‹ Promenades Dans Les NuagesChapitre 5 sur 43 · Affaiblissement · texte numérisé non relu

Affaiblissement

Essayons maintenant de nous rendre compte, par Tobservation, de la nature intime de Tair, de sa composition.

Tous vous savez que l'air est l'aliment de la Qamme, — et aussi de la flamme de la vie. Si le feu languit dans Tâtre, si les tisons noircissent, que faites-vous ? Vous prenez le soufflet, et à l'aide de cette machine, — ou tout simplement de vos propres soufflets intérieurs, vos poumons, vous lancez sur le combustible un jet d'air, un courant rapide qui lui apporte de l'air en abondance ; aussitôt la rougeur assombrie se ranime, les étincelles pétillent, enûn la flamme s'éveille et resplendit. Mais imaginez que j'ôte du foyer un tison bien ardent ; je vais le mettre dans ce vase de fonte, que je fermerai ensuite exactement de son couvercle. Que va-t-il arriver? Le tison va s'éteindre. L'air manque à la combustion : le feu est étouffé — le mot est très exact. Et c'est même ainsi que la cuisinière éteint dans Vétouffoir la braise qu'elle veut réserver pour le lendemain. Mais à cette observation vulgaire ajoutons quelque chose ; disposons l'expérience de manière à voir de plus près ce qui se passe. — Je prends une assiette profonde. Au milieu de celte assiette, sur un petit bougeoir, je pose un bout de bougie très court, que j'allume. Couvrons le tout d'un grand bocal renversé ou d'une cloche à fromage, dont les bords s'appuient sur les bords de l'assiette. L'expérience est disposée : observons bien. < Au premier instant ma bougie brûle aussi bien là qu'à l'air libre : car il y a de l'air sous la cloche. Mais bientôt la flamme pâlit : elle languit, elle devient bleuâtre et vacillante : elle se meurt... elle est morte. — Et pourtant il y a encore de l'air sous la cloche. — C'est vrai ; mais cet air n'est plus le même que tout à l'heure. Cet air qui reste sous la cloche ne peut plus faire brûler, ne peut plus entretenir la flamme. En voulez-vous la preuve? Soulevez un peu et lentement votre cloche ; glissez-y en dessous une autre bougie allumée : elle s'éteint, mais subitement, cette fois. L'autre était morte de langueur, celle-ci est tuée du coup... Donc cet air ne

peut plus aucunement entretenir la combustion; il est mortel pour la flamme*. » — Et de même, si je glissais sous ce couvercle une souris, un oiseau, vous verriez le pauvre petit animal chanceler, tomber et périr étouffé, s'éteindre lui aussi. . . Donc cet air épuisé par la combustion ne peut pas non plus entretenir la respiration et la vie.

Ces expériences et beaucoup d'autres encore, plus détaillées et plus précises, ont conduit à savoir que Tair n'est pas constitué d'une seule et même matière. L'air est formé de deux substances différentes mélangées, toutes deux légères, insaisissables, diaphanes et invisibles (en petites masses), de deux gaz enfin, tout à fait distincts, et même absolument opposés de nature et de qualités. L'un d'eux est propre à entretenir la combustion et la respiration, l'autre ne l'est pas ; l'un fait brûler, l'autre laisse mourir toute flamme.

Le premier, celui qui peut alimenter le feu, a reçu des savants le nom d'oxygène. Ce gaz non seulement, dis-je, peut alimenter le feu, mais il l'excite d'une façon merveilleuse. Ainsi quand, par des moyens qu'il serait trop long de décrire ici, un chimiste* di rempli de gaz oxygène un vaste flacon ou une cloche de verre, si on y plonge, suspendu à l'extrémité d'un ûl de fer, un petit fragment de braise demi-éteint, offrant seulement quelques points rouges encore, à peine est- il introduit dans le flacon que ce charbon se rallume, devient éblouissant, rayonnant; que dis-je? le fil de fer lui-même prend feu, et se met à brûler en lançant des étincelles ! Une bougie, tout autre combustible, un fragment de soufre, de phosphore, s'y consumeraient de même avec une rapidité extrême et un éclat aveuglant. L'oxygène fait même brûler trop vite et trop bien; et si l'air n'était formé que de ce gaz, non-seulement les tisons ne dureraient guère dans le foyer, mais la vie aussi brûlerait comme une fusée, et nous serions bientôt consumés... Mais

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