L'ÉLECTRICITÉ ET LES ORAGES
Mlon de cire formera un manche au disque. Est-ce fait? Vous voilà possesseur d'une machine électrique^ faible à la vérité, un peu fragile, mais suffisante cependant pour faire un certain nombre d'expériences, très curieuses et très amusantes: c'est ce qu'on appelle un élecirophore. La première que l'on peut faire avec ce petit appareil consiste à frotter très vivement avec un chiffon de laine la surface de la plaque de caoutchouc durci. — Vous avez semé sur la table de petits fragments de papier, de menus morceaux de liège hachés dans un bouchon. Vous présentez le côté frotté de votre plaque à quelques centimètres audessus de ces petits objets légers, en approchant graduellement, doucement. Vous voyez les petits objets s'agiter; les fragments de papier se dressent sur leurs pointes, puis tout à coup ils se détachent de la table, s'élancent vers la plaque. Quelques-uns y restent atfachés; d'autres, au contraire, redescendent vivement, pour remonter et redescendre encore, figurant une sorte de danse. Nos petits fragments de liège surtout dansent avec un entrain charmant! A défaut de caoutchouc durci, un tube de verre, un bâton de cire à cacheter frottés de même vous montreraient le même phénomène ; moins bien cependant. L'expérience est très ancienne. Les Grecs et les Romains s'en amusaient, mais ils n'en concluaient rien. Voyons, nous, ce que nous allons pouvoir en conclure.
Certaines substances, frottées comme nous venons de le faire, prennent la propriété à^attirer les objets légers, à peu près comme l'aimant attire le fer. Voilà un phénomène. Or tout phénomène a une cause : il n'y a pas d'effet sans cause. D'un autre côté, cet effet que nous venons d'observer ne nous parait pas explicable par l'action de la chaleur, par exemple, ni d'autres causes semblables dont nous sommes habitués à remarquer les effets ; nous soupçonnons qu'il est produit par une cause toute particulière. Appelons-la d'un nom qui ne vous estpas inconnu: appelons-la é/^c^rta^é. — Maintenant réfléchissons. Le phénomène observé est un mouvement, — le mouvement de ces pelits
objets. Or un objet inanimé, qu'il soit petit ou gros, lourd ou léger, ne semetpas en mouvement de lui-même, et sans que rien agisse sur lui. Vous lâchez une pierre en Tair: elle tombe. Voilà un mouvement. Ce mouvement de la pierre qui tombe est reflet de la cause que nous appelons pesanteur. — Toute cau^e de mouvement s'appelle force. Je lance un caillou, je dérange un meuble : j'emploie de la force, de ma force vitale à moi, de la force qui me fait vivre et mouvoir, à produire un mouvement. La pesanteur est une force. Donc aussi réleclricité , qui cause le mouvement de ces objets légers, l'électricité est une/brce*. Cela ne vous en apprend pas bien long sur sa nature ; du moins vous voilà averti que c'est une travailleuse. — Oh oui! et une grande travailleuse. Que d'ouvrage elle fait! Et que d'ouvrages différents ! Quels travaux merveilleux, variés, incessants. Parce que vous l'avez vue s'amuser, pour ainsi dire, à faire danser de petits objets, n'allez pas vous imaginer que cette force soit faiblCy — je veux dire, sans jeux de mots, qu'elle soit peu énergique, incapable de grandes choses. La même pesanteur qui fait tomber un grain de sable peut détacher des cimes un bloc immense de rocher, tout un pan de montagne, et le précipiter dans les abîmes, n'est-ce pas? Une force est susceptible de plus ou de moins ; et ses effets seront en proportion de la quantité de force agissante. — Vous dire ce que fait l'électricité, seulement vous l'indiquer d'une manière rapide, ce serait tout un livre. Dites-vous seulement qu'elle et sa sœur la chaleur sont les deux grandes ouvrières de la nature. Tout se fait par elles, dans l'univers. Sans elles, le monde ne subsisterait pas une seconde 1 — Or voilà qu'on soupçonne fort, aujourd'hui, que l'électricité et la chaleur pourraient bien être, au fond, une seule et même chose... — Mais revenons à notre électrophore.
i . En disant que réiectricité est une force, on n*entend pas définir sa nature, mais son mode d'action. — Un mouvement, par exemple, peut fort bien être cause d'un autre mouvement.