‹ Promenades Dans Les NuagesChapitre 30 sur 43 · CLASSIFICATION DES NUAGES · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DES NUAGES

ÎQjUj^ug J Nuages bouclés, striés, aranéens, plui meux, queues de chat.

Cirrihcumulus ( Nuages pommelés, moutonnés, pana- . { chés, treillages, etc.

Cirro^tratus ..,,.... , ) Nuages nappés, nuage» filés.

Cumulus Nuages montagneux, balles de coton .

Nuages de \ ( Nm^bus. Nuages à averses, nuages à

Pallio-cumulus \ giboulées.

pluie j f Nuages orageux. Nuages à grêle.

! Nuages stratifiés. Manteau de nuées. Nimbus en couche.

Nuages rayés.

Quant à la hauteur des nuages^ elle est des plus diverses. Nous en avons vu raser le sol même . Le plus souvent les grandes couches de nuages sont vers la hauteur de 1000 à 2000 mètres ; des aéronautes les ont vus parfois s'élever jusqu'à 5000 ou 7000 mètres. Mais les légers nuages de glace atteignent des hauteurs bien plus grandes encore, et les voyageurs qui ont monté le plus haut dans Tatmosphère en ont souvent vu flotter bien au-dessus de leur tête, vers 12 000 ou 15000 mètres, peutêtre au-delà.

LA PLUIE, LA NBIGE. LA CuIlK

Assistons maintenant à la naissance de la pluie; allons visiter Tusine de Jupiter ^ Bien des fois les voyageurs ont tra«

1. Dieu de Tair, assembleur des nuages et lanceur de la foudre dans l'ancienne mythologie.

versé des nuages au moment mêmeoùils se résolvaienten pluie : ils l'ont pu voir de près se former, et la recevoir toute fraîche sortant de la fabrique... Dirigez votre haleine sur un miroir ou une vitre : il s'y dépose d'abord des gouttelettes très fines; mais si vous continuez d'envoyer le souffle humide, elles grossissent. Bientôt plusieurs gouttelettes qui se touchent se fondent en une seule, et le verre est couvert de larges gouttes. Une chose toute semblable se passe dans un nuage qui se fond en pluie. Des globules liquides excessivement fins flottent dans l'air; si de nouvelles vapeurs se condensent, ils vont grossir. Puis, quand le nuage est très épais, c'est-à-dire quand les globules sont très nombreux et très rapprochés les uns des autres, dans leurs mouvements ils se touchent ; plusieurs se réunissent et forment un globule pins gros et plus lourd. Ce globule plus lourd descend alors, traversant parmi les autres; et tous ceux qu'il rencontre sur son chemin, il les saisit au passage et les absorbe, de plus en plus grossissant, et tombant de plus en plus vite. Traversant ainsi des centaines ou des milliers de mètres, recueillant les globules qu'il rencontre, condensant les vapeurs autour de lui, il finit par devenir une goutte plus ou moins volumineuse, et à peu près spliérique. Voilà la naissance d'une goutte de pluie; des millions, des milliards se forment de même, et c'est une averse. Vous savez que la grosseur des gouttes de pluie est variable suivant les circonstances. La rapidité de chute aussi est variable; ainsi les plus grosses et les plus lourdes trouvant, à proportion de leur poids, moins de difficulté à fendre l'air, tombent plus vite. On a pu mesurer la vitesse des gouttes de pluie qui tombent : elle est, en moyenne, de 10 ou 12 mètres par seconde. — Quand on voit de loin un gros nimbus verser sa pluie, l'averse forme comme de fines lignes grises, sombres, rayant Tair, du nuage à la terre. Si l'air est calme, les rayures sont verticales ; elles sont plus ou moins obliques, si la pluie est chassée par le vent. Parfois, chose curieuse, il arrive que la pluie

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tombée d'un nuage n'arrive pas jusqu'à lerre. Les goulles, en descendanl, (raverseiit une couche d'air plus chaud qui les évapore et les dissout; en tombant elles iliminuent, s'amincissent, et avant de toucher le sol elles sont évanouies. On peut voir alors les rayures qui descendent du nuage se fondre, s'effacera quelque distance du sol.

