‹ Promenades Dans Les NuagesChapitre 27 sur 43 · FORMATION D£S NUAGES · texte numérisé non relu

FORMATION D£S NUAGES

exposée à Tair, s'évapore, c'est-à-dire se Iransforme lentement en vapeur qui se mêle à Tair et que le vent disperse. Ainsi encore celle qui imbibe le linge étendu à sécher s'en va par évaporation, et d'autant plus vite que l'air est plus sec, plus chaud» et qu'il fait plus de vent. — De l'immensité des mers, des terres, des cultures, des prairies, des forêts, sans cesse s'élèvent des vapeurs. Combien de Tois, à l'heure de midi, par une chaude journée d'été, me penchant sur les sillons, ai-je vu monter les vapeurs transparentes, presque indiscernables; l'air ondulait, et les objets vus au loin, mon regard rasant le sol, semblaient trembloter : c'est Mérienne * la fée, disent les paysans, qui danse sur les guérets. — Surtout aux environs de l'équateur, où les eaux sont fortement échauffées par le soleil ardent, l'océan est comme une immense chau* dière, d'où l'évaporation active et rapide soulève à Tétat de vapeur d'énormes masses d'eau qui se répandent dans l'atmosphèrCy et que les vents emportent au loin. Mais, quanil elle est très froide, l'eau s'évapore aussi, quoique plus lentement; môme la neige, même la glace émettent des vapeurs; en sorte qu'un bloc de glace qui ne dégèlerait pas finirait par disparaître complètement par simple évaporation.

Or la vapeur d'eau est invisible, comme l'air lui-même. Mêlée à l'air, dissoute dans l'air, elle a disparu pour nos yeux. L'air, autour de nous, contient toujours de la vapeur d'eau invisible; il en contient plus ou moins suivant les circonstances. Quand il en contient peu, en proportion de ce qu'il pourrait en contenir, nous disons que l'air est sec ; s'il en contient une proportion plus grande, nous disons qu'il est humide, Ex\£m quaqd l'air est chargé de vapeur d'eau autant qu'il peut en tenir, les physiciens disent qu'il en est saturé. Mais la quantité d'eau que l'air peut ainsi contenir à l'état de vapeur dissoute, invisible, varie beaucoup selon la température. Plus il est

1. Contraction du mot méridienne (mefidies, en latin, midi); c'est la personnification de la chaleur du milieu du jour dans les campagnes.

chaud, plus il peut en dissoudre. Ainsi, à la température de zéro, un mètre cube d'air peut contenir au plus environ 5«' 1/2 (5«%66) d'eau en vapeur; à la température de 25 degrés, qui est une température d'été, il peut en contenir plus de quatre fois davantage (24'%61). — Plus l'air est chaud, plus il nous paraît sec, d'ordinaire; et pourtant, justement, c'est alors qu'il renferme plus d'eau...

C'est vrai; mais ce n'est pas la quantité de vapeur d'eau qui fait l'air sec ou humide ; c'est, disions-nous, le rapport de celle qu'il y a avec celle qu'il pourrait y avoir: la proportion. Supposez, par exemple* un mètre cube d'air à la température de zéro, et contenant 5 grammes d'eau à l'état de vapeur : nous disons qu'il est humide, parce qu'il contient presque autant de vapeur qu'il peut en contenir à cette température ; il est presque salure. Imaginez maintenant que cet air soit échauffé jusqu'à la température de 25 degrés ; sans avoir perdu un atome de la vapeur qu'il renfermait, il paraîtra et sera en effet très sec; c'est-àdire qu'il sera très loin de contenir tout ce qu'il pourrait dissoudre d'eau. Avec une quantité double ou même triple, 10 grammes ou 15 grammes, il serait encore assez sec, assez éloigné de la saturation.

Or la connaissance de la quantité de vapeur d'eau que contient l'air suivant les saisons de l'année, les heures du jour, la direction des vents, à la surface du sol, mais bien plus encore dans les hauteurs de l'atmosphère, est une chose des plus importantes pour nous ; et vous le concevez sans peine, puisque c'est de cette vapeur que se forment là-haut les nuages. Et alors la pluie et la neige, la rosée, les orages, bien d'autres phénomènes encore sont les effets de l'humidité de l'air.

