Petite trous, petits interstices
1 350 ans avant J.-C.
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ce il imagina de peser une vessie, d'abord vide et flasque, puis gonflée d'air; il ne trouva aucune dilFérence.Et alors il conclut que Tair n'était pas pesant. Mais il avait mal disposé son expérience, et il se trompait dans son raisonnement. Plus tard, au XVII» siècle, on s'y prit mieux, eton trouva qu'en réalité l'air est pesant. Si donc nous disons encore aujourd'hui que l'air est une matière légère, nous n'entendons plus par là, comme les anciens, qu'il n'a aucun poids, mais tout simplement qu'il est moins lourd que la plupart des autres matières, moins lourd que les substances solides ou liquides. Et non-seulement l'air est pesant, mais il n'est pas diflicile, aujourd'hui, de savoir combien il pèse. Et comment? D'une manière bien simple. On peut peser l'air absolument comme on pèserait toute autre matière, un liquide par exemple. Dites-moi comment vous vous y prendriez pour peser un litre d'eau, et je vais vous dire comment on s'y prend pour peser un litre d'air. — t Pour savoir le poids d'un litre d'eau, — si je l'ignorais, — dites-vous, le procédé est très facile. Je mets une bouteille de litre, vide^ dans le plateau de ma balance ; dans l'autre plateau des poids pour lui faire équilibre : cela s'appelle faire la tare. Puis je remplis d'eau ma bouteille, et je regarde combien il me faut ajouter de poids dans le plateau opposé pour redresser la balance. Je vois que j'ai du ajouter 1 kilogramme; et je dis: tel est le poids d'un litre d'eau. > Fort bien. Donc, moi de même, pour connaître le poids d'un litre d'air, je prendrai une bouteille, et pour simplifier, si vous voulez, j'en choisirai une contenant exactement un litre. Je la pèse d'abord vide...
Mais bien vite, ici, une observation. — L'air qui nous environne pénètre partout, remplit tout. Quand nous disons vulgairement qu'une bouteille est vide, en réalité elle n'est pas vide du tout; elle est pleine... Elle est pleine d'air! Si vous versez, par exemple, le vin d'une bouteille, à mesure que le liquide sort, l'air entre. La difliculté« ici, c'est justement de se procurer une bouteille vide... j'entends réellement, absolument
PHOMENADES DAHS LES HUAGES. 2
vide, dans laquelle il n*y ait rien, ni air, ni aucune autre matière. Or il y a un peu plus de deux cents ans, un savant ingénieux a imaginé le moyen de faire le vide dans un vase de forme convenable; et ce moyen consiste à aspirer y à épuiser l'air contenu dans ce vase à Taide d'une pompe à air^ absolument comme on épuise Teau d'un réservoir avec une pompe ordinaire. Seulement cette pompe à pomper l'air, que l'on appelle une machine pneumatique y doit être construite avec un soin tout particulier. Et de plus, elle doit être ajustée bien exactement au vase duquel il s'agit de retirer l'air, sans qu'il y ait le moindre passage, la plus petite fissure : sinon, l'air du dehors, léger et subtil, rentrerait invisible par cette porte mal gardée, à mesure qu'on ôterait celui du dedans avec la pompe. Cela bien compris, le reste est facile. On choisit un flacon de cristal, ordinairement de forme ronde, et dont le goulot porte, bien exactement scellé, un robinet de cuivre fermant parfaitement. On visse le robinet sur le tuyau d'aspiration de la machine pneumatique; on pompe, on pompe à grands coups; l'air du flacon, aspiré, sort à mesure par le robinet, qui est ouvert; quand il est épuisé aussi complètement que possible, on ferme le robinet. On peut maintenant dévisser le flacon, le séparer de la pompe , le transporter, le manier à son gré : l'air ne peut pas rentrer. Prenons donc ce flacon véritablement vide ; posons-le sur le plateau d'une balance très sensible. Pesons-le exactement. Cela fait, tandis que la balance est en équilibre, ouvrons le robinet : par cette voie ofierte, l'air s'élance avec rapidité, il rentre ; en un instant le flacon est rempli. Or la balance penche... donc l'air, — cet air qui vient de rentrer, — est pesant. Et maintenant ajoutons dans le plateau opposé des poids pour redresser le fléau. Nous avons supposé le flacon de la capacité d'un litre juste ; il nous faudra ajouter, pour rétablir l'équilibre, 1 gramme 3 décigrammes. Doncun litre d'air — dans les conditions ordinaires, — pèse i gramme 3 décigrammes *.
1. Environ. Ce poids varie légèrement suivant la température, Thumidité, etc.
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— J'ai eu soin d'ajouter : un litre d'air dans les conditions ordinaires^ tel que nous le trouvons, vous et moi, autour de nous : vous comprendrez plus tard pourquoi j'ai fait cette réserve.
Un gramme 3 décigrammes, c'est peu de chose, direz-vous. Et pourtant... Tenez, calculons. Un mètre cube contient mille litres; i mètre cube d'air pèse donc 1 kilogramme 300 grammes environ. Supposons une chambre très ordinaire; elle aura si vous voulez 6 mètres de long, 4 de large, sur une hauteur de 3 mètres : elle contient 72 mètres cubes d'air. Par une simple multiplication j'obtiens le poids de cette masse d'air : 93 kilogrammes 600 grammes — presque 100 kilos, un quintal! Vous êtes étonné, n'est-ce pas? C'est, direz-vous, bien plus que le poids d'un homme ordinaire. En sorte que si j'imagine un habitant dans cette chambre, de lui ou de cet air invisible, c'est l'air qui pèse le plus!
