voyageurs aériens sont de trois sortes : il y a les promeneurs, les observateurs et les conducteurs. Les premiers montent dans les airs pour voir et pour sentir; pour jouir d'Un

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Spectacle merveilleux et rare, et éprouver des impressious qu'il D'e&t donné qu'à uD petit nombre de mortels de connaître... Les seconds sont là pour étudier de près la Tormalion des nuages, la direction des vents, les propriétés de l'air à une grande hauteur, la distribution de la chaleur et de l'humidité; tous les phénomènes de l'atmosphère. Puis il y a les aéronautes de profession, hommes qui ont acquis une grande expérience dans l'art de conduire leur ballon; ceux-là sont les < guides de l'air»; comme il y a des pilotes pour diriger les navires sur les

mers, eux ils sont les pilotes des vaisseaux aériens. — Un homme seul ne peut pas tout Taire à la fois commodémeni, manoeuvrer et observer; c'est trop d'ouvrage. Et voilà pourquoi, lorsqu'un savant entreprend un voyage de découvertes dans les régions de l'air, il s'élève rarement seul ; il prend le plus souvent un ou deux compagnons, ordinairement un aéronaule expérimenté. On se partage la tâche; l'un conduira la machine, manœuvrera, pensera aux précautions à prendre, aus mesures de sûreté ; la vie des deux lui est confiée. L'autre, déchargé de ces soins, sera tout entier à ses observations.

Le lest esl arrimé, et voici que nos aéronautes, — ils sont deux, l'observateur et le pilote, — entreniàieur tour dans la nacelle. Le moment est solennel ; ce sont les recommandations des amis, les poignées de main émues du départ. — Plus d'un jalouse le sort des heureux voyageurs. Quand on voit ces gens-là assis tranquillement dans leur panier, et qu'on pense que dans un moment ils vont planer au dessus des nuages la fièvre aéro

ttfluitçMe vous prend, cl on enrage de rester à terre! Onsesent des envies de faire comme le moine Dom Pesch, qui, spectateur des préparatifs d'une ascension, au moment de partir, bouscula tout le monde pour s'élancer dans la nacelle... Nous nous y élancerons, dumoins, par la pensée ; noussuivroas en esprilnos deux aéronautes. Nous allons faire avec eux , dans les airs, un voyage idéal, où nous observerons, autant qu'il nous sera possible, tout

ce qui peut se présenter à observer au cours d'une grande et belle ascension, et la manœuvre du vaisseau, et surtout les sensations des voyageurs. Un vaste champ ! de merveilleux et émouvants spectacles! Mais ne nous attardons pas en discours; une dernière opération s'exécute, à laquelle nous devons encore assister : le pesage. Le calcul du poids que peut enlever l'aérostat a été fait ; on a pesé les agrès, les instruments — et aussi les aéronautes. Maintenant il s'agit de lester la machine de telle sorte que, la lutte s'établissant entre la chaîne et la force ascensionnelle, il reste un excédent de force ascensionnelle. Cet excédent doit être très petit, quelques kilogrammes seulement: cinq, ou dix, ou vingt, ou plus, suivant les cas. Lorsqu'il y a un faible excédent de force ascensionnelle, le ballon s'élève doucement; si l'excès était trop fort, il s'élancerait comme une flèche, il pourrait en résulter des inconvénients et des dangers. Quand on a tout son temps, que l'air est calme, que le ballon se tient bien immobile, on pèse avec précision, on équilibre avec soin; quand, au contraire, on a hâte, que le vent s'abat par rafales, que le ballon s'agite et qu'on apcine à le contenir, alors... on fait comme on peut.

Voyez manœuvrer nos aéronautes : ils avaient chargé dans la nacelle quelques sacs de lest de trop; on les enlève l'un après l'autre, on décharge graduellement le ballon jusqu'à ce qu'il semble en parfait équilibre, sans tendance sensible à monter ni abaisser. A ce moment, l'équilibre estétabli, la nacelle effleure à peine le sol ; il est bien évident que si on vide encore en outre un sac de sable pesant, par exemple, dix kilogrammes, le ballon tendra à monter avec une différence de dix kilogrammes juste en faveur de la force ascensionnelle. — Les aéronautes jettent le sable; le ballon se soulève doucement déterre encore retenu par ses câbles, c Attention 1 1 Les hommes d'équipe qui tiennent les cordages sont prêts au commandement. Tous les yeux sont tournés vers les voyageurs; tous les cœurs battent. . . — Un^instant de silence, puis le cri du départ :c Lâchez tout I >

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