L'indispensable et bienfai-^ante pluie, nourricière des plante:^.

des animaux et des hommes, la précieuse, laf{5conde pluie ne trouve pas parmi nous, d'ordinaire, aulant de bénédictions que dans les brûlantes contrées de l'Inde. C'est qu'elle n'est pas rare chez nous. — ■ Voyez les ingrats que nous sommes : parce qu'elle nous traite en favoris, parce qu'elle nous verse abondamment, libéralement ses trésors, au lieu de la remercier, nous l'injurions, en l'appelant le mauvais temps! — Outre les désastres qu'elle peut produire quand elle tombe en excès, la pluie, il faut l'avouer, a bien ses désagréments... au mo-

ment ou elle tombe. Elle en réserve de cruels aux malheureux aéronautes qui reçoivent en plein ses ondées.

Tout d'abord elle mouille le ballon lui-même, elle imbibe son filet, elle l'alourdit, le charge considérablement. Elle le force à descendre; ou bien, pour compenser cette surcharge malencontreuse, il va falloir que les aéronautes jettent du lest, beaucoup de lest, de leur précieux lest ! Puis eux-mêmes sont fâcheusement trempés, trempés jusqu'aux os. « Eh quoi ! direz-vou3, est-ce que le ballon ne forme pas comme un gigantesque parapluie ouvert sur leur tête? » — Pas du tout. Le vaste dôme recueille, en effet, une énorme quantité de pluie; toute cette eau ruisselle sur le globe, puis se met à suivre les cordelettes du filet, les cordes de suspension du cercle... autant de gouttières! Et ces gouttières, comme vous le savez, aboutissent à la nacelle... Une autre partie coule le long de l'étoffe, arrive au bec d'entonnoir que forme l'appendice : autre gargouille, qui verse ses eaux droit au milieu du panier, à torrents. On se garantit comme on peut. — Que voulez-vous, il faut bien payer le plaisir de voir naître la pluie I Et d'ailleurs, si nous nous élevons au-dessus de la couche pluvieuse, le bon soleil de là-haut aura bientôt fait de nous sécher.

Mais la merveille des merveilles de l'atmosphère, c'est la neige.

c Le ciel est tout gris, les champs sont tout blatics ; les arbres sans feuilles ont leurs rameaux grêles tout ouatés de blanc.

> Où sont les sentiers? Où sont les sillons? Les chemins, les guérets sont cachés sous la neige. Il semble que Ton marche sur un tapis moelleux qui assourdit les pas.

» Gomme tout est changé! — Pas un bruit, pas un soufQe. Les légers flocons descendent en voltigeant, froids duvets qui tombent des nuages, blanches fleurettes de l'hiver qu'un rayon de soleil fait évanouir. »

Oh 1 oui, vous avez contemplé avec une joyeuse curiosité le spectacle, toujours nouveau chaque hiver, du blanc manteau de

neige étendu sur les champs. Mais vous n'avez pas admiré comme il le mérite le flocon de neige.

Le flocon de neige! Une fleurette magique, un bijou ravissant, — ou plutôt tout un bouquet de fleurettes, tout un écrin de bijoux! — Quand la neige tombera doucement, fine et rare, par un air calme, étendez un drap noir, froid lui-même déjà, pour recevoir les flocons, et voici ce que vous verrez : — De petites étoiles ou fleurettes, d'une légèreté merveilleuse, d'une délicatesse inouïe, blanches, transparentes comme le cristal, se posent sur le drap noir. Chacune d'elles est formée d'un grand nombre de fines et minces aiguilles de glace régulièrement groupées et soudées entre elles, disposées en trois ou six rayons : toujours trois ou six, jamais d'autres nombres. Ces fleurettes sont de formes extrêmement variées ; les savants en ont dessiné plus de cent, dont vous voyez ici les principales. Dites s'il y a rien de plus joli ? Et les plus élégantes, les plus compliquées sont encore les plus communes. Un flocon de neige un peu gros contient parfois dix, vingt, cinquante fleurettes semblables enchevêtrées, qui se sont accrochées en tombant. Avec un peu de soin, à l'aide d'une fine aiguille, on peut les démêler sur le drap noir. Mais prenez garde de diriger sur elles votre haleine ; autrement elles s'évanouiraient en un clin d'œil, laissant seulement à leur place quelques gouttelettes de rosée...