Voilà que vous commencez à vous faire une idée juste du poids de l'air. Vous verrez bientôt combien de ce simple fait, — l'air pesant, — il résulte de conséquences importantes et de phénomènes curieux. — Si jamais il nous est donné de voyager dans les nuages... c'est que l'air est pesant!
Examinez entre le jour et votre œil une carafe d'eau filtrée, bien pure et bien limpide; elle est d'une transparence parfaite, et c'est à peine si vous vous apercevez que le vase de verre est plein. Cette eau vous parait absolument incolore. Mais l'eau réunie en grande masse dans un vaste réservoir ou dans le lit profond d'un lac offre aux yeux une teinte verdâtre très sensible. L'eau n'est donc pas complètement incolore; en réalité, elle a une teinte verte; seulement cette teinte est si faible qu'elle demeure imperceptible quand la lumière qui arrive à nos yeux n'a traversé qu'une petite épaisseur de liquide ; elle devient visible dès que l'eau est réunie en masse considérable, sous une grande épaisseur. — L'air qui nous
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entoure, l'air qui baigne lesobjels nousaparu invisible ^i d'une transparence parfaite; et lorsque nous avons, par exemple, une cloche de verre, un flacon renversé sur l'eau et rempli d'air, l'espace occupé par l'air nous a toujours fait l'effet d'être absolument vide. Pourtant je vous ai promis de vous faire voir de Vair.., Eh bien, levez les yeux en haut. L'atmosphère est sans nuage, le jour clair et pur; que voyez-vous? — « Je vois, ditesvous, le bleu du ciel. » — C'est Vair que vous voyez.
L'air est d'une transparence très grande, et c'est pourquoi il nous semble invisible, incolore aussi. Pourtant il n'est pas incolore d'une façon absolue. En réalité Tair est bleu, à peu près comme l'eau est verte.
L'air est bleu... cela veut dire que la lumière du soleil qui s'est diffusée^ répandue à travers l'air avant d'arriver jusqu'à nous, a pris une qualité particulière, et produit sur nos yeux cette sensation que nous nommons le bleu ; car les couleurs, comme vous le savez, sont des modifications, des manières d'être diverses de la lumière elle-même. En réalité, ce ne sont pas les objets, c'est la lumière qui est bleue, rouge, jaune, verte...
Est-ce bien par sa nature même que l'air a cette propriété de produire une teinte bleue, ou la doit-il à certaines vapeurs invisibles répandues dans sa masse gazeuse ? On ne le sait pas bien positivement; mais peu importe. — Or la teinte bleue de l'air est si légère qu'elle reste absolument indiscernable pour nous dans une masse gazeuse relativement petite comme celle qui remplit une cloche, un flacon, et dans l'épaisseur d'air qu'il y a entre nous et des objets voisins ou même assez distants déjà. Mais dans une masse très grande la nuance devient sensible, l'air devient visible par sa couleur.
C'est justement ce qui arrive quand nous levons les yeux en haut, et que notre regard plongea travers toute la masse gazeuse, toute l'épaisseur d'atmosphère qu'il y a sur nos têtes. Mais il ne faudrait pas croire que l'air des grandes hauteurs
a seul qualité de produire la teinte bleue. Si par un jour clair et pur vous jetez les yeux autour de vous, les objets peu éloignés vous paraissent avoir leurs nuances naturelles; mais, dans la distance, toutes les couleurs vous semblent mêlées, lavées^ comme on dit, d'une teinte bleuâtre; et à l'horizon même les arbres, les collines sont de couleur azurée, absolument comme si ces objets étaient vus à travers un verre bleu. C'est l'effet de la grande épaisseur d'air qu'il y a entre ces choses éloignées et notre œil. — Combien de fois, en quelque jour calme d'été, surtout le matin, avant que la chaleur du jour eût fait monter les vapeurs, ou bien encore le soir, au coucher du soleil, par un ciel sans nuages, combien de fois j'ai contemplé la bande bleu sombre, presque noir, des lointains de Bretagne! Dans une merveilleuse pureté de l'air, à plus de dix lieues de distance, le profil des collines et des bois m'apparaissait d'un azur profond, nettement découpé sur la nuance plus claire du ciel. — Mais quand l'atmosphère est mêlée de vapeurs, que de légers brouillards ou de fines poussières répandues dans l'air troublent sa transparence, la teinte bleue du lointain se voile, s'affaiblit et devient grisâtre, ou même disparait tout à fait et est remplacée par dugrisplus oumoins foncé. Les peintres étudient avecleplus grand soin ces effets de dégradation^ pvogvess'we des teintes par la distance, dus à l'imparfaite transparence de Tair, qui constituent ce qu'on appelle \di perspective aérienne; ils observent les nuances plus oumoins grises ou bleues que revêtent les lointains, selon l'heure du jour, les lieux, l'état du ciel. Et dans leurs tableaux ils imitent fidèlement ces effets naturels ; non-seulement ils représentent plus petits les objets qu'ils veulent faire paraître plus éloignés, mais en outre ils ont soin de peindre de tons gris ou bleuâtres les parties du tableau qui figurent les lointains, — chose que vous n'avez pas manqué d'observer; — et c'est ainsi qu'ils créent pour nos yeux l'illusion de la distance.