FORMATION DES NUAGES
Revenons encore à une de nos suppositions. Nous avions imaginé, il vous en souvient, un mèlre cube d'air chaud, à la température de 25 "" par exemple, et contenant, si vous voulez, 20 grammes d'eau en vapeur : à la rigueur, il pourrait encore en contenir davantage (24 1/2). Supposons maintenant que cet air se refroidisse jusqu'à la température de 10 degrés : à cette température un mètre cube d'air ne peut dissoudre que 10*'l/2 devapeur.Que va devenir lereste? Le reste, c'est-à-dire 9«'1/2 de vapeur, ne pouvant plus rester dissous, va se condenser en gouttelettes au sein de l'air, ce qui Tera un brouillard extrêmement épais. Que cet air soit réchauffé maintenant jusque vers 25 degrés: il devient capable de redissoudre cette vapeur qui s'était condensée ; les gouttelettes liquides s'évaporent rapidement, l'air se refait transparent : le brouillard a disparu.
Ainsi se forment, ainsi se fondent, dans les airs, les nuages. Les vapeurs qui s'élèventde la terre se dissolvent dans l'air ; Tair devient plus ou moins humide. 11 est chargé de vapeur, mais non pas complètement saturé^ ce qui fait que cette vapeur reste invisible. Or l'air humide est un peu plus léger que l'air sec; il monte donc, il s'élève dans l'atmosphère. En s'élevant, il atteint des hauteurs où la température est plus basse; ou bien encore, c'est un vent chaud qui arrive chargé de vapeurs dans un lieu plus froid, et s'y refroidit lui-même. Alors il ne peut plus garder toute cette vapeur qu'il contenait ; il n'en peut plus tenir dissous, par exemple, que les deux tiers. L'excédent se condense en globules : — voilà un nuage d'eau. Le refroidissement est-il plus grand, la température s'est-elle abaissée audessous de zéro, la vapeur qui se condensera ne pourrait demeurer liquide ^ Elle gèle nécessairement, elle est forcée de passer à l'état de glace : voilà un nuage de petits glaçons.
1. Dans certaines conditions les globules d*eau des nuages et des brouillards peuvent encore demeurer liquides dans un air plus froid que zéro; mais si la température baisse de plus en plus, il arrive nécessairement un moment où les gouttelettes passent à rétat de glace.
Encore un souvenir. Vous avez curieusement admiré les charmantes broderies, les merveilleux feuillages que la gelée dessine, Thiver, sur nos vitres. — Au dehors, il glace dur ; et les vitres elles-mêmes sont très froides. L'air de l'appartement, au contraire, est plus chaud ; et en même temps il est humide. Cet air, lorsqu'il touche la vitre, se refroidit; la vapeur qu'il contient se condense sur le verre, absolument comme celle de votre haleine se condense 5ur le miroir ; seulement, comme la vitre est à une température glaciale, l'eau, au lieu de s'y fixer en gouttelettes, s'y gèle, s'y attache à l'état de petits glaçons. Or quandla glace se forme lentement et librement, elle prend naturellement la forme d'aiguilles minces, allongées, transparentes, semblables à de petites baguettes de cristal. On dit alors qu'elle cristallise. Ces aiguilles formées sur la vitre, tantôt couchées les unes près des autres, tantôt enchevêtrées d'une façon capricieuse, forment des figures demi-régulières: des étoiles, des fleurettes, des feuillages. Imaginez qu'au lieu de se coller sur la vitre elles se forment, ces aiguilles, au milieu de l'air même : vous avez le nuage de glace que nos aéronautes ont traversé.
Non pas une fois, mais cent fois, les voyageurs de l'air ont vu autour d'eux se former des nuages. Dans l'air pur, une légère buée apparaissait d'abord, puis graduellement s'épaississait, à mesure que la vapeur invisible se condensait eu globules. D'autres fois, tout au contraire, ils voyaient de lourdes nuées se dissiper peu à peu, et enfin s'évanouir sans laisser de traces. Imaginez par exemple que la couche d'air semée de gouttelettes d'eau s'échauffe aux rayons d'un soleil ardent : les globules vont s'évaporer et disparaître. Ainsi on voit très souvent, au matin des beaux jours d'été, des nuages qui s'étaient formés par le refroidissement de la nuit fondre à vue d'œil quand le soleil monte sur l'horizon. Combien de fois j'ai suivi des yeux quelqu'un de ces jolis flocons blancs courant par le ciel, et qui, à mesure qu'il avançait, s'amincissait et finissait par s'é-
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vanouirl Tantôt c'est un vent chaud et sec, qui tombe sur un amas de grosses nuées, lesdéchire, les disperse, puis les dissout ; tantôt, tout au contraire, c'est un doux souffle, tiède et lent, qui peu à peu les fond et les dissipe, t Le vent mange les nuages, > disent les paysans : il serait plus exact de dire qu'il les boit ! Maintenant que nous avons vu de près la formation des nuages, nous pouvons apprendre à les classer non plus seulement selon leur aspect, mais selon leur nature. Nous faisons d'abord deux grandes classes: les nuages de pluies formés de globules liquides, et les nuages de neigCy formés d'aiguilles de glace. Le nuage de pluie offre-t-il la forme montueuse que nous avons tant de fois remarquée, il mérite de conserver son nom de cumulus, qui exprime cet entassement irrégulier. L'amas de vapeurs condensées est-il au contraire étalé sous forme de couche, de nappe plus ou moins épaisse, couvrant parfois tout le ciel, c'est le manleaUy en latin pallium: manteau parfois troué, ou déchiré en lambeaux, souvent rapiécé de morceaux plus clairs ou plus sombres. Mais très souvent un nuage offre une apparence intermédiaire entre ces deuxformes opposées; pour exprimer qu'il tient à la fois de l'une et de l'autre, nous réunirons les deux mots, en disant que c'est un pallio-cumulus. Un lambeau de pallmm ou de pallio-cumulus, vu par sa tranche, près de l'horizon, prend cet aspect de barre, de raiedenuages que nous désignons parle mot àe stratus :\e même, vu par-dessous, directement au-dessus de notre tète, nous apparaîtrait avec sa vraie forme de couche plus ou moins étendue. Ce que nous avons appelé le nimbus^ c'est le nuage aqueux, quelle que soit son espèce (pallium, ou cumulus, ou pallio-cumulus), épais et sombre, au moment où il est prêt à s'écrouler en averse. On peut encore distinguer de nombreuses variétés. C'est le nuage de giboulée, sorte de cumulus isolé, qui fond en pluie et fait une traînée d'arrosément sur son passage, tandis qu'autour de lui l'air est pur. C'est le nuage orageux, un cumulus encore, mais plus dense, plus épais que les autres^qui devient parfois presque noir, avec
ses contours moDtueux : souvent sa base parait s'allonger commelatratnéed'unstratus.Ilcourt par le ciel, sombre, menaçant, portantdanssesflancsla foudre... Lorsqu'il contient delà grêle, il est plus pesant et d'un aspect plus eiTrayant encore. Maiotemant passons aux nuages de neige. Les plus légers, les
plus élevés, filamenteux, plumeux, comme bouclés, sont les véritables cirrus. Supposez maintenant des nuelles oITiant un aspect très léger encore, mais se rapprochant un peu de celui du cumulus ou du pallium; nous formerons pour les nommer les mots composés de cirro-cumulus, et de pallio-cirrtts. Le cirro-cumulus est te auage pommelé, cotonneux, blanc, dont le ciel est parfois toultachelé,etquilui donne l'aspect moutonné;