Or je dois vous dire que la neige des hautes régions de l'air, celle, par exemple, qui tombe sur le sommetdes montagnes, n'a pas ordinairement cette forme de fleurettes et de flocons voltigeants. Elle est plus fine, parfois comme grenue, telle qu'un sable, une poussière; d'autres fois elle est en aiguilles séparées, non pas groupées en étoiles. C'est aussi la forme que les aéronautes ont observée, vous le savez, au sein des nuages où elle prend naissance. l'iusprès de terre, ils ont au contraire souvent traversé des neiges tombant, voltigeant en flocons.

Mais comment, alors, ces petites aiguilles si fines, au lieu de s'agglomérer au hasard, viennent-elles se souder ensemble

LA PLUIE, LA NBICE. LA GRÊLE. Ifil)

si réguliéremcDt pour Tormer ces groupes étoiles? La science l'explique jusqu'à un certain point, par la Torme même de ces petites aiguilles, taillées à Tacetles comipe des cristaux ciselés, et qui s'accolent par leurs faccHes rapprochées. Mais ce qui était curieux, c'était de voir le travail se faire, les aiguilles, les paillettes venir se grouper en étoiles simples d'abord, puis de plus en plus fleuries. Or c'est bien difficile de

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voir tout cela en passant... Aussi tes aéronautes n'ont-ils jusqu'ici pu observer la formation des étoiles de neige aussi à loisir qu'ilsl'eussent bien voulu. — Pourtant unjour, un froid et sombre jour de novembre, le savant aéronaute que je vous ai déjà cité, G. Tissandier, s'éleva au beau milieu de la neige qui tombait à gros flocons. D'abord il distinguait encore la terre à Iravers les petites taches blanchâtres qui tourbillonnaient; mais bientôt elle disparaît. Il s'élève d'un bond jusqu'à 1800 mètres de hauteur, t Tout à l'heure, raconte-t-il, de gros flocons

Yolligeaieni autour de la nacelle, et formaient mille tourbillons sous le souille de l'air; maintenant ce sont des paillettes brillantes, presque irisées \ qui s'attirent, s'agglomèrent et se groupent, formant des flocons qui grossissent à vue d'œil à quelques centaines de mètres sous la nacelle. > Il monte encore un peu; et là il se trouve dans un nuage demi-transparent, au milieu des parcelles de glace qui prennent naissance sous forme de fines aiguilles isolées, clairsemées, qui tombent et vont se réunir là-dessous en étoiles, en flocons.

Mais ce charmant et rare spectacle se paie... Plus encore que la pluie, la neige charge le ballon; elle s'accumule sur le dôme, pèse d'un poids énorme, et force l'aérostat à redescendre. Pour monter à peine de deux ou trois cents mètres, ou seulement pour se soutenir quelque temps à même hauteur, il faut jeter le lest par sacs. On ne va pas loin de cette façon-là; et voilà nos coureurs de nuages obligés de revenir à terre. c Qu'importe? s'écrient-ils, nous avons surpris le secret de la formation de la neige. »

Il était d'au tant plus curieux d'aller observer ces phénomènes au milieu des airs que les produits de la fabrique de là-haut ne nous arrivent pas toujours ici-bas tels qu'ils sont partis; souvent ils sont tout à fait défigurés, transformés en route. — Voilà qu'un nuage élevé, dans un air très froid, nous a façonné de gros flocons neigeux. En tombant, ces flocons arrivent dans des couches d'air inférieures plus tièdes : ils se fondent en grosses gouttes clairsemées. C'était une neige légère que le nuage versait; et c'est une grosse pluie qui nous tombe sur la tète ! De petites aiguilles de glace, fondues en tombant, formeront une pluie fine et froide. Cela arrive à chaque instant. Mais le contraire peut bien arriver aussi. Quand des gouttelettes de pluie sont en train de se former dans un nuage, parfois vient un vent très froid qui les saisit, les congèle subitement : il

1 » A reflets nacrés.

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