Aussi nos voyageurs aériens, comme tous les aéronautes soucieux de faire des observations utiles, ne manquent pas de mesurer et noter avec le plus grand soin le degré d'humidité de l'air aux différentes hauteurs. Ils ont pour cela de petits appareils qu'ils consultent à chaque instant, et qu'on nomme hygro^

FORMATION DES NUAGKS. 171

7nètres:en grec, mesure-humidité. Il en est de plusieurs sortes ; et je ne m'arrêterai pas à vous les décrire, parce que la structure de ces instruments et 1 a façon de les mettre en expérience sont choses assez compliquées. Mais comme les promenades en ballon, — surtout à une grande hauteur, — ne se font pas tous les jours, nous n'en savons pas encore bien long, malheureusement, surThumidité deTair. Tout ce que nous savons, c'est qu^à partir de la terre, par un temps ordinaire, Thumidité augmente à mesure qu'on s'élève, jusqu'à une certaine hauteur, qui est souvent d'un millier de mètres. Au-dessus de cette couche d'air la plus aqueuse^ l'humidité va diminuant de plus en plus. A de grandes altitudes la sécheresse est souvent eitrême. Parfois les aéronautes ont vu les feuilles de leur carnet devenir raides et crispées, tant elles étaient desséchées, comme une feuille de papier qui se racornit quand on la présente devant le feu. Mais il n'en est pas toujours de même. Ainsi, sur la terre même, vous savez que l'humidité varie beaucoup suivant la direction des vents; il y a, comme on dit, des vents secs et des vents humides. Chose facile à comprendre : un vent, par exemple, qui a passé sur de vastes mers, nous arrive tout chargé de vapeur d'eau ; un vent qui a traversé de grandes étendues de continents desséchées par le soleil sera lui-même naturellement très sec. Or, comme à diverses hauteurs, nous l'avons observé, régnent souvent des vents différents, vous comprendrez qu'en s'élevant dans l'atmosphère on puisse traverser successivement des couches d'air plus sèches et plus humides. A de très grandes altitudes, 12000 ou même 45 000 mètres, au-delà peut-être encore, là où le froid est extrême, il doit y avoir très peu de vapeur d'eau ; il y en a, pourtant, puisque des nuages se forment souvent dans ces régions perdues de l'air.

Or nous ne sommes pas montés si haut uniquement pour admirer les nuages. Nous voulions savoir comment ils se forment; nous voulions surprendre la fabrication de la pluie, de la neige, de la grêle, dans leur atelier aérien. Observons

donc; et, avant toute chose, rappelons-nous une expérience mille fois faite. — Avez-vous regardé bouillir la marmite? Vous avez vu naître un nuage.

Mais tenez, faisons comme les chimistes ; mettons notre eau bouillir dans un vase de verre de forme arrondie, afin de mieux voir ce qui se passe. L'eau bouillonne; la vapeur se forme en abondance. Toute la capacité du vase est transparente et parait vide. La vapeur, la vraie vapeur, est invisible. Audessus du goulot seulement, dans Tair extérieur, naitet flotte comme une humide fumée. Je pose sur le goulot, une seconde seulement, un objet froid et poli, — une soucoupe de porcelaine, si vous voulez. Vous savezce qui arrive : elle se couvre de fines gouttes d'eau. La vapeur qui louche Tobjet froid se refroidit; elle ne peut plus rester à l'étal de vapeur. Elle se condense^ elle redevient liquide. Elle perle en gouttelettes smv V objet mime : c'est une rosée.

Or la vapeur abondante qui s'élève au-dessus du vase, se mêlant à Tair froid, se refroidit aussi, de la même façon ; elle se condense de même, en gouttelettes liquides. Seulement ces gouttelettes se formant, non pas au contact d'un objet solide, mais dans Vair, y flottent comme une poussière, troublant sa transparence : — voilà le nuage.

Mais que dis-je? Vous-même vous êtes un créateur de nuages ! Quand vous respirez, l'air chaud qui sort de votre poitrine est chargé d'humidité. En effet, si vous envoyez votre haleine contre la vitre froide, elle se ternit; vous voyez l'eau se condenser en rosée. Lorsque le temps est chaud, cette humidité de votre souffle, la vapeur qu'il contient, se dissout, se disperse invisible, dans l'air environnant. Mais l'hiver, lorsqu'il gèle, par exemple, l'air trop froid ne peut pas dissoudre la vapeur de notre haleine; saisie, elle se condense en globules, devient visible, — forme un véritable nuage enfin; — et c'est alors que tous les passants fument^ dites-vQus, comme autant de locomotives : ce qui vous amuse fort à observer.

Page 1